Mardi de l’égalité – Pour Britney, Elisabeth et les autres : l’enfermement psychatrique féminin au prisme littéraire Le Tambour – Université Rennes 2 (Rennes) Rennes

Mardi de l’égalité – Pour Britney, Elisabeth et les autres : l’enfermement psychatrique féminin au prisme littéraire Le Tambour – Université Rennes 2 (Rennes) Rennes mardi 10 février 2026.
Des dessins griffonnés sur du papier d’emballage, des broderies faites avec des fils tirés de vieux chiffons, des textes qui contiennent, entre deux élans mystiques, une critique nette des conditions d’internement. C’est à partir de ces artefacts, réalisés en milieu asilaire entre 1920 et 1965, que la doctorante Cécile Cunin (Université Rennes 2) travaille, et c’est au cœur de cette matière brûlante que s’inscrit le Mardi de l’égalité du 10 février 2026, consacré à l’enfermement médical des femmes.
Quand l’asile fabrique des objets, et des contre-récits
Ce que Cécile Cunin appelle « artefacts » dit déjà beaucoup. Il ne s’agit pas seulement d’“art” au sens muséal, même si ces pièces ont aujourd’hui une puissance esthétique reconnue. Il s’agit d’objets qui ont eu une fonction, au plan intime comme au plan social, puisque leurs autrices et auteurs y déposent une identité, un rythme, parfois une plainte, parfois une reconquête.
Dans la période étudiée, l’asile reste largement un espace carcéral. Les moyens manquent, la récupération devient une technique, et cette économie de fortune laisse une empreinte visible. Les supports sont pauvres, les formats sont hétérogènes, et il n’existe pas de “style” asilaire homogène. Ce qui rapproche ces œuvres, c’est l’endroit où elles naissent et la contrainte qui les cerne, ainsi que l’usage qu’en font celles et ceux qui les produisent, quand ils reprennent la main sur ce qui leur reste, à savoir un geste, un fil, une phrase, une forme.
Les collections qui conservent ces pièces disent aussi le lent déplacement du regard. Beaucoup d’artefacts se trouvent à la Collection de l’Art Brut (Lausanne) ou au LaM (Villeneuve-d’Ascq). D’autres sont entrés plus récemment dans de grandes collections nationales, tandis que certaines œuvres restent liées à l’histoire hospitalière qui les a vues naître, comme la parure de Marie Maillet-Vitiello conservée au musée d’histoire de la psychiatrie de Ville-Évrard.
Le genre comme norme qui enferme, et comme trouble qui déborde
Le fil rouge de la recherche est limpide, et il dérange pour une bonne raison. La santé mentale se mesure aussi à l’aune des normes de genre, lesquelles fabriquent des attentes qui pèsent différemment sur les femmes et sur les hommes. À l’asile, une femme “va mieux” lorsqu’elle se montre calme, douce, docile, qu’elle fait des travaux d’aiguille sans protester et qu’elle exprime le désir de rentrer “à sa place”. Les critères varient pour les hommes, dont on attend à la fois une maîtrise de soi et une virilité qui ne doit ni déborder en violence, ni basculer dans une douceur jugée suspecte. Autrement dit, les injonctions se contredisent, et l’enfermement psychiatrique peut renforcer cette aliénation.
Cécile Cunin mobilise alors la notion de performativité, telle que la formalise Judith Butler. Le genre n’est pas une essence, il advient par des actes répétés, par des manières d’être au monde qui sont sans cesse surveillées, corrigées, sanctionnées. Dans les artefacts, ce travail devient lisible. Il apparaît dans les mots, dans les corps dessinés, dans les techniques elles-mêmes, lorsque la broderie, traditionnellement assignée au féminin, devient un langage qui déborde le rôle attendu, ou lorsque l’on voit cohabiter, chez un même auteur, des signes qui reconduisent le genre assigné et d’autres qui ouvrent un “trouble” dans le genre.
De là naît la phrase qui donne son amplitude au sujet, puisqu’elle dépasse largement la psychiatrie. On peut tisser un parallèle entre l’enfermement asilaire et l’enfermement dans les normes de genre, lesquelles structurent toute la société et finissent par produire des vies à l’étroit, même hors des murs.
Deux livres pour rouvrir le dossier, sans langue de bois
Le Mardi de l’égalité du 10 février 2026 prendra la forme d’un dialogue avec deux autrices contemporaines qui font de la littérature un espace de lutte, en interrogeant la psychiatrisation des femmes qui “dérangent”.
- Louise Chennevière publie Pour Britney (P.O.L, 2024), un texte adressé et incandescent, qui relie l’intime à la fabrication médiatique des corps féminins, et qui questionne la manière dont l’étiquette de “trouble” peut devenir un outil de contrôle.
- Adèle Yon publie Mon vrai nom est Élisabeth (Éditions du sous-sol, 2025), une enquête familiale et documentaire qui remonte la trajectoire d’une arrière-grand-mère internée dix-sept ans, et qui bute sur ce que l’archive laisse hors champ, au moment même où elle prétend tout expliquer.
La rencontre permettra de faire circuler les questions d’un domaine à l’autre, puisque l’artefact asilaire, la littérature contemporaine et l’histoire sociale de la psychiatrie se répondent. Ce qui se joue n’est pas seulement la dénonciation d’un système, mais la reprise de la parole et la reconquête d’une subjectivité, quand des femmes, réelles ou fictionnalisées, cessent de s’excuser d’exister.
Une soirée au Tambour, ouverte au grand public
Cette table ronde sera animée par Cécile Cunin et Gaëlle Debeaux (maîtresse de conférences en littérature comparée à l’Université Rennes 2). Elle est proposée par le service culturel et la Mission égalité de Rennes 2, en partenariat avec le festival littéraire des Champs Libres Jardins d’hiver. Une vente de livres est annoncée sur place, en présence de la librairie rennaise Comment dire.
Infos pratiques
- Date mardi 10 février 2026, 18h (durée 1h30)
- Lieu Le Tambour, bâtiment O, campus de Villejean, Université Rennes 2 (Rennes)
- Entrée gratuit, sur réservation
- Accessibilité salle accessible aux personnes à mobilité réduite
- Réservation via la billetterie en ligne (Billetweb)
- Contact Service culturel Rennes 2, 02 99 14 11 47
Sources
- Université Rennes 2 (Les nouvelles) — article d’entretien avec Cécile Cunin, « On peut tisser un parallèle… »
- Service culturel Université Rennes 2 — page événement « Pour Britney, Élisabeth et les autres »
- Billetweb — réservation « Mardi de l’égalité – L’enfermement psychiatrique féminin au prisme littéraire »
- P.O.L — fiche éditeur Pour Britney (Louise Chennevière)
- Éditions du sous-sol — fiche éditeur Mon vrai nom est Élisabeth (Adèle Yon)