Pâques laïque ou la résurrection du chocolat

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Fête la plus importante du christianisme, Pâques approche à grands pas, précisément le 5 avril 2025. En cette journée sainte est commémorée la résurrection de Jésus-Christ. Mais les jardins comme les appartements se transforment aussi en véritables coffres-forts. En guise de trésor, on y trouve de petites douceurs en forme d’œufs, de poissons ou de crustacés. Vous l’aurez compris : alors que l’industrie des sucreries était déjà parvenue à chocolater Noël, elle a, de la même manière, enveloppé Pâques de cacao.

Pâques célèbre la mort et la résurrection de Jésus-Christ, cœur de la foi chrétienne et promesse d’une vie à venir. Pourtant, cette fête réjouit petits et grands pour une autre raison encore. Si elle suscite un tel enthousiasme, c’est que la société laïque et marchande l’a accompagnée d’un mets particulièrement aimé : le chocolat. Moulé en forme de cloche, de lapin, de poule ou en d’autres fantaisies imaginées par les maîtres chocolatiers et pâtissiers, l’œuf de Pâques demeure le symbole gustatif indétrônable de cette fête printanière. Mais d’où vient donc cette tradition ?

Pâques
Poisson de Pâques depuis le compte Instagram @ninametayer

Dans la religion chrétienne, Pâques correspond au jour de la résurrection du Christ. Or l’œuf, depuis longtemps, figure l’idée d’un monde qui renaît, d’un recommencement, d’une promesse de vie nouvelle. Il peut ainsi évoquer la renaissance d’Adam, mais aussi celle du « nouvel Adam », Jésus-Christ, venu sauver le monde. Cet imaginaire prolonge en outre un héritage plus ancien, païen celui-là, qui célébrait le renouveau de la nature avec l’arrivée du printemps et l’annonce de jours plus cléments.

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Pâques et passion depuis le compte Instagram @philippeconticini

Chez les chrétiens, orthodoxes et catholiques principalement, la portée symbolique de l’œuf s’est doublée d’une dimension très concrète. Le carême est en effet une période de jeûne qui rappelle la traversée du désert par le Christ, lorsqu’il ne mange ni ne boit et que Satan tente en vain de l’éprouver. Ces quarante jours qui précèdent Pâques s’accompagnent, entre autres, de règles alimentaires strictes. Parmi les aliments proscrits — encore aujourd’hui chez les orthodoxes, bien moins chez les catholiques — figurent les produits d’origine animale, donc les œufs. Une question toute simple s’est alors posée : que faire de ceux pondus pendant cette période ? Certainement pas les jeter. Ils furent donc très tôt conservés, cuits ou vidés, décorés puis offerts aux enfants, aux voisins ou aux amis. L’œuf devint ainsi un objet de partage. Chez les orthodoxes, durant les agapes qui suivent la liturgie pascale, il n’est pas rare que l’on organise des affrontements d’œufs : chacun heurte celui d’un autre convive, et celui dont la coquille se brise doit le manger. Avec le temps, cette tradition a évolué. La coquille véritable a peu à peu cédé la place à une enveloppe de chocolat, infiniment plus gourmande et fort appréciée des enfants comme des parents.

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Œuf Glyphe au chocolat blanc depuis le compte Instagram @pierrehermeofficial

Parmi les autres symboles de cette fête chocolatée figure le lapin. Comme bien des récits de notre enfance, cette tradition vient d’Allemagne. La légende raconte que deux enfants, partis chercher les œufs que leur grand-mère avait cachés dans le jardin, tombèrent nez à nez avec un lièvre. Le voyant près de beaux œufs décorés, ils imaginèrent que l’animal les avait déposés là. Ainsi naquit la légende. Cependant, par préférence culturelle ou à la faveur d’une traduction approximative, le lièvre allemand perdit quelques centimètres et devint un aimable lapin, plus rond, plus doux, plus familier. Il vint alors rejoindre les traditionnelles messagères de Pâques, les cloches ailées, avant de finir par les supplanter dans l’imaginaire collectif français.

Certains lecteurs se souviennent sans doute d’avoir découvert dans leur panier de petites cloches en chocolat enveloppées dans un papier doré. Cette tradition est propre au catholicisme romain, et non au protestantisme ni à l’orthodoxie. Après la mise au tombeau du Christ, le Vendredi saint, les cloches des églises se taisent. À l’image de toute la création, elles semblent saisies de stupeur devant le Fils de Dieu acceptant de descendre au sein de la mort. Dans une version populaire et enfantine de ce silence liturgique, on raconte que les cloches, munies d’ailes, partent à Rome pour y être bénies par le pape. Sur le chemin du retour, elles sèment des œufs avant de regagner les clochers et d’annoncer, par leur sonnerie retrouvée, la résurrection du Christ. C’est pourquoi, en France, elles furent longtemps considérées comme les grandes messagères de la fête de Pâques.

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La cloche de Pâques de la collection symbolique de Pâques depuis le compte Instagram @jeffrey.cagnes

Chocolat blanc, noir ou au lait, chacun y trouve de quoi se régaler. Et le plaisir est plus grand encore lorsque l’on connaît l’origine de ces traditions. Alors, à vos paniers, ouvrez l’œil, et la rédaction d’Unidivers vous souhaite de joyeuses Pâques.

 
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