C’est à Clohars-Carnoët que le maire de la commune Jacques Juloux a concrétisé le projet « Gauguin, l’atelier du Pouldu ». Inauguré le 5 juillet 2025 et ouvert au public depuis le 6 juillet 2025, ce nouveau centre d’interprétation prolonge et élargit la Maison-Musée Gauguin, un parcours immersif et audioguidé pour comprendre comment Gauguin et ses compagnons (Sérusier, Filiger, de Haan) ont fait du Pouldu, en 1889-1890, un laboratoire décisif du post-impressionnisme et du synthétisme.
Gauguin, l’atelier du Pouldu propose un parcours audioguidé en 7 salles, construit comme un voyage. On « embarque » à Paris dans un décor de wagon grandeur nature, on « arrive » en gare de Quimperlé, puis l’on comprend, pas à pas, comment un territoire – ses métiers, ses costumes, ses paysages – a été saisi, transfiguré, synthétisé. Une salle replonge dans la Buvette de la Plage et ses espaces de vie, une autre expose la « collection rêvée » (reproductions d’œuvres emblématiques), avant d’ouvrir sur l’après-Gauguin et la poursuite d’une énergie créative au Pouldu. Le lieu se veut autant pédagogique qu’émotionnel : décors, films, photos d’époque, dispositifs immersifs.
Au plan symbolique, l’ouverture a été célébrée le 5 juillet 2025 lors d’une journée d’inauguration, marquée notamment par une Fête des Goémoniers (reconstitution du tableau des « Ramasseuses de varech », remontée du goémon, danses, dégustation), comme un clin d’œil vivant à la matière même des tableaux : le travail, l’estran, la mémoire locale.
Informations pratiques 2026
Gauguin, l’atelier du Pouldu – 10 rue des Grands Sables, Le Pouldu, 29360 Clohars-Carnoët. Tél. 02 98 39 98 51.
- Horaires : haute saison (juillet-août) tous les jours 10h30-19h ; moyenne saison (avril-juin, septembre) du mercredi au dimanche 10h30-18h ; basse saison (février-mars, octobre-décembre) du mercredi au samedi 10h30-18h ; fermé en janvier (dernière entrée 1h avant la fermeture).
- Tarifs : plein 7 € ; réduit 5 € (12-18 ans, demandeurs d’emploi, étudiants, personnes en situation de handicap et accompagnant, etc.) ; gratuit -12 ans ; visite guidée : +2 € (en plus du droit d’entrée).
- Site : gauguinatelierdupouldu.fr
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Depuis 2013, l’émission « Une maison, un artiste » (France 5) revisite « la vie et le parcours » de grandes figures en dévoilant les lieux qui ont nourri leur imaginaire. L’épisode Paul Gauguin, la Buvette de la Plage en Bretagne (François Chayé) a justement pris pour décor le Pouldu, sa Buvette et l’histoire d’une auberge devenue, à sa façon, un atelier collectif. Il se revoit en replay sur france.tv.
Ce documentaire est consacré à la Buvette de la Plage au Pouldu. Nombreux sont les peintres qui se sont installés en Bretagne au XIXe siècle. Et, notamment, à Pont-Aven qui n’a pas manqué de susciter la comparaison avec la cité des peintres de Barbizon. Ils sont bien plus rares, par contre, ceux qui se sont aventurés sur les landes et les dunes isolées du Pouldu. Paul Gauguin est de ceux-là. Et c’est le mérite de ce documentaire de mettre ceci en valeur.
Situé à l’estuaire de la Laïta, le petit hameau du Pouldu est dans les années 1880 complètement à l’écart. Quelques maisons et villas sur la route menant à la plage qui n’ont rien d’une station balnéaire : c’est juste le début des bains de mer. Gauguin, séjournant à Pont-Aven, tout proche, est venu déjà par deux fois au Pouldu – en 1886 puis 1888 – et y reviendra une dernière fois en 1894. En octobre 1889, il s’installe à la Buvette de la Plage, choisissant de fuir la foule de Pont-Aven et cherchant la tranquillité pour créer ; il y reste jusqu’en 1890. Le documentaire s’attache à ce séjour à l’auberge, en bord de mer, tenue par Marie Henry que l’on nomme Marie Poupée en raison de sa beauté et de sa gentillesse. Et il prend le parti de resituer ce séjour dans une approche chronologique balayant toute la vie de Gauguin. Comment ce décor de la Buvette de la Plage, sur fond de paysages marins grandioses où Gauguin va vivre plusieurs mois, va-t-il marquer l’histoire de la peinture ?
La Buvette de la Plage ? Point de Villa Giverny, ici, avec Monet et toute une famille recomposée autour du maître impressionniste. Dans sa thébaïde du Pouldu, Gauguin, qui a laissé derrière lui femme et enfants, trouve pour compagnons de solitude ses amis peintres : Meijer de Haan, Charles Filiger et Paul Sérusier. Le rêve d’un « atelier de Bretagne » ? Le documentaire éclaire les relations d’amitié qui se jouent à l’auberge et dans les lettres : complicité artistique, rivalités, jalousies, et cette tension permanente entre le besoin d’absolu et les tracas matériels.
Ce lieu très austère du Pouldu, choisi pour son isolement par le chercheur d’absolu qu’est Gauguin qui mise désormais tout sur sa création, est en même temps un lieu de solitude éprouvante pour lui : ses lettres à sa femme et à ses amis le montrent à plusieurs reprises démoralisé. D’autant que Gauguin manque cruellement de revenus et est obligé de laisser ses toiles en gages à Marie Henry.

Il est une relation féminine qui marque ce séjour au Pouldu : l’amour de Gauguin pour Madeleine Bernard (1871-1895), la sœur d’Émile Bernard. Gauguin, amoureux deux ans durant de cette jeune femme remarquable venue l’été 1888 à Pont-Aven, a réalisé à la pension Gloanec son superbe portrait qui apparaît dans le documentaire. Du Pouldu, il lui écrit plusieurs lettres. Cette jeune femme de haute teneur, immortalisée par la chanson des Tri Yann « Madeleine Bernard » (1995), a été mise en visibilité dans la biographie Madeleine Bernard la songeuse de l’invisible par Marie-Hélène Prouteau (2021), dont Jean-Louis Coatrieux a rendu compte dans nos colonnes (voir l’article ci-dessous). Dans le documentaire, David Haziot livre d’elle et de cette relation une évocation assez lisse qui n’est pas à la mesure de cette personnalité marquante à la destinée bouleversante.
Le documentaire s’attarde sur la salle à manger décorée de peintures de l’auberge devenue la Maison-Musée Gauguin, qui, depuis 1989, reproduit à l’identique les lieux. L’on voit entre autres la fameuse « Oie » de Gauguin. Chacun des artistes s’est employé à en décorer plafonds, murs et panneaux. Moments de création heureuse, l’hiver, notamment, en ces temps de mois noirs, relayés par des moments de musique – mandoline, guitare, piano – la seule distraction dont ils disposaient.
Le film passe rapidement sur les paysages inspirants : chemins creux et bois, perspective plongeante des plages et criques s’écartant du réel et en rupture avec l’impressionnisme. Car, au Pouldu, s’est jouée la rencontre d’un artiste génial avec un territoire. Rencontre aussi avec les matériaux que manipule Gauguin pour ses sculptures – le bois, la terre, différents matériaux. L’aventure du Pouldu marque à l’évidence un moment fort de ses recherches formelles vers le « synthétisme ».

Quelle « synthèse » Gauguin élabore-t-il de ce paysage breton où il est plongé au Pouldu ? Si le documentaire fait ressortir le lien de la création de Gauguin à ses sources d’enfance au Pérou, qui ne passent pas par le filtre classique de l’art grec, on voit moins l’éclairage sur d’autres influences. Le rapport de Gauguin aux hommes et aux femmes qu’il rencontre sur ces terres sauvages, ceux qu’il a peints – goémoniers, paysans au travail –, est évoqué dans sa recherche du « sauvage ». Le pittoresque ne l’intéresse pas : moulins et pêcheurs ne retiennent pas son attention. La mer, par contre, oui. Les falaises abruptes, les gouffres vertigineux du Pouldu se retrouvent dans ses tableaux comme, par exemple, La Vague ou Pêcheuses de goémon – tableau puissant de ramassage du goémon qui a donné lieu à plusieurs études. Ces tableaux sont présentés dans le défilé des œuvres, mais trop rapidement. Et, étonnamment, rien n’est dit du japonisme de Gauguin, souvent mis en avant par des spécialistes de Gauguin et de l’École de Pont-Aven. On reste ainsi un peu sur sa faim.
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