Le malouin Serge Morin présente les prestigieux établissements Frichtre !

Comment aider quelqu’un de timide à aborder un garçon ou une fille ?
C’est une question qu’on pourrait croire sortie d’un manuel de développement personnel ou d’un vieux magazine pour ados. Mais en 2001, à Saint-Malo, cette interrogation anodine est devenue la mèche qui a allumé une minuscule révolution éditoriale. À son origine : Serge Morin, un esprit espiègle, rêveur, peut-être un peu flâneur, mais surtout doué d’une imagination débordante et d’un sens du farfelu réjouissant.

Au lieu de rédiger un guide en dix étapes pour surmonter la timidité ou d’ouvrir une agence de coaching sentimental, Serge a vu les choses autrement. Il a fondé les Établissements Frichtre : une micro-maison d’édition pas comme les autres, où les livres ne pèsent rien mais laissent une trace durable dans les esprits. Installée dans les embruns de Saint-Malo, Frichtre ne ressemble à aucune autre maison d’édition. Pas de prix littéraires ronflants à son palmarès, mais une aura quasi magique dans le cœur de celles et ceux qui croisent un jour ses créations.

Les livres Frichtre sont de minuscules objets – parfois à peine plus grands qu’une boîte d’allumettes – mais ils débordent de couleurs, de joie et d’une douce excentricité. Ils ne cherchent pas à s’imposer en librairie comme des mastodontes culturels. Ils préfèrent se glisser discrètement dans une poche, dans une lettre d’amour, dans un tiroir à secrets ou dans une main tremblante au moment d’un premier rendez-vous.

Car c’est bien là le secret : ces livres sont faits pour créer des liens, provoquer des sourires, désarmer les silences trop longs. Ils sont complices. Un Frichtre offert, c’est un clin d’œil, un aveu déguisé, un prétexte pour dire ce qu’on n’ose pas formuler. C’est une manière tendre et détournée de dire : « Je t’ai remarqué(e). »

Inclassables dans l’univers du livre, les ouvrages de Frichtre ne répondent à aucun format, aucun genre, aucun code éditorial traditionnel. Ils sont poétiques, absurdes, minimalistes, parfois loufoques, souvent brillants. Certains racontent des histoires en cinq phrases, d’autres se contentent de quelques mots qui font mouche. Il y a des bestiaires d’animaux imaginaires, des manuels de conversation pour les poissons rouges, des poèmes pour les jours où il pleut dans la tête. Rien n’est sérieux, mais tout est fait avec un sérieux réjouissant.

Véritables objets de curiosité, ces livres attrapent l’œil, puis l’âme. Et bien souvent, ils se transmettent, se glissent dans des mains timides, un peu comme des billets doux déguisés. Frichtre n’aide peut-être pas les timides à séduire, mais il leur donne de quoi rêver, de quoi offrir, de quoi commencer une conversation autrement.

Et après tout, c’est peut-être ça, la plus belle déclaration : un tout petit livre coloré, un peu fou, beaucoup tendre. Un Frichtre, quoi.