Le Triangle – Cité de la danse de Rennes accueille Bate Fado des artistes portugais Jonas et Lander, les 5 et 6 mars 2025 Au plateau, quatre musiciens, quatre danseurs et un chanteur font revivre la danse du Fado, chant emblématique du Portugal. Le duo convoque cette danse mystérieusement disparue à la fin du XIXe siècle dans une oeuvre hybride réjouissante où l’histoire d’un pays se réécrit dans un nouveau vocabulaire chorégraphique. Rencontre.
Apparu au début du XIXe siècle, le Fado est un mouvement musical urbain portugais dont les origines restent encore incertaines. Si ce chant est fortement ancré dans la culture portugaise, ce que la population a oublié, c’est qu’il était autrefois accompagné de sa propre danse, le Fado Batido, inspirée d’une danse de claquettes énergique et spectaculaire. Cette dernière est au cœur de la pièce Bate Fado, une co-création de Jonas et Lander réalisée en 2021.

Quand les lumières de la salle s’éteignent, celles du plateau s’allument et laissent apparaître une scène festive en suspens qui annonce le spectacle. Après le silence, les premières notes de guitares et les premiers chants : Bate Fado, c’est l’histoire d’un pays, le Portugal. Si la musique Fado a perduré, reconnue comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité depuis 2011, sa danse, elle, a disparu de la mémoire collective portugaise. « Je suis-même chanteur de Fado [fadiste, ndlr.] et les gens se demandaient pourquoi on n’écrivait pas un spectacle de fado », raconte Lander. « Les seuls exemples qu’on avait étaient des spectacles avec de la danse contemporaine, ce que je trouvais étrange » Ce n’est qu’en 2021 que le duo a souhaité travailler sur ce sujet après avoir découvert qu’une danse lui était associée, mais qu’elle avait mystérieusement disparu à la fin du XIXe siècle, probablement censurée par l’Église catholique et la dictature.
Défini comme un chant mélancolique emblématique du Portugal, « c’est un symbole assez triste de notre identité », le Fado était pourtant différent à l’origine. Le duo découvre au cours de ses recherches une ambiance plus libre et sensuelle, un esprit plus inventif et peut-être moins orthodoxe. « Il n’y avait pas cette préoccupation de dire que ce qu’ils faisaient était fado ou pas, contrairement à aujourd’hui », explique Jonas. Lander ajoute : « Ça a changé notre façon de regarder le fado et l’identité portugaise. »

Bate Fado n’est pas une création nostalgique dont l’objectif était de recréer une danse disparue. « C’était impossible. Il n’y a pas de vidéos, seulement des caricatures et des textes. » Au plateau, quatre musiciens et musiciennes, quatre danseurs et danseuses et un fadiste (Jonas lui-même) ravivent avec liberté cette danse et transportent dans l’énergie festive et joyeuse qui était la sienne à l’époque. « On voulait montrer la liberté de cette manifestation au Portugal », ajoute Jonas. Le duo livre une proposition chorégraphique inspirée des documents de recherche, mais en la transposant au XXIe siècle. « Comme notre pays, le Fado est connecté au monde : la guitare a des influences anglaises, la danse des influences afro-brésiliennes et gitanes, le chant des influences arabes », exprime Lander.
« Au XIXe siècle, la classe dominante portugaise s’est réfugiée au Brésil, à cause de l‘invasion des armées napoléoniennes au début du XIXe. La capitale du Portugal était alors Rio de Janeiro, beaucoup de choses se sont développées et transmises là-bas », Jonas.
Si elle reprend des archives, l’œuvre n’en est pas moins contemporaine, habitée de divers éléments qui se mélangent : l’humour, la poésie, la narration, etc. Elle est autant politique qu’intime. « Cette pièce est fictive, mais avec une mission », résume Jonas. Bate Fado est la première étape d’un projet au long court qui souhaite valoriser et développer la danse, l’ancrer de nouveau dans la culture portugaise. Cette création montre que le Fado était dansé dans des endroits dangereux, par des marins et des prostituées ; les gens s’habillaient avec des couleurs… Lander confie : « C’était quelque chose d’important à montrer pour nous, parce que c’était une surprise pour tout le monde, même pour les musiciens qui jouent aujourd’hui et les fadistes. »
En 2023, le chanteur a sorti l’album Maça de adao (« Pomme d’Adam » en français) qui parle justement de la danse du fado. « On continue à en parler et à souligner toutes ses influences. » Le duo a aussi développé un projet de formation du bate fado afin d’enseigner à d’autres personnes à taper le fado. « On reprend cette danse à l’endroit originel du fado, dans les maisons du fado dans le quartier Mouraria (Lisbonne) », spécifie Lander. Jonas conclut : « Dans ce projet, nous essayons de recréer l’écosystème qui existait quand le Fado était connu comme une expression artistique. On invite des danseurs du Portugal, mais aussi du Brésil et d’ailleurs. C’est un mélange de genres, pour faire revivre cet esprit. »
Bate Fado, 5 et 6 mars 2025, 20h (1h50)
25€ Tarif Unique / 4 € Sortir ! Billetterie en ligne
Le Triangle, Boulevard de Yougoslavie, 35200 Rennes
02 99 22 27 27