À Pont-Aven, une exposition rend justice à Camille Claudel et aux sculptrices de la Belle Époque

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Du 27 juin au 8 novembre 2026, le Musée de Pont-Aven présente l’exposition Au temps de Camille Claudel : être sculptrice à Paris.

Coproduite avec le musée Camille Claudel de Nogent-sur-Seine et le musée des Beaux-Arts de Tours, cette exposition replace Camille Claudel dans un contexte plus large : celui des femmes qui, autour de 1900, ont pratiqué la sculpture à Paris malgré les obstacles de formation, de reconnaissance et de carrière. Près de 90 œuvres et documents permettent de mieux comprendre ce milieu artistique encore largement méconnu.

Camille Claudel occupe aujourd’hui une place singulière dans l’histoire de l’art. Longtemps oubliée, elle a été redécouverte à partir des années 1980, jusqu’à devenir l’une des rares sculptrices du XIXe siècle connues du grand public. Mais cette reconnaissance a parfois contribué à l’isoler. Son destin personnel, sa relation avec Auguste Rodin, son internement et la puissance de son œuvre ont souvent été racontés comme une trajectoire exceptionnelle, presque séparée de son époque.

L’exposition du Musée de Pont-Aven propose un autre angle. Elle ne retire rien à l’importance de Camille Claudel, mais elle la replace parmi d’autres artistes femmes qui ont travaillé la sculpture à la même période. Certaines l’ont précédée, d’autres l’ont côtoyée dans les ateliers parisiens, d’autres encore ont prolongé ou déplacé les questions ouvertes par sa génération. Charlotte Besnard, Marie Cazin, Madeleine Jouvray, Jessie Lipscomb, Agnès de Frumerie, Anna Bass, Jane Poupelet, Yvonne Serruys, Blanche Moria, Laure Coutan-Montorgueil ou Sigrid af Forselles composent ainsi un paysage beaucoup plus dense que ne le laisse croire une histoire de l’art centrée sur quelques grands noms masculins.

Le sujet est d’autant plus important que la sculpture constituait alors un domaine particulièrement difficile d’accès pour les femmes. Elle supposait des ateliers adaptés, des matériaux coûteux, des modèles, des praticiens, des fondeurs, mais aussi une reconnaissance institutionnelle dont les femmes étaient largement privées. L’École nationale des Beaux-Arts ne leur ouvre ses portes que tardivement. Beaucoup se forment donc dans des académies privées, notamment à l’Académie Colarossi, ou dans des ateliers partagés.

Ateliers, réseaux et stratégies d’accès au métier

Le parcours de l’exposition insiste sur cette dimension concrète. Être sculptrice à Paris autour de 1900 ne relève pas seulement d’une vocation artistique. C’est aussi une affaire d’organisation, de moyens, de relations et de persévérance. Camille Claudel, arrivée à Paris en 1880, suit les cours de l’Académie Colarossi et loue un atelier rue Notre-Dame-des-Champs avec plusieurs jeunes artistes. Ce lieu devient un espace de formation parallèle, à distance des institutions officielles.

Autour d’elle gravitent notamment Jessie Lipscomb, Madeleine Jouvray, Sigrid af Forselles, Carolina Benedicks-Bruce ou Laetitia von Witzleben. Les portraits croisés conservés de cette période montrent des artistes qui se représentent entre elles, échangent des modèles, partagent des conditions de travail et cherchent à s’affirmer comme professionnelles. L’exposition donne ainsi à voir une sociabilité d’atelier faite d’amitiés, d’émulation et parfois de rivalités.

La figure de Rodin occupe ensuite une place attendue mais nécessaire. Son atelier attire plusieurs de ces artistes, dont Camille Claudel, Madeleine Jouvray, Jessie Lipscomb et Ottilie Maclaren. L’exposition aborde ce rapport sans réduire les sculptrices à de simples élèves. Elle montre comment l’influence rodinienne a pu être un cadre de formation, mais aussi un poids esthétique dont certaines ont cherché à se dégager. La confrontation autour du modèle Giganti, travaillé par Rodin, Camille Claudel et Jessie Lipscomb, permet notamment de mesurer des différences d’approche à partir d’un même sujet.

De Camille Claudel à l’après-Rodin

Le parcours se prolonge vers l’après-Rodin et l’après-Claudel. Après sa rupture avec Rodin, Camille Claudel cherche à affirmer une écriture propre, notamment dans des œuvres comme L’Abandon, L’Âge mûr, Clotho ou ses scènes de la vie quotidienne. Mais l’exposition montre aussi que d’autres sculptrices participent au renouvellement des formes au début du XXe siècle. Anna Bass, Jane Poupelet ou Yvonne Serruys s’éloignent progressivement du symbolisme rodinien pour privilégier des volumes plus simples, des contours plus nets et une approche plus retenue du corps.

Parmi les œuvres mises en avant figurent Jeunes filles de Marie Cazin, double buste en plâtre récompensé en 1886, L’Abandon de Camille Claudel, Danaïde de Madeleine Jouvray, La Source d’or ou La Lutte pour l’existence d’Agnès de Frumerie et Edmond Lachenal, ainsi qu’Imploration de Jane Poupelet. Ces œuvres permettent de mesurer la diversité des approches, entre héritage académique, influence rodinienne, symbolisme, recherches décoratives et premières formes d’épure moderne.

L’intérêt de l’exposition tient donc à son changement d’échelle. Elle ne propose pas seulement une nouvelle exposition sur Camille Claudel, mais une mise en contexte. Elle interroge les conditions sociales, matérielles et institutionnelles qui ont permis, ou empêché, la reconnaissance des femmes sculptrices. Elle rappelle aussi que l’oubli de ces artistes ne signifie pas leur absence. Plusieurs furent exposées, commentées, parfois achetées ou commandées par l’État, avant d’être progressivement écartées des récits dominants.

Une exposition dans la continuité du Musée de Pont-Aven

À Pont-Aven, cette exposition s’inscrit dans une programmation attentive à la place des artistes femmes, après notamment Artistes voyageuses et Femmes chez les Nabis. Le choix du musée est cohérent avec l’histoire d’un lieu associé aux circulations artistiques, aux ateliers, aux séjours d’artistes et aux formes de modernité nées hors des cadres académiques les plus stricts.

Au temps de Camille Claudel : être sculptrice à Paris a reçu le label « Exposition d’intérêt national » du ministère de la Culture. Ce label souligne l’importance scientifique et patrimoniale d’un projet qui s’appuie sur des prêts nationaux et internationaux, ainsi que sur un travail de recherche mené depuis plusieurs décennies autour des sculptrices de la Belle Époque.

Rendez-vous autour de l’exposition

Plusieurs rendez-vous accompagneront l’exposition. Le samedi 27 juin à 11h, les commissaires scientifiques Anne Rivière et Pauline Fleury présenteront le parcours. Le jeudi 17 septembre à 18h, dans le cadre des Journées du matrimoine, les historiennes de l’art Eva Belgherbi et Charlotte Foucher Zarmanian proposeront une rencontre intitulée Sculptrices, entre hier et aujourd’hui. Le jeudi 5 novembre à 18h, dans le cadre du Mois du film documentaire, le musée diffusera Camille Claudel, sculpter pour exister, documentaire de Sandra Paugam, suivi d’un échange avec la réalisatrice.

Des visites guidées seront proposées en juillet et août chaque mardi et vendredi à 11h30, ainsi que certains dimanches. De septembre à novembre, elles auront lieu chaque vendredi à 16h et chaque premier dimanche du mois à 15h et 16h. Une visite de finissage est prévue le dimanche 8 novembre à 15h et 16h.

Informations pratiques

Exposition
Au temps de Camille Claudel : être sculptrice à Paris

Dates
Du samedi 27 juin au dimanche 8 novembre 2026

Lieu
Musée de Pont-Aven
Place Julia
29930 Pont-Aven

Horaires
Du mardi au dimanche, de 10h à 18h
En juillet et août, tous les jours de 10h à 19h

Tarifs
Un seul billet donne accès aux collections permanentes et aux expositions temporaires.
Plein tarif en période d’exposition temporaire : 8 €
Tarif réduit en période d’exposition temporaire : 6 €
Tarif groupe, à partir de 10 personnes payantes : 5 € par personne
Gratuité sous conditions, notamment pour les moins de 18 ans, les demandeurs d’emploi et les bénéficiaires du RSA.

Renseignements
Musée de Pont-Aven
02 98 06 14 43
museepontaven.fr