Salia Sanou, De Fugues… en Suites… au Quartz à Brest

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fugues... en Suites… Salia Sanou
Salia Sanou

Au Quartz, Salia Sanou fait danser Bach, la mémoire et les lignes de fuite

Le Quartz, scène nationale de Brest, accueille le mardi 2 juin 2026 à 20 h 30 De Fugues… en Suites…, une pièce du chorégraphe Salia Sanou. Figure majeure de la danse contemporaine franco-africaine, directeur du Centre chorégraphique national de Nantes depuis janvier 2026, il y réunit six danseuses autour de l’univers de Jean-Sébastien Bach, de sa virtuosité comme de sa douceur.

Chez Salia Sanou, la danse a souvent affaire aux passages. Passages entre les continents, entre les mémoires, entre les langues du corps, entre l’intime et le collectif. De Fugues… en Suites… s’inscrit dans cette ligne sensible. Le titre joue déjà sur plusieurs registres : la fugue musicale, l’échappée, la variation, le départ, la reprise, la suite. Rien ici ne semble vouloir s’enfermer dans une forme unique. La pièce avance par déplacements, par relais, par apparitions, comme si chaque corps cherchait sa propre ligne tout en demeurant attentif à celles des autres.

La création est présentée comme un hymne à l’amour et à la sensualité. Sur le plateau du Grand Théâtre du Quartz, six interprètes déploient une danse qui alterne présences solitaires et ensembles plus polyphoniques. Certaines surgissent comme des figures isolées, emportées dans une danse personnelle ; d’autres se fondent dans un mouvement commun, dans une circulation de gestes, d’appuis, de regards et d’élans. Le spectacle tient dans cette tension entre solitude et chœur, entre singularité et communauté.

Bach, la kora et le balafon

Le choix de Bach donne à la pièce une architecture secrète. La fugue, par définition, organise la poursuite et la reprise d’un motif. Une voix commence, une autre répond, une troisième s’ajoute, le motif circule, se transforme, se superpose. Au plan chorégraphique, cette logique offre un terrain idéal : un geste peut être repris, déplacé, contredit, prolongé, transmis d’un corps à l’autre. La danse devient alors une pensée en mouvement, une polyphonie visible.

Mais Salia Sanou ne se contente pas d’illustrer Bach. Les fugues et suites de Jean-Sébastien Bach voisinent ici avec la kora et le balafon, deux instruments d’Afrique de l’Ouest dont les timbres déplacent l’écoute vers d’autres mémoires musicales. La pièce fait donc entendre un frottement, non comme un collage exotique, mais comme une rencontre de lignes. D’un côté, la rigueur contrapuntique, l’ordre, la construction savante ; de l’autre, la vibration des cordes, le bois frappé, la pulsation, les héritages oraux, l’ancrage des corps dans une autre matière sonore.

C’est là que le spectacle trouve son intérêt le plus profond. Il ne cherche pas à opposer Europe baroque et Afrique contemporaine, ni à les réconcilier artificiellement. Il les met en circulation. Entre Bach, la kora et le balafon, la danse ouvre un espace où les mémoires peuvent se répondre sans se confondre. Le plateau devient un lieu de traversée, où l’exil n’est pas seulement une perte, mais aussi une manière de composer autrement avec ce que l’on porte.

Six danseuses pour un hommage aux féminités

De Fugues… en Suites… est une pièce portée par six danseuses : Ema Bertaud, Dalila Cortes, Ida Faho, Awa Joannais, Elithia Rabenjamina et Alina Tskhovryebova. Le Quartz présente le spectacle comme un rendez-vous de danse « 100 % féminin ». Cette distribution donne à la création une qualité particulière, moins dans l’affirmation d’un thème unique que dans la diversité des présences, des gestes, des intensités et des trajectoires.

La danse de Salia Sanou aime les corps qui ne sont pas assignés à une seule origine. Elle travaille les passages, les seuils, les lignes de fuite. Dans cette pièce, les interprètes ne semblent pas seulement exécuter une partition chorégraphique. Elles habitent des variations, des climats, des états. La fugue devient alors une métaphore de l’existence : partir, revenir, répondre, s’écarter, reprendre le motif, trouver une issue, être seule et pourtant reliée.

Cette dimension féminine peut se lire comme un hommage aux puissances de douceur, de persévérance et de sensualité qui traversent l’œuvre. Rien n’oblige la danse contemporaine à choisir entre force et délicatesse. Chez Salia Sanou, les deux coexistent. La source officielle parle d’une escapade chorégraphique à la fois joyeuse et solennelle, touchant à l’état de grâce. La formule dit bien cette tension entre lumière et gravité, entre célébration et profondeur.

Salia Sanou, une danse des traversées

Né en 1969 à Léguéma, au Burkina Faso, Salia Sanou s’est formé au théâtre puis à la danse, notamment auprès de Drissa Sanon, Irène Tassembedo et Germaine Acogny, avant d’intégrer en 1993 la compagnie de Mathilde Monnier au Centre chorégraphique national de Montpellier. Il fonde ensuite, avec Seydou Boro, la compagnie Salia nï Seydou, puis crée en 2011 la compagnie Mouvements perpétuels à Montpellier. Son parcours est marqué par une circulation constante entre l’Europe et l’Afrique, entre scènes institutionnelles, projets de transmission, créations collectives et recherches sur les corps déplacés.

Plusieurs de ses œuvres portent cette attention aux frontières, aux départs, aux déracinements et aux recompositions. Du désir d’horizons, créé en 2016, s’appuyait notamment sur des matériaux recueillis dans des camps de réfugiés en Afrique. Multiple-s, en 2019, travaillait les frottements entre danse, littérature et musique. À nos combats, en 2022, réunissait une boxeuse, une danseuse et de nombreux amateurs dans une pièce labellisée Olympiades culturelles Paris 2024. Avec De Fugues… en Suites…, Salia Sanou semble revenir à une forme plus épurée, mais non moins politique : la beauté du geste, la pluralité des corps, la musique comme espace commun.

Sa nomination à la direction du Centre chorégraphique national de Nantes, depuis le 1er janvier 2026, donne aussi un relief particulier à cette présence brestoise. Elle confirme la place de Salia Sanou dans le paysage chorégraphique français, au croisement de la création, de la transmission et d’une pensée des corps en mouvement. Le fait que De Fugues… en Suites… soit coproduit par plusieurs scènes importantes, dont Le Quartz, dit également l’attention portée à cette écriture chorégraphique.

Un rendez-vous au Grand Théâtre du Quartz

À Brest, la pièce sera présentée au Grand Théâtre du Quartz, lieu central du spectacle vivant en Bretagne occidentale. La scène nationale accueille régulièrement des écritures chorégraphiques contemporaines, des formes transdisciplinaires et des artistes dont le travail dialogue avec les questions de société, de mémoire et de représentation. De Fugues… en Suites… y arrive avec une durée resserrée de 55 minutes, format propice à une expérience dense, sans détour, presque musicale dans sa concentration.

La soirée sera précédée, à 18 h 30, d’un rendez-vous « Parler Danse » avec Céline Roux, annoncé en entrée libre dans la limite des places disponibles. Cette rencontre offre une belle porte d’entrée au spectacle. Elle permettra sans doute de replacer la pièce dans l’histoire des relations entre danse et musique, mais aussi dans le parcours d’un chorégraphe pour qui le mouvement n’a jamais été séparé des questions de mémoire, d’hospitalité et de communauté.

Le 2 juin 2026, au Quartz, Salia Sanou ne fera donc pas seulement danser Bach. Il fera entendre ce que la danse peut produire lorsque les lignes musicales deviennent des lignes de vie : des fugues, des suites, des départs, des retours, des traces qui se répondent et des corps qui, sans cesser d’être seuls, inventent une manière d’être ensemble.

Informations pratiques

  • Événement : De Fugues… en Suites…, de Salia Sanou
  • Date : mardi 2 juin 2026
  • Horaire : 20 h 30
  • Fin annoncée : vers 21 h 30
  • Durée : 55 minutes
  • Lieu : Le Quartz, Grand Théâtre, 60 rue du Château, 29200 Brest
  • Tarifs : 27 € / 20 € / 13 €
  • Réservation : recommandée auprès du Quartz
  • Rencontre associée : « Parler Danse » avec Céline Roux, mardi 2 juin à 18 h 30, entrée libre dans la limite des places disponibles
  • Contact : 02 98 33 95 00
Marjolaine Tanguy
Marjolaine Tanguy est correspondante de presse dans le Finistère