Du 11 juin au 20 septembre 2026, les Ateliers des Capucins, à Brest, accueillent Navire amiral, une exposition photographique de Stéphane Lavoué réalisée en partenariat avec la Comédie-Française et la Marine nationale.
Présenté dans le cadre des 400 ans de la Marine nationale et des 10 ans des Ateliers des Capucins, ce projet singulier met en regard deux mondes que tout semble éloigner, le théâtre et la mer, mais qui partagent pourtant un même imaginaire de coulisses, de manœuvres, de gestes collectifs et de vies dans l’ombre.
Dans Navire amiral, la Comédie-Française n’est plus seulement la Maison de Molière, temple du verbe, du répertoire et des comédiens, elle devient aussi un bâtiment, presque un navire. Une architecture close, traversée de coursives, de passerelles, de hauteurs, de trappes, de câbles et de cordages. Un monde où l’on travaille à plusieurs, dans la précision, la répétition, l’attention au signal, à l’accident possible, à la beauté qui surgit quand chacun tient son poste.
Le rapprochement n’est pas seulement métaphorique. Pendant dix ans, à l’invitation d’Éric Ruf, alors administrateur général de la Comédie-Française, Stéphane Lavoué a photographié la Troupe, les loges, les affiches de saison, mais aussi les « servitudes », ces métiers du théâtre qui rendent possible l’apparition de la scène. Dans les entrailles de la Salle Richelieu, il dit avoir éprouvé la sensation d’un embarquement immobile. Sans fenêtres, au milieu du plateau-passerelle, dans les cintres encombrés de câbles et de bouts, le théâtre lui est apparu comme une frégate, voire comme un sous-marin en patrouille.
Quand les marins hantaient les coulisses
L’exposition rappelle une histoire souvent oubliée. À une époque où les marins évitaient de naviguer l’hiver, ils trouvaient parfois à s’employer dans les théâtres. Leur science des nœuds, des poulies, des bouts, des élingues et des manœuvres rapides dans un espace contraint faisait d’eux des machinistes idéaux. Le vocabulaire et les superstitions du théâtre en portent encore la trace. Sur les plateaux comme sur les navires, la réussite dépend d’une intelligence collective, d’un savoir-faire discret, d’un art du mouvement réglé.
Ce passé a donné à Stéphane Lavoué le désir d’aller plus loin. Si les marins ont quitté depuis longtemps les coulisses de la Salle Richelieu, leurs traditions demeurent-elles à bord des bâtiments militaires contemporains ? Et, inversement, la vie embarquée ne contient-elle pas elle-même une forme de théâtralité, une dramaturgie quotidienne faite de rituels, d’attentes, de costumes, de rôles, de silences et d’entrées en scène ?
Pour répondre à cette intuition, le photographe a obtenu les autorisations nécessaires pour embarquer à bord de trois navires emblématiques de la flotte française, la FREMM Bretagne, le sous-marin nucléaire lanceur d’engins Le Téméraire et le porte-avions Charles de Gaulle. De ces traversées, il rapporte un corpus qui dialogue avec celui constitué à la Comédie-Française. Le documentaire se déplace alors vers le songe. Navire amiral ne se contente pas de montrer deux institutions. Il les entrelace jusqu’à faire émerger un univers chimérique, à mi-chemin de l’arsenal, du plateau, de la cabine, de la loge et de la scène.

Une épopée photographique dans l’ancienne cathédrale industrielle de Brest
Le choix des Ateliers des Capucins donne à l’exposition une résonance particulière. Installé dans l’ancien arsenal de Brest, ce vaste pôle culturel, de loisirs et d’innovation a transformé une cathédrale de l’industrie navale en grande place publique couverte. Inauguré en 2016, le lieu accueille aujourd’hui des millions de visiteurs, des événements, une médiathèque, un cinéma, des espaces de création, de sport, de restauration et d’innovation. Au cœur de cet espace demeure le Canot de l’Empereur, pièce maîtresse du Musée national de la Marine, comme un rappel majestueux de la mémoire maritime du site.
Dans cet écrin démesuré, Navire amiral se déploie en près d’une centaine d’œuvres photographiques, accompagnées d’un décor original prêté par la Comédie-Française. La scénographie, signée Sylvie Meunier, organise le parcours autour de trois espaces et propose une immersion visuelle et sonore. Brest devient alors plus qu’un lieu d’accueil. La ville agit comme une chambre d’écho. Elle rend sensible la continuité entre l’arsenal, la scène, la mer et les corps au travail.
L’exposition constitue aussi l’un des temps forts des 10 ans des Ateliers des Capucins et s’inscrit dans la programmation des 400 ans de la Marine nationale. Elle prolonge une première présentation à la Comédie-Française durant l’hiver, mais dans une forme plus ample, pensée pour le volume exceptionnel du lieu brestois. Un ouvrage éponyme publié par Les Ateliers EXB accompagnera le projet.
Stéphane Lavoué, du portrait documentaire à la fiction du réel
Stéphane Lavoué appartient à cette famille de photographes qui ne séparent jamais tout à fait le portrait, le documentaire et la fiction. Son regard a croisé les visages de Zinédine Zidane, Salman Rushdie, Emmanuel Macron, Vladimir Poutine, des artistes, des intellectuels, des sportifs, des figures politiques et des anonymes. Après une première vie professionnelle dans la filière bois, qui l’a conduit en Amazonie brésilienne, il se tourne vers la photographie au début des années 2000.
Depuis, son travail circule entre presse, projets artistiques, livres et expositions. Il a publié notamment The Kingdom, Les Mois Noirs, Les Enchanteurs ou Gantt. Ses œuvres ont été exposées dans de nombreux lieux et intégrées aux collections de la Bibliothèque nationale de France, de la Maison européenne de la photographie, du musée de Bretagne à Rennes et du musée de l’Armée à Paris. Lauréat du prix Niépce-Gens d’Images en 2018, il a également participé en 2022 à la Grande Commande Photographique « La France sous leurs yeux », voulue par le ministère de la Culture et pilotée par la BnF.
Son association avec la Comédie-Française, de 2015 à 2025, occupe une place centrale dans ce parcours. Elle lui a permis de photographier non seulement la représentation, mais ce qui la rend possible. C’est peut-être là que se trouve le cœur de Navire amiral : dans cette attention à ceux qui œuvrent dans l’ombre, qu’ils soient techniciens, machinistes, marins, élèves-officiers, personnels embarqués ou membres d’un équipage silencieux. L’exposition ne célèbre pas seulement la puissance des institutions. Elle regarde les gestes qui les tiennent debout.

Visites, projections et rencontres
Durant l’exposition, plusieurs temps forts accompagneront le parcours. Des visites guidées seront ponctuellement menées par Stéphane Lavoué lui-même. Les Ateliers des Capucins prévoient également la projection d’un documentaire consacré à l’amiral Bernard Rogel, ainsi que celle de Photographes du bout d’un monde, film de Catherine Legal réalisé en partenariat avec France 3. Ce documentaire propose un portrait croisé de Jacques de Thézac et de Stéphane Lavoué, deux photographes que sépare un siècle, mais que réunit un même attachement aux habitants, aux paysages et à l’âme du bout du monde breton.
Une rencontre autour de la thématique des sous-marins sera aussi programmée pendant la durée de l’exposition. Le projet est par ailleurs labellisé Bicentenaire de la Photographie par le ministère de la Culture et s’inscrit dans la programmation officielle du Bicentenaire, qui se déroulera du 1er septembre 2026 au 30 septembre 2027.
Avec Navire amiral, Stéphane Lavoué ne signe donc pas seulement une exposition sur la Marine nationale ou sur la Comédie-Française. Il compose une traversée entre deux mondes français majeurs, l’un tourné vers la mer et la souveraineté, l’autre vers la scène et la langue. Deux mondes de transmission, de discipline, de mémoire, d’équipage. Deux mondes où l’on ne voit souvent que ceux qui apparaissent, alors que l’essentiel se joue parfois derrière le rideau, dans la pénombre, dans le ventre du navire.
Informations pratiques
- Exposition : Navire amiral, Stéphane Lavoué
- Dates : du jeudi 11 juin au dimanche 20 septembre 2026
- Lieu : Les Ateliers des Capucins, 25 rue de Pontaniou, 29200 Brest
- Partenaires : Les Ateliers des Capucins, la Comédie-Française, la Marine nationale
- Commissariat : Stéphane Lavoué et Emmanuelle Hascoët
- Scénographie : Sylvie Meunier
- Production et coordination : Fovearts
- Ouvrage : Navire amiral, publié par Les Ateliers EXB
- Site : ateliersdescapucins.fr
