À Saint-Quay-Portrieux, dans les Côtes d’Armor, la galerie Regards d’Ateliers a fêté son premier anniversaire au printemps 2026. Portée par Caroline et Frank Schabaver, cette adresse chaleureuse réunit artistes, artisans d’art, visiteurs de passage et habitants du Goëlo autour d’une même conviction : l’art n’est jamais plus vivant que lorsqu’il se partage.
Derrière sa vitrine du 5 rue Georges-Clemenceau, à deux pas du port et face à la librairie Le Fanal, la galerie Regards d’Ateliers compose depuis un an un paysage sensible où se croisent peintures, photographies, céramiques, bijoux, créations textiles, objets décoratifs, œuvres sur papier et gestes d’artisanat d’art.
Le lieu a été imaginé par Caroline et Frank Schabaver, un couple aussi discret que déterminé, chez qui l’intelligence du regard va de pair avec une bienveillance très concrète. Regards d’Ateliers n’est pas une galerie froide, intimidante ou réservée à quelques initiés. C’est une maison ouverte, un espace de circulation douce, une invitation à prendre le temps de regarder les œuvres, mais aussi à comprendre ce qui les rend possibles : la main, la matière, l’attention, la patience, la fidélité à un savoir-faire.

Une galerie née d’un attachement à Saint-Quay-Portrieux
Caroline et Frank Schabaver connaissaient déjà Saint-Quay-Portrieux avant d’y ouvrir leur galerie. Ils y venaient régulièrement, sensibles à cette station balnéaire à taille humaine, à son port intimiste ouvert sur la ville, à son atmosphère de détente et à sa manière d’offrir, en toute saison, un rapport décontracté à la mer et aux passants. Lorsque l’opportunité d’un local se présente rue Georges-Clemenceau, l’évidence s’impose.
La rue est commerçante, vivante, habitée par un café animé, des restaurants fréquentés et une très belle librairie. Le lieu est suffisamment vaste pour accueillir un projet ambitieux, mais assez intime pour conserver la proximité que recherchent les fondateurs. Très vite, ils y ressentent ce qu’ils appellent une « bienveillance générale ». Il fallait sans doute cela pour qu’un tel projet prenne racine : un local, une rue, une ville, mais surtout une disposition humaine favorable.
Regards d’Ateliers expose aujourd’hui seize artistes et artisans d’art. Le choix du nom dit déjà beaucoup. Il ne s’agit pas seulement de montrer des œuvres, mais de faire apparaître les regards venus des ateliers. Chaque créateur propose une manière d’habiter le monde, de le filtrer, de le transformer en couleurs, en volumes, en lignes, en textures ou en objets à vivre.

Art et artisanat d’art, une frontière et un passage
La singularité de Regards d’Ateliers tient à ce dialogue constant entre art et artisanat d’art. Frank Schabaver, docteur en ethnologie juridique, connaît parfaitement les distinctions administratives et juridiques qui séparent l’œuvre d’art de l’objet issu d’un métier d’art. Mais il sait aussi que cette frontière ne suffit guère à dire l’essentiel. Le passage entre les deux s’opère par l’acte créatif, par cette part d’imagination, de précision, de patience et de transformation qui dépasse la simple maîtrise technique.
Dans la galerie, cette idée se voit immédiatement. Une céramique peut dialoguer avec une photographie. Un bijou répond à une peinture. Une pièce textile prolonge une œuvre sur papier. Rien n’est posé là au hasard. La scénographie cherche moins l’effet spectaculaire que l’harmonie. Chaque artiste trouve sa place sans écraser les autres. L’ensemble donne au visiteur l’impression d’entrer dans une conversation en cours, où les matières discutent entre elles.
Cette attention doit beaucoup à Caroline. Spécialisée en couture, fileuse, dentellière, brodeuse et créatrice de bijoux aux motifs de mosaïque à l’aiguille, elle possède une connaissance intime des métiers du fil et des gestes patients. Son œil est formé par le détail, l’accord des couleurs, la justesse des matières, la manière dont une œuvre respire auprès d’une autre. Elle regarde les pièces exposées comme on compose un tissu, par correspondances, nuances et tensions fines.

Une galerie, mais aussi un lieu de transmission
Regards d’Ateliers ne se contente pas d’exposer. Le lieu veut aussi transmettre. À l’arrière de la galerie principale, une « petite galerie » de 18 m² est mise à disposition, à la semaine, entre avril et septembre, pour des artistes ou artisans d’art professionnels. Ils peuvent y exposer leur travail, créer sur place, proposer des démonstrations ou animer des ateliers. Cette pièce supplémentaire donne au projet une respiration particulière. Elle transforme la galerie en plateforme d’accueil, de visibilité et de rencontres.
L’éthique du lieu repose aussi sur une attention à l’inclusion artistique et artisanale. Caroline et Frank Schabaver souhaitent exposer des œuvres et créations de personnes aux parcours parfois moins attendus, qu’ils qualifient avec leur commune délicatesse de personnes « extraordinaires ». Là encore, l’intention n’est pas déclarative. Elle passe par l’accueil, la scénographie, la disponibilité, la possibilité donnée à chacun d’entrer, de regarder, de poser une question, de se sentir légitime devant les œuvres.
Cette ouverture se traduit également dans les prix. La galerie propose une large gamme qui va de créations accessibles à quelques dizaines d’euros jusqu’à des œuvres qui dépassent le millier d’euros. L’idée est simple et juste : permettre aux habitants d’acheter un cadeau unique, aux visiteurs de rapporter un souvenir qui ne soit pas standardisé, aux amateurs d’art de découvrir une pièce plus importante et aux artistes de rencontrer différents publics.

« Gens du Portrieux », portraits d’un quartier vivant
L’été 2026 sera marqué par un temps fort particulièrement attachant : Gens du Portrieux, une exposition de portraits réalisée par Soizic Loquillard, peintre, et Jean-Robert Loquillard, photographe. Sœur et frère, tous deux artistes, ils ont choisi de représenter des figures du quartier du port, celles et ceux qui vivent et font vivre le Portrieux.
Le projet est présenté comme un « assortiment non exhaustif et totalement subjectif ». La formule est belle, car elle dit bien qu’il ne s’agit pas d’un inventaire officiel, mais d’une galerie de visages, de présences, de familiarités. Soizic Loquillard approche les personnes par la peinture. Jean-Robert Loquillard les saisit par la photographie, notamment en noir et blanc. Deux techniques, deux sensibilités, une même attention portée aux êtres.
L’exposition circulera en plusieurs lieux de Saint-Quay-Portrieux : au café Le Bon Dieu Sans Confession du 14 juin au 20 août, à la galerie Regards d’Ateliers du 14 juillet au 15 août, puis à l’ancienne mairie du 31 août au 5 ou 6 septembre. Un vernissage est annoncé le 20 juin.
En parallèle, Jean-Robert Loquillard proposera des séances de studio photo en noir et blanc les samedis après-midi 20 juin, 18 juillet, 1er août et 15 août, sur réservation auprès de la galerie. L’occasion, pour celles et ceux qui le souhaitent, de repartir non avec une simple image, mais avec un vrai portrait travaillé, posé, inscrit dans une démarche artistique.

Un lieu à regarder, et à revoir
Regards d’Ateliers a quelque chose d’assez rare : une ambition sans arrogance. La galerie ne revendique pas de révolutionner l’art contemporain, mais elle le remet à hauteur humaine. Elle relie les artistes aux habitants, les artisans aux visiteurs, les savoir-faire aux objets, les images aux visages du quartier. Elle rappelle qu’une ville littorale ne vit pas seulement de ses plages, de son port et de ses terrasses, mais aussi de ces lieux modestes et lumineux où se fabrique une culture de proximité.
À Saint-Quay-Portrieux, Caroline et Frank Schabaver ont ouvert plus qu’une galerie, ils ont créé un seuil. On y entre pour voir des œuvres ; on en ressort souvent avec l’impression d’avoir rencontré des gestes, des matières, des personnes et une certaine idée de l’art : non pas l’art comme distinction sociale, mais l’art comme attention partagée.

Focus : le droit au service de la création
La présence de Frank Schabaver donne à Regards d’Ateliers une autre dimension, plus rare dans le monde des galeries indépendantes. Ancien responsable administratif et financier du Palais des Beaux-Arts de Lille, aujourd’hui chef du service juridique de Saint-Brieuc Armor Agglomération, il accompagne aussi des artistes et artisans d’art à travers son activité de conseil en droit de l’art. Pour lui, le droit ne doit pas être un langage d’intimidation, mais un outil de protection et de clarification.
Cette approche se retrouve dans l’organisation même de la galerie, portée par une association sans but lucratif. Contrats de dépôt-vente, autorisations liées au droit d’auteur, équilibre des engagements, pédagogie administrative : tout est pensé pour que les créateurs puissent présenter leur travail dans un cadre sérieux, lisible et rassurant. Des rencontres publiques autour des questions juridiques seront d’ailleurs proposées aux artistes et artisans d’art durant l’été et l’automne prochains.
Il y a là une belle idée, politique au sens noble du terme. Défendre l’art partagé, ce n’est pas seulement accrocher des œuvres aux murs. C’est aussi créer les conditions matérielles, humaines et juridiques qui permettent à ces œuvres d’exister durablement, d’être vues, vendues, comprises et respectées.
Informations pratiques
Regards d’Ateliers
5 rue Georges-Clemenceau, 22410 Saint-Quay-Portrieux
Téléphone : 06 27 12 08 43
Horaires habituels
Lundi : 10 h-12 h 30
Mercredi, jeudi et samedi : 10 h-12 h 30 et 14 h 30-19 h
Vendredi : 14 h 30-19 h
Horaires renforcés du 14 juillet au 15 août
Ouverture du lundi au samedi, matin et après-midi, de 10 h à 12 h 30 et de 14 h 30 à 19 h, voire plus tardivement selon l’affluence.
Exposition Gens du Portrieux
Soizic Loquillard, peintre, et Jean-Robert Loquillard, photographe
Regards d’Ateliers : du 14 juillet au 15 août 2026
Le Bon Dieu Sans Confession : du 14 juin au 20 août 2026
Ancienne mairie : du 31 août au 5 ou 6 septembre 2026
Vernissage annoncé le 20 juin 2026
Studio photo par Jean-Robert Loquillard
Samedis après-midi 20 juin, 18 juillet, 1er août et 15 août 2026, sur réservation auprès de la galerie.
Visite en langue des signes
Samedi 4 juillet 2026 à 18 h, pour un public de personnes sourdes ou malentendantes.
Photos : Jean-Robert Loquillard
