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UNIDIVERSLE MÉDIAVERS CULTUREL
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Matisse Plein Soleil : un livre lumineux

Avec ce livre, Stéphane Manel nous invite à découvrir la relation imaginaire qu’il entretient avec le Matisse des dernières années. Un ouvrage touchant, par le texte comme par l’image.

Les grandes expositions, parisiennes notamment, sont souvent l’occasion de publier de beaux catalogues ou de rééditer des ouvrages de référence devenus introuvables. Ce moment éditorial privilégié permet également de s’aventurer hors du champ balisé des biographies, des monographies et des études historiques. De faire un pas de côté.

La magnifique exposition consacrée aux dernières années de Matisse au Grand Palais¹ offre ainsi l’occasion de retrouver le monumental Matisse de Pierre Schneider dans une édition abordable chez Flammarion, mais aussi d’emprunter des chemins plus buissonniers avec Stéphane Manel et son Matisse Plein Soleil.

L’auteur nous avait déjà enthousiasmés avec Exercice de Staël — voir notre chronique —, ouvrage dans lequel il vagabondait aux côtés du peintre disparu à Antibes. Il récidive avec Matisse et avec la Côte d’Azur, qui forme un fil rouge entre les deux livres : les dernières années du peintre de La Danse se déroulent en effet à Nice, puis près de Vence.

matisse plein soleil

Dessiner « à la manière de », sans jamais copier

En feuilletant l’ouvrage, nous sommes une nouvelle fois séduits par les dessins de Stéphane Manel, dont la première force est de proposer des images « à la manière de » sans jamais tomber dans la copie. Comme il l’indique en avertissement, il crée des images librement inspirées de l’œuvre du peintre.

Une telle démarche suppose de comprendre profondément le travail de l’artiste, de l’intégrer à son propre imaginaire sans le plagier. Une nouvelle fois, Stéphane Manel y parvient pleinement.

Le bleu côtoie le jaune, comme dans les papiers découpés de Matisse. Les personnages surgissent d’un unique trait noir, retenu dans son mouvement et son amplitude, mais néanmoins capable de révéler une personnalité. À ces évocations stylistiques, Stéphane Manel ajoute des pages oniriques ou symboliques, complétées par des dessins et des peintures inspirés de nombreux documents photographiques.

Derrière cet apparent capharnaüm visuel se dessine la figure de Matisse : celle d’un vieil homme entièrement absorbé par son art, contraint d’inventer de nouveaux moyens de création parce qu’il ne peut plus se tenir debout devant un chevalet. Un artiste qui poursuit son travail coûte que coûte, presque sourd aux soubresauts du monde extérieur. Créer jusqu’à son dernier souffle.

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La peinture devenue livre

Le texte n’est ni une biographie ni un essai. Stéphane Manel raconte avant tout, de manière indirecte, son rapport personnel au peintre. Il se sert même de l’univers de Matisse pour illustrer un souvenir d’enfance, revisité à l’aune des collages de l’artiste.

Il s’attache néanmoins à deux épisodes marquants de la fin de sa vie. Le premier est la publication de Jazz, ce livre d’art appelé à marquer l’histoire et aujourd’hui réédité sous une forme beaucoup plus modeste².

« Ce n’est pas un livre sur la peinture. C’est la peinture qui est devenue un livre », peut-on lire. L’ouvrage aurait d’ailleurs pu s’intituler Cirque, tant les références au chapiteau y sont nombreuses.

Après avoir visité l’exposition, on ajoutera que, aussi soigneuses que soient les reproductions — y compris dans les éditions successives et parfois très coûteuses —, les pages originales exposées dégagent une émotion singulière. Les griffures, les découpes et les irrégularités du geste y demeurent apparentes, révélant directement le processus créatif de l’artiste.

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La chapelle du Rosaire de Vence

Stéphane Manel s’attache ensuite à la réalisation de la chapelle du Rosaire de Vence, directement liée à la rencontre de Matisse avec une jeune infirmière, Monique Bourgeois.

Lorsqu’elle arrive auprès de lui, on pourrait songer à une seconde Lydia Delectorskaya, cette jeune femme russe devenue tour à tour aide-soignante, modèle, secrétaire, conseillère et, peut-être, amante du peintre. Mais une différence majeure sépare les deux femmes : Monique Bourgeois, qui n’apprécie guère alors la peinture de Matisse, croit en Dieu et souhaite lui consacrer son existence. Leur relation demeurera donc platonique.

Monique sera pourtant à l’origine du dernier grand œuvre de l’artiste. Devenue sœur Jacques-Marie, elle rejoint une communauté religieuse chargée de faire construire une nouvelle chapelle, située presque en face de la résidence provisoire de Matisse.

De cette proximité naît la chapelle du Rosaire de Vence. Dans ce cadre simple et modeste, Matisse conçoit les vitraux, les peintures murales, les vêtements sacerdotaux et plusieurs objets liturgiques. Il y rassemble les formes, les couleurs et les préoccupations spirituelles qui traversent les dernières années de son travail.

Un ouvrage à reprendre au gré de l’humeur

Tel est le charme du livre de Stéphane Manel, qui oscille entre le noir et la couleur, l’histoire de l’art et les souvenirs personnels. Un ouvrage inclassable, sinon parmi ceux que l’on laisse traîner sur une table et que l’on ouvre puis rouvre au gré de l’humeur.

Ne serait-ce que pour cette image de profil du vieux Matisse, dont semblent jaillir, comme par magie, des ramifications de corail coloré. Tout un symbole.

Matisse Plein Soleil, de Stéphane Manel. Éditions Seghers, 120 pages, 23 €.

* Exposition Matisse 1941-1954, au Grand Palais, à Paris, jusqu’au 26 juillet.

** Jazz, éditions Hazan, 45 €.

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L’auteur

Eric Rubert

Le duel Anquetil Poulidor sur les pentes du Puy-de-Dôme en 1964, les photos de Gilles Caron dans le Quartier latin en Mai 68, la peur des images des Sept boules de cristal de Hergé, les Nus bleus de Matisse sur un timbre poste, Voyage au bout de la Nuit de Céline ont façonné mon enfance et mon amour du vélo, de la peinture, de la littérature, de la BD et de la photographie. Toutes ces passions furent réunies, pendant douze années, dans le cadre d’un poste de rédacteur puis rédacteur en chef de la revue de la Fédération française de Cyclotourisme.