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UNIDIVERSLE MÉDIAVERS CULTUREL
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À Saint-Eustache, la chapelle Saint-Vincent-de-Paul révèle ses peintures du XVIIe siècle

Après plusieurs mois de travaux, la chapelle Saint-Vincent-de-Paul de l’église Saint-Eustache, au cœur du quartier des Halles à Paris, a retrouvé son éclat. Le chantier a surtout permis de mettre au jour des peintures murales du XVIIe siècle jusqu’alors dissimulées sous des repeints du XIXe siècle. Restauré, cet écrin patrimonial accueille de nouveau La Vie du Christ, le triptyque testamentaire de Keith Haring.

Église Saint-Eustache à Paris

Une église à la croisée du gothique et de la Renaissance

Au cœur du 1er arrondissement de Paris, l’église Saint-Eustache domine le quartier des Halles depuis plusieurs siècles. Une première chapelle est édifiée sur le site au début du XIIIe siècle, avant la création de la paroisse en 1223. Devenue trop petite pour une population en pleine croissance, elle laisse place à l’édifice actuel, dont la construction s’étend de 1532 à 1634.

Avec ses 105 mètres de longueur, ses 43,5 mètres de largeur, ses voûtes culminant à plus de 32 mètres et ses vingt-quatre chapelles, Saint-Eustache est l’une des plus vastes églises de la capitale. Sa structure demeure profondément gothique, tandis que son décor architectural emprunte largement au vocabulaire de la Renaissance.

Intérieur de l’église Saint-Eustache à Paris

Par son plan et son élévation, Saint-Eustache est parfois surnommée « la fille de Notre-Dame ». Comme la cathédrale parisienne, elle possède une nef flanquée de doubles bas-côtés, un vaste transept, un chœur entouré d’un double déambulatoire et une couronne de chapelles. À cette organisation médiévale répondent des piliers, chapiteaux, arcs et ornements inspirés de l’Antiquité et de la Renaissance italienne.

Un monument restauré par campagnes successives

Saint-Eustache a connu de nombreuses transformations. En 1844, un grave incendie ravage notamment l’orgue, les voûtes et une partie de l’édifice. Victor Baltard, futur architecte des pavillons des Halles, est alors chargé par la Ville de Paris d’une vaste campagne de restauration et d’embellissement. Il coordonne le travail de nombreux peintres et dessine plusieurs éléments du mobilier, dont le buffet du grand orgue, la chaire et le maître-autel.

Propriétaire de l’édifice en application de la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905, la Ville de Paris a engagé dès 1991 un vaste programme de sauvegarde. Les interventions ont successivement concerné les couvertures, les façades, le chevet, les vitraux, les décors intérieurs et plusieurs chapelles.

Le transept sud, tourné vers le jardin Nelson-Mandela, a été entièrement restauré entre 2016 et 2018. Le massif occidental du XVIIIe siècle, comprenant la façade principale, la tour nord, la loggia, le pronaos et les vestibules, a fait l’objet d’un chantier conduit de février 2022 à janvier 2024. Sa réouverture a rendu à Saint-Eustache son entrée historique.

Le grand orgue constitue un autre élément majeur du monument. Sa partie instrumentale actuelle a été reconstruite en 1989 par la manufacture néerlandaise Van den Heuvel, dans le buffet dessiné par Victor Baltard en 1854. Avec 101 jeux, 147 rangs et près de 8 000 tuyaux, il figure parmi les instruments les plus importants de France. Il possède également une seconde console mobile, qui permet à l’organiste de jouer au centre de la nef, au plus près du public.

Sous les repeints du XIXe siècle, le XVIIe réapparaît

La restauration de la chapelle Saint-Vincent-de-Paul s’inscrit dans cette longue reconquête patrimoniale. Préparé à l’automne 2025, le chantier a été mené de novembre 2025 à mars 2026, avant une inauguration officielle le 25 juin. Les travaux ont été placés sous la supervision de la Ville de Paris et intégralement financés par le World Monuments Fund, organisation internationale consacrée à la sauvegarde du patrimoine.

Une équipe de quinze conservatrices-restauratrices, dirigée par Ariel Bertrand, a procédé à la consolidation des couches picturales, au traitement des zones altérées, au nettoyage des surfaces et à la réintégration des lacunes. Cette intervention minutieuse a révélé des décors du XVIIe siècle jusqu’alors masqués par des repeints plus récents. Malgré les anciennes infiltrations d’eau et l’encrassement accumulé, certaines parties sont apparues dans un état de conservation remarquable.

Restauration de la chapelle Saint-Vincent-de-Paul à Saint-Eustache

La chapelle n’a pas toujours été placée sous le patronage de saint Vincent de Paul. Elle était autrefois consacrée à sainte Anne, mère de la Vierge Marie, ce qui explique la présence de plusieurs épisodes consacrés à son histoire. Le mur droit représente notamment la Présentation de la Vierge au Temple. Assise sur les marches du sanctuaire apparaît Anne de Monsigot, épouse de Nicolas Bourlon, commanditaire et donatrice de l’ancien décor.

Les peintures appartiennent toutefois à plusieurs périodes. Au XIXe siècle, le peintre Henri Serrur, né en 1794 et mort en 1876, complète et reprend les compositions du XVIIe siècle, alors endommagées. Il introduit notamment un médaillon représentant saint Vincent de Paul afin d’accorder le décor à la nouvelle dédicace de la chapelle. L’auteur des peintures primitives demeure, à ce jour, inconnu.

Le chantier ne s’est donc pas limité à rendre leurs couleurs aux peintures. Il a permis de mieux distinguer les différentes strates historiques du décor et de comprendre comment les générations successives ont modifié, complété et réinterprété la chapelle.

Keith Haring, une œuvre testamentaire sous les voûtes

La chapelle abrite également La Vie du Christ, un triptyque en bronze patiné à l’or blanc réalisé par Keith Haring en 1990, quelques semaines avant sa mort. Sur le panneau central, le célèbre « bébé rayonnant » de l’artiste apparaît sous un cœur surmonté d’une croix. Autour de lui se déploient des anges et une figure aux bras multiples, dans une composition où se mêlent amour, souffrance, espérance et rédemption.

Né en 1958, Keith Haring meurt des suites du sida le 16 février 1990, à l’âge de 31 ans. Figure majeure de la scène artistique new-yorkaise et du mouvement graffiti, il avait fait de son œuvre un instrument de sensibilisation aux discriminations, à la maladie et à l’exclusion.

La présence de son triptyque à Saint-Eustache n’est pas fortuite. Au plus fort de l’épidémie de sida, la paroisse avait choisi d’accueillir les personnes malades, leurs familles et leurs proches lorsque de nombreuses portes leur restaient fermées. Installée dans l’église au début des années 2000, La Vie du Christ prolonge cette histoire d’hospitalité et de solidarité.

Pendant la restauration de la chapelle, le triptyque, qui ne nécessitait pas d’intervention particulière, a été prêté au musée Dobrée de Nantes pour l’exposition À cœur ouvert, présentée du 17 octobre 2025 au 1er mars 2026. Il a retrouvé Saint-Eustache en juin 2026, désormais mieux éclairé et replacé dans un décor redevenu lisible.

La chapelle restaurée résume ainsi la singularité de Saint-Eustache : un lieu où les siècles ne se succèdent pas en s’effaçant, mais continuent de dialoguer. Les peintures anonymes de 1634, les interventions d’Henri Serrur et l’écriture immédiatement reconnaissable de Keith Haring composent désormais un même ensemble, fait de reprises, de blessures et de renaissances.

Informations pratiques

Église Saint-Eustache
146, rue Rambuteau, 75001 Paris
Adresse postale : 2, impasse Saint-Eustache, 75001 Paris

Horaires d’ouverture pendant l’été 2026, jusqu’au 4 septembre inclus :
du lundi au vendredi, de 10 h à 18 h 30 ;
samedi et dimanche, de 10 h à 19 h 45.

Les visites sont interrompues pendant les célébrations.

Confessions et rencontre avec un prêtre : sur rendez-vous en écrivant à accueil@saint-eustache.org.

Téléphone : 01 42 36 31 05
Site officiel :saint-eustache.org

Accès pour les personnes à mobilité réduite : porte vitrée du transept sud, face au jardin Nelson-Mandela.

À découvrir également : du 10 juillet au 29 septembre 2026, la nef accueille Le Souffle, une installation monumentale de la peintre et sculptrice Lydie Arickx, conçue avec la galerie Loo & Lou. Découpée au laser dans l’aluminium, cette forme rouge de sept mètres de hauteur, six mètres de largeur et 450 kilogrammes évoque à la fois un corail, un arbre de vie et un organisme en suspension. L’œuvre interroge la beauté et la vulnérabilité des écosystèmes marins.

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L’auteur

Martine Gatti

Martine Gatti est une jeune retraitée correspondante de presse locale à Paris et dans le pays de Ploërmel depuis bien des années.

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