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UNIDIVERSLE MÉDIAVERS CULTUREL
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Paris. Les orangs-outans prennent de la hauteur au Jardin des Plantes

À la Ménagerie du Jardin des Plantes, dans le 5e arrondissement de Paris, un nouvel espace extérieur de 2 255 m³ agrandit considérablement le territoire des orangs-outans de Bornéo.

Haute de 15 mètres et dotée de cordages, de nids suspendus, de végétation et de dispositifs de brumisation, la structure ne cherche pas seulement à offrir davantage de place : elle doit permettre aux grands singes de grimper, d’explorer, de choisir leur position et, surtout, de se soustraire au regard des visiteurs.

Nénette, orang-outan de Bornéo à la Ménagerie du Jardin des Plantes
Nénette, doyenne des orangs-outans de la Ménagerie du Jardin des Plantes

Une ménagerie née sous la Révolution française

Ouverte en 1794, la Ménagerie du Jardin des Plantes est l’un des plus anciens zoos encore en activité dans le monde. Son histoire commence cependant deux ans plus tôt. En 1792, Bernardin de Saint-Pierre, alors intendant du Jardin du Roi, défend auprès des autorités révolutionnaires la création d’une ménagerie accessible au public, destinée à l’instruction et à l’étude scientifique des animaux.

En 1793, un arrêté municipal interdit les exhibitions d’animaux sauvages dans les rues de Paris. Les bêtes confisquées aux montreurs ambulants sont alors accueillies dans des installations provisoires du Jardin des Plantes. L’année suivante, un décret de la Convention fonde officiellement la Ménagerie, qui rassemble bientôt 58 animaux.

Vue de la Ménagerie du Jardin des Plantes à Paris

Parmi ses premiers pensionnaires figurent plusieurs survivants de l’ancienne ménagerie royale de Versailles : le couagga du cap de Bonne-Espérance, aujourd’hui disparu, le lion Woira et son compagnon, un chien braque, une antilope bubale et six paons. Contrairement à ce qui est parfois raconté, le célèbre rhinocéros indien de Versailles n’arrive pas vivant au Jardin des Plantes : il meurt en 1793, avant son transfert, puis rejoint les collections scientifiques du Muséum sous la forme d’un spécimen naturalisé.

La Ménagerie se construit progressivement autour de fabriques, de fosses, de volières et de bâtiments dont plusieurs sont aujourd’hui protégés au titre des monuments historiques. La Rotonde est édifiée entre 1802 et 1812, les Fosses aux ours en 1805, la Galerie des reptiles en 1870 et la Grande Volière en 1888. Ce patrimoine architectural exceptionnel témoigne aussi de l’évolution du regard porté sur les animaux sauvages et sur les conditions de leur captivité.

De Zarafa à Nénette, deux siècles d’histoire animale

L’une des pensionnaires les plus célèbres de la Ménagerie demeure la girafe offerte en 1826 au roi Charles X par Méhémet-Ali, vice-roi d’Égypte. Débarquée à Marseille le 23 octobre 1826, elle y passe l’hiver avant d’entreprendre, en mai 1827, une marche de 41 jours vers Paris sous la conduite du naturaliste Étienne Geoffroy Saint-Hilaire.

Première girafe vivante aperçue en France, elle provoque une véritable « girafomanie ». Quelque 600 000 personnes viennent l’admirer pendant l’été 1827. Elle restera dix-huit ans à la Ménagerie. Le nom de Zarafa, sous lequel elle est aujourd’hui connue, ne lui sera cependant attribué que longtemps après sa mort.

Deux siècles plus tard, une autre figure concentre l’attention du public : Nénette, femelle orang-outan née à Bornéo en 1969 et arrivée à Paris en 1972. Elle est l’une des dernières orangs-outans vivant dans un parc zoologique à avoir été prélevée dans la nature, une pratique que le Muséum condamne désormais. Son âge exceptionnel nécessite un suivi vétérinaire et comportemental adapté.

Un zoo historique en pleine transformation

La Ménagerie occupe aujourd’hui environ 5,5 hectares au cœur du Jardin des Plantes. Ses enclos, ses volières et ses bâtiments se découvrent au fil d’un parcours libre, dans un paysage arboré qui constitue l’une des singularités du site.

Le lieu ne se présente toutefois plus comme une accumulation d’animaux exotiques. Entre 2010 et 2023, la Ménagerie a divisé par trois le nombre d’animaux qu’elle hébergeait. Elle privilégie désormais des espèces de petite ou moyenne taille, adaptées aux contraintes du site, ainsi que des espèces menacées participant à des programmes internationaux de conservation.

Parcours arboré de la Ménagerie du Jardin des Plantes
Végétation et installations de la Ménagerie du Jardin des Plantes

Cinq orangs-outans de Bornéo au cœur de Paris

La Ménagerie accueille actuellement cinq orangs-outans de Bornéo : Nénette, Théodora, Tamü, Banggi et Java. L’orang-outan de Bornéo, Pongo pygmaeus, est l’une des trois espèces actuelles d’orangs-outans, avec l’orang-outan de Sumatra et celui de Tapanuli.

Les populations sauvages ne subsistent aujourd’hui que sur les îles de Bornéo et de Sumatra. Les mentions de la Chine ou de Java renvoient à leur aire de répartition ancienne et ne correspondent plus à leur présence actuelle. Les trois espèces sont classées « en danger critique d’extinction » sur la liste rouge mondiale de l’Union internationale pour la conservation de la nature.

À Bornéo, la destruction et la fragmentation des forêts, l’expansion des plantations industrielles, les incendies, la chasse et le trafic illégal ont entraîné un effondrement des populations. Selon le Muséum, les orangs-outans ont perdu environ 80 % de leur territoire au cours des dernières décennies et leurs effectifs ont diminué de moitié.

Un espace de 2 255 m³ pensé en trois dimensions

Fruit de plusieurs années de conception et de travaux, le nouvel aménagement offre aux orangs-outans un volume de 2 255 m³, presque équivalent à celui d’une piscine olympique. Sa surface couverte atteint 570 m², soit cinq fois celle de l’espace précédemment occupé par les animaux.

La structure comprend notamment :

  • plus de 300 mètres de cordages ;
  • des nids suspendus ;
  • des troncs et agrès réalisés dans différentes essences de bois ;
  • une cinquantaine d’espèces végétales ;
  • des bassins à débordement ;
  • un système de brumisation que les orangs-outans peuvent eux-mêmes déclencher.

Son armature tridimensionnelle en acier inoxydable culmine à 15 mètres. Elle favorise les déplacements arboricoles, essentiels pour ces grands singes qui passent une grande partie de leur existence dans les arbres. Elle leur offre également des points d’observation élevés sur le Jardin des Plantes.

Orang-outan dans le nouvel espace extérieur de la Ménagerie

Pouvoir se montrer, mais aussi disparaître

L’intérêt du nouvel habitat ne réside pas seulement dans ses dimensions. Il introduit une possibilité essentielle : celle de choisir son degré d’exposition. Les orangs-outans peuvent se rapprocher des visiteurs, prendre de la hauteur ou disparaître derrière les éléments végétaux et les aménagements.

Cette faculté de retrait marque une évolution importante par rapport aux anciens dispositifs zoologiques, principalement conçus pour rendre l’animal constamment visible. Un habitat plus respectueux doit au contraire accepter qu’un animal puisse ne pas se montrer, interrompre une interaction ou chercher un espace calme.

Le volume est ainsi organisé pour stimuler une diversité de comportements : grimper, se suspendre, construire ou occuper un nid, explorer, rechercher de la nourriture, manipuler des objets et entretenir des relations sociales. L’enjeu n’est donc pas seulement de proposer un espace plus grand, mais un environnement effectivement utilisable et suffisamment complexe pour éviter la monotonie.

Des soins fondés sur la coopération

Le nouvel aménagement comprend également un espace technique équipé d’une balance intégrée. Il doit permettre de développer l’entraînement médical fondé sur le renforcement positif.

Ces séances apprennent aux orangs-outans à participer volontairement à certains examens. Les animaux peuvent, par exemple, présenter un bras pour une injection ou une prise de sang, montrer leur abdomen pour une échographie ou ouvrir la bouche afin que leur dentition soit contrôlée.

La coopération de l’animal permet de limiter les contentions, les anesthésies et le stress associés aux manipulations. Elle repose sur un apprentissage progressif et sur la relation de confiance établie avec les soigneurs animaliers et l’équipe vétérinaire.

Le Muséum mène parallèlement plusieurs travaux scientifiques avec les orangs-outans de la Ménagerie : étude du microbiote intestinal, observation des capacités cognitives, recherches sur la théorie de l’esprit et évaluation du bien-être.

Observer les effets réels du nouvel habitat

Une étude comportementale conduite avec des chercheurs du CNRS et du Muséum accompagne l’ouverture de l’installation. Elle compare les comportements observés avant, pendant et après l’appropriation du nouvel espace.

Les scientifiques analysent notamment la fréquence et la diversité des comportements, l’utilisation des différentes hauteurs, les interactions sociales et la manière dont chaque individu occupe ou évite certaines zones. Ces observations doivent permettre de déterminer si l’agrandissement améliore effectivement la qualité de vie des animaux et, le cas échéant, de modifier certains aménagements.

Cette méthode rappelle qu’un espace spectaculaire pour le visiteur n’est pas nécessairement pertinent pour l’animal. Sa qualité se mesure d’abord à ce qu’il permet de faire, aux comportements qu’il rend possibles et aux choix qu’il laisse à ses occupants.

Un agrandissement qui ne clôt pas le débat sur la captivité

La création de ce nouvel espace ne fait pas disparaître les interrogations éthiques liées à la présence de grands singes dans un parc zoologique urbain. L’histoire même de Nénette, prélevée à Bornéo avant son arrivée à Paris en 1972, rappelle la violence de pratiques autrefois admises.

Le Muséum affirme aujourd’hui condamner ces prélèvements. Les orangs-outans nés dans les parcs zoologiques européens sont suivis dans le cadre de programmes coordonnés, destinés à préserver la diversité génétique de la population placée sous responsabilité humaine. Un animal âgé comme Nénette, habitué depuis plus d’un demi-siècle à son environnement et à ses soigneurs, ne pourrait être relâché sans subir un stress majeur et sans disposer des aptitudes nécessaires à une vie autonome dans la forêt.

L’enjeu du nouvel habitat doit donc être apprécié sans angélisme : il ne reconstitue pas une forêt de Bornéo et ne résout pas la crise écologique qui menace l’espèce. Il représente néanmoins une amélioration concrète des conditions de vie des cinq orangs-outans dont la Ménagerie a désormais la responsabilité.

Infos pratiques

Ménagerie, zoo du Jardin des Plantes
Muséum national d’Histoire naturelle
57, rue Cuvier ou place Valhubert
75005 Paris

Horaires habituels : tous les jours de 10 h à 18 h jusqu’au 25 octobre 2026. Du 26 octobre 2026 au 28 février 2027, ouverture de 10 h à 17 h. Fermeture le 25 décembre. Dernier accès aux caisses une heure avant la fermeture.

Tarifs : 13 € en plein tarif ; 10 € en tarif réduit ; pass famille à 40 €. Gratuité notamment pour les moins de 3 ans, les titulaires du Pass annuel Muséum, les personnes en situation de handicap et leur accompagnateur, sous réserve des justificatifs demandés.

Accès : métro lignes 5 et 10, station Gare d’Austerlitz ; ligne 7, station Censier-Daubenton ; ligne 10, station Jussieu ; RER C, gare d’Austerlitz.

Attention : en période de vigilance rouge canicule, la Ménagerie peut faire l’objet d’une fermeture exceptionnelle. Il est recommandé de vérifier les conditions d’ouverture avant le déplacement.

Renseignements : 01 40 79 56 01.

Nouvel espace extérieur des orangs-outans à la Ménagerie du Jardin des Plantes
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L’auteur

Martine Gatti

Martine Gatti est une jeune retraitée correspondante de presse locale à Paris et dans le pays de Ploërmel depuis bien des années.

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