Lamballe-Armor. Henri Rivière et Mathurin Méheut : deux regards français à l’ombre du Japon

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Henri Rivière Mathurin Méheut

Avec l’exposition consacrée à Henri Rivière, le Musée Mathurin Méheut de Lamballe-Armor propose une conversation subtile entre deux artistes majeurs dont les trajectoires se croisent sous l’influence d’un phénomène esthétique qui bouleversa l’art occidental à la fin du XIXe siècle, le japonisme.

Plus qu’un courant artistique, le japonisme fut une révolution du regard. L’ouverture du Japon au monde occidental après des siècles d’isolement introduit en Europe une esthétique nouvelle, fondée sur la simplification des formes, l’audace des cadrages, la puissance expressive de la ligne et une relation inédite à la nature. Des impressionnistes aux symbolistes, des arts décoratifs à l’illustration, peu de créateurs échappèrent à cette fascination. Henri Rivière et Mathurin Méheut comptent parmi les héritiers les plus singuliers de cette rencontre entre Orient et Occident. Pourtant, tout semble les opposer.

Chez Henri Rivière, le Japon est avant tout une révélation esthétique. Admirateur des grands maîtres de l’estampe, il s’approprie leurs procédés et leur vision du paysage pour composer une œuvre d’une remarquable délicatesse. Dans ses séries consacrées à la Bretagne ou aux environs de Paris, la nature devient le véritable sujet. Les silhouettes humaines s’effacent presque entièrement, laissant place à des horizons silencieux, à des ciels changeants et à des lumières subtilement modulées. Rivière ne copie pas le Japon : il l’assimile pour mieux réinventer le paysage français.

Face à lui, Mathurin Méheut offre une expérience radicalement différente. Son voyage au Japon en 1914 constitue un événement fondateur. Là où Rivière contemple un Japon rêvé à travers les estampes, Méheut découvre un Japon vécu. Il observe, dessine, consigne, s’imprègne. Cette immersion nourrit durablement son œuvre et son regard sur le monde. Chez lui, la présence humaine demeure essentielle : artisans, pêcheurs, travailleurs, scènes de rue ou de marché témoignent d’une curiosité ethnographique autant que d’une profonde empathie envers les sociétés qu’il observe.

L’exposition révèle ainsi deux voies possibles du japonisme français. L’une privilégie l’épure, la contemplation et la poésie du paysage ; l’autre célèbre le mouvement, la vie et la richesse des cultures humaines. Entre ces deux pôles se dessine toute la diversité d’un courant qui a profondément renouvelé les arts européens.

Le parcours présenté au Musée Mathurin Méheut déploie cette réflexion à travers un ensemble particulièrement riche de carnets de voyage, estampes, bois gravés, plaques de zinc, lithographies et œuvres rarement montrées au public. Chaque salle éclaire un aspect de cette filiation artistique et permet de mesurer l’ampleur des échanges esthétiques qui ont façonné la modernité française.

L’un des grands mérites de cette exposition est également de redonner toute sa place à Henri Rivière, souvent réduit à son œuvre gravé alors que son activité embrasse de multiples domaines. Collectionneur passionné, théoricien de l’image, il fut aussi l’une des figures majeures du théâtre d’ombres en France, participant à l’effervescence artistique du célèbre cabaret du Chat Noir. Cette dimension expérimentale et novatrice apparaît ici avec une clarté renouvelée.

Au-delà de la confrontation entre deux artistes, l’exposition interroge la circulation des formes et des idées à l’échelle internationale. Elle rappelle combien la création naît souvent de la rencontre avec l’autre, de l’appropriation sensible d’un ailleurs qui devient source de renouvellement. À l’heure où les échanges culturels occupent une place centrale dans les débats contemporains, cette réflexion résonne avec une étonnante actualité.

Le parcours s’ouvre enfin vers les héritages contemporains du japonisme, notamment à travers l’évocation d’artistes tels qu’André Juillard, démontrant la permanence de cette influence dans l’imaginaire visuel français.

Entre Bretagne et Japon, entre contemplation et observation, entre rêve et expérience, le dialogue orchestré par le Musée Mathurin Méheut offre une remarquable traversée de l’histoire de l’art. Une exposition exigeante, élégante et profondément inspirante qui révèle toute la richesse de deux regards unis par une même fascination pour l’Extrême-Orient.

Henri Rivière
Henri Rivière

Commissariat scientifique

Cette exposition est placée sous le commissariat d’Olivier Levasseur, docteur en histoire moderne et spécialiste reconnu de l’histoire maritime et de l’art du XXe siècle, et de Yann Le Bohec, expert des arts de Bretagne et du japonisme, commissaire de nombreuses expositions consacrées à Henri Rivière.

lamballe musee maturin meheut

Informations pratiques

Henri Rivière et Mathurin Méheut : deux regards sous l’influence du japonisme
Du 4 avril 2026 au 2 janvier 2027

Musée Mathurin Méheut
15, place du Champ-de-Foire
22400 Lamballe-Armor
Tél. : 02 96 31 19 99

Mardi au samedi : 10h-12h30/14h-18h

11 juillet – 21 août
Lundi : 14h/18h 
Mardi au dimanche : 10h/18h

22 août – 27 septembre
Dimanche et lundi : 14h/18h
Mardi au samedi : 10h/12h30 – 14h/18h

Du 28 septembre au 2 janvier 2027 (hors vacances scolaires) 
Dimanche et lundi : fermé
Mardi au samedi : 14h/17h30

Du 17 octobre au 1 novembre et du 19 décembre au 2 janvier 2027 (vacances scolaires)
Lundi : 14h/17h30
Mardi au samedi : 10h/12h30 – 14h/17h30.
Dimanches 19 et 26 oct : 14h/17h30
Autres dimanches : fermé

Bleuenn Morvan
Bleuenn Morvan est correspondante de presse dans les Côtes-d'Armor