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Démarchage téléphonique : le 11 août, la France promet la fin du harcèlement. Nos téléphones vont-ils enfin se taire ?

Chaque jour, des millions de Français décrochent leur téléphone en redoutant ce qu’ils vont entendre : silence au bout du fil, message robotisé, démarcheur insistant, faux conseiller bancaire ou promesse miraculeuse d’économies d’énergie. Le phénomène a même changé de visage : aux numéros autrefois facilement identifiables comme commerciaux ou suspects se substituent de plus en plus des « numéros inconnus », des numéros masqués, mais aussi des numéros français parfaitement ordinaires, non surtaxés, commençant par 01, 02, 03, 04, 05, 06 ou 07. Dans dix jours, le 11 août 2026, une réforme majeure entrera pourtant en vigueur : sauf exceptions, il deviendra interdit de démarcher un consommateur qui n’a pas préalablement donné son consentement. Sur le papier, c’est un basculement historique. Reste une question : nos téléphones vont-ils vraiment cesser de sonner ?

En France, les appels indésirables sont devenus une nuisance d’ampleur nationale. L’Observatoire de la satisfaction client 2026 de l’Arcep, réalisé auprès d’un échantillon représentatif de 5 250 personnes, indique que 94 % des consommateurs ont reçu au moins un appel ou un SMS indésirable au cours des trois mois précédents. Et 57 % disent en recevoir presque quotidiennement.

Le téléphone, qui devrait être un outil élémentaire de communication, est ainsi progressivement devenu un objet dont on se méfie. L’Arcep relève que 92 % des clients des opérateurs ne décrochent plus systématiquement lorsqu’ils voient apparaître un numéro qu’ils ne connaissent pas ; près des deux tiers ne décrochent que rarement ou jamais. Autrement dit, le démarchage et la fraude ont fini par dégrader une fonction essentielle du réseau téléphonique : la confiance dans l’identité de celui qui appelle.

Le démarchage change de visage : désormais, n’importe quel numéro paraît suspect

Le problème ne se résume plus depuis longtemps aux numéros surtaxés ou aux préfixes immédiatement reconnaissables. Les appels intempestifs se présentent désormais sous des formes beaucoup plus difficiles à identifier. Selon le baromètre 2026 de l’Arcep, parmi les personnes qui reçoivent ce type d’appels, 64 % disent en recevoir depuis un numéro mobile, contre 56 % l’année précédente. 33 % en reçoivent depuis un numéro masqué, contre 21 % un an auparavant, et 30 % depuis un numéro manifestement falsifié, contre 26 %.

Voilà pourquoi tant de Français constatent désormais sur leur écran des 01, 02, 04, 06 ou 07 qui ressemblent exactement au numéro d’un particulier, d’un artisan, d’un cabinet médical ou d’une entreprise locale. Le caractère banal et non surtaxé du numéro devient précisément ce qui rend l’appel crédible.

Il faut cependant distinguer les règles applicables au démarchage régulier de leur contournement. L’Arcep a réservé des plages particulières aux systèmes automatisés d’appels : notamment 01 62, 01 63, 02 70, 02 71, 03 77, 03 78, 04 24, 04 25, 05 68, 05 69, 09 48 et 09 49 en métropole, auxquelles se sont ajoutées certaines autres plages. Les plateformes de démarchage ne sont notamment pas censées utiliser un 06 ou un 07 comme s’il s’agissait du portable d’un particulier.

Lorsqu’un appel commercial ou frauduleux apparaît malgré tout sous un numéro mobile banal ou sous un numéro fixe qui ne correspond pas aux plages prévues, plusieurs situations sont possibles. Parmi elles figure l’usurpation du numéro d’un tiers, ou spoofing. Le numéro affiché n’est alors tout simplement pas celui depuis lequel l’appel est réellement émis.

Le phénomène n’est plus marginal. En février 2026, l’Arcep indiquait que 43 % des consommateurs déclaraient avoir été confrontés à une usurpation de numéro au cours des trois mois précédents. Les alertes relatives aux appels et messages non sollicités, abusifs ou aux usurpations ont augmenté de 113 % entre 2024 et 2025. L’Autorité a donc ouvert le 29 janvier 2026 une enquête administrative visant l’ensemble des opérateurs attributaires de numéros français.

11 août 2026 : le principe s’inverse enfin

Jusqu’à présent, le système français reposait largement sur une logique absurde : le consommateur devait demander à ne pas être dérangé, notamment en s’inscrivant sur Bloctel. À partir du 11 août 2026, le principe sera inversé.

La loi n° 2025-594 du 30 juin 2025 prévoit désormais qu’il sera interdit de démarcher par téléphone un consommateur qui n’a pas exprimé préalablement son consentement à recevoir des prospections commerciales. Ce consentement devra être libre, spécifique, éclairé, univoque et révocable et résulter d’un acte positif clair.

La différence est fondamentale : à compter du 11 août, ce ne sera plus au particulier de démontrer qu’il ne souhaite pas être appelé ; ce sera au professionnel de prouver qu’il avait le droit de l’appeler.

Bloctel disparaîtra donc avec l’entrée en vigueur du nouveau régime. Et ce n’est pas un simple changement de vocabulaire juridique. Le décret n° 2026-662 du 23 juillet 2026 précise désormais les modalités du consentement : l’entreprise devra indiquer qui souhaite appeler, pour quels biens ou services et pendant quelle période. Le consentement ne pourra pas être valable plus d’un an et ne pourra pas être renouvelé tacitement. Le consommateur pourra le retirer à tout moment.

Le professionnel devra en outre conserver pendant au moins trois ans la preuve de ce consentement et être en mesure de la communiquer au consommateur qui la réclame. Le changement est considérable.

Ce que la loi n’interdira pas

Il serait cependant trompeur d’annoncer la disparition de tout appel commercial dès le 11 août. Plusieurs exceptions subsistent. Une entreprise avec laquelle un consommateur possède déjà un contrat pourra continuer à l’appeler sans recueillir un nouveau consentement lorsque la sollicitation est directement liée à ce contrat, à un service complémentaire ou à son amélioration.

La prospection concernant la fourniture de journaux, de périodiques ou de magazines bénéficie également d’un régime dérogatoire. En revanche, certains secteurs font l’objet d’interdictions renforcées, notamment la rénovation énergétique, l’adaptation des logements à la perte d’autonomie et le compte personnel de formation.

Autre élément important : lorsqu’un professionnel téléphone à un consommateur, il devra clairement indiquer au début de la conversation son identité, l’identité de la personne pour laquelle il agit éventuellement et la nature commerciale de l’appel. Si le consommateur demande que la communication cesse, le professionnel devra raccrocher et s’abstenir de le contacter à nouveau.

La loi peut supprimer le démarchage illégal. Elle ne supprimera pas les escrocs

C’est là que se situe désormais le véritable enjeu. Un démarcheur respectueux du droit devra pouvoir prouver que vous avez accepté son appel. Un escroc, par définition, se moquera de cette obligation.

Le 11 août ne fera donc pas disparaître mécaniquement les faux conseillers bancaires, faux agents publics, faux fournisseurs d’énergie, robots appelant depuis l’étranger ou officines clandestines qui changent de numéro en permanence. Et il ne réglera pas à lui seul la question des numéros usurpés.

C’est pourquoi la réforme du démarchage ne peut fonctionner qu’avec une deuxième bataille, beaucoup plus technique : celle de l’authentification du numéro présenté sur l’écran du téléphone.

Les opérateurs ont désormais des obligations : fonctionnent-elles ?

La situation a évolué depuis 2025. Il ne serait plus exact d’affirmer que les opérateurs ne font rien. Un mécanisme d’authentification des numéros d’appelant a été progressivement déployé et les opérateurs doivent interrompre certains appels lorsque le numéro présenté ne peut pas être correctement authentifié.

Depuis le 1er janvier 2026, une règle supplémentaire vise notamment les appels venant de l’étranger qui prétendent utiliser un numéro mobile français en 06 ou en 07. Lorsque ce numéro ne peut pas être authentifié, l’opérateur doit désormais masquer le numéro présenté.

C’est une avancée. Mais les chiffres montrent que le problème est loin d’être résolu. La persistance des usurpations a justement conduit l’Arcep à ouvrir une enquête afin de vérifier que les opérateurs appliquent correctement ces dispositifs et d’identifier les routes utilisées par les fraudeurs pour les contourner.

La bonne question n’est donc plus : « Pourquoi les opérateurs ne font-ils rien ? » Elle devient : pourquoi, malgré des obligations désormais beaucoup plus fortes, autant d’appels frauduleux ou indésirables parviennent-ils encore jusqu’aux téléphones des Français ?

Le numéro de téléphone ordinaire est devenu une victime collatérale

Cette évolution entraîne un dommage moins spectaculaire mais considérable : la destruction progressive de la confiance dans l’appel téléphonique lui-même.

Un 06 ou un 07 signifiait autrefois : quelqu’un m’appelle depuis son portable. Un 01, 02, 03, 04 ou 05 pouvait laisser supposer un particulier, une entreprise ou un service situé en France. Ce réflexe n’existe pratiquement plus. Un numéro parfaitement ordinaire peut aujourd’hui être un cabinet médical, un livreur, un employeur, l’école de son enfant — ou un robot commercial, un faux conseiller bancaire ou un numéro usurpé.

Le résultat est paradoxal : pour se protéger, les Français apprennent à ne plus répondre à leur téléphone. Les appels légitimes deviennent ainsi les victimes indirectes du démarchage et de la fraude.

À terme, c’est bien une infrastructure de confiance collective qui se trouve fragilisée. Un réseau téléphonique dans lequel personne ne croit plus le numéro affiché perd une partie essentielle de son utilité.

À partir du 11 août, la loi pourra enfin être jugée sur ses résultats

Il ne reste plus qu’une dizaine de jours avant l’entrée en vigueur du nouveau système. Contrairement à ce que nous pouvions écrire en 2025, les textes d’application existent désormais. Les modalités de consentement sont définies. Les professionnels devront conserver des preuves. Des règles d’authentification des numéros ont été imposées aux opérateurs. Les sanctions existent.

À compter du 11 août, une nouvelle période commencera donc. Et elle permettra de poser une question beaucoup plus simple : est-ce que cela marche ?

Le test ne sera pas théorique. Il suffira de compter les appels.

Si, en septembre, octobre ou novembre 2026, les Français continuent à recevoir quotidiennement des appels commerciaux non sollicités provenant de numéros changeants, de 01, de 02, de 04, de 06, de 07 ou de numéros masqués, il ne suffira plus d’invoquer l’absence de législation. Il faudra déterminer qui ne respecte pas la loi, par quels réseaux passent les appels et pourquoi ils ne sont pas arrêtés avant d’arriver jusqu’à nous.

Ce qui se joue n’est donc pas anecdotique. C’est une question de protection du consommateur, de tranquillité quotidienne, de sécurité contre la fraude mais aussi de confiance dans une infrastructure essentielle.

La loi du 11 août 2026 ne doit pas seulement interdire le démarchage non consenti. Elle doit permettre de vérifier enfin si la France est capable de faire respecter cette interdiction.

Que peut-on faire, en attendant ?

Aucune solution individuelle n’est parfaite, puisque bloquer tous les numéros inconnus revient aussi à risquer de manquer un appel légitime. Plusieurs dispositifs permettent néanmoins de limiter les nuisances.

Sur iPhone : les versions récentes d’iOS permettent de filtrer les correspondants inconnus. Selon les réglages disponibles, l’iPhone peut notamment demander à un appelant inconnu de s’identifier et d’indiquer le motif de son appel avant de faire sonner le téléphone, ou envoyer certains appels inconnus directement vers la messagerie.

Sur Android : l’application Téléphone de Google propose, sur les appareils compatibles, l’identification des appelants et du spam ainsi que différents systèmes de filtrage. Les fonctions disponibles varient selon le constructeur, le modèle du téléphone et la version d’Android.

Les appels et SMS suspects peuvent également être signalés au 33700 et les problèmes liés aux opérateurs, aux appels abusifs ou à l’usurpation de numéro sur la plateforme « J’alerte l’Arcep ».

Enfin, une précaution reste essentielle : ne jamais considérer qu’un interlocuteur est bien celui qu’il prétend être simplement parce que le numéro affiché paraît crédible. En cas d’appel d’une banque, d’une administration, d’un opérateur ou d’une entreprise demandant une information sensible, mieux vaut raccrocher puis rappeler soi-même le numéro officiel de l’organisme concerné.

Car c’est probablement là l’un des effets les plus inquiétants de ces années de démarchage et de fraude : nous avons appris à nous méfier non seulement des numéros suspects, mais désormais de tous les numéros que nous ne connaissons pas.

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