Trémelin. Elly Oldman à L’aparté, une planète imaginaire regarde en face le plastique et l’éco-anxiété

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elly oldman

Du vendredi 29 mai au dimanche 23 août 2026, L’aparté, lieu d’art contemporain de Montfort Communauté, accueille La Planète d’Au-Dessus de la Terre, une exposition d’Elly Oldman. L’artiste illustratrice rennaise y déploie un monde drôle, coloré et interactif, où une petite fille, un robot et des monstres de plastique transforment la pollution et l’éco-anxiété en aventure visuelle, ludique et critique.

Il y a, dans les dessins d’Elly Oldman, une manière singulière de ne jamais séparer l’enfance du sérieux du monde. Ses images semblent d’abord surgir d’un carnet joyeux, peuplé de personnages malicieux, de créatures absurdes, de maisons roses, de robots naïfs, de monstres comiques et de détails à chercher partout. Puis, très vite, quelque chose insiste. Sous la couleur, sous l’humour, sous le plaisir évident de regarder, apparaît une inquiétude plus contemporaine. Que faisons-nous de la Terre ? Que deviennent les déchets que nous produisons ? Comment parler aux enfants, et aussi aux adultes, d’un monde saturé de plastique sans les écraser sous la culpabilité ou la peur ?

C’est toute la force de La Planète d’Au-Dessus de la Terre, nouvelle exposition présentée à L’aparté, au lac de Trémelin, à Iffendic. En résidence-mission depuis 2025, Elly Oldman y développe un projet artistique ambitieux, à la fois graphique, narratif, écologique et interactif. L’exposition prend pour point de départ une planète imaginaire, située quelque part au-dessus de la nôtre. Elle n’est pas une échappatoire. Elle fonctionne plutôt comme un miroir déformant, une fable dessinée où les problèmes terrestres deviennent visibles autrement.

Mattie, Mirligros et les plastimonstres

Au cœur de cette planète se trouvent Mattie, petite fille intrépide, et Mirligros, son robot compagnon. Ensemble, ils affrontent Platastique et les plastimonstres, figures grotesques et inquiétantes des déchets qui envahissent les paysages, les océans, les rues et les gestes les plus ordinaires de notre quotidien. Le procédé est simple en apparence, mais très efficace. Au lieu de transformer l’écologie en discours vertical ou en leçon de morale, Elly Oldman l’incarne dans une fiction. Le plastique devient personnage. La pollution devient adversaire. L’éco-anxiété devient une aventure à traverser.

Cette façon de faire est précieuse. Le thème de la pollution plastique est désormais omniprésent, au risque parfois de produire une forme de saturation. Chacun sait, plus ou moins, que le plastique se fragmente, se disperse, s’accumule, qu’il atteint les milieux naturels et les organismes vivants. Mais savoir ne suffit pas toujours à agir. Trop d’informations peuvent même finir par paralyser. Elly Oldman choisit une autre voie. Elle ne nie pas la gravité du sujet, mais elle le déplace vers l’imaginaire, le jeu, l’observation, la coopération.

Dans ce monde parallèle, l’enfant n’est pas seulement destinataire d’un message écologique. Il devient enquêteur. Il cherche, il repère, il comprend, il relie. L’adulte, lui aussi, est invité à retrouver une forme d’attention active. Le format du grand Cherche & Trouve interactif n’est donc pas anecdotique. Il engage le regard. Il oblige à prendre le temps. Il fait de la pollution un problème disséminé dans l’image, comme elle l’est dans le réel. Il faut scruter, distinguer, nommer, comprendre les formes prises par l’invasion plastique.

Une écologie par le dessin, le jeu et la réalité augmentée

L’exposition ne se limite pas à l’accrochage d’illustrations. Elle associe le dessin à une dimension interactive et à un jeu en réalité augmentée, conçu en collaboration avec le studio Friday Afternoons et le musicien Alexis Lumière. Cette articulation entre image, numérique et son prolonge un axe déjà central dans le travail d’Elly Oldman. Depuis La Grande Histoire du Dessin Sans Fin, projet que le public rennais avait pu découvrir notamment lors du festival Maintenant et auquel Unidivers avait déjà consacré un article, l’artiste explore les possibilités d’un dessin qui ne reste pas immobile.

Chez elle, l’image appelle souvent une action. Elle peut se parcourir, se déplier, se prolonger dans un dispositif numérique, devenir terrain de jeu ou espace d’enquête. Cette hybridation n’a rien d’un gadget. Elle correspond à une manière très contemporaine de raconter. Le dessin garde sa lisibilité, sa fraîcheur, son accessibilité, mais il s’ouvre à d’autres usages. Il devient une surface habitée.

La réalité augmentée trouve ici un usage particulièrement cohérent. Elle permet de faire surgir un autre niveau de lecture, comme si les monstres de plastique, les traces cachées et les signaux écologiques passaient de l’arrière-plan au premier plan. Le visiteur n’est pas face à une catastrophe abstraite. Il entre dans une scène. Il comprend que ce qui paraît minuscule, amusant ou marginal peut révéler une situation plus vaste.

Une artiste rennaise au dessin habité

Elly Oldman est une artiste illustratrice rennaise. Son parcours débute en 2017 avec La Grande Histoire du Dessin Sans Fin, projet dans lequel elle explore pour la première fois le dessin numérique. Depuis, ses œuvres intègrent régulièrement une dimension interactive, souvent nourrie par des collaborations avec des artistes et créateurs numériques. Son univers a circulé dans plusieurs lieux, en France et à l’étranger, de la Cité des sciences à Paris au Museo Interactivo Mirador de Santiago, en passant par l’Institut Français de Cologne.

Son travail se reconnaît à une ligne volontairement accessible, presque enfantine par endroits, mais jamais simpliste. Les personnages ont souvent l’air de sortir d’une marge de cahier ou d’un jeu inventé à plusieurs mains. Les décors sont pleins de signes, de micro-récits, de situations parallèles. Le comique y joue un rôle essentiel. Il désamorce sans affadir. Il permet d’entrer dans des sujets lourds sans les rendre pesants. Il rappelle aussi que l’écologie n’a pas nécessairement besoin d’être lugubre pour être prise au sérieux.

Cette qualité est au cœur de La Planète d’Au-Dessus de la Terre. L’exposition semble conçue pour des publics très larges, enfants, familles, amateurs de dessin, visiteurs curieux, enseignants, médiateurs, promeneurs du lac de Trémelin. Elle parle à chacun par des chemins différents. Aux plus jeunes, elle offre des personnages, des couleurs et une quête. Aux adultes, elle propose une réflexion plus profonde sur nos modes de vie, nos déchets et notre rapport parfois impuissant aux crises écologiques.

L’éco-anxiété transformée en puissance d’attention

Le mot éco-anxiété est devenu familier. Il désigne cette inquiétude diffuse, parfois intense, provoquée par la dégradation de l’environnement, le changement climatique, l’effondrement du vivant ou l’accumulation des pollutions. Chez les enfants comme chez les adultes, cette inquiétude peut produire de la lucidité, mais aussi de la fatigue, du découragement, voire un sentiment d’impuissance.

L’intérêt du projet d’Elly Oldman est précisément de ne pas laisser cette inquiétude à l’état brut. L’artiste la transforme en matière narrative. Elle ne dit pas seulement que le monde va mal. Elle invente un espace où l’on peut regarder ce malaise, le déplacer, le jouer, le comprendre. La fantaisie n’annule pas le réel. Elle permet au contraire de l’approcher sans sidération.

Au plan artistique, cette démarche rejoint une tendance forte de la création contemporaine destinée aux jeunes publics. De nombreux artistes cherchent aujourd’hui à aborder les crises écologiques sans reproduire les formes classiques du discours militant ou pédagogique. Le dessin, le conte, le jeu, l’installation et les technologies interactives deviennent alors des médiateurs. Ils ne simplifient pas nécessairement les enjeux. Ils les rendent habitables.

Une exposition à vivre tout l’été au lac de Trémelin

Présentée en intérieur et en extérieur, l’exposition bénéficie du contexte particulier de L’aparté, lieu d’art contemporain installé au lac de Trémelin. Le site favorise une expérience moins intimidante que celle d’un musée traditionnel. On peut y venir en famille, au détour d’une promenade, d’une journée au bord de l’eau, d’un parcours culturel ou d’une sortie estivale. Le thème écologique y trouve aussi une résonance immédiate, entre paysage, loisirs, nature et conscience des fragilités du vivant.

Le projet bénéficie du soutien de nombreux partenaires, parmi lesquels la DRAC Bretagne, la Région Bretagne, le Département d’Ille-et-Vilaine, l’Institut Français, Rennes Métropole, Electroni[k], le CNC et le Théâtre de l’Éclat. Il est également inscrit dans Le Printemps du dessin. Des actions culturelles accompagnent l’exposition, notamment des rencontres avec l’artiste et des publics scolaires de Montfort Communauté, ainsi que des visites-ateliers pendant la durée de l’exposition.

Avec La Planète d’Au-Dessus de la Terre, Elly Oldman confirme une intuition essentielle. Pour parler d’écologie, il ne suffit pas d’empiler les chiffres, les alertes et les constats. Il faut aussi inventer des formes capables de relancer le désir de regarder, de comprendre et d’agir. Dans ses dessins, les plastimonstres ne font pas disparaître la gravité du monde. Ils lui donnent un visage. Et parfois, donner un visage au problème constitue déjà une première manière de ne plus le subir.

Informations pratiques

Exposition : La Planète d’Au-Dessus de la Terre, d’Elly Oldman
Lieu : L’aparté, lieu d’art contemporain, Lac de Trémelin, 35750 Iffendic
Dates : du vendredi 29 mai au dimanche 23 août 2026
Vernissage : vendredi 29 mai 2026 à 18h30
Entrée : libre et gratuite
Horaires : en juin, du lundi au vendredi de 13h30 à 17h30 ; en juillet et août, du mercredi au dimanche de 14h à 18h. Fermé les jours fériés.
Contact : aparte@montfortcommunaute.bzh — 02 99 09 77 29 / 07 57 76 11 87

Bleuenn Morvan
Bleuenn Morvan est correspondante de presse dans les Côtes-d'Armor