Dimanche sans fin au Centre Pompidou-Metz. Maurizio Cattelan transforme le musée en labyrinthe du temps suspendu

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Présentée au Centre Pompidou-Metz jusqu’au 25 janvier 2027, l’exposition Dimanche sans fin. Maurizio Cattelan et la collection du Centre Pompidou déploie un parcours monumental autour d’un jour en apparence ordinaire, le dimanche. Entre repos et mélancolie, loisir et contrainte, spiritualité et critique sociale, Maurizio Cattelan y dialogue avec près de 400 œuvres de la collection du Centre Pompidou.

Le dimanche est-il un refuge, une suspension, une promesse ou une petite prison hebdomadaire ? Jour du repos, de la famille, de la messe, du stade, du repas prolongé, de l’ennui, du bricolage, de la promenade ou de la solitude, il condense une part considérable de notre imaginaire social. C’est à partir de cette matière apparemment familière que le Centre Pompidou-Metz a conçu Dimanche sans fin, vaste exposition collective réunie autour du regard de Maurizio Cattelan.

L’artiste italien, connu pour son humour noir, son goût de la provocation et sa manière d’atteindre le cœur symbolique des sociétés contemporaines par des gestes d’une simplicité presque insolente, ne se contente pas ici d’occuper les galeries. Il agit en révélateur. Autour de lui, la collection du Centre Pompidou devient un immense réservoir d’images, de formes, de fantômes et de récits. Le dimanche n’y est plus seulement un jour, mais une structure mentale, un intervalle entre travail et loisir, discipline et abandon, croyance et désenchantement.

Exposition Dimanche sans fin au Centre Pompidou-Metz

Un dimanche entre loisir, révolte et mélancolie

L’exposition interroge la séparation entre le temps du travail et le temps du loisir, mais aussi les frontières entre espaces privés et publics, vie spirituelle et culture populaire, lumière et fatigue, désœuvrement et puissance d’imagination. Le dimanche apparaît alors comme un révélateur des contradictions modernes. Il promet le repos, mais il peut aussi exposer au vide. Il protège du monde productif, mais il rappelle que nos existences restent réglées par le calendrier social.

Ce choix thématique correspond admirablement à l’univers de Maurizio Cattelan. L’artiste a toujours travaillé dans cette zone ambiguë où le rire se retourne soudain en inquiétude. Une banane scotchée au mur, un cheval suspendu, un pape frappé par une météorite, un enfant agenouillé, un squelette gigantesque, un doigt dressé devant la Bourse de Milan. Chez lui, l’image frappe vite, mais continue de travailler longtemps. Elle amuse, scandalise, puis laisse apparaître une méditation sur la mort, l’autorité, la croyance, l’enfance, la violence sociale ou le marché de l’art.

À Metz, cette logique se déploie à l’échelle du musée. L’exposition a été conçue pour célébrer les quinze ans du Centre Pompidou-Metz et investit de grands espaces, de la Grande Nef à la Galerie 1, du Forum aux toits des galeries. Elle prend ainsi la forme d’une traversée, presque d’un labyrinthe, où l’histoire de l’art moderne et contemporain rencontre les obsessions d’un artiste qui sait faire de la dérision une méthode critique.

Un abécédaire en 27 sections

Le parcours se déploie en 27 sections, à la manière d’un abécédaire. Chaque section emprunte son titre à un slogan, un vers, un poème, un roman ou une chanson. Certaines entrées ouvrent sur des formules immédiatement suggestives, comme Bats-toi ou Quand nous cesserons de comprendre le monde. La dernière section introduit même une lettre ou un symbole inventé pour l’exposition, comme si l’alphabet ordinaire ne suffisait plus à nommer ce que l’art tente de saisir.

Cette organisation permet de circuler entre les œuvres sans suivre une chronologie trop sage. Le visiteur avance par associations, correspondances, surgissements. Un dimanche n’est jamais linéaire. Il peut commencer dans la lumière, glisser vers l’ennui, rencontrer une rêverie métaphysique, basculer dans la mémoire familiale, puis finir dans une inquiétude politique. L’exposition épouse ce mouvement intérieur.

Les textes de salle prolongent cette logique. Des détenues de l’Institut de réclusion pour femmes de la Giudecca, à Venise, ont écrit des textes inspirés par les 27 titres qui structurent le parcours. Ce geste donne à l’exposition une dimension plus troublante. Le dimanche sans fin n’est pas seulement le temps dilaté du loisir. Il peut aussi être celui de l’enfermement, de l’attente, de la répétition, du temps qui ne passe plus.

Cattelan face à la collection du Centre Pompidou

Dimanche sans fin met en regard près de 400 pièces issues de la collection du Centre Pompidou avec une quarantaine d’œuvres de Maurizio Cattelan. Le dialogue couvre plusieurs périodes et plusieurs médiums, de la peinture à la sculpture, de l’installation au film, de l’objet au document. Le parcours montre des pièces majeures, mais aussi des œuvres plus inattendues, rarement visibles, parfois presque insoupçonnées dans une collection aussi vaste.

Parmi les présences fortes, le Centre Pompidou signale notamment le mur de l’atelier d’André Breton, la table de jeu d’échecs de Marcel Duchamp, La Roue de bicyclette de Marcel Duchamp, ainsi que Souvenirs de la galerie des glaces à Bruxelles d’Otto Dix. Ces œuvres viennent nourrir un ensemble où le surréalisme, Dada, l’art conceptuel, l’histoire du ready-made et les avant-gardes du XXe siècle résonnent avec les stratégies de Maurizio Cattelan.

Le visiteur retrouve aussi plusieurs pièces emblématiques de l’artiste, de Stadium, baby-foot géant, à Comedian, devenue l’une des œuvres les plus commentées de l’art contemporain récent, sans oublier le monumental Felix. Le parcours élargit également le regard vers des sources plus anciennes, notamment par la présence de Gradiva issue des musées du Vatican, afin de rappeler combien les mythes antiques continuent d’informer l’imaginaire moderne et contemporain.

Une scénographie immersive de Berger&Berger

La scénographie est conçue par le duo Berger&Berger, en écho à l’architecture du Centre Pompidou-Metz imaginée par Shigeru Ban et Jean de Gastines. Elle transforme les galeries en une suite d’univers poétiques et circulaires, où l’on ne visite pas seulement une exposition, mais une succession d’états mentaux. Le dimanche devient alors une forme spatiale. On y marche, on y dérive, on y revient, comme dans une boucle.

Ce dispositif convient particulièrement à Maurizio Cattelan, artiste de la mise en scène autant que de l’objet. Ses œuvres ont souvent besoin d’un choc d’apparition, d’un espace de silence, d’un angle de vue inattendu. Elles reposent sur une tension entre évidence et malaise. À Metz, cette tension est amplifiée par la collection du Centre Pompidou, qui lui offre un contrechamp historique considérable.

Le résultat est une exposition à plusieurs vitesses. On peut la parcourir comme un grand spectacle visuel, en se laissant porter par la puissance des œuvres. On peut aussi la lire comme une méditation sur le temps social, les mythologies modernes, la fatigue des sociétés productivistes, la persistance du sacré, l’humour comme défense, et l’art comme manière de faire apparaître ce que nous préférons souvent ne pas regarder.

Metz, capitale provisoire d’un dimanche mondial

Avec Dimanche sans fin, le Centre Pompidou-Metz confirme son rôle singulier dans le paysage artistique français. Loin d’être une simple antenne régionale, l’institution s’affirme comme un lieu capable d’accueillir des propositions ambitieuses, de grande ampleur, en dialogue direct avec la collection nationale du Musée national d’art moderne.

L’exposition arrive aussi dans un contexte particulier. Alors que le Centre Pompidou parisien est engagé dans une période de transformation et de fermeture pour travaux, Metz devient l’un des lieux où la collection continue de circuler, de se recomposer et de se rendre visible autrement. Loin d’un simple transfert d’œuvres, Dimanche sans fin propose une relecture. La collection n’est pas présentée comme un trésor immobile, mais comme une matière à remonter, à troubler, à interpréter.

Le dimanche, disait-on autrefois, était fait pour s’arrêter. Maurizio Cattelan en fait au contraire un moteur d’interrogation. Que reste-t-il quand le travail se tait ? Que deviennent nos croyances quand elles ne sont plus portées par les rites ? Que voit-on lorsque le bruit du monde baisse un peu ? Dans ce temps suspendu, le Centre Pompidou-Metz ouvre une exposition aussi ludique que grave, où le visiteur avance entre sourire, vertige et inquiétude.

Informations pratiques

Exposition : Dimanche sans fin. Maurizio Cattelan et la collection du Centre Pompidou
Lieu : Centre Pompidou-Metz, 1 parvis des Droits-de-l’Homme, CS 90490, 57020 Metz
Dates : jusqu’au 25 janvier 2027
Horaires : 10 h – 18 h les lundis, mercredis et jeudis ; 10 h – 19 h les vendredis, samedis et dimanches ; fermé le mardi
Tarifs : 14 € / 10 € / 7 €
Public : tout public
Commissariat : Maurizio Cattelan, Chiara Parisi, avec l’équipe du pôle Programmation du Centre Pompidou-Metz

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