Vasarely et l’architecture. À Aix-en-Provence, la Fondation devient manifeste optique

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Vasarely et l’architecture Aix-en-Provence
Vasarely et l’architecture Aix-en-Provence

Du 12 juin au 1er novembre 2026, la Fondation Vasarely présente Projet pour une révolution. Vasarely et l’architecture, une exposition consacrée à l’ambition architecturale de Victor Vasarely.

À l’occasion du 120e anniversaire de la naissance de l’artiste et des 50 ans du Centre architectonique d’Aix-en-Provence, le parcours revient sur une utopie majeure du XXe siècle : faire sortir l’art des musées pour l’intégrer à la cité, à l’architecture et à la vie quotidienne.

À Aix-en-Provence, la Fondation Vasarely n’est pas seulement un musée. Elle est déjà une œuvre. Un bâtiment-manifeste. Une cité optique. Un laboratoire monumental où les murs, les façades, les volumes, les alvéoles et les œuvres semblent appartenir à un même organisme visuel. Avec l’exposition Projet pour une révolution. Vasarely et l’architecture, présentée du 12 juin au 1er novembre 2026, la Fondation revient sur cette ambition fondatrice : inventer un art capable de quitter le tableau, de se mêler à la ville et de transformer l’environnement quotidien.

L’année 2026 offre un double anniversaire. Elle marque les 120 ans de la naissance de Victor Vasarely, né en 1906, et les 50 ans de l’inauguration du Centre architectonique d’Aix-en-Provence, ouvert en 1976. Le moment est donc idéal pour relire l’œuvre de Vasarely non seulement comme celle d’un pionnier de l’art optique, mais comme celle d’un artiste qui a pensé l’architecture, l’urbanisme, l’espace public et les usages sociaux de l’art.

L’exposition, coorganisée par la Fondation Vasarely et le Centre Pompidou, bénéficie de prêts d’institutions majeures, parmi lesquelles le Centre Pompidou, le FRAC Centre-Val de Loire et le Musée national Fernand Léger. Elle ne se contente pas de célébrer un monument. Elle en interroge la genèse, les sources, les filiations, les utopies, les réussites et les promesses inachevées. La Fondation devient ainsi son propre sujet d’étude.

Un bâtiment conçu comme une œuvre totale

Le Centre architectonique d’Aix-en-Provence est l’un des rares exemples d’un bâtiment légué à l’histoire par un artiste comme partie intégrante de son œuvre. Vasarely ne voulait pas seulement installer ses créations dans un lieu d’exposition. Il voulait que le lieu lui-même devienne la forme accomplie de sa pensée plastique. Le bâtiment n’est donc pas un écrin neutre. Il est une œuvre habitable, une architecture perceptive, un dispositif d’immersion.

Ses seize alvéoles hexagonales, ses façades en aluminium noir et argent, ses jeux de lumière, ses circulations et ses intégrations monumentales traduisent cette volonté de fusion entre art et architecture. Les formes géométriques simples, carrés, ronds, hexagones, cubes, y sont soumises à des dynamiques de répétition, d’étirement, de déplacement et de vibration. Le spectateur n’est pas seulement face à l’œuvre. Il se déplace en elle. Il en éprouve les effets optiques par son corps, ses pas, ses angles de vision.

Cette dimension reste essentielle pour comprendre Vasarely. L’art optique n’est pas un simple jeu décoratif ou une virtuosité de surface. Il modifie la perception. Il implique le regardeur. Il fait apparaître mouvement, volume, profondeur et instabilité là où il n’y a parfois que plan, couleur et géométrie. Dans le Centre architectonique, ces effets ne restent pas confinés à la toile. Ils deviennent environnement.

Sortir l’art du musée, le faire entrer dans la cité

Le titre Projet pour une révolution n’est pas emphatique. Il renvoie à l’ambition sociale de Vasarely. L’artiste ne rêvait pas seulement de renouveler les formes plastiques. Il voulait transformer le statut de l’œuvre d’art, ses modes de production, sa diffusion et son inscription dans la vie collective. Pour lui, l’art ne devait pas rester réservé aux galeries, aux collections ou aux musées. Il devait rejoindre l’architecture, l’école, la ville, les façades, les places, les objets, les espaces partagés.

Cette ambition s’inscrit dans une histoire plus large, celle des avant-gardes du XXe siècle, du Bauhaus, de la synthèse des arts, des rêves modernistes d’un art utile à la société. Après la guerre, Vasarely se rapproche notamment du groupe Espace, fondé par André Bloc et Félix Del Marle, qui défend l’idée d’une collaboration entre peintres, sculpteurs, architectes et urbanistes. L’exposition revient sur ces filiations, indispensables pour comprendre pourquoi l’œuvre de Vasarely déborde si tôt le cadre du tableau.

Les premières intégrations architecturales réalisées à Caracas en 1954, dans le cadre de la Cité universitaire, constituent l’un des grands épisodes de cette histoire. Elles annoncent les projets ultérieurs de Vasarely et son rêve d’une « Cité polychrome du bonheur », projet non réalisé mais central dans son imaginaire. Le Centre architectonique d’Aix-en-Provence apparaît alors comme la matérialisation la plus spectaculaire de cette utopie : une architecture où l’art ne s’ajoute pas après coup, mais organise l’expérience même de l’espace.

Une exposition sur les sources d’une utopie

Le parcours met en lumière les grands épisodes de cette recherche architecturale. Il rassemble des archives, des études, des œuvres, des documents et des projets qui permettent de replacer la Fondation Vasarely dans une constellation plus vaste. On y croise les références au Bauhaus, les expérimentations de Caracas, les travaux liés à la synthèse des arts, mais aussi des figures comme Yona Friedman, avec la célèbre Ville spatiale, Mathias Goeritz et ses Torres de Satélite, ou encore André Bloc et ses sculptures habitacles.

Ces rapprochements sont précieux. Ils montrent que Vasarely n’est pas un artiste isolé, enfermé dans l’image spectaculaire de l’Op Art. Il appartient à un réseau d’expérimentateurs qui, au XXe siècle, ont pensé l’architecture comme un champ de transformation sociale, perceptive et politique. Tous ne poursuivent pas les mêmes objectifs, mais tous posent une question commune : comment l’art peut-il modifier notre manière d’habiter le monde ?

À cet égard, l’exposition dépasse largement la commémoration. Elle interroge l’actualité d’un projet qui peut sembler à la fois daté et prophétique. Daté, parce qu’il porte l’optimisme moderniste des Trente Glorieuses, la confiance dans la géométrie, la série, l’industrie et la planification. Prophétique, parce qu’il annonce aussi des questions qui nous concernent encore : l’art dans l’espace public, la démocratisation esthétique, la reproductibilité des formes, les rapports entre image, architecture et société de l’information.

La Fondation Vasarely, entre monument et organisme perceptif

Ouverte en 1976, la Fondation Vasarely reste aujourd’hui un bâtiment singulier dans le paysage culturel français. Elle ne ressemble ni à un musée classique, ni à une galerie, ni à un centre d’art ordinaire. Son plan hexagonal, ses façades optiques, ses volumes intérieurs et ses œuvres monumentales forment un dispositif total. On n’y entre pas seulement pour voir des tableaux. On y expérimente une architecture pensée pour activer la perception.

Les intégrations monumentales de Vasarely, hautes de plusieurs mètres, ne font qu’un avec les murs. Elles ne sont pas suspendues dans un espace neutre. Elles construisent cet espace. Les couleurs franches, les formes répétées, les illusions de volume et les effets de mouvement transforment chaque alvéole en champ visuel. Le public devient acteur des effets optiques, car ceux-ci varient selon la distance, le déplacement, la lumière, l’angle et la durée du regard.

Cette expérience est au cœur de l’exposition 2026. Elle rappelle que l’architecture vasarélienne ne se comprend pas seulement par des plans ou des archives. Elle se comprend par la marche, par la fatigue éventuelle du regard, par la sensation d’être enveloppé dans une géométrie animée. La Fondation est à la fois un objet historique et un organisme encore actif.

Vasarely, l’Op Art et la société de l’information

L’une des forces de Vasarely tient à sa capacité à penser l’art au-delà de l’original unique. Son vocabulaire plastique repose sur des modules, des séries, des variations, des combinaisons. Cette logique annonce ce que le Centre Pompidou décrit comme l’art programmé et dialogue, par anticipation, avec certaines préoccupations de la société de l’information. Formes, codes, répétitions, transformations, effets perceptifs : l’œuvre de Vasarely semble parfois proche d’une grammaire visuelle algorithmique avant l’heure.

Ce point est essentiel pour sortir Vasarely d’une lecture trop décorative. Ses œuvres ont parfois été banalisées par leur immense succès graphique, leurs reprises, leurs effets visuels immédiatement reconnaissables. Mais derrière cette séduction optique se trouve une pensée plus radicale : produire des formes reproductibles, combinables, transmissibles, capables de circuler au-delà du marché traditionnel de l’art. Vasarely voulait démocratiser l’œuvre sans la réduire à un simple motif.

L’architecture représentait pour lui un terrain privilégié de cette démocratisation. Une œuvre intégrée à une façade, à un bâtiment ou à une cité n’est plus seulement possédée par un collectionneur. Elle devient environnement commun. Elle agit sur tous, parfois même sur ceux qui ne se pensent pas comme spectateurs d’art. C’est cette ambition, à la fois généreuse et utopique, que l’exposition permet de relire avec distance.

Un journal dessiné pour raconter « l’enfant aux yeux de libellule »

En parallèle de l’exposition de la Fondation, l’Office de Tourisme d’Aix-en-Provence met également Vasarely à l’honneur durant l’été 2026. Jusqu’au 20 septembre, une proposition gratuite permet de découvrir un journal illustré de douze pages conçu par l’équipe des Rencontres du 9e Art, en collaboration avec l’auteur-illustrateur berlinois Jakob Hinrichs.

Tiré à 15 000 exemplaires, ce journal graphique est offert à l’accueil de l’Office de Tourisme et à la Fondation Vasarely, dans la limite des stocks disponibles. Sous forme de fable dessinée, il revient sur l’enfance du plasticien et raconte comment « Victor, l’enfant aux yeux de libellule » est devenu Vasarely, pionnier de l’art optique. Ce détour par la bande dessinée constitue une médiation intelligente. Il rend accessible une figure parfois intimidante, en ramenant l’artiste à une histoire de regard, d’enfance, de perception et de métamorphose.

Cette initiative prolonge l’exposition sans la réduire. Là où la Fondation analyse la genèse architecturale d’un projet majeur, le journal dessiné propose une entrée plus narrative, plus sensible, plus familiale. Les deux approches se complètent : d’un côté, l’utopie architecturale ; de l’autre, la naissance d’un regard.

Une révolution à relire depuis 2026

Relire Vasarely aujourd’hui, c’est accepter une tension. Son projet appartient à une époque qui croyait encore possible de réconcilier industrie, art, ville, progrès social et beauté partagée. Cette confiance peut nous sembler lointaine, voire naïve. Mais elle demeure stimulante. Dans un monde saturé d’images commerciales, d’écrans, de signalétiques agressives et d’architectures souvent standardisées, l’idée d’un art capable d’embellir la vie quotidienne conserve une force critique.

Le rêve de Vasarely n’a pas tout accompli. La « Cité polychrome du bonheur » est restée pour une large part une utopie. L’intégration de l’art à l’architecture a souvent été absorbée par le décor, le branding ou l’aménagement cosmétique. Mais l’exposition d’Aix-en-Provence permet précisément de revenir à l’ambition première, plus radicale : faire de l’art un outil de transformation perceptive et sociale, non un simple supplément esthétique.

À la Fondation Vasarely, cette ambition se voit encore. Elle se traverse. Elle se mesure à l’échelle du corps. En 2026, cinquante ans après l’inauguration du Centre architectonique, l’exposition rappelle que le bâtiment reste l’un des plus beaux paradoxes de l’art moderne : un musée qui voulait abolir la distance entre l’œuvre et la vie, une architecture qui se voulait déjà cité, un manifeste optique devenu monument patrimonial.

Informations pratiques

  • Exposition Projet pour une révolution. Vasarely et l’architecture
  • Lieu Fondation Vasarely, 1 avenue Marcel Pagnol, 13090 Aix-en-Provence
  • Dates du 12 juin au 1er novembre 2026
  • Horaires tous les jours de 10h à 17h30
  • Visites guidées les samedis et dimanches de 11h à 12h, découverte des intégrations monumentales de Victor Vasarely
  • Tarifs plein tarif 15 € ; tarif réduit 12 € ; jeunes 7 à 25 ans et étudiants 9 € ; enfants de 5 à 6 ans 5 € ; forfait famille 40 € ; visite guidée droit d’entrée + 6 € ; gratuités sous conditions
  • Téléphone 04 42 20 01 09
  • Site Fondation Vasarely fondationvasarely.org
  • Page Office de Tourisme consulter la fiche de l’exposition
  • Page Centre Pompidou consulter la présentation du Centre Pompidou
  • Billetterie réserver en ligne

Mise à l’honneur gratuite à l’Office de Tourisme

  • Lieu Office de Tourisme d’Aix-en-Provence, 300 avenue Giuseppe Verdi, BP 40160, 13605 Aix-en-Provence cedex 1
  • Jusqu’au 20 septembre 2026
  • Proposition journal illustré de 12 pages imaginé avec Jakob Hinrichs et les Rencontres du 9e Art
  • Tirage 15 000 exemplaires
  • Tarif gratuit, dans la limite des stocks disponibles
  • Office de Tourisme aixenprovencetourism.com

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