Quelle actualité littérature jeunesse en mai 2026 ?

233

La chronique mensuelle pour toute la famille est arrivée i

Pour accompagner les beaux jours, pourquoi ne pas piocher dans la nouvelle sélection jeunesse d’Unidivers ? Au programme : de l’aventure, de l’humour, de l’écologie, du voyage temporel, de la poésie graphique, de l’action, mais aussi de l’émotion et de belles questions sur l’identité, l’amitié et la place que l’on se fait dans le monde.

Petite enfance – dès 2 ans

Petites familles, Camille Romanetto, éditions Little Urban
Famille – Imagination – Quotidien

Petites familles Camille Romanetto

Des papas livres et leur petit, des mamans champignons et leur bébé… Regardez autour de vous, il existe plein de petites familles.

Avec délicatesse, Camille Romanetto invite les tout-petits à contempler les familles d’objets qui peuplent leur quotidien. Chaque double page repose sur un principe simple et efficace : une phrase claire, presque comptine, et une illustration tendre qui transforme les choses ordinaires en petites tribus attachantes. Livres, champignons, chaussures ou objets familiers deviennent autant de personnages à observer, reconnaître, nommer, associer.

L’album fonctionne à hauteur d’enfant. Il encourage le regard, l’attention aux formes, le plaisir de classer et d’inventer. Derrière sa simplicité apparente, Petites familles propose une première initiation poétique au monde : tout peut devenir récit, tout peut faire famille, pour peu que l’on apprenne à regarder autrement ce qui nous entoure.

Maternelle – dès 3 ans

Petit Tête en l’air, Agnès de Lestrade, Martina Motzo, Gautier-Languereau
Animaux – Maladresse – Quotidien

Petit Tête en l’air, Agnès de Lestrade et Martina Motzo

Un peu dans les nuages, souvent dans la lune… Saperlipopette ! Petit Tête en l’air fait tout à l’envers.

Que feriez-vous si vous étiez un petit raton laveur rêveur, distrait, toujours un peu à côté du monde ? C’est le quotidien de Petit Tête en l’air, qui prend la mousse à raser pour de la chantilly, se coiffe avec la brosse du chat et transforme chaque geste banal en petite catastrophe délicieuse. Agnès de Lestrade signe un texte vif et joueur, tout en répétitions, en surprises et en tendresse.

Les illustrations à l’aquarelle de Martina Motzo enveloppent cette maladresse d’une douceur lumineuse. Rien n’est jamais vraiment grave dans cet album : les erreurs deviennent des détours, les étourderies ouvrent des chemins de fantaisie. Petit Tête en l’air est un livre rassurant pour les enfants qui se sentent parfois décalés. Il leur dit, avec humour, que l’on peut faire autrement, se tromper souvent, et rester profondément aimable.

Moi ? Une tache ?, Pieter Koolwijk, Linde Faas, Kaléidoscope
Identité – Imagination – Métamorphose

Moi ? Une tache ?, Pieter Koolwijk et Linde Faas

Tout commence par une tache d’encre. Une erreur, croit-on. Mais la tache proteste : elle est bien plus que cela ! À force de se transformer — en insecte, en oiseau, en poisson, en créature indéfinissable mais fière de l’être — elle nous entraîne dans une métamorphose poétique et débridée.

Qu’est-ce qu’une tache ? Une maladresse ? Un accident ? Ou le début d’un monde ? Pieter Koolwijk joue avec cette question minuscule pour bâtir un album plein d’esprit, où l’erreur revendique soudain le droit d’exister. La tache refuse d’être réduite à ce que les autres voient d’elle. Elle se transforme, se défend, s’invente, change de forme et de destin.

Les illustrations pleine page de Linde Faas donnent à cette métamorphose une force visuelle remarquable. L’encre devient matière vivante, souffle, mouvement, apparition. Moi ? Une tache ? célèbre la liberté créative, l’imprévu, la différence et la possibilité de faire œuvre à partir d’un prétendu défaut. Un album très réussi pour parler d’identité sans discours pesant, en laissant les enfants rire, regarder et deviner.

Junior – dès 5 ans

L’Ours et la Graine, Poonam Mistry, éditions Kimane
Animaux – Nature – Protection

L’Ours et la Graine, Poonam Mistry

Ours vit dans une vaste forêt. Mais une nuit, les arbres et les plantes disparaissent, et les animaux fuient avec tristesse la forêt dépouillée. C’est alors qu’Ours trouve une graine au creux d’une touffe d’herbe. Il décide de la protéger, demande conseil aux rares animaux qu’il croise et travaille sans relâche pour l’aider à grandir.

Cet album richement illustré prend la forme d’un conte écologique. De l’eau, de l’amour, de la lumière, de la patience : au fil des pages, les enfants découvrent, aux côtés de l’ours, tout ce dont une graine a besoin pour devenir un arbre. Le récit avance avec simplicité, mais sa portée est grande. Il parle de réparation, de soin, de responsabilité et de ces petits gestes qui, accumulés, peuvent rendre au monde une part de sa beauté.

Poonam Mistry déploie un univers visuel somptueux, inspiré notamment par les motifs décoratifs, les tapisseries et certaines traditions picturales indiennes. Les formes foisonnent, les couleurs vibrent, chaque page semble tissée plutôt que simplement dessinée. L’Ours et la Graine est une fable sensible sur la protection de la nature, idéale pour aborder l’écologie avec les plus jeunes sans effroi, mais sans naïveté.

Grand lecteur – dès 8 ans

Alix et Huguette, Maud Begon, Bayard Jeunesse
Humour – Quotidien – Voyage temporel

Alix et Huguette, Maud Begon

Cher journal, aujourd’hui, j’ai fait une découverte complètement folle : l’armoire que maman a installée dans ma chambre est un accès vers la chambre d’une petite fille d’il y a soixante-dix ans, Huguette !

Avec une armoire en guise de portail temporel, les deux héroïnes passent de 1953 à 2023 en quelques pas. D’un côté, Huguette, curieuse et inventive ; de l’autre, Alix, vive et téméraire. Entre elles, soixante-dix ans d’écart, des habitudes différentes, des objets étranges, des mots nouveaux, des manières de vivre qui se répondent et se bousculent.

Maud Begon construit une bande dessinée pleine de fraîcheur autour d’une idée très efficace : comparer deux époques par le regard de deux enfants. Coiffures des années 1950, découverte de l’informatique, fêtes de Noël, vie de famille, école, objets du quotidien : chaque chapitre devient l’occasion de mesurer ce qui change et ce qui demeure. L’humour naît du décalage, mais l’émotion vient de l’amitié qui grandit entre Alix et Huguette. Une série prometteuse, accessible et intelligente, parfaite pour les jeunes lecteurs qui aiment les histoires à la fois drôles, tendres et un peu magiques.

Luminous, Guillem Marí, éditions de la Gouttière
Acceptation de soi – Imaginaire – Solitude

Luminous, Guillem Marí

Dans un monde gris et morose, la jeune Color semble isolée, coupée des autres. Grâce à Zen, une petite chatte, elle découvre un passage vers un ailleurs lumineux, riche en nature et en couleurs. Mais au bout du chemin… une part d’ombre l’attend.

Aux côtés de la jeune Color, le lecteur part dans une épopée initiatique et contemplative. Luminous est une bande dessinée sans texte, ce qui en fait une expérience de lecture particulière : chacun avance à son rythme, observe les détails, relie les images, invente ses silences. Le récit parle de solitude, de peur, de transformation et de cette lumière intérieure que l’on ne découvre parfois qu’en traversant ses zones d’ombre.

L’univers graphique de Guillem Marí évoque une grande promenade mentale, entre rêve d’enfant, forêt enchantée et inquiétude douce. Les planches à l’aquarelle, mêlées à des retouches numériques, composent un monde d’une grande richesse visuelle. On pense parfois à la poésie écologique du cinéma d’animation japonais, parfois à des silhouettes plus étranges, presque gothiques, mais l’album conserve sa voix propre. Luminous invite à ralentir, à regarder, à ressentir. Une bande dessinée lumineuse, justement, sur l’acceptation de soi et la traversée de l’invisible.

Ados – dès 12 ans

La Cité des sables, Shen Nianhua, Zhao Ze, éditions Jungle
Combat – Histoire – Romance

La Cité des sables, Shen Nianhua et Zhao Ze

Chine, IXe siècle. Alors que le royaume de Tubo et la dynastie Tang s’affrontent pour le contrôle de l’Asie intérieure, Shazhou, ville aux confins du désert du Taklamakan, pourrait devenir l’une des clés du conflit. Le récit suit plusieurs trajectoires : une mystérieuse jeune femme surgie près du temple de Mogao, des voyageurs aux intentions incertaines, des secrets politiques et des fidélités prêtes à se briser.

Nouvelle bande dessinée des auteurs du Sixième Dalaï-Lama, La Cité des sables mêle récit historique, aventure, romance et intrigue politique. Shen Nianhua, passionné d’histoire chinoise, s’inspire du contexte troublé du IXe siècle et de l’imaginaire de Dunhuang, carrefour spirituel, artistique et commercial de la route de la soie. Le décor est déjà un personnage : désert, temples bouddhistes, palais, fresques, caravanes, frontières mouvantes.

Le dessin de Zhao Ze donne à cette fresque une ampleur séduisante. Les paysages sont vastes, les costumes soignés, les visages expressifs. Le rythme alterne scènes de fuite, moments d’attente, révélations progressives et tensions sentimentales. L’ensemble installe les bases d’une série ambitieuse, où l’amour et la loyauté se heurtent aux rapports de force entre empires. Un premier tome captivant, qui donne envie de suivre cette cité de sable jusque dans ses secrets les plus enfouis.

Retrouvez la chronique du Sixième Dalaï-Lama via ce lien.