André Dauchez, né à Paris le 17 mai 1870 et mort dans la capitale le 15 mai 1948, fut peintre, graveur, dessinateur, illustrateur et photographe. Mais c’est surtout comme artiste des rivages bretons qu’il demeure aujourd’hui à redécouvrir.
Attaché aux bords de l’Odet, à Bénodet, Loctudy, Lesconil et à la Cornouaille maritime, André Dauchez a composé une œuvre de silence et d’espace, où le vent, l’eau, les dunes et les pins deviennent les véritables personnages.
André Eugène Marie René Dauchez naît le 17 mai 1870 dans le 7e arrondissement de Paris. Son père, Fernand Dauchez, est avocat ; sa mère se nomme Claire Thirial. Très tôt, l’enfant manifeste un goût vif pour le dessin. Cette inclination ne relève pas d’un simple talent d’enfance. Elle deviendra une discipline de toute une vie, une manière de regarder le monde, d’en saisir les lignes, les volumes, les tensions et les silences.
Chez André Dauchez, le dessin n’est jamais seulement une étape préparatoire. Il constitue une méthode. Avant de peindre ou de graver, l’artiste observe, simplifie, retient. Il cherche moins l’effet que la structure. Une rive, une maison basse, un arbre incliné, un ciel d’orage, une anse ouverte suffisent à mettre son regard en mouvement. Cette économie du motif donnera à ses paysages leur force contenue.

Entre 1887 et 1890, il fréquente l’atelier de Luc-Olivier Merson, peintre, décorateur et critique d’art. Il reçoit ainsi une formation où la précision du dessin compte autant que la construction picturale. La gravure occupe bientôt une place décisive. André Dauchez s’initie aux exigences de la planche, à la morsure de l’acide, aux noirs, aux blancs, aux valeurs intermédiaires, à cette patience de l’image qui demande du temps avant de livrer toute sa profondeur.
Il commence, comme beaucoup d’artistes de sa génération, par la gravure d’interprétation, avant de s’en éloigner progressivement. Plusieurs techniques l’intéressent — vernis mou, aquatinte, burin, pointe sèche — mais l’eau-forte devient son domaine privilégié. Elle lui permet de traduire les transparences d’eau, les lourdeurs du ciel, les terres basses, les ports, les estuaires, les masses d’ombre et les souffles invisibles qui traversent ses paysages.

Son entourage familial joue également un rôle important. Sa sœur aînée, Jeanne Dauchez, elle-même artiste peintre, épouse en 1890 Lucien Simon. Ce dernier, figure majeure de la peinture bretonne, encourage André Dauchez et l’accompagne dans son affirmation artistique. Le dialogue entre les deux hommes comptera beaucoup, même si André Dauchez construira peu à peu une voie plus silencieuse, moins narrative, plus tournée vers l’espace que vers la scène.
Le 25 avril 1898, André Dauchez épouse à Paris Marie-Thérèse Le Lièpvre, fille du peintre Maurice Le Liepvre, mort l’année précédente. Le couple aura huit enfants. Cette vie familiale nombreuse ne l’éloigne pas de son travail. Au contraire, elle s’inscrit dans un réseau d’artistes, d’amitiés, de séjours bretons et de fidélités territoriales qui nourrissent durablement son œuvre.


La Bretagne entre très tôt dans la vie d’André Dauchez. Dès les années 1890, sa famille séjourne à Bénodet, sur l’embouchure de l’Odet. En 1893, elle s’installe à la maison de Kergaït, située non loin de l’entrée de l’estuaire. Ces étés bretons seront décisifs. Ils donnent à André Dauchez un territoire intérieur, mais aussi une vocation maritime. Là, il découvre les anses, les ports, les vasières, les bateaux, les nuages rapides et les lumières changeantes du Sud-Finistère.
En 1903, il fait construire à La Palue du Cosquer, dans le quartier de Larvor à Loctudy, une maison reconnaissable à ses deux tours. L’une d’elles devient son atelier. Située légèrement au-dessus de la mer, entre Lesconil et Loctudy, cette maison-atelier devient son point d’ancrage. Chaque été, André Dauchez y retrouve les paysages qui formeront le cœur de son œuvre. La Bretagne n’est plus un lieu de séjour, mais une matrice.
La Bretagne d’André Dauchez n’est pourtant pas celle des cartes postales. Il ne cherche ni le folklore facile, ni la scène pittoresque, ni l’anecdote régionale. Les figures humaines restent rares, parfois presque effacées. Ce qui domine, ce sont les estuaires, les grèves, les dunes, les villages bas, les ports, les pins, les rivières et les ciels. Son art regarde moins la Bretagne comme un décor que comme une architecture naturelle faite d’eau, de terre et d’air.
Au tournant du XXe siècle, André Dauchez appartient aussi à une génération d’artistes qui cherche une autre voie que les clartés néo-impressionnistes. Aux côtés notamment de Lucien Simon, Charles Cottet, Edmond Aman-Jean, George Desvallières ou Maurice Denis, il est associé par la critique à ce que l’on nommera la « Bande noire ». Cette appellation désigne moins une école constituée qu’une sensibilité commune, attachée aux tonalités graves, aux matières denses, aux scènes plus intériorisées.
Pour autant, André Dauchez ne se réduit à aucun groupe. Son œuvre s’affirme dans la durée, par fidélité à quelques motifs essentiels. Le paysage y domine presque toujours. Les silhouettes humaines, lorsqu’elles apparaissent, ne prennent jamais toute la place. Elles appartiennent au lieu, comme les bateaux, les maisons, les chemins, les arbres ou les murets. Chez lui, l’espace commande. L’homme n’est pas absent, mais il n’est plus le centre.
En 1899, André Dauchez acquiert une presse à gravure. Dès lors, il tire lui-même ses eaux-fortes. Ce choix dit beaucoup de son tempérament. Il veut maîtriser l’ensemble du processus, depuis le travail de la plaque jusqu’à l’épreuve finale. Cette autonomie technique, presque artisanale, correspond à son exigence profonde. André Dauchez ne délègue pas volontiers la matière de son œuvre. Il la travaille, la reprend, l’éprouve lui-même.

Sa reconnaissance publique s’installe progressivement. Il devient sociétaire de la Société nationale des beaux-arts en 1896, puis membre de son comité en 1922, avant d’en prendre la présidence en 1931, après Jean-Louis Forain. En 1900, l’Exposition universelle de Paris lui décerne une médaille d’argent. Il reçoit ensuite la Légion d’honneur, comme chevalier en 1911, puis comme officier en 1932. En 1938, il est élu membre de l’Académie des beaux-arts, section gravure.
En 1922, André Dauchez est nommé peintre officiel de la Marine. Le titre ne relève pas chez lui d’une simple distinction honorifique. Il correspond à une expérience vécue. Dauchez est marin. Il navigue, connaît les côtes, approche les rivages depuis la mer, observe les ports depuis les bateaux. Il possède plusieurs embarcations au fil de sa vie, dont La Rose des Vents, thonier aménagé pour la plaisance, mais aussi La Grande Ourse, L’Embellie, Le Narval ou L’Aventure.

Cette familiarité concrète avec la mer donne à ses œuvres leur densité. André Dauchez ne peint pas le littoral comme un promeneur de passage. Il en connaît les seuils, les mouvements, les attentes. Ses paysages semblent souvent suspendus avant ou après l’événement. Un bateau à sec, une grève vide, une lumière qui baisse, un ciel menaçant, une rivière large suffisent à faire sentir la durée. Tout est calme, mais tout respire.
Ses dessins jouent un rôle majeur dans cette recherche. On y trouve une sûreté de trait qui laisse peu de place à la correction visible. La mine de plomb lui permet d’aller à l’os du motif. Le dessin fixe une charpente, une courbe, une masse, une vibration. Qu’il s’agisse d’une étude préparatoire ou d’une œuvre autonome, il révèle la même attention au réel dépouillé.

André Dauchez fut également un illustrateur recherché. Ses eaux-fortes accompagnent plusieurs ouvrages de bibliophilie, souvent publiés en tirages limités. Il illustre notamment Le Foyer breton. Contes et récits populaires d’Émile Souvestre, Le Livre de l’Émeraude d’André Suarès, La Mer dans les bois d’André Chevrillon, récit lié à l’Odet, ainsi que Monsieur le Vent et Madame la Pluie, d’après Paul de Musset. Dans ces livres, son imaginaire du vent, de l’eau et du conte breton trouve un prolongement naturel.
Son œuvre circule aussi largement. Il expose en France et à l’étranger, notamment à Barcelone, Bruxelles, Budapest, Munich ou Pittsburgh. Plusieurs musées conservent aujourd’hui ses travaux, en France comme hors de France. Le musée d’Orsay possède plusieurs de ses peintures. Le Musée départemental breton de Quimper conserve une importante collection de gravures. Ses œuvres figurent également dans d’autres collections publiques, ce qui rappelle que sa discrétion actuelle ne doit pas être confondue avec une absence de reconnaissance.
Redécouvrir André Dauchez aujourd’hui, c’est donc retrouver une modernité moins bruyante que celle des avant-gardes spectaculaires. Il n’est ni un simple peintre régionaliste, ni un témoin décoratif de la Bretagne. Il invente une manière d’habiter le paysage par la ligne, le vide, la respiration, la retenue. Son œuvre ne cherche pas à séduire vite. Elle demande de s’arrêter.
Marie-Thérèse Dauchez meurt en 1946. André Dauchez disparaît à Paris le 15 mai 1948, deux jours avant ses soixante-dix-huit ans. Il est inhumé au cimetière de Seine-Port, en Seine-et-Marne. À Loctudy, une rue porte son nom, comme un signe discret de fidélité à celui qui fit de ce territoire l’un des grands ateliers de sa vie.
Il laisse une œuvre abondante de peintre, graveur, dessinateur, illustrateur et photographe. Une œuvre liée aux bords de l’Odet, à Bénodet, Loctudy, Lesconil, aux estuaires et aux ciels mouvants de Cornouaille. Une œuvre où la Bretagne n’est jamais un cliché, mais une présence. Une œuvre de vent, de silence et de lumière retenue.

Sources : Wikipédia.
Bibliographie
- René Gobillot, « André Dauchez », Paris, 1937.]
- Jean-Gabriel Goulinat, « André Dauchez », Bulletin annuel de l’Académie, Publications de l’Institut de France, 1938, p. 93-99.
- André Chevrillon, « André Dauchez », Drogues et Peintures 57, Paris, 1940.
- E. Bénézit, Dictionnaire des Peintres, Sculpteurs, Dessinateurs et Graveurs, Paris, 1976, t. III, p. 373.
- M. Osterwalder, Dictionnaire des Illustrateurs (1890-1945), Neuchâtel, 1992, t. II, p. 286.
- Stéphane Brugal, « André Dauchez, Portraitiste de la Cornouaille », Nouvelles de l’estampe, n°251, été 2015, p. 20-28.
- Stéphane Brugal, André Dauchez, Portraitiste de la Cornouaille, Catalogue raisonné de l’œuvre gravé, 2018 (ISBN 978-2-9564449-0-9).
