En ce mois de mai, les parutions littéraires dessinent un paysage contrasté, où se croisent quête d’évasion et exploration des zones d’ombre. Si la scène française privilégie des récits sensibles, portés par des trajectoires intimes et des élans de reconstruction, la littérature étrangère, plus âpre, n’hésite pas à sonder les failles sociales et les dérives humaines. Entre romans lumineux, fresques chorales et thrillers haletants, cette sélection fait aussi la part belle aux formats poche, idéals pour accompagner les premières escapades de la saison.
Depuis 2015, la Bordelaise Virginie Grimaldi enchaîne les succès en librairie, au point de figurer en 2020 parmi les auteurs les plus lus en France. Autant dire que chaque nouvelle parution est attendue avec impatience. Dans D’autres printemps (Flammarion, 6 mai 2026), elle imagine un road trip sensible entre Flora, une jeune femme dont les rêves viennent de voler en éclats, et sa grand-mère. Bien décidée à quitter l’hôpital, cette dernière entraîne sa petite-fille vers un village de Toscane, sur les traces de son passé. L’une avance vers ses souvenirs, l’autre vers son avenir. Ainsi, au fil du voyage, les silences se fissurent et les vérités émergent. Une mécanique narrative éprouvée, mais toujours efficace.
Avec Un jour sans femme (L’Iconoclaste, 7 mai 2026, lire un extrait), Laetitia Colombani renoue avec la structure chorale qui avait fait le succès de La Tresse. Trois femmes, sur trois continents, que rien ne relie a priori, refusent chacune à leur manière les inégalités salariales, le harcèlement et le poids des déterminismes. D’isolées, elles deviennent une force collective. Le roman pose alors une question essentielle. Que se passerait-il si les femmes cessaient, ne serait-ce qu’un jour, de faire tourner le monde ?


Ornella Petit signe avec Le souffle (JC Lattès, 13 mai 2026, feuilleter) un premier roman à l’imaginaire singulier. Elle y raconte l’histoire de Reva qui, après deux lourdes opérations pulmonaires, renaît à la vie. Jusqu’à repousser ses limites en apnée. Dans un monde où l’océan est devenu interdit, son irrépressible appel du large la pousse à braver les interdits et à partir en quête de sens. Récit intime, le roman est aussi une ode à la puissance du vivant.
Trois destins et une même aspiration à la liberté traversent également le nouveau roman de Kathryn Stockett. Quinze ans après La couleur des sentiments, l’autrice nous emmène dans un orphelinat du comté de Lafayette. Meg, orpheline inadoptable, Birdie, à la recherche de sa sœur, et Charlie, internée de force dans un asile, voient leurs trajectoires se croiser et rejoignent Le Calamity Club (Robert Laffont, 28 mai 2026, traduit par Laura Satz). Mais dans une ville gangrenée par l’hypocrisie, le moindre écart peut devenir dangereux. Un roman porté par des personnages forts et une narration maîtrisée.
Dans Theo (JC Lattès, 6 mai 2026, traduit par Sophie Aslanides, feuilleter), Allen Levi donne vie à un vieil homme attachant qui arrive un matin dans la petite ville de Golden. Au café local, quatre-vingt-douze portraits d’habitants sont accrochés aux murs. Theo entreprend de les acheter un à un pour les restituer à leurs modèles. À chaque rencontre, une histoire se dévoile, une relation se tisse, une vie s’éclaire. Un roman délicat sur la générosité et la force des liens humains.

Avec À deux pas du paradis (Flammarion, 6 mai 2026, traduit par Diniz Galhos, feuilleter), James Frey dresse une satire mordante du monde des ultrariches. À New Bethlehem, dans le Connecticut, Devon et Belle, deux femmes belles et richissimes, organisent une soirée échangiste pour tromper leur ennui. Mais jeux de pouvoir, trahisons et dérives font rapidement basculer la soirée. Un roman acide sur la vacuité et la décadence.
Figure majeure de la scène littéraire internationale, Mariana Enriquez voit publié en mai son tout premier roman, écrit à seulement dix-neuf ans. La descente, c’est le pire (Éditions du Sous-Sol, 7 mai 2026, traduit par Anne Plantagenet) nous plonge dans le Buenos Aires interlope des années 1990. Un texte urbain, cru et fiévreux, où se mêlent poésie et noirceur.
Cette tension entre lumière et obscurité se prolonge naturellement dans les romans noirs.
Jacques Expert, maître du polar français, signe avec L’ascenseur (Calmann-Lévy, 6 mai 2026) un thriller implacable. Chaque mercredi, Victor passe de chez son père à l’appartement de sa mère. Ce jour-là, l’enfant disparaît mystérieusement entre le rez-de-chaussée et le cinquième étage. La commissaire Jeanne Péroni et la capitaine Pauline Brézulier disposent de treize jours pour le retrouver. Une mécanique sous tension, redoutablement efficace.


Avec Le disparu de Nantucket (Recamier, 13 mai 2026), Laure Rollier mêle enquête et drame intime. Alix voit son mari disparaître sans explication. Sa voiture est retrouvée dans une forêt du Rhode Island, avec un élément troublant : l’ADN d’un homme mort dix-huit mois plus tôt. Aidée du lieutenant Verdier, lui aussi lié à cette énigme, elle se lance dans une quête de vérité aussi personnelle que périlleuse.
Camilla Grebe et Carl-David Pärson livrent avec Le vent de Norrberga (Calmann-Lévy, 20 mai 2026, traduit par Anna Gibson, feuilleter) un thriller psychologique teinté de surnaturel, au cœur d’une maison hantée. Une atmosphère glaçante et immersive.
Avec L’intruse (City, 6 mai 2026, traduit par Karine Forestier, feuilleter), Freida McFadden continue à monopoliser les têtes de gondole dans les librairies. Beaucoup apprécient son talent pour les intrigues addictives et les retournements de situation.
Côté poche, les lecteurs retrouveront l’humour grinçant de Raphaël Quenard avec Clamser à Tataouine (J’ai lu, 6 mai 2026). En littérature étrangère, hommage à Paul Auster avec Baumgartner (Babel, 6 mai 2026, traduit par Anne-Laure Tissut). Mais aussi Nino Haratschwili avec La lumière vacillante (Folio, 21 mai 2026, traduit par Barbara Fontaine), une fresque ample et vibrante portée par quatre figures féminines.
Pour les amateurs de romans noirs, cherchez La fille sans nom (Le Livre de Poche, 6 mai 2026, traduit par Pauline Babin). Lisa Regan propose une enquête haletante menée par l’inspectrice Josie Quinn autour de l’enlèvement d’un bébé et d’une affaire de tueur en série
