Robinson Crusoé à l’Opéra de Rennes. Offenbach, Laurent Pelly et l’art joyeux de l’aventure

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opéra robinson

Du 16 au 24 juin 2026, l’Opéra de Rennes hissera les voiles avec Robinson Crusoé de Jacques Offenbach, dans une mise en scène de Laurent Pelly. Une île, un naufrage, des couplets bondissants, une fantaisie scénique promise à tous les vents, l’Orchestre National de Bretagne sous la baguette de Guillaume Tourniaire et une distribution de belle allure : voilà un final de saison qui sent bon l’aventure, l’esprit français et le grand plaisir d’opéra.

Robinson Crusoé, tout le monde croit connaître. Une île, un naufrage, un homme seul devant l’océan, quelques bricolages de survie, la rencontre avec Vendredi, l’immense théâtre du monde réduit à une plage. Mais il suffit qu’Offenbach s’en mêle pour que le sable se mette à chanter, que les palmiers prennent des airs de coulisses, que l’aventure fasse des entrechats et que le vieux mythe de Daniel Defoe se change en fête lyrique, drôle, vive, traversée d’éclairs poétiques.

Avec Robinson Crusoé, l’Opéra de Rennes ne propose pas seulement un titre rare. Il offre une redécouverte. On joue souvent l’Offenbach des grands tubes, celui de La Belle Hélène, de La Vie parisienne, des Brigands ou d’Orphée aux enfers. On connaît aussi, bien sûr, le versant plus fantastique et plus nocturne des Contes d’Hoffmann. Mais entre ces deux mondes, il existe un Offenbach d’aventure, d’imagination, de couleurs orchestrales, un Offenbach qui rit avec grâce et rêve avec aplomb. C’est celui-là qui débarque à Rennes.

Laurent Pelly, capitaine du comique et de la poésie

À la barre, Laurent Pelly. Et le choix a tout de l’évidence heureuse. Le metteur en scène, qui signe aussi les costumes, possède ce talent très français et très rare de faire jaillir le rire sans jamais l’écraser. Chez lui, le comique ne tape pas du pied. Il surgit, fuse, se glisse dans un geste, un pli de costume, une entrée de côté, un regard légèrement trop sérieux pour être honnête. Il sait que l’opéra-bouffe n’est pas une plaisanterie prolongée, mais une mécanique d’intelligence, une manière de regarder les puissants, les naïfs, les rêveurs et les conquérants en les faisant chanter un peu trop vite.

Pour sa première mise en scène présentée à l’Opéra de Rennes, Laurent Pelly arrive donc avec un terrain de jeu idéal. Robinson Crusoé appelle le mouvement, l’invention, la surprise. Il faut y faire apparaître une île sans tomber dans l’image de carte postale, y faire vivre l’exotisme sans naïveté, y préserver la joie sans étouffer la question qui traverse l’œuvre. Qu’est-ce qu’un étranger ? Qui croit civiliser qui ? Que reste-t-il des certitudes d’un homme quand le monde qu’il connaissait disparaît sous ses pieds ? Offenbach pose ces questions sans froncer le sourcil. Il préfère les faire danser.

La presse, déjà, a salué cette production avec un bel entrain. Culture First a évoqué une mise en scène « particulièrement brillante ». Transfuge a souligné la joie roborative avec laquelle Laurent Pelly et Agathe Mélinand dépoussièrent le livret. Le Figaro a noté que le divertissement y demeure intact tandis que la satire politique affleure. Forum Opéra a relevé l’accord entre l’inventivité du plateau et une partition située entre la farce des Brigands et le lyrisme des Contes d’Hoffmann. Autrement dit, la belle embarcation a déjà pris le vent.

Offenbach, toutes voiles dehors

La partition de Robinson Crusoé pétille, virevolte, s’attendrit, repart, bifurque, s’amuse de tout et ne se moque jamais de la musique. C’est l’une des grandes forces d’Offenbach. Même lorsqu’il fait rire, il écrit avec une précision redoutable. Même lorsqu’il s’abandonne à la fantaisie, il garde le sens de la ligne, de la couleur, du rebond. Ses personnages ont beau se débattre dans des situations absurdes, ils chantent comme si leur vie en dépendait. Et c’est précisément ce sérieux du chant qui rend le comique si savoureux.

L’île devient alors bien plus qu’un décor. Elle est un théâtre dans le théâtre, un espace de métamorphose, un piège et une promesse. On y perd ses repères, on y gagne des couplets, on y découvre que la solitude peut avoir des chœurs, que l’aventure peut porter des costumes extravagants, que la rencontre avec l’autre oblige toujours à réaccorder sa propre voix.

À la direction musicale, Guillaume Tourniaire aura pour mission de faire respirer cette matière mobile, d’en conduire les contrastes, d’en préserver les éclats comiques autant que les élans plus tendres. L’Orchestre National de Bretagne sera au cœur de l’aventure, avec le Chœur d’Angers Nantes Opéra dirigé par Xavier Ribes. L’ensemble promet une soirée généreuse, pleine de relief, de couleurs et d’allant.

La distribution réunit Pierre Derhet dans le rôle de Robinson, Catherine Trottmann en Edwige, Frédéric Caton en Sir William Crusoé, Kaëlig Boché en Toby, Marc Scoffoni en Jim-Cocks, Olivier Naveau en Atkins, Mathilde Ortscheidt en Vendredi, Apolline Raï Westphal en Suzanne et Julie Pasturaud en Deborah. Autour de Laurent Pelly, l’équipe artistique rassemble Chantal Thomas à la scénographie, Michel Le Borgne aux lumières, Agathe Mélinand à l’adaptation des dialogues et à la dramaturgie, ainsi que Corentin Michat à l’assistanat mise en scène.

Un opéra d’aventure, d’esprit et de plaisir

Présenté dès 8 ans, chanté et surtitré en français, Robinson Crusoé a tout du spectacle idéal pour entraîner vers l’opéra celles et ceux qui n’y vont pas encore, et pour réjouir celles et ceux qui y vont déjà avec gourmandise. La durée, environ 2 h 30 entracte compris, laisse le temps de s’installer dans le récit, de goûter les situations, de suivre les voix, de se laisser prendre par cette mécanique scénique où l’élégance n’empêche jamais la jubilation.

Il y a dans cette œuvre une joie de théâtre que l’on aurait tort de prendre à la légère. Offenbach sait très bien que le rire ouvre parfois des portes que le discours laisse fermées. Il n’assène pas. Il embarque. Il transforme l’aventure coloniale, le roman d’apprentissage, le fantasme de l’île et la rencontre avec l’inconnu en une grande partition de déplacements. On rit, on suit le mouvement, puis l’on comprend que le naufragé n’est peut-être pas seulement celui qu’on croit.

Rennes recevra donc une fête. Mais pas une fête creuse. Une fête brillante, mobile, malicieuse, où l’on pourra entendre Offenbach reprendre la mer avec un équipage de premier ordre. De quoi clore la saison avec panache, la tête pleine d’airs, l’œil amusé, et cette sensation délicieuse que l’opéra, quand il est servi ainsi, reste l’un des plus beaux lieux possibles pour rire intelligemment.

Cinq représentations et une grande soirée sur écran

Robinson Crusoé sera donné à l’Opéra de Rennes mardi 16 juin 2026 à 20 h, jeudi 18 juin à 20 h, samedi 20 juin à 18 h, lundi 22 juin à 20 h et mercredi 24 juin à 20 h. Les tarifs s’échelonnent de 5 à 64 €. La réservation s’effectue auprès de l’Opéra de Rennes.

Et parce que l’opéra aime aussi sortir de sa boîte dorée, la 12e édition d’Opéra sur écran(s) proposera une retransmission gratuite jeudi 18 juin 2026 à 20 h, place de la Mairie à Rennes, au Tambour de l’Université Rennes 2, mais aussi dans de nombreuses communes de Bretagne et des Pays de la Loire. L’aventure de Robinson quittera ainsi la salle pour rejoindre la ville, les places, les écrans, les spectateurs de passage et les curieux de hasard. Offenbach dehors, par une soirée de juin, voilà qui ne se refuse pas.

Plusieurs rendez-vous accompagneront le spectacle. Une répétition publique aura lieu samedi 13 juin à 14 h 30. Une visite tactile est annoncée vendredi 19 juin de 18 h à 19 h. La représentation du samedi 20 juin à 18 h bénéficiera d’une séance en audiodescription réalisée avec Accès Culture. Le Musée des Beaux-Arts de Rennes proposera enfin deux visites thématiques dans ses collections permanentes, jeudi 18 juin à 12 h 30 et samedi 20 juin à 16 h.

Informations pratiques

Robinson Crusoé, opéra de Jacques Offenbach
Lieu : Opéra de Rennes, place de la Mairie, Rennes
Dates : mardi 16 juin, jeudi 18 juin, samedi 20 juin, lundi 22 juin et mercredi 24 juin 2026
Horaires : 20 h, sauf samedi 20 juin à 18 h
Durée : environ 2 h 30, entracte compris
Langue : opéra chanté et surtitré en français
Âge conseillé : dès 8 ans
Tarifs : de 5 à 64 €
Billetterie : Opéra de Rennes
Distribution
Direction musicale : Guillaume Tourniaire
Mise en scène et costumes : Laurent Pelly
Scénographie : Chantal Thomas
Lumières : Michel Le Borgne
Adaptation des dialogues et dramaturgie : Agathe Mélinand
Assistant mise en scène : Corentin Michat
Orchestre : Orchestre National de Bretagne
Chœur : Chœur d’Angers Nantes Opéra, direction Xavier Ribes
Avec Pierre Derhet, Catherine Trottmann, Frédéric Caton, Kaëlig Boché, Marc Scoffoni, Olivier Naveau, Mathilde Ortscheidt, Apolline Raï Westphal et Julie Pasturaud.