Du 20 juin au 19 décembre 2026, la maison Folie hospice d’Havré, à Tourcoing, accueille Ça Jazz !, une exposition croisée consacrée au jazz et à la mémoire visuelle du Tourcoing Jazz Festival. Autour de 40 Bulles de Jazz, des photographies de Didier Péron et Hervé Escario, et du travail graphique de Louh-Ann Alexandrenne, le parcours célèbre quatre décennies de musique, de scènes, de visages et d’improvisations.
Le jazz est une musique d’instants. Un souffle, une syncope, une inflexion de voix, un solo qui dévie de sa trajectoire, un regard échangé entre musiciens, un silence soudain dans la salle, une reprise collective, une rupture. Comment exposer une musique qui, par nature, échappe à la fixation ? Comment montrer ce qui se joue dans l’air, dans le corps, dans l’écoute, dans la mémoire ? À Tourcoing, l’exposition Ça Jazz ! répond à cette question non par un discours savant, mais par un croisement d’images, de photographies, de dessins, de sons et de présences.
Présentée à la maison Folie hospice d’Havré, du 20 juin au 19 décembre 2026, l’exposition s’inscrit dans les festivités du 40e anniversaire du Tourcoing Jazz Festival. Elle réunit plusieurs regards artistiques autour d’une même matière : le jazz comme histoire, comme geste, comme imaginaire et comme mémoire partagée. Le parcours associe 40 Bulles de Jazz, projet porté par la galerie JML Arts, les photographies de Didier Péron et Hervé Escario, photographes liés au Tourcoing Jazz Festival, ainsi que le travail de l’illustratrice Louh-Ann Alexandrenne.
L’exposition sera inaugurée le vendredi 19 juin 2026 à partir de 18h30, avec une présence musicale du Département Jazz du Conservatoire à Rayonnement Départemental de Tourcoing. Un temps fort est également annoncé le dimanche 21 juin 2026, autour de la Fête de la musique, avec une performance live de Louh-Ann Alexandrenne. Le jazz y retrouvera alors l’une de ses conditions essentielles : l’apparition en direct, le geste produit devant le public, la forme qui se construit sous les yeux autant qu’aux oreilles.
40 Bulles de Jazz, quand la bande dessinée écoute la musique
Le premier axe du parcours repose sur 40 Bulles de Jazz, exposition portée par la galerie JML Arts. Le projet est né à l’occasion du 40e anniversaire du festival Jazz à Vienne, en 2021. Son principe est aussi simple que fécond : faire dialoguer le jazz avec la bande dessinée, en réunissant quarante auteurs et quarante illustratrices et illustrateurs autour de cet univers musical.
Ce déplacement est particulièrement juste. La bande dessinée et le jazz partagent une même science du rythme. Dans une planche comme dans une improvisation, tout repose sur la coupe, l’ellipse, la reprise, le contretemps, la respiration. Une case peut fonctionner comme une mesure. Un blanc peut agir comme un silence. Une ligne tremblée peut contenir la tension d’un solo. En exposant le jazz par la bande dessinée, 40 Bulles de Jazz ne se contente pas d’illustrer la musique. Le projet cherche une équivalence graphique à son mouvement intérieur.
À Tourcoing, cette exposition prend une résonance nouvelle. Elle quitte son contexte d’origine, Jazz à Vienne, pour entrer en dialogue avec l’histoire du Tourcoing Jazz Festival. Elle devient alors moins un simple hommage au jazz qu’un outil de transmission entre festivals, entre territoires, entre pratiques artistiques. Elle rappelle qu’une culture musicale se construit aussi par les images qui l’accompagnent, les affiches, les dessins, les souvenirs imprimés, les visages stylisés, les corps transformés en signes.
Didier Péron et Hervé Escario, témoins photographiques du Tourcoing Jazz Festival
Le deuxième axe repose sur les photographies de Didier Péron et Hervé Escario. Leur présence donne à l’exposition une dimension documentaire et mémorielle essentielle. Photographier le jazz en concert est un art délicat. Il faut capter la lumière souvent basse, le mouvement rapide, la concentration, l’énergie du corps, l’intensité du visage, la relation entre les musiciens et la vibration du public. Il faut saisir sans interrompre, témoigner sans figer.
Dans le cadre du 40e anniversaire du Tourcoing Jazz Festival, leurs images deviennent plus que des photographies de scène. Elles forment une archive sensible. Elles racontent les artistes passés par Tourcoing, les climats des concerts, les gestes récurrents, les postures, les instruments, les silences, les lumières. Elles disent aussi ce qu’un festival accumule au fil des années : non seulement des programmations, mais des traces, des fidélités, des nuits, des mémoires collectives.
Le choix de faire dialoguer ces photographies avec 40 Bulles de Jazz est intéressant. D’un côté, la photographie capte un instant réel, une présence scénique, un moment donné. De l’autre, l’illustration recompose, interprète, traduit. L’exposition avance ainsi entre deux régimes d’image : l’image qui témoigne et l’image qui imagine. Entre les deux, le jazz circule.
Louh-Ann Alexandrenne, le dessin comme improvisation
Le troisième regard est celui de Louh-Ann Alexandrenne, illustratrice associée au Tourcoing Jazz Festival. Son travail introduit dans le parcours une dimension plus graphique, plus immédiate, et sans doute plus proche de l’improvisation visuelle. Le temps fort du 21 juin 2026, avec une performance live, permettra précisément de voir le dessin en train de se faire, dans un rapport direct à la musique, au lieu et au public.
Cette performance est l’un des enjeux les plus vivants de l’exposition. Elle rappelle que le jazz n’est pas seulement un objet que l’on célèbre après coup. C’est une pratique du présent. Un dessin réalisé en direct peut partager cette condition. Il s’élabore dans le risque, dans l’écoute, dans la réaction à ce qui advient. À l’image d’un solo, il n’est jamais totalement écrit d’avance. Il se cherche, bifurque, accentue, ralentit, reprend, s’affirme.
Dans une exposition consacrée à quarante ans de jazz à Tourcoing, la présence de Louh-Ann Alexandrenne évite le piège de la commémoration figée. Elle introduit le présent, la jeune création, le geste en cours. Le passé du festival ne devient pas un monument immobile. Il se prolonge dans une pratique vivante.
Les Grandes Dames du Jazz, une réparation nécessaire
Le parcours accorde également une place particulière aux Grandes Dames du Jazz. Cette orientation est importante. L’histoire du jazz a souvent été racontée à travers de grandes figures masculines, instrumentistes, chefs de formation, compositeurs ou improvisateurs. Les femmes y ont pourtant joué un rôle décisif, comme chanteuses, pianistes, compositrices, arrangeuses, cheffes d’orchestre, passeuses et inventrices de formes. Leur sous-représentation dans les programmations, les récits historiques et les dispositifs de reconnaissance demeure un enjeu critique.
Mettre en avant les Grandes Dames du Jazz ne relève donc pas d’un supplément décoratif. C’est un geste de réparation symbolique. C’est rappeler que l’histoire du jazz ne se comprend pas sans Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan, Nina Simone, Mary Lou Williams, Carla Bley, Alice Coltrane, Abbey Lincoln, Melba Liston, Betty Carter, Esperanza Spalding, Cécile McLorin Salvant et tant d’autres. C’est aussi interroger les mécanismes qui ont longtemps relégué les musiciennes au second plan, quand elles n’étaient pas tout simplement invisibilisées.
À Tourcoing, cette attention prend une valeur particulière. Elle inscrit l’exposition dans un débat plus large sur les programmations musicales, la mémoire culturelle et la place des femmes dans les récits artistiques. Un festival qui fête ses quarante ans ne célèbre pas seulement son passé. Il peut aussi se demander ce qu’il a montré, ce qu’il a moins montré, et ce qu’il veut désormais rendre plus visible.
Une exposition à écouter autant qu’à regarder
Ça Jazz ! ne se présente pas seulement comme un accrochage d’images. La visite se déroule dans une ambiance sonore conçue avec le département musique de la médiathèque Malraux. Ce choix est essentiel. Une exposition sur le jazz sans son risquerait de devenir une archive muette. Ici, la bande-son permet de replacer les images dans leur élément naturel : l’écoute.
La présence sonore ne doit pas être comprise comme un simple habillage. Elle peut modifier la perception des œuvres. Une photographie de musicien ne se regarde pas de la même manière lorsque l’on entend un saxophone, une contrebasse, une batterie balancée, une voix ou une trompette lointaine. Le son rouvre l’image. Il lui rend une temporalité, une vibration, une profondeur d’air.
Le public pourra aussi découvrir les trois concerts dessinés coproduits pour les éditions 2018, 2019 et 2020 par Jazz à Vienne et le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême. Là encore, l’exposition travaille un territoire hybride entre musique, image fixe, récit graphique et performance. Elle montre combien le jazz, loin d’être enfermé dans les clubs ou les scènes, peut devenir une matrice pour d’autres arts.
La maison Folie hospice d’Havré, un lieu juste pour une mémoire vivante
Le choix de la maison Folie hospice d’Havré n’est pas neutre. Ancien hospice devenu lieu culturel, le bâtiment porte déjà une histoire de transformation. Il accueille aujourd’hui des expositions, des rendez-vous artistiques, des formes de médiation et des propositions qui croisent patrimoine, création et participation. Pour une exposition consacrée à la mémoire d’un festival, le lieu est particulièrement juste : il relie l’ancien et le vivant, la trace et l’usage, l’architecture et les pratiques contemporaines.
La maison Folie est aussi un partenaire incontournable du Tourcoing Jazz Festival. Elle permet d’inscrire la célébration des quarante ans dans un espace accessible, gratuit, ouvert du mercredi au dimanche. L’exposition ne s’adresse donc pas seulement aux spécialistes du jazz. Elle peut toucher les amateurs de photographie, de bande dessinée, d’illustration, les habitants de Tourcoing, les familles, les visiteurs de passage et les curieux attirés par la mémoire culturelle de la ville.
Temps forts
- Vendredi 19 juin 2026 à partir de 18h30 inauguration de l’exposition, avec présence musicale du Département Jazz du CRD de Tourcoing.
- Dimanche 21 juin 2026 temps fort autour de la Fête de la musique, avec performance live de Louh-Ann Alexandrenne.
- Du 20 juin au 19 décembre 2026 exposition visible à la maison Folie hospice d’Havré.
- Du mercredi au dimanche visite de 13h30 à 18h.
Informations pratiques
- Événement Ça Jazz !
- Sous-titre Expositions croisées 40 Bulles de Jazz, Didier Péron, Hervé Escario et Louh-Ann Alexandrenne
- Lieu maison Folie hospice d’Havré, 100 rue de Tournai, 59200 Tourcoing
- Dates du 20 juin au 19 décembre 2026
- Inauguration vendredi 19 juin 2026 à partir de 18h30
- Temps fort dimanche 21 juin 2026, performance live avec Louh-Ann Alexandrenne autour de la Fête de la musique
- Horaires du mercredi au dimanche, de 13h30 à 18h
- Tarif gratuit
- Téléphone 03 59 63 43 53
- Site de la maison Folie hospice d’Havré consulter la page officielle
- Tourcoing Jazz Festival tourcoing-jazz-festival.com
