Le festival des Tombées de la Nuit accueille la tournée métropolitaine de Newroz, la première création en solo du musicien et acrobate franco-kurde Bahoz Temaux à présenter. Du mercredi 24 au samedi 4 juillet 2026, intimité du texte, musique moyen-orientale et virtuosité du cirque cohabitent avec poésie dans un conte circassien qui interroge le racisme ordinaire et son absurdité.
Newroz signifie « le jour nouveau » en kurde. C’est ce mot à la charge positive forte, symbole de renouveau à l’image du soleil qui se lève sur une nouvelle journée, que Bahoz Temaux a choisi comme titre de sa première création en solo.

Il était une fois, un concert-cirque
Cofondateur de la compagnie de cirque La meute, Bahoz Temaux est acrobate au sol, ou sur un perchoir, musicien et chanteur. Il est originaire du Kurdistan, né en France. Ce sont les multiples discriminations en raison de sa double culture et sa couleur qui sont à l’origine de la naissance de Newroz. Il apparaît pour la première fois en solo dans cette allégorie musicale et acrobatique de l’histoire d’un homme vivant avec les préjugés et la stigmatisation. « J’ai subi des situations racistes toute ma vie et à force de manque de répartie, j’ai voulu en faire un spectacle », déclare-t-il.
Conte circassien, Newroz aborde les mécaniques de stigmatisation et le racisme ordinaire présent partout, tout le temps. Souvent perçues comme anodines par leurs auteurs, ces discriminations raciales répétées sont insupportables pour celles et ceux qui les subissent au quotidien. « En un an, le circassien a été arrêté près d’une vingtaine de fois pour des contrôles d’identité », énonçait Lénaïc Jaguin, responsable de la communication aux Tombées de la nuit, lors de la conférence de presse du festival. Dans une œuvre autobiographique intime, Bahoz Temaux témoigne des injustices vécues en tant que fils d’immigrés. Il parle de l’absurdité des jugements hâtifs qu’il côtoie au quotidien.
L’artiste se livre dans une création hybride qui mêle théâtre, musique et cirque. Reprenant les codes du concert et du cirque, il alterne les passages au sol et les moments aériens, perché sur un dispositif spécifique qui répond en allégorie au propos, « une métaphore sur cette société qui nous oblige à grimper toujours plus haut en prenant des risques », souligne-t-il. Proche du mât chinois par sa verticalité, il s’agit en réalité d’un agrès composé d’un pied de levage avec une petite scène à sa base et une plateforme tournante qui s’élève jusqu’à six mètres. « La stabilité en haut est très précaire, la chute est possible… »


De l’espace intime à l’espace public
Si les créations de la compagnie La meute touchent aux expériences respectives des circassiens et circassiennes, c’est la première fois que Bahoz Temaux se dévoile avec des mots. Pendant 50 minutes, l’artiste ne joue pas un personnage : il raconte trois situations, parmi les nombreuses vécues, pour leur absurdité et leur universalité. « N’importe quelle personne, même si elle n’est pas d’origine étrangère, peut s’identifier », ajoute-il. « Le but, c’était qu’elles [les histoires] sont les plus universelles possibles. » Trois histoires, trois musiques et trois performances circassiennes dans lesquelles il se dévoile en texte, musique et mouvement.
Chaque discipline utilisée est une part de ce qui compose son être artistique tandis que la narration amplifie l’intime de cette première création solo. Pour l’écriture, le musicien a puisé dans sa sensibilité personnelle : pour quelle raison un sujet le touche-t-il ? De quelle manière est-il raconté ? Quelles émotions transmet-il ? A la colère, Bahoz Temaux a privilégié la douceur et la poésie des mots. « Je n’aime pas entendre parler de racisme avec colère. J’en ai eu beaucoup trop dans ma vie pour continuer à en parler de cette manière », confie-t-il. « Je voulais écrire des histoires agréables à regarder. » C’est dans les contes musicaux qu’écoutait son petit garçon de neuf ans quand il était plus jeune, comme Emilie Jolie et Le Petit Prince, qu’il a trouvé son inspiration première. « Je trouvais intéressant la manière dont le texte et la musique étaient reliés. » Les textes sont néanmoins traversés par des contrepieds humoristiques qui accentuent l’absurdité des anecdotes.
« Je n’aime pas entendre parler de racisme avec colère. J’en ai eu beaucoup trop dans ma vie pour continuer à en parler de cette manière »
Cette approche narrative témoigne d’une certaine résilience face à un sujet avec lequel l’acrobate vit au quotidien, et élève Newroz au rand œuvre militante.

Habitée par les musicalités de la guitare basse et du tembûr (luth à manche long du Kurdistan) inspirées des musiques kurde, perse et d’Azerbaïdjan, la création Newroz parle avec le cœur, mais aussi au cœur du public. Sur sol ou sur un perchoir où l’équilibre ne tient qu’à un fil, dans l’espace public à la vue de tous et toutes, Bahoz Temaux prend le risque de partager une parole des plus intimes. Il fait émerger d’un récit individuel des interrogations collectives sur l’intégration et l’acception d’un groupe.
Le début d’un cycle autour de la différence
Face au succès du premier spectacle, le circassien a souhaité enclencher un second travail autour des différences, tout en réalisant un rêve : faire un spectacle avec son frère jumeau, en situation de handicap mental. « C’est le bon moment, le bon endroit », exprime-t-il. « J’ai les bonnes opportunités et les bons soutiens. » Ce deuxième volet, actuellement en cours de production, reprendra la même construction que le premier dans la mélange de la narration, du cirque et de la musique. La création commencera à l’automne 2026 pour des premières prévues pour le moment en octobre 2028.
Infos pratiques :
Newroz, Bahoz Temaux, compagnie La meute. Durée : 1h (Gratuit)
Mercredi 24 juin 2026 : 19h30 > 20h30
Espace Le Goffic, 4 avenue Charles Le Goffic, Pacé
Jeudi 25 juin 2026 : 19h30 > 20h30
Devant le Centre Culturel Agora, place Jean Auvergne, Le Rheu
Mardi 30 juin 2026 – 19h00 > 20h00
Esplanade des Droits de l’Homme, rue de Saint-Anthème, Chartres-de-Bretagne
Mercredi 01 juillet 2026 : 19h00 > 20h00
Point 21, 21 rue du Point du Jour, Laillé (dans le jardin)
Vendredi 03 juillet 2026 : 14h30 > 15h30 et 18h00 > 19h00
Samedi 04 juillet 2026 : 17h30 > 18h30
Place Lucie et Raymond Aubrac, Quartier Maurepas, Rennes
Comment y aller ?
PACÉ -> Bus 65 : arrêt Pacé Cimetière • Bus 77 : arrêt Carré Dumaine | LE RHEU -> Bus 54 : arrêt Bouleaux • Bus 76 : arrêt L’autre Lieu | CHARTRES-DE-BRETAGNE -> Bus 72, 91 : arrêt Chartres Centre | LAILLÉ -> Bus 79, 80 : arrêt Point du Jour | RENNES -> Bus 14, 83, 70, 71, 51 : arrêt Les Gayeulles • Métro ligne B : arrêt Les Gayeulles • Vélo Star : Gayeulles Gast
Articles connexes :
