TDN 2026. À Rennes, goûtez à votre guise à l’opéra en banquet de rue

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Compagnie Lyrisme de rue

Vendredi 3 juillet 2026, dans le cadre des Tombées de la Nuit, la Compagnie Lyrisme de rue installe À votre guise ! dans la cour du Palais Saint-Melaine, à Rennes. Trois chanteurs et chanteuses lyriques, deux instrumentistes, une table, un restaurant imaginaire, un vrai choix de menu. Ici, le public ne commande pas des plats, mais des émotions. L’opéra descend dans la rue sans perdre son exigence. Il devient repas partagé, jeu collectif, fête populaire du chant.

Certains opéras surgissent dehors, au milieu d’une place, d’une cour, d’un passage, là où l’on ne les attend pas forcément. Avec À votre guise !, la Compagnie Lyrisme de rue choisit cette seconde voie. Non pour simplifier l’art lyrique, encore moins pour l’abaisser à une forme de divertissement facile, mais pour le replacer au cœur d’une situation humaine élémentaire : le repas. Miam miam !

Katja Krüger, dramaturge, comédienne-chanteuse et metteuse en scène qui accompagne l’ensemble Lyrisme de rue depuis son premier spectacle Dis-moi tes amours !, présente À votre guise ! comme « un restaurant imaginaire où l’on commande des émotions plutôt que des plats ». La formule dit presque tout. Les spectateurs reçoivent un menu, choisissent leur parcours et entrent dans un banquet musical où se croisent opéra, comédie musicale, chanson française et création contemporaine. La table devient scène, le public devient convive, les chanteurs et chanteuses deviennent à la fois interprètes, hôtes, personnages et complices.

Compagnie Lyrisme de rue

L’idée du repas s’impose avec une évidence presque théâtrale. On s’assied à table pour célébrer, se disputer, séduire, transmettre, rompre, se réconcilier, rire ou se taire. L’opéra, lui aussi, ne parle que de cela. Amour, désir, jalousie, solitude, fête, perte, pouvoir, ivresse, humiliation, espérance. En installant une table lyrique dans l’espace public, À votre guise ! fait se rejoindre deux formes anciennes de la vie collective : chanter et manger ensemble.

Le dispositif a la simplicité d’une invitation. Tout le monde connaît l’idée d’un menu, d’une commande, d’un banquet, d’un toast. À partir de ce cadre familier, il devient naturel de passer d’un air de Mozart à une chanson de Jacques Brel, d’un extrait de comédie musicale à une création contemporaine. La compagnie ne juxtapose pas les répertoires pour le plaisir de la variété. Elle compose un vrai menu musical, en cherchant les contrastes, les saveurs, les surprises, les accords inattendus entre les œuvres.

Certaines pièces sont épicées, d’autres tendres, certaines font rire, d’autres bouleversent. Le repas devient une dramaturgie. Une déclaration d’amour, une scène de jalousie, une rupture ou une fête peuvent surgir aussi bien d’un opéra que d’une chanson. La cohérence ne vient donc pas d’un style unique, mais des situations humaines que les œuvres font circuler autour de la table.

Compagnie Lyrisme de rue

Le risque, lorsqu’on parle d’opéra dans l’espace public, serait de croire qu’il faut le rendre plus simple pour le rendre accessible. La Compagnie Lyrisme de rue prend le chemin inverse. Elle conserve l’exigence musicale du chant lyrique, mais la déplace dans un contexte de proximité, de convivialité et de jeu. Les œuvres ne sont pas miniaturisées. Elles changent de température.

Dans une salle d’opéra, le public a déjà fait la démarche de venir écouter. Dans la rue, rien n’est acquis. On peut arriver en cours de route, repartir, être distrait par un enfant, un passant, un chien ou les cloches d’une église voisine. Cette fragilité oblige les artistes à une présence constante. Impossible de s’abriter derrière les codes du théâtre ou la distance de la scène. Les regards sont là, tout près. Les réactions sont immédiates, sincères, parfois imprévisibles.

Ce que la rue impose, elle le libère aussi. Elle fait tomber certains réflexes de révérence ou d’intimidation. Un grand air d’opéra peut alors cohabiter avec le bruit de la ville, surprendre quelqu’un qui passait simplement par là, faire rire un enfant, suspendre un promeneur, toucher une personne qui n’aurait peut-être jamais franchi la porte d’un opéra. La musique redevient ce qu’elle a toujours été au fond : un acte de rencontre.

Compagnie Lyrisme de rue

À votre guise ! n’est pas interactif par effet de mode. L’interactivité y a de vraies conséquences. Le public choisit une partie du menu, et ce choix influence le déroulement de la représentation. Selon le vote, les œuvres interprétées ne sont pas les mêmes, les situations ne se développent pas de la même façon, la couleur émotionnelle du spectacle se modifie.

Mais cette liberté repose sur une structure très écrite. Les parcours sont pensés, les enchaînements musicaux travaillés avec précision, la dramaturgie construite en amont. C’est précisément parce que le cadre est rigoureux que l’imprévu peut y entrer. Le public n’est ni un simple spectateur ni le co-auteur total du spectacle. Il est convive. Il influence le repas, mais les artistes restent responsables de la cuisine.

Cette image du banquet donne au spectacle sa force. Personne ne goûte exactement la même chose lors d’un repas partagé. Chacun retient une saveur, une conversation, une gêne, un rire, une émotion. À votre guise ! fonctionne de la même manière. Il offre un cadre commun, mais laisse chaque spectateur composer son propre parcours sensible.

Compagnie Lyrisme de rue
Lyrisme de rue A votre guise.

L’humour, l’autodérision et la légèreté occupent une place essentielle dans le projet. Mais il ne s’agit pas de se moquer de l’opéra. La compagnie préfère rire avec lui. Elle joue avec les codes, les conventions, les clichés, les situations extravagantes, sans jamais traiter la musique comme un prétexte.

L’opéra est souvent perçu comme un art grave, monumental, intimidant. Pourtant, ses livrets regorgent de quiproquos, de satire sociale, de désir, de jalousie, de folie, de malice. Mozart, Gioachino Rossini ou Jacques Offenbach n’ont jamais appartenu au musée des artistes austères. À votre guise ! retrouve cette vitalité-là. Le rire devient une porte d’entrée vers l’émotion. Un spectateur qui se sent accueilli se laisse plus volontiers toucher par la beauté d’un air ou la fragilité d’un personnage.

La compagnie cherche ainsi une alternance fine entre comique et gravité. On peut rire une minute et être bouleversé la suivante. C’est d’ailleurs ce que font les grandes œuvres. Elles rappellent que les émotions humaines ne se rangent pas proprement dans des catégories. Autour d’une table comme dans un opéra, le rire et la douleur cohabitent souvent dans la même phrase.

Compagnie Lyrisme de rue

Derrière la fantaisie du dispositif, À votre guise ! porte aussi une dimension politique. Elle ne se présente pas comme un manifeste plaqué sur le spectacle, mais elle naît du déplacement même de l’opéra dans l’espace public. Installer une table lyrique au milieu d’une place, c’est déjà déplacer des frontières symboliques. Chacun peut s’approcher, écouter, rire, réagir, s’émouvoir sans avoir le sentiment de ne pas être à sa place.

Cette dimension politique touche aussi aux récits eux-mêmes. Beaucoup d’œuvres lyriques mettent en scène les rapports entre femmes et hommes, le pouvoir, le désir, la domination. La compagnie choisit de les regarder avec les yeux d’aujourd’hui. Des textes d’Olympe de Gouges et de Louise Michel viennent ainsi dialoguer avec les œuvres musicales, parfois les prolonger, parfois les contredire, toujours pour ouvrir une conversation.

Il ne s’agit pas de donner des leçons ni de réécrire l’histoire des œuvres. Il s’agit plutôt de faire apparaître des frottements entre les époques et les points de vue. Une héroïne d’opéra, une chanson populaire, un texte féministe du XVIIIe ou du XIXe siècle peuvent soudain se répondre. La légèreté du banquet n’efface pas la complexité des questions. Elle les rend partageables.

Compagnie Lyrisme de rue
Lyrisme de rue A votre guise.

Que voudrait laisser À votre guise ! aux spectateurs ? Peut-être le souvenir d’un moment difficile à classer. Un peu concert, un peu théâtre, un peu banquet imaginaire, un peu fête populaire. Une expérience dans laquelle on ne sait plus très bien si l’on a assisté à un spectacle, partagé un repas, découvert l’opéra autrement ou participé à une cérémonie joyeuse de la voix.

La Compagnie Lyrisme de rue espère que les spectateurs repartent touchés, amusés, surpris, émus, quelle que soit leur familiarité avec le répertoire lyrique. Et peut-être aussi qu’ils fredonnent un air en rentrant, qu’ils aient envie d’écouter un opéra, de réentendre une chanson, ou simplement de raconter à leurs proches ce qu’ils ont vécu.

À Rennes, le 3 juillet, la cour du Palais Saint-Melaine deviendra donc un restaurant imaginaire, une scène sans murs, une table ouverte. On n’y viendra pas seulement écouter de l’opéra. On y viendra goûter des voix, des récits, des désirs, des colères, des rires. À sa façon, À votre guise ! rappelle qu’un art vivant n’est jamais aussi puissant que lorsqu’il sait accueillir.

Repères

  • Spectacle : À votre guise !
  • Compagnie : Compagnie Lyrisme de rue
  • Festival : Les Tombées de la Nuit 2026
  • Date : vendredi 3 juillet 2026
  • Horaire : 18h30
  • Lieu : Cours du Palais Saint-Melaine, 4 place Saint-Melaine, Rennes
  • Durée : 1h15
  • Genre : opéra de rue, repas lyrique, spectacle musical interactif
  • Public : tout public
  • Tarif : gratuit

Crédit photos : Laurent Guizard

Nicolas Roberti
Nicolas Roberti est passionné par toutes les formes d'expression culturelle. Docteur de l'Ecole pratique des Hautes Etudes, il étudie les interactions entre conceptions spirituelles univoques du monde et pratiques idéologiques totalitaires. Conscient d’une crise dangereuse de la démocratie, il a créé en 2011 le magazine Unidivers, dont il dirige la rédaction, au profit de la nécessaire refondation d’un en-commun démocratique inclusif, solidaire et heureux.