À l’occasion du festival des Tombées de la Nuit, le parc du Thabor accueille, les jeudi 2 et vendredi 3 juillet 2026, la nouvelle création d’Inès Cassigneul, La Ligue des flûtistes. Dans cet épique récit musical, cocréé avec le musicien Félix Masson, elle met en relation un Harry Potter parodié et le joueur de flûte de Hamelin dans une étonnante histoire où la magie prend une forme inédite.
Ce n’est pas la Ligue des justiciers qui combattra les Rats-vampires sous les frondaisons du théâtre de Verdure du parc du Thabor, les jeudi 2 et vendredi 3 juillet prochains, mais bien La Ligue des flûtistes, fondée par la Rennaise Inès Cassigneul. Dans ce crossover original, deux figures légendaires seront réunies dans une même quête : Harry Potter et le Joueur de flûte de Hamelin.

Entre le Moyen Âge et les années 2000…
« Henri Pottier, attaqué par les Rats-vampires et aidé par les intrépides sœurs Pepperglad et le flûtiste enchanteur de rats des montagnes de Transylvanuit, fera rebondir ses pouvoirs magiques et souffler sa force enchanteresse »…
Elle-même lectrice de la saga Harry Potter de J. K. Rowling durant son adolescence, Inès Cassigneul confirme avec La Ligue des flûtistes son attrait pour la littérature médiévale, que l’on avait déjà découvert en 2022 avec la pièce Vierges Maudites, récit-broderie consacré à la légende arthurienne. « J’ai beaucoup lu les romans de Chrétien de Troyes », introduit-elle. « J’aime l’aventure que l’on trouve dans cette littérature où le langage est imagé. Il y a aussi un rapport de confusion entre oralité et écriture, les textes versifiés apportent du souffle et de la musicalité. »
Dans cette nouvelle histoire, Inès Cassigneul, avec Félix Masson à la création musicale, met en relation le merveilleux du Moyen Âge et la fantasy du XXIe siècle. Elle prolonge ainsi son questionnement autour de l’écriture, de l’oralité et du théâtre. La metteuse en scène, formée à la Maison du conte, à Chevilly-Larue, dans le Val-de-Marne, fait dialoguer cette pratique avec des formes de récits que la technologie Internet a démocratisées : la fanfiction. Ce genre littéraire s’est développé sur le web et consiste en la réécriture, la transformation ou la prolongation de séries par leurs fans.
Le duo subvertit ici les genres dans une critique humoristique, tout en se réappropriant, par la parole et au théâtre, un genre aujourd’hui phagocyté par les écrans. Il raconte, sans écran vert ni effets spéciaux, une histoire de magie qui prend la forme d’un grand livre ouvert, inspirée de la cantastoria italienne.

Une forme hybride, entre récit, images et musique
Dans La Ligue des flûtistes, la création musicale s’inscrit dans la composition du récit, et inversement. La pièce est née dans l’expérimentation commune et dans les recherches musicales et scénaristiques, afin de créer une œuvre totale qui croise plusieurs influences. Alors que Félix Masson est allé chercher des thèmes pour définir des personnages et des ambiances, Inès Cassigneul a repris la structure narrative classique que l’on retrouve dans les contes, tout en s’inspirant des pages des fanfictions. « L’histoire est composée de cinq chapitres et la personne qui écrit guide le récit. Il y a vraiment un lien de complicité entre elle et le public. En ça, on retrouve l’inspiration de la fanfiction. »
Teinté de l’empreinte musicale personnelle de Félix Masson — musique bretonne et irlandaise, rock, jazz, etc. —, l’univers musical de la pièce a été nourri des couleurs de la bande originale d’Harry Potter, composée par John Williams, de l’aspect comédie musicale des dessins animés Walt Disney, notamment les chansons de Mulan et celle du Roi Louis dans Le Livre de la jungle, mais aussi de la musique d’opéras français et d’artistes de chanson française comme André Minvielle.

Dans ce spectacle hybride où musique et récit s’entrelacent, la langue est musicale et réinterprète la cantastoria italienne, une forme traditionnelle et populaire des arts de la rue et de la parole. Conte musical et scénettes alternent narration, dialogues et airs chantés. « Les cantastorii siciliens chantaient et contaient en s’appuyant sur des panneaux d’images », nous apprend Félix Masson. De la même manière, le prologue de La Ligue des flûtistes s’ouvre avec un gaufrier d’images dessiné par l’illustrateur Sammy Stein. Avec son instrument, Félix Masson entonne le début de l’histoire tandis que Léopoldine Guillaume, une des interprètes, montre les images. À la manière d’une BD muette, la création revient à une forme de narration antérieure à la télévision, dans laquelle les interprètes construisent un récit imagé et musical.
Une histoire de magie, mais laquelle ?
À l’image des contes qui, encore aujourd’hui, portent en eux une force émotionnelle ou philosophique puissante, La Ligue des flûtistes aborde des thématiques contemporaines par le biais de la magie et de la figure du musicien. Au gré de ses aventures, Henri Pottier traversera un parcours initiatique qui le mènera sur un chemin que le public découvrira aux Tombées de la Nuit… « J’avais envie de retransmettre cette capacité qu’a la fantasy de questionner notre monde, notre réalité, par la magie », exprime Inès Cassigneul, qui a beaucoup lu les romans d’Ursula Le Guin, comme Le Sorcier de Terremer. « Elle permet de parler de la façon dont, en tant qu’être humain, on peut se relier à la nature, au Vivant, par le biais de la parole. C’est quelque chose qui a beaucoup été reproché à J. K. Rowling : le système magique n’est pas expliqué. On ne sait pas d’où vient la magie, alors que c’est le cœur du propos dans beaucoup de romans de fantasy. »
En utilisant la magie de la flûte, le duo crée une magie qui permet à celles et ceux qui la pratiquent de se relier au monde extérieur, au Vivant. « Cette pensée vient dans l’histoire de façon didactique. Comme souvent, les histoires de fantasy sont aussi une expérience de pensée, une réflexion sur la façon dont on se relie aux autres. »
Une réflexion sous-jacente sur la technologie, et ce qu’elle implique dans la société, se mêle à l’histoire des flûtistes. « Récemment, le pape Léon XIV a cité le personnage de Gandalf de Tolkien », raconte Félix Masson. Dans sa première encyclique Magnifica Humanitas (« Magnifique Humanité »), publiée le 25 mai 2026, le pape, en citant une des figures les plus populaires de la fantasy, a en effet rappelé la grandeur de la personne humaine face aux promesses de l’intelligence artificielle (IA). « Souvent, dans la High Fantasy, on est dans un univers très technologique, avec une magie qui vient de la force de la nature. Notre récit redonne cette part naturelle à la magie, dans une sorte de critique dialectique de la technologie et de la magie artificielle », explique Inès Cassigneul avant d’annoncer : « Une troisième forme de magie à la fin ».

Au final, l’histoire de magie des flûtistes d’Inès Cassigneul et Félix Masson questionne ce qu’est la magie, pour amener le public à s’interroger lui-même et à s’étonner des endroits où elle peut survenir, là où on ne l’attend pas forcément…
Production :
Sentimentale Foule, Les Tombées de la Nuit – Rennes, Le Fourneau CNAREP – Brest, Réseau RADAR, Coopération Itinéraire d’Artiste(s) – Le Mans – Brest – Rennes,
Festival Les Inopinés, Théâtre en Rance, Maison du Livre de Bécherel
Centre culturel Agora — en cours
Soutien de la DRAC Bretagne et de Rennes Métropole.
Accueil en résidence :
Pôle musical d’Orgemont, Lamballe Terre et Mer, Dinan Agglomération, Le Corridor – Belgique, La Maison du Conte – Chevilly-Larue
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