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LA ROUTE DE LA MER OU LES PORTES OCEANES DE PHILIPPE LE GUILLOU

Philippe Le Guillou nous livre un nouveau roman, La route de la mer, qui voit deux personnages, un frère et une sœur, parcourir ensemble les décennies 70 et 80, de Pompidou à Mitterrand, dans la fièvre de leur art. Anna est une pianiste d’exception et admirable interprète de Liszt. Lui, dessinateur et sculpteur, vit dans l’admiration, et l’ombre, de cette sœur adulée de tous.

La Route de la mer, dernier roman en date de Philippe Le Guillou nous offre l’image intimement mêlée de deux artistes. Le narrateur, jeune professeur de lettres, abandonne la carrière de l’enseignement pour suivre sa véritable vocation de photographe, de dessinateur et de sculpteur. Une jeune femme, sœur du narrateur, Anna Tugdual, devenue Horberer par son mariage avec Stéphane, ami de jeunesse de son frère, est une pianiste et concertiste adulée de son public et de ses jeunes élèves du conservatoire, une interprète brillante et inspirée du répertoire romantique et de la musique de Liszt en particulier.

Le génie et la grâce du jeu pianistique d’Anne, son ambition démesurée aussi, sa personnalité envahissante et exclusive, ont toujours focalisé sur elle la lumière du public et celle de sa famille. Le lien entre le frère et la sœur est puissant, « une sorte de gémellité mystérieuse nous unissait » avoue ce frère admiratif et fasciné. L’annonce du cancer d’Anna, au moment de sa plus haute gloire et l’échéance tragique et inéluctable les dévasteront tous les deux. Elle brûlera dans les excès redoublés de la chère et du champagne ses dernières forces de femme et d’artiste, abandonnant le frère à son épouvantable chagrin. « Privé à jamais de ma madone, de ma sœur tutélaire, de l’enchanteresse. […] J’étais le frère aimant de ma sœur. Son amant célestiel ».

phillipe le guillou route de la mer
Philippe Le Guillou

Les familiers de la prose de Le Guillou reconnaîtront dans ce roman quelques-uns de ses thèmes habituels : cette volonté d’inscrire ses personnages dans l’histoire d’aujourd’hui. On retrouve l’admiration particulière de l’auteur, ou la défiance, pour certains grands acteurs des plus hautes fonctions, qu’elles soient papales et vaticanes ou politiques et françaises, sa fascination pour les lieux symboliques du pouvoir, son mépris des ambitions carriéristes de hauts fonctionnaires aux dents longues dont Stéphane lui-même fera partie.

Le Guillou dit aussi son éblouissement devant les mécènes qui font vivre l’art de notre temps. L’un des personnages de ce roman, « Mickaël P. », qui « avait bâti son empire grâce au soutien des puissants et ne faisait jamais mystère de ses origines modestes », a tous les traits de François Pinault. Le Guillou a aussi le souci de nommer les artistes qui sont ses figures admirées de l’art de notre époque : le nom du peintre Loïc Le Groumellec surgit à certains moments du roman ainsi que celui de l’organiste Jean Guillou ou du compositeur Eric Tanguy.

Quant à Anna, n’est-elle pas l’image de Brigitte Engerer, magnifique pianiste française formée à l’école russe, lumineuse interprète de la musique de Liszt, victime prématurée du cancer ? Ce même mal qui avait frappé Hélène, jeune amie brestoise de Philippe Le Guillou dont il nous avait raconté la souffrance et la mort dans un récit bouleversant, « Fleurs de tempête ».

Le Guillou, le Finistérien, a toujours eu aussi cet amour du grand large et de ces villes qui sont autant de portes océanes et de routes de la mer. Après Brest, il décrit dans ce roman la cité du Havre, « ville métaphysique et abstraite », à la beauté grise et géométrique, dominée en son centre par le clocher de l’église Saint-Joseph comme un haut phare octogonal.

Ce roman est un parcours aussi sentimental que géographique, qui emmène Anna et son frère dans la capitale que Le Guillou, piéton de Paris, n’a de cesse d’explorer, un périple qui passe également par Londres, cité baignée dans la lumière des « eaux d’ardoise de la Tamise », puis Rome, et Naples, au seuil d’une autre mer.

Enfin, on retrouve dans La route de la mer l’attirance de Philippe Le Guillou pour les jeunes beautés viriles dont le frère d’Anna, dessine et sculpte les longilignes silhouettes. Stéphane, cet « éternel adolescent svelte et fluide », l’ami de jeunesse qui a épousé Anna, cet homme qui «n’aime pas les femmes même s’il cherche à les collectionner » lui avait très tôt inspiré de troubles sentiments.

Les romans et les récits de Le Guillou ont peu ou prou les couleurs de l’autobiographie. La route de la mer n’y échappe pas. L’auteur, professeur de lettres comme son narrateur, n’aurait-il pas secrètement rêvé d’une destinée d’artiste, lui aussi ? Quoi qu’il en soit, Philippe Le Guillou nous livre ici un texte vibrant et fort, d’une écriture impeccable qui vous emporte, une fois encore.

FEUILLETER LE LIVRE
Philippe Le Guillou La route de la mer. Collection Blanche, Gallimard, février 2018, 384 p., 22€
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150 ANS ! LE PARC DU THABOR DE RENNES LIVRE SES SECRETS

Le parc du Thabor de Rennes fête cette année ses 150 ans ! Du 22 au 24 juin 2018, la Ville de Rennes et les acteurs du parc proposent de redécouvrir ces 10 hectares de verdure et d’histoire. Véritable pépite au cœur de la capitale bretonne, il accueille chaque année un million et demi de visiteurs, mais connaissons-nous vraiment ce monde végétal a priori si familier ? Entre exposition et visites, le Thabor ouvre exceptionnellement les portes closes de l’Orangerie et de la grainothèque afin d’en révéler les secrets…

150 ans du parc thabor rennes
Hervé Ticher, agent-botaniste au parc du Thabor ; Daniel Guillotin, conseiller municipal délégué à l’écologie urbaine et à la transition énergétique ; Bertrand Martin, responsable du service exploitation à la direction des Jardins

« Le parc du Thabor est un joyau au cœur de la ville. Les frères Bülher — paysagistes célèbres du XIXe siècle — l’ont réaménagé en 1866 » souligne Daniel Guillotin, conseiller municipal délégué à l’écologie urbaine et à la transition énergétique. Tour à tour jardin des moines, lieu de promenade et aujourd’hui théâtre d’importantes manifestations culturelles, le parc du Thabor souffle cette année ses 150 bougies. Une occasion de faire découvrir les facettes cachées de ce lieu emblématique.

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Exposition rétrospective à l’Orangerie du Thabor

Des poissons, des vagues ou encore des spirales, le décor végétal change tous les ans au parc du Thabor. « Les jardiniers et producteurs collaborent chaque année à la création de nouveaux motifs végétaux, sans thématique préétablie. On leur laisse exprimer leur créativité » précise Bertrand Martin, responsable du service exploitation à la direction des Jardins.

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Depuis quelque temps, des smileys observent les visiteurs se promener dans le jardin à la française et des effluves de cacao se diffusent dans l’air… L’utilisation de coques de fèves pour l’entretien des plantes semble fonctionner. En plus d’éviter que la mauvaise herbe ne pousse, l’odeur ravit l’odorat des passants du matin au soir et donne une nouvelle image au parc.

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Derrière les haies végétales, l’imposante Orangerie surplombe le jardin à la Française. Habituellement fermé, un parcours photographique remontera le temps et dévoilera les multiples visages qu’a connus le parc Thabor depuis sa création.

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Le Jardin botanique côté coulisses : 3 200 espèces inventoriées

Très peu connu, le Jardin botaniqueseul spécimen en France en forme de spirale — constitue un des trésors du parc. Derrière des noms plus diversifiés les uns que les autres se cachent des plantes venues des cinq continents. Fougères, monocotylédones (graminées, iris…), dicotylédones (marguerite, sauge, renoncules…) et conifères, ce petit monde végétal se décline en quatre classes. « Les plantes sont rangées par famille, de l’extérieur vers l’intérieur de la spirale. Chaque plante a une étiquette selon ses propriétés » explique Hervé Ticher, jardinier-botaniste du parc.

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Une foison d’étiquettes vertes attirent le regard, mais d’autres sortent du lot de par leurs couleurs différentes. Si la couleur verte désigne les plantes sans propriétés particulières, la couleur rouge indique les plantes officinales. Un petit creux ? Les étiquettes blanches nomment les plantes alimentaires tandis que les jaunes classifient les plantes industrielles. Attention aux étiquettes noires derrière lesquelles se cachent les plantes toxiques…

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Au total, 3 200 espèces courent sur trois kilomètres de haies. Un nombre astronomique au vu de l’endroit restreint, mais l’équipe du Jardin botanique — constitué seulement de trois agents-botanistes — s’évertue à protéger ce petit hameau de vie végétale. Une de leurs tâches quotidiennes qui s’ajoutent à une longue liste. Inventaire des plantes issues de la flore spontanée, entretien, récolte des graines aussi bien dans la nature que sur place préservation et enrichissement des collections ou encore mise en avant de la richesse de la biodiversité à Rennes et alentours, gestion du polinarium, etc.

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Halte dans la grainothèque de renommée mondiale

Une maisonnette blanche non loin de la roseraie se détache du paysage (ce n’est finalement pas la conciergerie du Thabor…). Dans un angle et presque invisible, elle renferme une richesse qui fait la renommée du parc : la grainothèque.

Ouverte à la visite pour la première fois depuis sa création, les acteurs du jardin — et médiateurs le temps d’un weekend — se feront un plaisir de dévoiler les coulisses du parc, dans le sous-sol de la maison…

150 ans du parc thabor rennes

« Une grosse partie du travail du Jardin botanique tourne autour des graines. Nous travaillons essentiellement avec l’Europe, mais il nous arrive parfois d’échanger avec l’Asie et l’Amérique également — explique Hervé Ticher — depuis le début de l’année 2018, nous avons envoyé 1436 échantillons graines et en avons reçu 506. Ces échanges nous permettent de combler les pertes du Jardin botanique et d’enrichir les collections du Thabor. Nous donnons la priorité aux plantes locales, officinales ou comestibles ».

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Au total, plus de 2000 espèces différentes sont conservées à la grainothèque, dont 300 récoltées dans la nature. « Par ces temps mercantiles, il est important de souligner que tous les échanges sont faits à titre gracieux », précise Bertrand Martin (un peu de douceur dans ce monde de brutes ne fait en effet pas de mal…). Le Jardin botanique de Rennes collabore actuellement avec 158 correspondants réguliers, dont l’Allemagne et la Suisse.

150 ans du parc thabor rennes500 000 € de travaux par an depuis 10 ans

« L’objectif était de garder à la fois l’esprit qu’avait le jardin à sa création tout en l’adaptant aux nouveaux usages — souligne Bertrand Martin — nous nous sommes demandé comment feraient les frères Bülher pour la réfection ou la construction de chaque aménagement ». Le Kiosque rénové, la rénovation des fontaines et cascades du côté de la rue de Paris, ou plus récemment la réfection de l’entrée Saint-Melaine… Depuis dix ans des campagnes de rénovations sont lancées pour un aménagement adapté du Parc du Thabor.

150 ans du parc thabor rennes

Avec de nouvelles rénovations en projet, le parc incontournable de Rennes n’a pas fini d’étonner ses visiteurs. Une seconde jeunesse sera accordée au Jardin botanique avec une nouvelle signalétique, le Théâtre de verdure repensé pour améliorer les conditions du public et la grille de l’entrée Saint-Melaine rénovée dans sa totalité en 2020.

De beaux projets en perspective pour ce parc considéré comme « le troisième plus beau jardin de centre-ville de France après celui du Luxembourg à Paris et le parc de la Tête d’Or à Lyon ».

150 ans du parc thabor rennes

PROGRAMME DES VISITES

Pendant 3 jours, du vendredi 22 au dimanche 24 juin 2018, une programmation spécifique permettra de parcourir le parc différemment et ainsi de le découvrir sous un nouveau jour. Accompagnés de professionnels, les visiteurs pourront participer à 10 visites guidées thématiques. Les serres présenteront une étonnante collection de cartes postales ainsi qu’une maquette 3D en libre accès jusqu’au 15 septembre.

La Roseraie du Thabor, durée 1 h – vendredi 22 juin : 15 h 30 et 17 h / dimanche 24 juin : 10 h

L’Histoire et la gestion du Parc du Thabor, durée 2 h – samedi 23 juin : 10 h et 14 h / dimanche 24 juin : 10 h

Les secrets du jardin botanique, durée 1h – samedi 23 juin : 10h, 14h et 16h / dimanche 24 juin : 10h

Inscriptions obligatoires pour les visites guidées au 02 23 62 19 40 (dans la limite des places disponibles)

150 ans du parc thabor rennes

MAXIMILIEN, ELECTRO RÊVEUSE À LA FÊTE DE LA MUSIQUE DE RENNES

Le musicien-compositeur Maximilien dévoilera pour la première fois des pans de son univers musical rétro futuriste le 21 juin 2018, lors de la Fête de la Musique à Rennes. Rencontre avec le jeune artiste Maximilien dont l’électro planante aux influences pianistiques fera voyager les oreilles des spectateurs du Théâtre de Verdure au Thabor.

Unidivers : Maximilien, ça ne détonne pas un peu comme nom dans le milieu électro ?…

Maximilien : C’est l’un de mes trois prénoms. Je trouve qu’il sonne bien. J’avais envie que le nom de mon projet fasse français. L’électro est une des particularités de la musique française depuis quelques années. Nous avons de grands artistes nationaux dont certains m’ont fortement inspiré, m’ont donné envie surtout. Daft Punk, Justice, Yuksek… Jacques ou Superpose pour la nouvelle génération.

Maximilien. Crédits photos: Ousseynou Cissé

Quels-ont été vos premiers pas dans la musique ?

Maximilien : Je les dois à mes parents, de grands mélomanes. Ils m’ont lancé dans le piano à mes 8 ans, au Conservatoire. Je faisais initialement ça par contrainte. Puis au collège j’ai commencé à acheter mes premiers disques et c’est ce qui m’a fait rêver. Je pouvais rester bloqué sur le même artiste à l’écouter pendant des années en passant complètement à côté du reste. J’ai eu des périodes Muse ou Rammstein par exemple. J’ai également écouté beaucoup de musique classique.

Comment la musique classique a-t-elle déteint sur votre travail ?

Maximilien : La plupart des artistes électro français que j’ai cités précédemment ont une formation de pianiste classique comme moi. Quand cette touche classique est mélangée avec subtilité à l’électronique, je trouve que ça rend très bien. Avec le conservatoire, je pense que les accords sont rentrés par défaut dans mon esprit. Je me suis aussi imprégné des harmonies plus jazz que j’expérimentais avec Clarens, artiste rnb avec qui j’ai travaillé. Alors que dans la techno la base musicale est le beat ou la ligne de basses, pour moi ce sont les accords au piano. Tout part de là.

Comment êtes-vous arrivé à l’électro ?

Maximilien : A la fac de biologie, j’ai rencontré Joris, Léo, puis Baptiste avec qui nous avons monté Cardinale, un projet ambient post rock qui a duré trois ans. On s’est mis aux synthés, à la production sur ordinateur, au live. C’était mes premiers pas dans la composition et la production, en totale indépendance. Mon projet personnel date d’il y a trois ans, quand je tournais avec Clarens, le projet de Ousseynou Cissé, un mélange entre r’n’b et électro. Il avait fait appel à moi au clavier et en backing vocals. J’ai eu ensuite envie de développer mon propre univers.

Certains affirment que votre musique s’apparente à de l’électro futuriste…

Maximilien : Je préfère ne pas définir la musique que je fais, ça peut rapidement tourner à de la prétention. Il y a du piano, du synthé, des boites à rythmes, un peu de voix vocodées. C’est assez imagé, assez aérien, contemplatif aussi.

Crédits photo: Diane Sagnier

Pouvez-nous nous parler un peu plus de votre travail avec le label parisiano-rennais Elephant & Castle ?

Maximilien : Je donne des cours de piano à côté, mais j’ai toujours eu pour rêve de vivre de ma musique. Pour cela il faut enchainer les concerts, faire connaitre le projet, d’où la nécessité d’un label. J’ai beaucoup déménagé, je suis arrivé à Rennes en 2002, où j’ai rencontré Timsters qui a créé Elephant & Castle. Ce partenariat me fait rencontrer des collaborateurs de travail – Julien Vignon alias Timsters, Clémentin le label manager et Mateo à la communication – mais aussi les autres artistes du label comme Praa ou Colorado. On s’inspire tous les uns des autres, on se motive. Avec le label, j’ai sorti mon premier morceau Messian le 16 juin 2017. J’ai un album de prêt. Ça devrait sortir d’ici la fin de l’année, à la rentrée. Le nom n’est pas encore dévoilé, j’ai envie que ça sorte au dernier moment !

https://www.youtube.com/watch?v=QQr5WXLrmIE

Vous avez fait une collaboration avec Praa, artiste soul r’n’b, aspirez-vous à propulser votre musique vers d’autres genres musicaux ?

Maximilien : Le métissage, je pense que c’est clé. J’écoute énormément de hip hop et de r’n’b. J’aimerais aussi faire des musiques de film, des instru pour des artistes du monde du rap. Travailler avec des très gros artistes comme Drake ou Georgia Smith serait un rêve. Je ne prétends aucunement avoir le niveau de leurs producteurs. J’aimerais aussi beaucoup collaborer avec Clara Luciani en ce qui concerne la scène française.
Avec Her on compose aussi depuis des années, par intermittence, on garde ça dans un coin, pour nous. On avait tenté un remix d’Etienne daho avec Simon pour Nage indienne par exemple. On fait ça pour s’amuser avec Victor. L’entourage c’est vraiment le plus important. C’est Victor de Her qui m’a fait rencontrer la scène rennaise et qui m’avait proposé de jouer avec lui et les Popopopops, c’était mon premier concert.

D’où vous viennent ces mélodies planantes ?

Maximilien : Quand je compose, je n’ai rien dans la tête, je passe en mode automatique et je cherche. Je me mets au piano et je me laisse guider par mes doigts. Il n’y a jamais rien de conscient. Frida Khalo disait que la création était un chaos et qu’il fallait puiser dans son enfer personnel pour en tirer son propre paradis. C’est exactement ça. Au début c’est douloureux, puis au bout d’un moment il y a un déclic. L’inspiration tu ne la maitrises pas. C’est comme un travail de  photographe, il faut saisir l’instant, quand c’est passé c’est déjà trop tard. J’ai deux morceaux d’enregistrés, mais j’en ai des centaines en stock, j’ai de quoi faire trois disques, mais il faut que je travaille sur tous ces morceaux avec mon producteur. Mon premier vrai live en public sera pour la fête de la musique !
Maximilien

Vous proposez des morceaux très imagés, tant musicalement que visuellement, quelle place pour l’esthétique dans votre travail ?

Maximilien : L’unique pâte visuelle que j’ai pour l’instant c’est la figure de lion, un visuel que j’ai fait seul. Je suis passionné par l’histoire de l’art et des civilisations et ça se ressent dans mon univers artistique. Pour les clips, je donne les grands axes aux réalisateurs puis je leur fais confiance et les laisse exprimer leur créativité. J’ai ainsi travaillé avec Diane Sagnier pour le clip de Messian. Elle avait réalisé les clips de Cardinale.
L’univers du projet est caractérisé par le mélange entre ancien et moderne. Dans le clip de Messian, il y a des statues de lion, une cavalière, un côté classique. Dans le clip d’Alliance réalisé par Liswaya, qui a fait la plupart des clips de Her, il y a également une ambiance spécifique, de grandes colones, un côté monumental. J’adore le rétro futurisme, tant dans les visuels que sur le plan esthétique, comme dans Star Wars par exemple.

https://www.youtube.com/watch?v=6tXa00reJj4

Vous aurez des visuels en concert ?

Maximilien : Pour l’instant, je n’ai pas encore les moyens de le faire, mais à terme j’ai envie de travailler pour qu’il y ait une vraie ambiance en live. Pour la fête de la musique je vais être seul avec mes machines, mais bientôt je serai accompagné de Léo (batteur) et Baptiste (synthé) qui étaient dans Cardinale. J’ai envie de rendre le plus organique possible la musique électro. Ça peut être une musique très froide sinon.

Comment préparez-vous votre set, vous laissez une part à l’improvisation ?

Maximilien : Non. Tout est préparé en amont, je sais quelle partie je dois jouer, je préfère travailler comme ça, tout est millimétré. J’ai besoin de jouer du clavier, de toucher à des effets, de lancer moi-même les séquences. J’essaye quand même de prendre un minimum de risque, mais ça reste un live électronique donc forcément il y a un ordinateur, des machines, mais aussi des pianos et de vrais synthétiseurs. Les voix sont enregistrées en studio.

Comment se démarque-t-on dans une industrie musicale où de plus en plus de projets électro émergent chaque année ?

Maximilien : Je pense qu’il faut aimer ce que tu fais et digérer tes influences, c’est ce qu’il y a de plus dur. Quand tu es fan d’un artiste, le problème c’est que tu as tendance à le copier. Il faut dépasser ça et travailler jusqu’à créer sa propre patte.
Créer un univers singulier, ça passe par les visuels, les clips, l’image, les réseaux sociaux. Il parait qu’aujourd’hui il faut être très présent. Je trouve ça triste. Ça peut un peu gâcher la part de rêve et de mystère. Si je fais de la musique, c’est pour emmener les gens ailleurs et pour moi-même sortir de la réalité. C’est ce qu’on cherche tous avec l’art. J’ai l’impression que les réseaux sociaux rationalisent la chose. Je n’ai pas envie de me mettre moi en avant, mais ce que j’ai dans la tête.

Retrouvez Maximilien au Théâtre de Verdure du Parc du Thabor, le 21 juin 2018, de 21h50 à 22h30.

BD JE VAIS RESTER DE TRONDHEIM ET CHEVILLARD

Je vais rester…poursuivre des vacances programmées malgré la perte accidentelle du conjoint. Sur ce scénario improbable, Trondheim et Chevillard livrent une BD remarquable d’originalité et de poésie. Sans leçon, mais avec tendresse.

BD JE VAIS RESTER

C’est une BD qu’on lit en apnée, ou plus exactement en apesanteur, la bouche ouverte, l’esprit dans les airs, le regard ailleurs. C’est que l’on s’est mis rapidement dans la peau de Fabienne Guillardin que l’on aperçoit sur la couverture, le regard perdu vers l’horizon. Elle a de quoi être désemparée, Fabienne. Elle arrive à Palavas avec Roland, son compagnon, pour y passer quelques jours de vacances au bord de mer. Il a tout préparé Roland. Il est comme cela. Ou plutôt il était comme cela. Il a noté sur un petit carnet, jour par jour, heure par heure, le programme des festivités : joute nautique, spectacle équestre, démonstration de danse-country. Il a tout prévu sauf …. sa mort dès son arrivée. Alors évidemment cela change beaucoup de choses pour Fabienne. Quoique. Un coup de téléphone. Un moment d’hésitation et elle décide finalement de rester, de suivre le planning annoncé, de faire comme si.

BD JE VAIS RESTER

Décision dérangeante, situation inédite, le lecteur suit alors Fabienne dans ce programme qu’elle va parcourir par refus de voir la réalité ou par respect de la mémoire de son compagnon. Chacun se fait son idée, mais partage avec la « veuve » son état de sidération, d’hébétude. Une douce mélancolie envahit l’album, mélancolie faite de silences que restitue parfaitement une composition en gaufriers qui, case par case, confrontent la vie qui continue dans une ville estivale de bord de mer et la pérégrination silencieuse de Fabienne.
C’est tendre, doux et l’on se surprend à se perdre dans les pensées imaginaires de Fabienne. Les pieds dans l’eau elle observe le monde autour d’elle qui vit, joue, bouge. Elle préfère alors ramasser un coquillage, le garder dans sa main comme un précieux trésor et se taire. Son amour est-il moins intense qu’elle le pensait ? Ou la vie est-elle plus forte que tout avec ses moments riches dans leur apparente banalité ?

BD JE VAIS RESTER

Le scénario et les mots de Trondheim sonnent juste, rythmés par des silences et des dessins empreints de bonhommie qui ne sont pas sans rappeler Vive la marée  de Prudhomme et Rabaté entre situation burlesque et poésie. Sur la plage, un enfant apporte à Fabienne un trésor trouvé dans le sable : un bouchon de bouteille de soda. Le temps de quelques cases muettes et la lecture se pose un instant, figée dans un regard échangé entre un enfant et une adulte. La mer bruyante s’est tue. Le lecteur s’échappe.

BD JE VAIS RESTER

Pour sortir Fabienne de son mutisme, le gentil Paco, l’homme « au cœur d’artichaut », celui qui « s’il voit un escargot sur le trottoir, il va le mettre dans un jardin », Paco va l’accompagner un peu, évitant de sombrer dans une tristesse noire et opaque. Il sourit Paco, il apporte à petites doses de l’humour. Avec lui, comme dans sa série Lapinot, Trondheim alterne la gravité et l’humour et nous invite à « flotter » les pieds enlisés dans le sable, mais la tête dans le ciel au milieu des cerfs-volants.

BD JE VAIS RESTER

On pense aussi à « Lulu femme nue » de Davodeau. À un moment donné, voulu ou subi, une femme quitte le quotidien pour errer à la recherche du sens de son existence, de ses amours. Les mots au plus juste en disent beaucoup et nous invitent à saisir la poésie du moment et de l’instant. Comme dans les romans d’Eric Holder.

BD JE VAIS RESTERDécidément Rabaté, Davodeau, Holder, des références qui suffisent pour démontrer la qualité de cette BD intimiste, profondément touchante, et qui traite du deuil sans larmoiement. Juste et pudique. Différente.

 

BD Je vais rester. Scénario : Lewis Trondheim. Dessins : Éric Chevillard. Éditions Rue de Sèvres. 126 pages. Paru le 02 Mai 2018. 18€. ISBN : 978 2 36981 228 9.

DE L’AUTRE CÔTÉ DES MONTAGNES, UN ROMAN AU VERSANT D’HUMANITÉ

Et si on quittait l’Hexagone au profit de l’autre côté des montagnes. Le temps de quelques pages avec Kevin Canty dans l’Idaho, le Montana, la nature profonde et l’immensité des États américains. Dont on parle finalement assez peu en dehors du cinéma, de la littérature. Parfois de la musique…

KEVIN CANTY

De l’autre côté des montagnes, nous plonge dans la petite ville de Silverton, Idaho au cœur des années 1970. Et l’utilisation du verbe « plonger » semble totalement appropriée tant on pense ne jamais pouvoir sortir de là, dès lors qu’on y a mis les pieds, qu’on y a déposé ses quelques effets, qu’on y a entraîné éventuellement celui ou celle qu’on aime. Qu’y a-t-il d’autre à faire à Silverton sinon que d’y travailler, bloqué au fin fond de la mine, accoudé le week-end à boire plus que de raison avec les autres, que coucher avec les quelques filles ou les quelques mecs du coin, histoire de fuir son ennui ? De repousser le moment fatidique où la mine nous gardera prisonnier de ses galeries, où le poing d’un autre viendra nous écraser le larynx, où l’on deviendra parent sans réellement l’avoir désiré… ??? Vaste programme. Et pourtant…

Le roman de Kevin Canty pourrait s’apparenter à Zola si on lisait trop rapidement les pages décrites avec une authenticité glaçante sinon parfois brûlante – tout comme les hivers et les étés qui rythment le quotidien pénible de ses personnages -, si l’on ne savait s’extraire avec subtilité du tableau recouvert par la poussière des résidus miniers, si l’on ne poussait pas l’effort à discerner ce qu’il existe de bon dans le caractère de David, d’Ann, de Jordan, de Ray… Et des autres. Donc rien à voir avec Germinal.
Nul n’est parfait, mais nul n’est bon non plus et la vision de l’auteur est d’une justesse redoutable. Quant à la créativité qu’il met dans les ambiances, elle attire autant qu’elle apeure. Mais tels les tentacules d’une pieuvre, nous sommes retenus sinon parfois même totalement asphyxiés.

KEVIN CANTY
Kevin Canty

Avant l’incendie qui emportera une partie de la ville, le lecteur est dans une attente presque insupportable. On redoute, mais on demeure excité par la tragédie à venir. Après l’incendie, on se délecte presque avec un sentiment malsain de l’analyse des conséquences du drame, sur les uns les autres, sur la nature ambiante. Et tous comme les personnages, on voudrait s’échapper, pourtant on semble retenu par la ville, par la douleur, par cette terre-là. Avec une pudeur non feinte, Kevin Canty nous décrit l’indicible : quand on échappe de justesse à la mort, nourrit-on nécessairement l’envie de vivre encore un peu ? Quand on a frôlé la Faucheuse, où puiser les forces de la résilience ? Est-ce que côtoyer le pire nous rend meilleurs ?

S’inspirant d’un fait réel survenu en 1972, Kevin Canty nous offre là un roman débordant d’humanité.

De l’autre côté des montagnes, un roman de Kevin Canty aux Éditions Albin Michel. 260 pages. Parution : février 2018. 22,00 €. Traduit de l’américain par Anne Damour.

DES ECOLES AUX EHPAD, L’ENGAGEMENT DES JEUNES EN SERVICE CIVIQUE

Volontaires, engagés pendant six à huit mois sur les thématiques du harcèlement, de l’isolement des personnes âgées, des discriminations ou du gaspillage, 100 jeunes viennent d’achever leur service civique auprès de l’association Unis-Cité. Des expériences fortes pour ces volontaires âgés de 16 à 25 ans, qui y voient aussi bien une manière de porter des valeurs positives qu’une façon de s’occuper avant de rebondir dans leurs études ou d’entamer leur carrière professionnelle.

Sous les ors de la salle du conseil de l’Hôtel de Ville de Rennes, les t-shirts orange se bousculent. Dans leur dos, sur leurs manches, toujours le même logo : celui d’Unis-Cité, une des principales associations pourvoyeuses de volontariats en services civiques. Devant les larges baies vitrées, Glenn Jegou, conseiller municipal délégué à la jeunesse et à la vie étudiante, tient à remercier ces jeunes pour leur engagement : « les jeunes Rennais sont un atout pour la ville, ils sont porteurs de valeurs positives, qui bousculent les choses. »

unis cité
Jocelyn Leclerc (gauche), directeur territorial d’Unis-Cité, et Glenn Jegou (droite), conseillé municipal délégué à la jeunesse remercient les volontaires pour leur engagement

Ce mercredi 13 juin, ils sont une centaine de jeunes à recevoir leur attestation de fin de service civique. Tous viennent d’achever entre 6 et 8 mois de volontariat avec l’association unis-cité, répartis entre différentes structures. À la place des habituelles tables du conseil municipal, leurs stands reflètent la diversité de leurs activités, à coup de photos, de prospectus, de petites vidéos. Certains présentent leurs sets de table, dont les illustrations alertent sur le gaspillage alimentaire. D’autres s’empressent de chercher sur leur ordinateur une vidéo de personnes âgées : à coup de frites de mousse, elles s’envoient des ballons de baudruche. Avec plus ou moins de vivacité, il est vrai, mais l’important est que tous s’y essaient.

Sous leur forme actuelle, ces volontariats ont été créés en 2011. Mais ce ne sont que ces dernières années que leur nombre s’est envolé. Ils étaient 35 000, âgés de 16 à 25 ans, en 2014. En 2017, leur nombre devait atteindre les 150 000. À terme, un jeune sur deux devrait être concerné, selon les objectifs fixés par l’agence nationale du service civique : soit 300 000 personnes par an… Derrière l’envol des engagements, il y a une volonté politique : après les attentats de 2015, il fallait soutenir l’engagement citoyen.

unis cité

Dans ce tout récent univers du service civique, Unis-Cité-cité occupe une place toute particulière. L’association, créée en 1994, militait activement pour que ce statut soit créé. Elle a inspiré les formes prises  par ces volontariats : des missions construites, en théorie, par les jeunes, sous l’encadrement d’un tuteur. Aujourd’hui, elle propose plus de 7 000 missions, sur toute la France, et a accueilli, en tout, plus de 200 000 jeunes depuis sa création.

« Les valeurs d’Unis-Cité, c’est la mixité sociale »,  affirme son directeur territorial pour la Bretagne, Jocelyn Leclerc. Il se plait à rappeler la mythologie de l’association : trois étudiantes en école de commerce dans une banlieue populaire de la région parisienne, qui voulaient recréer du lien social, ont initié le projet.

« On recrute des jeunes  qui ne seraient pas recrutés dans les autres services civiques normalement », continue Jocelyn Leclerc. En théorie, les volontaires sont recrutés selon leur motivation. En pratique, leurs compétences orientent parfois les choix des associations et institutions publiques qui les recrutent.

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L’association, elle, a décidé de mettre en place des quotas, pour les jeunes en situation de handicap, issus des quartiers jugés « prioritaires »… Les missions locales, les travailleurs sociaux, orientent vers eux des personnes qui n’auraient pas autrement songé à faire un service civique.  « Ce n’est pas toujours facile d’avoir cette mixité, regrette toutefois le directeur territorial, il y a des préjugés qu’on essaie de faire évoluer. »

Pour lui, ces jeunes rejoignent Unis-Cité pour s’engager, réaliser des choses positives.  Avant de concéder : « certains peuvent s’engager parce qu’ils ont besoin de l’indemnité, pour éviter de ne rien faire ». Mais il rajoute rapidement que, dans le collectif, « ils se révèlent, ils se découvrent ».

À chaque fois, les jeunes basculent entre les deux. Certains voulaient absolument faire un service civique, d’autres cherchaient une occupation, face à un redoublement en licence qui les laissait inactifs la plupart du temps. D’autres encore veulent préparer une réorientation dans leurs études : « je voulais découvrir le travail avec les personnes handicapées, explique Johan, 18 ans, pour m’offrir une expérience avant de faire une formation d’AMP [Aide Médico-Psychologique, ndlr] ».

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« Le service civique n’est ni un stage ni un emploi, mais fait progresser le savoir-faire et le savoir-être », corrige Jocelyn Leclerc. Pourtant, les rapports officiels, notamment de l’Assemblée nationale, pointent régulièrement le risque de substitution à l’emploi pour les services civiques. La tentation est d’autant plus forte que, en partenariat avec le conseil départemental, de nombreux volontaires viennent proposer des animations en maison de retraite, là où le manque de main-d’œuvre est souvent criant.

« Il nous est déjà demandé de recadrer des partenaires », explique le directeur territorial. Cette veille par les tuteurs d’Unis-Cité, et le travail en binôme, au moins, des volontaires, permet d’éviter ces dérives. « Si un volontaire ne vient pas, ça ne chamboule pas le fonctionnement », précise Jocelyn Leclerc : une manière de prouver que le service civique ne devient pas un emploi dissimulé.

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Éloignés de ces préoccupations, les jeunes volontaires sont enthousiastes quand il s’agit de parler de leur mission. « Ça nous donne un regard nouveau, affirme l’un d’eux, âgé de 23 ans. On peut se rendre utile, se rendre compte qu’il y a beaucoup de belles choses. » Pendant ces huit derniers mois, il a accompagné des personnes âgées dans un EHPAD, et des personnes en situation de handicap psychique, dans un foyer de vie. Dans chacun de ces deux établissements, il peut prendre le temps de parler avec les usagers du lieu, temps que n’ont pas forcément les professionnels. « Il y avait une dame malvoyante, avec une mauvaise ouïe, qui restait toute la journée assise, témoigne-t-il. Elle nous a dit : maintenant que vous venez, les journées passent plus vite. » Lorsqu’il entre dans l’EHPAD, les résidents demandent directement : « on va sortir se promener ? »

« Il y a 4 à 5 soignants pour s’occuper de deux étages, avec 60 à 80 personnes », témoigne Pauline, qui réalise en partie son service civique dans un autre EHPAD. Dans ce cadre, ce sont les jeunes volontaires qui servent de point de repère aux nouveaux résidents. « On fait des visites dans les chambres de ceux qui n’aiment pas les animations », continue-t-elle. Ils sont quatre en service civique, qui proposent en plus de ces visites des animations avec des animateurs professionnels : des chants, de la sophrologie, du tir à la sarbacane… « Ils visent super bien malgré leur âge ! » s’amuse-t-elle.

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Loin de l’odeur médicale des maisons de retraite, d’autres volontaires ont été plus actifs dans les collèges. Unis-Cité a ainsi lancé en 2017 un programme pour sensibiliser sur le gaspillage alimentaire. Neuf volontaires divisés en trois groupes sont intervenus dans les écoles, pour proposer, au total, une centaine d’animations.

D’autres ont organisé des projections de film dans différents établissements, pour susciter des débats dans les écoles, EHPAD,… Le programme, financé par le Centre National du Cinéma et de l’image animée, a attiré 32 jeunes. Au collège Louis Guilloux, une quinzaine de films a été projetée, se félicite son Conseiller principal d’Éducation. Surtout, l’établissement a pu faire venir Joude Jassouma, réfugié syrien co-auteur d’un livre témoignage sur son parcours. Il regrette toutefois : « ce sont surtout les élèves internes qui ont pu y assister ».

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Le leitmotiv de la citoyenneté, du vivre ensemble, revient souvent, comme un cantique, pour décrire les autres programmes portés par Unis-Cité ou les missions définies par les volontaires eux-mêmes. Certains sont intervenus pour favoriser le « partage de l’espace public » – notamment les jeudis soirs – d’autres ont décidé de se centrer sur le harcèlement scolaire, ou de proposer des animations sur les discriminations, avec le défenseur des droits. « On organisait des saynètes qui fonctionnaient bien, explique Gwen. Par exemple, on mettait en scène une Lisa Simpson qui ne pouvait pas rejoindre une filière, parce qu’elle était une fille… » Ce service civique lui a permis d’apprendre à travailler en équipe, d’acquérir des connaissances juridiques sur le thème des discriminations. Surtout, il lui permet de rebondir : après des études techniques, il veut faire un DUT carrières sociales.

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Mais alors que la centaine de jeunes termine de manger les derniers amuse-gueule du buffet offert par la ville de Rennes, une question se pose. Comment le service civique pourrait-il se maintenir, alors qu’un service national obligatoire pour tous les jeunes devrait voir le jour, porté par le nouveau gouvernement ? « Au pire, le service civique va cohabiter avec, affirme Jocelyn Leclerc, au mieux, ils vont se compléter. »  Les associations impliquées dans les services civiques suivent avec attention l’évolution de cette promesse de campagne d’Emmanuel Macron.  Mais le temps réduit du service national – deux fois 15 jours,  selon les recommandations du groupe de travail – et son caractère obligatoire devrait les favoriser : le service civique reste lui volontaire, et sa durée permet aux jeunes de réellement s’impliquer, jusqu’à un an.

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LE NOTAIRE DE SOURVILLE, ROMAN POLICIER CHABROLIEN

Les éditions Folle Avoine, nées il y a un peu plus de trente ans près de Rennes, font la part belle à la poésie. C’est même leur raison d’exister. Un romancier, néanmoins, s’y est fait sa place, Jean-Claude Le Chevère, dont Yves Prié, fondateur de la maison, a publié en 1988 Lucienne, magnifique texte, émouvant et chaleureux. Depuis cette date, plusieurs récits et romans de cet auteur se sont succédé. Et le dernier en date, Le Notaire de Sourville, aborde aux rives du polar et du roman noir. Avec cette même qualité d’écriture découverte avec Lucienne.

Jean-Claude Le Chevère
Jean-Claude Le Chevère

Quel roman que Le Notaire de Sourville ! Ce qu’on appelle, dans ce jargon anglosaxon qui a envahi les chroniques littéraires, un « page turner ». Un livre que vous ouvrez et ne lâchez plus, tout au long de ses 50 chapitres, courts, habilement menés et articulés, sans un temps mort. Il est né d’une plume alerte, sobre et directe : celle d’un vrai romancier, Jean-Claude Le Chevère, talentueux et (trop) discret auteur, publié fidèlement par les éditions « Folle Avoine » depuis 1988. A cette date est apparu le personnage de « Lucienne », roman d’une femme courageuse, généreuse, émouvante et admirablement campée par son créateur. Lucienne habitait…Sourville, elle aussi, comme ce notaire machiavélique qui va nous captiver pendant 200 pages. L’auteur a de la suite dans sa géographie imaginaire…

Sourville a une église en son centre, comme tout village digne de ce nom, avec son curé, bedonnant et « ensoutané » au milieu de ses paroissiens et surtout ses dévouées paroissiennes. Un bonhomme peut-être un peu pervers, en tout cas « pas franc ducollier », et un notaire opulent et craint, bien en vue au centre du bourg lui aussi, et roulant carrosse en moelleuse Citroën DS21. Car on est dans les années 60.

Me Berthelot, l’homme central du Notaire de Sourville, fut d’abord simple clerc, mais assez habile et calculateur pour épouser Marie-Berthe, fille de Me Tavernier, précédent notaire et respecté personnage du bourg, mort, étonnamment, en pleine santé. Bizarre… Héritant de la charge du beau-père, le simple clerc est devenu à son tour notaire et notable du lieu. Ce couple à hue et à dia va rapidement battre de l’aile, se chamailler et faire chambre à part, mais gardera une façade d’union et de respectabilité au sein d’une petite collectivité où tout le monde se connaît, s’observe et se salue, ou presque. Marie-Berthe s’apercevra vite, sans s’en émouvoir plus que ça, que son fieffé mari couche régulièrement avec la bonne, Madeleine Ménard, « Mado » dans l’intimité, horizontale, du bureau où trône un canapé.

Me Berthelot est un manipulateur et au cœur d’une intrigue qui va nous emmener dans ce roman d’un personnage à l’autre, comme la boule du flipper qu’un joueur, le notaire en l’occurrence, essaierait de contrôler et diriger.
notaire de sourville

A l’origine de l’aventure, un magot tombé du ciel, au sens propre. Dans les années 40, un parachutage anglais avait largué armes et argent pour la Résistance locale. Les armes avaient été bien repérées et distribuées. L’argent, en revanche, billets et lingots d’or, avait été perdu de vue. Pas par tout le monde. Deux jeunes gaillards, Adrien Berthelot, le futur notaire et Antoine Dubreuil, modeste saisonnier à la Coopérative du coin, avaient reluqué, un peu à l’écart du champ d’atterrissage des parachutes, la caisse venue du ciel et y avaient découvert le butin. Stupéfaits, mais vite complices, ils l’avaient planqué, en attendant des jours meilleurs. Et pour en profiter après la guerre, se disait Antoine, pressé de se faire la malle, tout seul, sous le soleil de Tahiti. Du moins c’est ce qu’il croyait, bien naïvement. Car l’autre complice, devenu notaire, gestionnaire de portefeuille, et sacrément roublard, le roulera dans la farine en lui faisant croire à des placements juteux, et forcément imaginaires ! Deux autres personnages du village, Jimmy et Richard, pas plus recommandables, as de l’arnaque à la voiture volée et maquillée, s’en mêleront, qui flaireront le pactole chez le pauvre Antoine d’abord, chez le fourbe Adrien ensuite. Que des hommes dans ces embrouilles !

Les femmes ne seront pas à l’écart de ces mystères pour autant, bien au contraire et heureusement : ce sont elles en effet qui renifleront toutes ces entourloupes et les mystérieuses disparitions de témoins et d’acteurs qui vont avec. Marie-Berthe, la première, alertera Francine, femme d’Antoine, mystérieusement renversé sur son vélo par une voiture sur le chemin de la Coopérative. Francine, de son côté, repérera le manège des deux « Pieds nickelés », les inséparables Jimmy et Richard, tous les deux dans le viseur – c’est bien le mot ! – du fourbe et dangereux notaire. Enfin, Madeleine Ménard, « Mado », ne sera pas en reste, qui exhumera des tiroirs d’un bureau qu’elle connaît bien, et pour cause, de troubles photos et notes manuscrites qui la mettront sur la piste de tous ces mystères et lui dévoileront la vraie nature de son amant.

N’en disons pas plus. Laissons au lecteur le plaisir de la découverte d’un livre captivant, véritable roman policier, placé sous la bannière des mots en exergue du grand Simenon. Un livre aussi bien écrit et enlevé que violent et (très) sanglant. Un livre où tel est pris qui croyait prendre – c’est l’une des vertus cardinales du genre. Un livre où disparitions, assassinats et suicide nous arrivent en série. Un livre enfin où les femmes, épouses, maîtresses ou mères de ces intrigants et malfrats, jouent de conserve les fins limiers et les subtiles enquêtrices pour trouver la vérité, rétablir l’ordre, la justice et la morale dans un village complètement tourneboulé par tant d’épisodes et d’esprits criminels. Gloire aux femmes, pourrait proclamer au final Jean-Claude Le Chevère ! La toute fin nous réserve un ultime et double trépas, qui ne manque ni d’humour ni de cruauté. A l’image du Notaire de Sourville.

Un Claude Chabrol aurait fait ses choux gras d’une intrigue aussi bien ficelée et captivante et nous aurait rendu, comme il savait le faire, un film délicieusement noir et hautement jubilatoire. Comme ce roman.

Le Notaire de Sourville, Jean-Claude Le Chevère, Folle Avoine, avril 2018, 225 pages, 20€, ISBN : 978-2-86810-236-2

Jean-Claude Le Chevère, né en 1948 dans les Côtes-d’Armor, a enseigné les lettres à la Martinique et en Bretagne. Il vit actuellement à Saint-Brieuc.

Bibliographie
Rouge ballast, Éditions des Ragosses, 2013
Le Ragondin, Folle avoine, 2013
Tandem solo, Folle Avoine, 2011
La Cour des Petits, Apogée, 2010
Mais le vert paradis…, Apogée, 2006
Le Voyage de Mélanie, Folle Avoine, 2000
Au printemps peut-être…, Folle Avoine, 1996
Lucienne ou la vie des autres, Folle Avoine, 1988
Il est également l’auteur d’une nouvelle, L’Échappée, publiée sous forme de plaquette en coédition par Folle Avoine et Apogée.

BRIGITTE FONTAINE, PORTRAIT D’UNE LIBRAIRE DE BECHEREL

Brigitte Fontaine est l’invitée du Carré VIP (VieillePie), l’émission de radio dédiée aux femmes de plus de 50 ans (mais pas exclusivement !). Codiffusée par RCF Radio Alpha et Unidivers.fr, retrouvez Marie-Christine Biet et ses invitées deux fois par mois à la radio et sur le web.

La VIP du 13 juin 2018, Brigitte Fontaine (l’« autre », comme elle le dit elle-même, avec humour) consacre désormais son temps à la librairie Boulavogue à Bécherel.

Après une enfance à Dingé, le lycée et les études d’architecture à Rennes, Brigitte a œuvré surtout dans l’univers de la scénographie et du théâtre.

Sa « déclaration» va à Justine Rimpot, sa fille, qui s’est installée comme urbaniste à Rennes après un tour du monde consacré à la découverte d’exemples innovants hors d’Europe, relaté dans un blog « Villes vertes pour une planète bleue »

Brigitte Fontaine porte son coup de cœur à Léa Bulle, la chef de choeur de la chorale « les bulles de l’éprouvette » dont elle fait partie partie depuis septembre dernier à Saint-André-des-Eaux (22).

Pleine d’énergie et de talents, Léa a fait partie de plusieurs troupes de théâtre (surtout d’impro). Multi-instrumentiste, elle a accompagné Feloche et Mathieu Chedid. On pourra l’écouter le 11 juillet à Dinan au Festival international de harpe celtique.

La bande-son de Brigitte comporte évidemment une chanson de Léa Bulle When you and I, mais aussi Les triplettes de Belleville de Mathieu Chedid et Sous le  sable de Camille.

 


brigitte fontaine

LA MELOPEE LANGOUREUSE DE MÔ’TI TEÏ À LA FÊTE DE LA MUSIQUE DE RENNES

A l’occasion de la Fête de la Musique à Rennes le 21 juin 2018, Mô’ti Teï envoutera le public Place du Parlement dans une envolée musicale à la frontière entre blues et folk. Seul sur scène, il sera accompagné de sa guitare, de sa voix et d’une sensibilité à fleur de peau. Rencontre.

Mô'ti Teï
Mô’ti Teï

Unidivers: Mô’ti Teï, pourquoi ce nom ? Qui se cache derrière, hors scène ?

Mô’ti Teï: Mon réel prénom est Antoine, mais il se trouve qu’il est déjà pris par un artiste connu. Au moment de la recherche d’un alias, j’avais le souvenir d’un enfant qui avait du mal à dire son prénom, il s’appelait Timothée. Ca m’a parlé. Je l’ai agrémenté d’une typographie plus jolie, juste pour le fun. En dehors de la scène, je suis encadrant facteur, un métier sans grand rapport avec la musique donc. La musique est une passion depuis toujours, c’est ce qui m’apporte ma stabilité, qui me donne de l’air au quotidien. Cela requiert de l’organisation, d’où aussi le fait que je joue seul. Je ne m’engueule avec personne, j’ai toujours raison ! Cela simplifie grandement la tache !

C’est uniquement pour ça que vous jouez seul ?

Mô’ti Teï: J’ai joué longtemps dans un groupe qui s’appelait Last Echo et qui a duré 14 ans. A l’époque, nous faisions une musique qui était la notre, que ça plaise ou non. On faisait du dub psychédélique, très différent de ce que je fais aujourd’hui. Vivre de la musique était vraiment le graal, mais sans accepter les compromis. Je me suis ainsi vite rendu compte que je ferais ça toute ma vie, que ça marche ou pas. Ce n’est pas ça l’essentiel, c’est surtout de ressentir des choses et de ne pas les garder pour soi. J’espère que ça se sent dans ma musique, c’est une musique faite avec mes tripes, pleine de sueur.

Ce groupe s’est arrêté il y a une dizaine d’années. C’était de belles amitiés, ça reste l’essentiel de la musique selon moi, un moment de partage. A la fin de l’aventure à plusieurs, je me suis posé la question de la manière dont cela continuerait pour moi. J’avais toujours fait de la musique amplifiée et je trouvais ça dommage de ne pas pouvoir jouer en acoustique, j’avais envie de pouvoir improviser n’importe où. J’enregistre, je compose, je mix en solo, cela prend du temps ! Je ne suis ainsi pas très “recherche de concert”, le peu de communication que je fais passe surtout par Facebook et Soundcloud.

https://soundcloud.com/m-ti-t-i/the-brave-knight

Vous vous retrouvez à jouer sur la scène du Parlement lors de la fête de la musique cette année… Vous avez l’habitude de jouer en petit comité, est ce que votre façon de partager votre musique va s’en trouver impactée ?

Mô’ti Teï: C’était vraiment une grosse surprise ! J’envoyais ma candidature comme une bouteille à la mer, sans prétention aucune. C’est la première fois que je fais une si grosse scène seul. Je fais une musique assez intimiste, ça demande donc un bon choix dans les morceaux présentés. J’en ai cinq sur Soundcloud mais une quinzaine en tout.

fete musique rennes

Quelles différences entre vos morceaux enregistrés et ceux que vous jouez en live ?

Mô’ti Teï: En concert j’ai uniquement une guitare, une stompbox et deux micros chant. Ça change, c’est plus brut, mais ça laisse plus de place à l’énergie du moment. Je n’ai pas les percussions ou les choeurs que l’on peut entendre sur les versions enregistrées.

Une préférence ?

Mô’ti Teï: Non, les deux apportent des choses différentes. Les chansons sont composées sur une base guitare voix. Elles sont d’abord interprétées sur scène avant d’être enregistrées. J’agrémente ensuite en studio. L’ajout de choeurs apporte beaucoup de sensibilité par exemple. J’ai une pièce d’enregistrement chez moi. Le home studio s’est grandement démocratisé, ça apporte beaucoup de liberté ! Mixer soi même représente une forme d’approfondissement musical pour moi, c’est extrêmement intéressant. Je suis persuadé qu’un excellent morceau peut devenir mauvais avec un mixage médiocre. Alors qu’un morceau initialement mauvais peut rendre pas mal si bien mixé !

https://soundcloud.com/m-ti-t-i/distant-madness

Quels ont été vos premiers pas dans la musique et par quoi votre style musical a-t-il été influencé ?

Mô’ti Teï: Mon goût pour la musique vient de mon père. Il écoutait beaucoup de musique des années 60/70, Jimmy Hendricks, Santana, Bob Dylan… C’était également un grand fan de guitare, sans en avoir jamais joué. J’ai commencé à l’apprendre en autodidacte lorsque j’avais 13 ans, il y a plus de 20 ans donc ! Lorsque je suis passé à la guitare acoustique, la découverte de guitaristes comme Jack Rose a été une réelle claque musicale. La technique du picking m’a ouvert une porte sur mon instrument. J’ai aussi beaucoup écouté de reggae, d’où la présence importante de choeurs dans mes morceaux enregistrés. Un dénominateur commun à ces influences est leur caractère anglophone, j’ai été élevé à ça.

C’est pour cela que vous chantez et composez uniquement en anglais ?

Mô’ti Teï: C’est aussi une forme de timidité, de ne pas forcément assumer ses textes. En chantant en anglais en France on a l’impression que le public ne comprend pas trop ce que l’on dit.

Mon anglais est loin d’être parfait mais ça m’importe peu. Ce n’est pas parce que tu n’es pas le meilleur dessinateur du monde que tu ne dois pas faire de dessin ! Le plus important est que le texte te parle à toi.

Ne faut-il pas que le texte parle aux autres aussi ?

Mô’ti Teï: Je pense que c’est important quand tu as une idée que tu veux transmettre. Je commence personnellement avec la partie musicale puis j’y ajoute ensuite des mots, souvent en me basant sur des sentiments qui me traversent, sans réel fil conducteur. De ce cocktail de mots ressort toujours une phrase qui fera le thème de la chanson, qui entraine une réflexion.

La mélodie reste néanmoins plus importante que le texte dans mon travail. Il faut que la musique me fasse me hérisser les poils avant tout.

Quels projets futurs pour votre musique ?

Mô’ti Teï: Une fois la fête de la musique passée, je souhaite finir de mixer et enregistrer mes morceaux. A plus long terme, j’aimerais renouveler ma musique, prendre un peu plus de risques. Cela passera peut être par un changement d’orchestration, un retour à la guitare électrique pourquoi pas ! Essayer de trouver plus de concerts aussi. Sortir un album ? Je ne sais pas. Jack Rose sortait des vinyles entre 500 et 1000 exemplaires, je trouvais ça bien comme concept, ça pourrait être amusant de le faire. J’ai fait une croix sur tout ce qui est grosse production, je ne dois pas avoir un égo assez démesuré… Quoi que?

Il faut donc un égo démesuré pour être chanteur ?

Mô’ti Teï: Biensûr, pour se mettre en avant sur scène il faut avoir un minimum d’égo, ce qui n’est pas incompatible avec la timidité d’ailleurs !

Retrouvez Mô’ti Teï le 21 juin 2018, à 21h45 Place du Parlement (scène musiques du monde) 

Retrouvez le programme de la Fête de la Musique à Rennes ici :

https://unidivers.fr/rennes/rennes-fete-de-la-musique-2016-06-21/

RENNES. TRANSAT EN VILLE 2018 FETE SES 15 ANS DU 7 JUILLET AU 25 AOUT !

Du 7 juillet au 25 août 2018, chaussez vos tongs et direction place de l’Hôtel de Ville de Rennes. Avec la 15e édition de Transat en Ville, l’été n’est qu’à un pas ! Musique, spectacles, contes et autres surprises : 31 dates gratuites raviront petits et grands lors de ces deux mois de parenthèse détente made in Rennes.

Tifenn Contival et Shivedutt Rughoobur alias Bruno du Sablier, au bar Le Sablier

Cette édition anniversaire verra naitre son lot de nouveautés. Les organisateurs ont souhaité rendre l’évènement plus festif en lui donnant une dimension dansante. « Le public aime être assis dans son transat, mais une grande partie souhaite également bouger », souligne Tifenn Contival, chargée du festival auprès de Rennes métropole. Les heureux habitués et les spectateurs d’un soir auront ainsi la joie de découvrir des pistes de danse autour de la scène de l’Hôtel de Ville. Une partie du public aura l’occasion de surplomber le plancher du festival en battant la mesure sur l’un des quatre petits promontoires qui feront leur apparition cette année. Enseigne lumineuse et ombrelles feront également leur apparition.

Chaque année, les organisateurs du festival font appel aux services d’un archiviste anglais qui leur réserve les photos de transats en sa possession… Ensuite imprimées sur les éventails typiques annonçant la programmation du festival, ces photos transforment le carton en objet de collection.

La fête sera présente dans la scénographie, mais se retrouvera également dans la programmation qui se veut « pleine de soleil » pour cette année de célébration. La musique des îles réchauffera le cœur des Rennais en cette période estivale. Le dimanche 15 juillet, dans le cadre d’un partenariat avec les Tombées de la nuit, ils auront l’opportunité d’assister au concert de Danyèl Waro, « véritable ponte de la musique réunionnaise », dont la présence au festival fait la fierté de Bruno, patron du bistrot le Sablier aux manettes de la programmation de Transat en Ville. Traditionnellement, les évènements du mercredi et samedi se déroulent place de l’Hôtel de Ville, ceux du jeudi en quartiers et ceux du dimanche, réservés aux enfants, ont lieu au parc du Thabor. Ne vous y trompez pas, ce concert exceptionnel aura cependant lieu place de la Mairie et est destiné à tous.

Mettre en lumière des partenaires phares de la vie culturelle rennaise

Au fil de l’été, Transat en ville enrichit sa programmation en mettant en valeur ses partenaires rennais. Cette année :

  • Skeudenn Bro Roazhon et les Tombées de la nuit proposent un gigantesque Fest Deiz le dimanche 8 juillet. La formule testée les années passées a toujours rencontré un fort succès. « Nous enlevons les transats et mettons la danse bretonne à l’honneur, ça tape du pied à fond les ballons et il y a toujours du monde, qu’il pleuve ou qu’il vente », s’enthousiasme Tifenn Contival.
  • Le CRIJ Bretagne et Clair Obscur organisent une projection en plein air le jeudi 19 juillet dans le cadre de Quartiers d’été. Les deux associations développent également un volet pédagogique en formant des jeunes à la réalisation filmique en amont de la projection.
  • Electroni [K] a Carte Blanche le dimanche 22 juillet et organise une super boum au parc du Thabor.
  • I’m from Rennes et Clair Obscur organisent un pique-nique électronique le jeudi 9 août à 19 h, suivi d’une projection en plein air du film d’animation Adama.
  •  L’association rennaise Garap Gamelan ramène ses sonorités d’Asie sur le plancher de Transat le 22 août. Après des ateliers d’initiation au gamelan — instrument orchestre indonésien — l’après-midi, le public pourra s’improviser musicien pendant le concert à 20 h 30. « C’est une grande première pour le festival, professionnels et musiciens d’un soir pourront collaborer lors de ce concert participatif, » explique Bruno.
  • Forte de son succès l’an passé, La Costumerie est partenaire de la soirée de clôture du 25 août et permettra aux Rennais de se déguiser pour danser. La Piste à Dansoire, ses reprises des 80 s et la compagnie Engrenages seront également de la partie. Un groupe sur scène, des danseurs professionnels sur le plancher pour faire danser la foule : l’esprit sera indéniablement à la fête pour cette dernière soirée !

Une programmation éclectique

Cette année anniversaire se veut le reflet de la diversité musicale dont fait preuve le festival à chaque édition. « Nous avons souhaité faire un clin d’œil aux dix dernières années en faisant revenir des artistes à qui l’on souhaite rendre hommage », explique Bruno. Les festives Vieilles Pies et leurs influences afros, les textes poétiques de Nicolas Jules, ou encore le folk blues de Cherry Plum Solo vous ont manqué ?  Ils font tous leur retour sur le plancher de Transat en 2018.

La programmation a également une forte dimension locale. « Le cœur de la programmation de Transat se doit d’être rennais, » affirme Bruno.

Emane, jeune artiste hip-hop soutenue par le CRIJ présentera ainsi ses morceaux imprégnés de la Guadeloupe au public rennais le samedi 4 août à 20 h 30.  Le chanteur lyrique transformiste Miss Lulu fera de la scène de Transat un véritable cabaret parisien dans la tradition du XVIe siècle le samedi 14 juillet à 20 h 30. Les cinq musiciens de Double face, Gabriel Saglio, le swing du P’tit son ou encore Hoodoo Voodoo Jazz Band viendront eux aussi porter haut les couleurs de la région.

Les Brésiliens du groupe Gonzalo Gudino, et les Berlinois de Shisko Disco apporteront quant à eux leur touche internationale. Quelques non-musiciens se glissent également dans la programmation.« On s’oblige à changer tout le temps », glisse Bruno avec une envie de toujours plus surprendre le spectateur.

Servane Deschamps, conteuse délirante qui brise les codes fera ainsi rire toute la famille le mercredi 25 juillet. À ne pas manquer également, le spectacle de cirque des Polyamide Sisters qui aura lieu le dimanche 19 août à 16 h 30 ravira petits et grands.

Les citoyens et acteurs locaux au cœur du projet

Créée par élus de la ville de Rennes à l’attention des Rennais qui n’ont pas la chance de partir en vacances, Transat en ville a toujours souhaité impliquer directement son public et renforcer ses liens avec sa ville. « Depuis 5 ans, nous travaillons activement sur l’attractivité du territoire en partenariat avec l’Office de tourisme et Destination Rennes, » explique Tifenn Contival. Est dès lors surgie la nécessité de créer un lien entre les différents moments forts du festival, pique-nique du midi, après-midi détente, concert le soir puis projection au Parlement plus tard dans la soirée.

Ainsi, pour la première fois après chaque concert à l’hôtel de ville les mercredis et samedis, une visite guidée gratuite du centre ancien est proposée sur inscription. Ces visites permettront au Rennais ou touriste de passage de patienter jusqu’à la projection en découvrant les trésors de la capitale bretonne sous un angle original. « Le festival est une réelle vitrine pour Rennes, il donne à voir tout ce qui rayonne sur la ville », explique Tifenn Contival. Autre nouveauté cette année, les commerçants du Carré Rennais s’empareront du plancher et organiseront divers ateliers l’après-midi. Agent paper proposera ainsi des ateliers d’origami.

agent paper

La manifestation culturelle s’ancre également dans les quartiers. Dans une perspective d’insertion sociale, des jeunes de quartiers prioritaires sont embauchés pour prêter main-forte à l’équipe de la ville, ou aidés dans leur création d’entreprise. En outre, tous les jeudis, les évènements ont lieu en quartier, dans les parcs qui font vivre les Rennais au quotidien. Cette année au Parc du Berry, des Gayeulles, du Thabor, de Maurepas, de La Touche et enfin de Bréquigny.

Les Rennais sont au cœur de l’évènement. « Ce n’est pas le festival de la ville de Rennes, c’est le festival des habitants, qui s’en sont emparés, » se félicite Tifenn Contival. Après des remarques de spectateurs frustrés de ne goûter qu’une seule sorte de thé à la traditionnelle « pause-thé » de Transat l’an passé, le public aura cette année la chance d’apprécier chaque semaine un thé différent, en partenariat avec Salons des Thés. Pour rappel, à chaque édition, le doux breuvage est servi gratuitement du lundi au samedi de 17 h à 18 h. De la petite restauration et des foodtrucks seront également présents aux abords de la place de l’hôtel de ville.

À vos claviers ! Depuis cette année, vous pouvez vivre les coulisses du festival en suivant son compte Instagram @Festivaltransatenville

RENNES TOMBEES DE LA NUIT, LEXICON DE NOFIT STATE CIRCUS !

Du 18 au 24 juin 2018, la troupe galloise NOFIT STATE CIRCUS répond à l’invitation des Tombées de la Nuit et pose ses valises dans la capitale bretonne. Son Big Top, le charismatique chapiteau argenté, et ses maisonnettes colorées s’invitent sur l’esplanade Charles de Gaulle pour présenter sa nouvelle création Lexicon. Save the date !

Lexicon, Nofit State, les tombees de la nuit rennes @IneptGravity

Après Tabù en 2008 et Bianco en 2014, c’est autour de Lexicon, sous-titré « In the Underground of memory », d’entrer en scène à Rennes. Pendant une semaine, l’esplanade Charles de Gaulle sera le témoin de ce joyeux chaos organisé, mis en scène par Firenza Guidi. Pour ces premières représentations hors de Grande-Bretagne, la troupe circassienne haute en couleur retrouve ses marques et attendra son public cachée dans la pénombre de son Big Top (mais toujours habitée par une énergie folle !).

Lexicon, Nofit State, les tombees de la nuit rennes @IneptGravity

Commémorer les 250 ans de l’invention des formes traditionnelles du « cirque moderne » : tel est le défi que s’est lancé le Nofit State Circus. Le temps d’un spectacle, il abandonne la déambulation libre du spectateur — sa signature depuis sa création en 1986 — au profit d’une piste circulaire et de gradins installés au cœur de son Big Top. En rendant hommage aux formes inventées par l’écuyer anglais Philip Astley (1768), la compagnie originaire de Cardiff revient aux fondamentaux.

Lexicon, Nofit State, les tombees de la nuit rennes @IneptGravity

Cette nouvelle création plonge le spectateur dans un monde à part et réinterroge les langages anciens et contemporains du geste circassien. Le public est entraîné dans une performance autant technique que déjantée, influencée par l’histoire, l’héritage et la tradition.

« Rentrez dans ce monde avec nous et découvrez avec et presque en même temps que nous, ce qu’on va faire — confiait Firenza Guidi lors de sa rencontre avec Unidivers en 2014 — C’est ça, pour moi, la magie du spectacle. Inclure le spectateur sans recourir aux formules du théâtre de rue ou de la participation du public. Inclure l’arrêt complet. Les accueillir dans le monde ».

Lexicon, Nofit State, les tombees de la nuit rennes @IneptGravity

Avec son dynamisme légendaire et toujours plus d’imaginations, Lexicon brise les codes dans un maelström de haute voltige de deux heures. À la fois performance et célébration déjantée, la quarantaine d’artistes (acrobates, jongleurs, équilibristes, musiciens) et techniciens revisitent les traditions. Jeu d’ombres et lumières, projections vidéos, structures suspendues… Un hommage au cirque tout public, à ne pas rater si vous voulez en prendre pleins les mirettes !

Biographie :

Depuis sa création en 1986, la compagnie du NOFIT STATE CIRCUS est basée à Cardiff, aux Pays de Galles. Très insérée dans la ville, avec des actions territoriales, des ateliers de pratique et une ouverture à la formation aux différents arts circassiens, elle a un rôle pionnier et emblématique depuis ses débuts dans le développement du cirque contemporain en Grande-Bretagne. Adepte des grandes formes et de la voltige aérienne, les spectacles dirigés par Firenza Guidi interrogent l’humain en mêlant musique live, théâtralité et effets spéciaux, dans des shows aussi gargantuesques et anarchiques que techniquement maîtrisés. En constante évolution depuis « Immortal » (2002), la compagnie a tourné à travers le monde, embarquant dans la grande tradition du cirque voyageur et d’un mode de vie familiale de « troupe », avec chapiteau, camions, caravanes et équipe technique complète. Toujours dans l’équilibre entre projets d’action culturelle de territoire et grande production en tournées internationales, la compagnie du NOFIT STATE CIRCUS compte aujourd’hui une quarantaine de membres permanents, avec une dizaine de cultures et langues représentées, et a su rester fidèle à l’esprit qui l’anime depuis ses débuts. Le spectacle de cirque est ici une aventure collective qui repousse sans cesse les frontières de genre, d’écriture et d’apesanteur.

Lexicon, NOFIT STATE CIRCUS. Du lundi 18 au vendredi 24 juin 2018, Esplanade Charles de Gaulle, Rennes.

Lundi 18, mardi 19, mercredi 20 et vendredi 22 juin, à 20 h 30/Samedi 23 juin à 15 h et 20 h 30/Dimanche 24 juin, à 16 h

Tarifs : 20 €, réduit 16 € 8 € Sortir ! – Dimanche 24 juin : 16 € 8 € Sortir !
RÉSERVER VOS PLACES ICI

RENNES. MASSIMO DEAN METTEUR EN SCENE PROVOCATEUR

Habitué des scènes rennaises, l’Italien Massimo Dean met en scène la mort, la folie, la violence. Avec un objectif assumé de subversion. Même si, parfois, la claque est trop violente pour le public…

« Shakespeare était un génie, il avait tout compris », s’enthousiasme Massimo Dean. Assis à la table d’un bar, un verre de coca devant lui, le metteur en scène rennais d’adoption explique : « ses pièces sont comme la vie, quand les personnages s’ennuient, ils parlent de météo, de bouffe ». Lui justement revenait de Corse, il expliquait qu’il avait eu du beau temps, quand il pleuvait sur Rennes. Mais il continue : « pour mettre de la vie dans tout ça, il faut un fouteur de merde ».

Pour Shakespeare, ce fouteur de merde, c’était Richard III. Massimo Dean avait d’ailleurs mis en scène la pièce du dramaturge britannique. Mais le metteur en scène a surtout adopté ce même principe : créer de l’agitation pour créer de la vie, sur scène ou en dehors. Peu importe où il se trouve.

Massimo Dean
Massimo Dean

« J’ai fait des études assez classiques », reconnait-il. Jusqu’à 23 ans, il suit des cours dans une école de théâtre, à Venise. On lui enseigne la commedia dell’arte, mais lui s’en détourne rapidement. Il suit un ami et rejoint Berlin, pour faire des spectacles de rue. « À l’époque, ça bougeait dans tous les sens », se souvient-il. Il découvre de nouvelles formes de théâtres, plus « trash » explique-t-il, qui intègrent les nouvelles technologies. « Ils avaient besoin de cracher ce qu’ils avaient. »  De retour en Italie, il joue dans des pièces classiques, avant de retrouver à son tour cette folie.

« On a rencontré un jeune maître russe, on lui a dit : nous, on a envie de découvrir autre chose », raconte-t-il. Alors ils décident de mettre en scène dans une église le livre de Job, extrait de la Bible. Neuf mois de répétitions, pour un spectacle de cinq heures et demie. « On nous a pris pour des fous, il faut le dire », s’amuse Massimo Dean. Mais le producteur de la Biennale de Venise les repère alors qu’ils répètent dans la cathédrale de Bologne, et les produit. Alors ils continuent, en montant cette fois Le Joueur de Gogol.

Massimo Dean
Massimo Dean à la salle Guy Ropartz

UN THÉÂTRE INTERNATIONAL CONTRE L’EXTRÊME-DROITE

En parallèle, il crée en 2000 un festival de théâtre Binari Binari, dans la petite ville de San Vito al Tagliamento, au nord-est de l’Italie. « Sept compagnies travaillaient sur leur projet, décrit-il : l’après-midi, le public pouvait voir les comédiens qui travaillaient, et chaque soir, ils pouvaient voir une nouvelle étape de ce travail. » Il tisse, à cette occasion, des premiers liens avec la Bretagne, en invitant des jeunes de la seconde promotion de la toute jeune école du Théâtre National de Bretagne. La seconde année, Silvio Berlusconi arrive au pouvoir en Italie. Dans la région du Frioul, c’est la Ligue du Nord, parti d’extrême-droite, qui arrive au pouvoir. « Ils avaient obligé les organisateurs à ne parler qu’en Italien ou en dialecte », explique Massimo Dean. En réponse, ceux-ci organisent une édition exclusivement en langues étrangères.

Invité en France en 2002, il garde ce goût de la folie et de la provocation. A Rennes, il met en scène sa première pièce, Oh les beaux jours de Beckett, puis reprend sa première création, Pierre Rivière, premier fait-divers historique dans lequel est questionnée la démence. « C’était très minimaliste, très radical… peut-être trop », analyse-t-il, avec du recul.

À chaque fois, il espère saper les certitudes, les règles bien établies. « L’art ce n’est pas seulement ce qu’on raconte, défend-il, mais c’est aussi comment on peut questionner le public, pour remettre en question ses normes. »  Lorsqu’il reprend Pinocchio, les acteurs sont dans une autre salle : le public ne voit que le vieux film de 1972 projeté sur un écran géant. Lorsqu’il a présenté les comédiens à la salle, « certains ont eu des réactions assez vives, ils se sont sentis trompés », se souvient-il. Il cite en exemple le poète et réalisateur italien Pier Paolo Pasolini, critique un art devenu trop frileux. Massimo Dean revendique une volonté d’expérimenter, d’essayer, de sortir des chemins battus, au risque de rater, de ne pas être compris. « Avec mes pièces, je te mettais un coup de poing, explique-t-il en prenant un peu de distance : il y a douze personnes qui adoraient ça, le reste était trop sonné pour comprendre. » En expérimentant, il reconnaît qu’il fait des erreurs : « je me prends des claques, et ça fait du bien à la tête ; sinon, on devient comme des producteurs de Peugeot. »

Massimo Dean
Massimo Dean

TRAVAILLER AVEC DES AMATEURS

Plutôt que de suivre le parcours habituel de la création comme beaucoup d’articles, il rompt avec les codes pour travailler en partie avec des amateurs, notamment des jeunes issus des quartiers populaires de Rennes, du Blosne, de Bréquigny, de Maurepas. « Les collégiens de Sainte Thérèse chantent probablement mieux qu’eux, parce qu’ils chantent dans des chorales, font des stages à la Paillette, commence-t-il. Mais je pense que la vie est là, dans les endroits dans lesquels il y a des tensions. » Le positionnement est politique pour lui, il veut donner la parole aux « derniers », comme il les appelle. Avec lui, les collégiennes de la Binquenais expriment ce qu’elles ressentent par exemple.

Il ne veut pas faire du travail social, ne veut pas les laisser dans le rôle d’amateurs. « L’objectif ce n’était pas « on va faire parler les jeunes » de banlieue, je veux le top », assume-t-il. Pour Massimo Dean, cette démarche s’ancre dans la démarche artistique. Alors, que ce soit avec ces filles du Blosne ou avec les lycéens de Bréquigny, il passe beaucoup plus de temps avec eux. « Dans la temporalité d’un spectacle, tu révises deux semaines : là je passe deux ans. » Et lorsqu’il travaille avec des institutions publiques comme avec la ville de Rennes, il ne veut pas moins de moyens sous prétexte que son travail artistique se fait avec des amateurs.

L’âge de ces acteurs lui permet de questionner les freins de son public. Le metteur en scène se souvient ainsi qu’on lui a demandé si une jeune de 17 ans pouvait jouer une prostituée. Lui assume de déranger. Lorsque dans une pièce un Rom vole un bracelet, c’est l’occasion pour lui de montrer la part sombre qui sommeille chez les plus tolérants. « C’est encore plus impressionnant, parce que ce sont des jeunes qui parlent, jusqu’à demander : c’est quoi la solution pour les exterminer », continue-t-il.

massimo

LA POÉTIQUE AVANT LA POLITIQUE

Derrière ces mises en scène, il donne un sens clairement politique. « La violence est si forte, j’essaie de la pousser pour qu’elle devienne grotesque, pour qu’on se dise : mais qu’est-ce qu’on est en train de faire ? » Cet engagement rejoint son propre parcours : il n’est pas né dans le VIe arrondissement de Paris, ironise-t-il, et il garde toujours cette douleur d’être étranger. « Je ne suis pas affilié à un parti, mais j’ai déjà vécu cela en Italie avec Berlusconi, témoigne-t-il, on montait les gens les uns contre les autres, et ils se battaient pour 50 € d’écart de salaires. » Il a fait le choix de travailler avec les institutions, mais pour rester subversif en interne.

Pas question de victimiser les jeunes, les immigrés, les prostituées, tous ces derniers qu’il met en scène : il veut faire entendre pleinement leur parole, sans qu’elle ne se noie dans un discours politique. « La politique est trop pédagogique », critique-t-il. Lui préfère la poésie, lui préfère interroger, sans juger. « Je pense que si les jeunes vivent cette expérience-là, continue le metteur en scène, quand ils auront trente ans, ils ne seront pas des moutons. » Il a beau se dire en résistance contre l’air du temps, critiquer tous ceux qui n’osent rien faire face aux bouleversements environnementaux : il reste un incorrigible optimiste. Il croit en l’humain.



Kali and co, la compagnie de Massimo Dean, se trouve au 46 rue Lavoisier, 35700 Rennes, tel :06 21 99 70 45

FILM LEAVE NO TRACE DE DEBRA GRANIK, PERFECTIONNISME MORAL AMERICAIN

Le film Leave No trace de Debra Granik campe Tom qui a 15 ans. Elle habite clandestinement avec son père dans la forêt qui borde Portland, Oregon…

Limitant au maximum leurs contacts avec le monde moderne, ils forment une famille atypique et fusionnelle. Expulsés soudainement de leur refuge, les deux solitaires se voient offrir un toit, une scolarité et un travail. Alors que son père éprouve des difficultés à s’adapter, Tom découvre avec curiosité cette nouvelle vie. Le temps est-il venu pour elle de choisir entre l’amour filial et ce monde qui l’appelle ?

Debra Granik, l’auteur déjà remarqué de Winter’s Bone, signe à nouveau avec Leave No Trace un beau film qui hérite en droite ligne du Walden de Henry David Thoreau et de toute la tradition américaine du « perfectionnisme moral ». Dans le film Leave No Trace, le père, Will, ne peut ni ne veut s’adapter aux formes – même les plus élémentaires et atypiques – de vie sociale. Il est saisi comme tel, jamais jugé et encore moins condamné. Les représentants de la société (employés des services sociaux, collectivités de marginaux…) ne sont pas pour autant caricaturés et les relations entre Will et sa fille Tom sont traitées avec une grande délicatesse.

Leave No Trace Film de Debra Granik, USA, 1h47. Sélection Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2018. Sortie nationale 19 septembre 2018. Distribution Condor Films

leave no trace

BENOIT-MARIE MORICEAU EXPOSE DES SIGNAUX EN CONTREPOINT DES CHAMPS LIBRES

L’exposition The Relative Size of Things and The Vertigo of The Infinite de Benoît-Marie Moriceau s’incarne aux Champs libres de Rennes du 16 juin au 4 novembre 2018. Elle déploie un ensemble intérieur/extérieur où s’articulent des temporalités, des espaces et des échelles multiples à travers un dispositif lumineux et un inventaire des propres travaux artistiques de l’artiste. Unidivers a demandé au démiurge d’éclairer de ses lumières sa créationBenoît-Marie Moriceau en personne. Et en contrepoint.

Benoît-Marie Moriceau, votre travail a notamment fait l’objet d’expositions au Palais de Tokyo et à la Tate Modern. Originaire de Poitiers où vous êtes né en 1980, vous vivez entre Paris et Saint-Nazaire, mais vous connaissez bien Rennes : vous y avec vécu, enseigné, et votre projet Psycho – bien reçu par le public et la critique – y a joué un rôle de tremplin…

Benoît-Marie Moriceau
Benoît-Marie Moriceau

Benoît-Marie Moriceau Psycho a été un projet déclencheur dans mon parcours d’artiste dans la mesure où il m’a décidé à faire de la création mon activité principale. J’ai recouvert intégralement de peinture noire une maison ancienne, située sur les quais de Rennes, qui servait de lieu d’exposition. Partie d’une base fictionnelle qui consistait à prendre ce pavillon comme un décor, Psycho fait référence au cinéma et de la littérature. De fait, dans le film homonyme d’Hitchcock, une maison incarne à elle seule le mystère de l’histoire.

psycho rennes Benoît-Marie Moriceau

Vous avez été invité à Rennes à collaborer de nouveau à un projet urbain ambitieux : intervenir sur le bâtiment des Champs libres. Comment avez-vous procédé ?

Benoît-Marie Moriceau – Après avoir longuement examiné les Champs libres et son architecture, j’ai choisi de ne pas intervenir sur son bâtiment aux dimensions sculpturales et bavardes, mais plutôt de retourner le point de vue : de considérer le champ ouvert sur la ville à partir du plateau de la bibliothèque. De fait, la relation au contexte (en particulier l’architecture, le bâti et le site), les situations d’exposition ainsi que les modalités d’apparition du visible occupent une place centrale dans ma pratique artistique depuis 15 ans. Les sites conditionnent mon regard qui se traduit, après une conjugaison des perspectives – micro et macro, personnelle et situationnelle, paysagère et urbaine –  par une proposition de monstration. Dans cette veine, l’exposition The Relative Size of Things and the Vertigo of the Infinite souligne certains aspects de la ville de Rennes et fait ressortir des éléments présents, mais peu visibles de telle sorte que des plans perceptifs se trouvent surdéterminés.

Diriez-vous que cette conjugaison flexible des échelles et des dimensions perceptives est au service d’une monstration de l’invisible présent, une épiphanie du non-perçu ou peu-perçu ?

Benoît-Marie Moriceau – Tout à fait. Durant les 3 dernières années, j’ai travaillé en sous-marin sur des projets qui n’ont pas été rendus visibles . Je pense notamment à une installation enterrée dans le désert du Chihuahua (Amérique du Nord) : time capsule. Destinée à être déterrée 50 ans après, elle interroge par un biais singulier notre rapport à la temporalité.

D’une manière générale, mon parcours de créateur joue avec l’espace de l’œuvre. Quand on me propose tel ou tel lieu d’exposition, je m’interroge de suite : quel est son au-delà ? Entre deux formes de réalité, comment approche-t-on l’espace intermédiaire où le spectateur fait l’expérience de l’œuvre d’art ?

champs libres

Comment avez-vous alors procédé avec les espaces produits et occupés par les Champs libres ?

Benoît-Marie Moriceau – Ma démarche s’est appuyée sur deux versants. D’une part, un espace hybride (animé par différentes institutions et des usages variés – bibliothèque, musée, espace citoyen, salle d’exposition, planétarium…) ; d’autre part, la relation du lieu à l’extérieur, à la vile.

Pour le versant extérieur, j’ai choisi de jouer avec la perception, la lumière, l’intervention de l’ordre, du geste logique, de la dissémination – de la multiplicité des relations. Objectif : générer de la situation. Autrement dit, modifier la perception du spectateur, interroger, voire subvertir, la systématique de la relation entretenue avec l’œuvre (et ses limites).

C’est pourquoi j’ai choisi la ville elle-même où sont inscrits les Champs libres : la vue qui se déploie à partir des plateaux de la bibliothèque, la présence des usages, le climat calme propice à la concentration. Il s’agissait de ne pas perturber les utilisateurs, mais d’introduire de l’ouverture poétique.

À travers une lecture sémiotique des éléments urbains qui composent Rennes : une ville en pleine mutation, la présence d’un type de bruit spécifique, la construction d’immeubles qui ressortent sur fond de configuration assez plate. C’est ainsi que j’ai été conduit à produire un élément supplémentaire : des signaux lumineux visibles en plein jour et en plein été.

La contrainte technique consistait alors à générer une lumière (optique) qui puisse être perceptible dans un rayon qui porte des horizons aux Champs libres. Des signaux assez puissants, mais qui ne viennent pas perturber les usagers, les spectateurs, les Rennais. Comment mettre à l’épreuve la persistance rétienne du spectateur sans intrusion ? J’ai alors élaboré deux outils.

D’une part, une cartographie des sites de la ville de Rennes, non de manière arbitraire, mais en convoquant des habitants (notamment le point de vue sur le bâtiment des Champs libres à partir de leurs balcons ou leurs fenêtres). D’autre part, une série de clignements lumineux générée par un programme conçu par le musicien Pierre Lucas qui revisite une œuvre majeure du compositeur Steve Reich, It’s Gonna Rain.

Au final, 20 sites génèrent une constellation aléatoire qui produit des signaux, des éclats, des formes, dans le paysage panoramique.

Voilà pour le versant extérieur. Mais ce panorama – extérieur-intérieur – et redoublé par un panorama – intérieur-extérieur…

Benoît-Marie Moriceau

Benoît-Marie Moriceau – En effet. L’intérieur des Champs libres devient le lieu de sa mise en abime. Il s’agit de renvoyer cette espace à sa nature de lieu de diffusion de la connaissance. S’inscrire dans l’origine et l’ambition du musée, de la bibliothèque, de l’espace des sciences ; autrement dit, prolonger la classification et l’encyclopédie.

Benoît-Marie Moriceau

En pratique, mon installation dans la salle Anita Conti découvre une quinzaine de sculptures présentées au sein de cinq sculptures plus grandes. Des dioramas* supportés par des axes traversants qui reprennent un système de trame (perspective et modélisation de l’espace) ; des volumes vitrés ; des sculptures à échelle réduite (matérialisation de projets que j’ai réalisés par le passé, mais qui ont disparu,qui ne sont pas arrivés à terme ou en cours de réalisation). On y retrouve d’ailleurs Psycho.

Entre inventaire personnel et cabinet de curiosités…

Benoît-Marie Moriceau – Également une façon d’évoquer l’histoire de mon travail d’artiste : ce qui n’est pas visible, qui n’est jamais montré.  Je ne compte plus les études que j’ai produites afin de répondre à des concours artistiques ou des appels à projet architectural. Beaucoup d’études pour, au final, peu d’œuvres réalisées…

Benoît-Marie Moriceau

L’ensemble forme en effet une sorte de cabinet de curiosités à partir d’une collection/accumulation personnelle qui ouvre et réplique l’extérieur.

Benoît-Marie Moriceau

L’espace intérieur (la salle Anita Conti et ma production artistique) et l’extérieur (les Champs libres et la ville) se répondent alors dans une relation que j’invite les Rennais à expérimenter. La double relation intérieur-extérieur et extérieur-intérieur et les dispositifs lumineux produisent une invitation faite au spectateur à dédoubler son propre point de vue.

Benoît-Marie MoriceauSarah Toulouse, directrice adjointe de la Bibliothèque et grande spécialiste des incunables, nous a indiqué que plusieurs usagers de la bibliothèque s’interrogeaient sur la raison d’être de ses flashs lumineux, certains pensant être…espionnés. Que vous inspire cette inquiétude ?

Benoît-Marie Moriceau – Peut-être que, dans notre société des médias, des réseaux sociaux, du soupçon et du complot, certaines personnes peinent à recevoir un signal sans s’en inquiéter… Les signaux de la rumeur…

Benoît-Marie Moriceau

Infos pratiques
Exposition The Relative Size of Things & The Vertigo of The Infinite de Benoît-Marie Moriceau aux Champs libres de Rennes

Date : du 16 juin au 4 novembre 2018
Vernissage : 14 juin 2018 à 18h
Horaires d’ouvertures (hors vacances scolaires) :
Mardi au vendredi de 12h à 19h
Samedi au dimanche de 14h à 19h
Horaires vacances :
Mardi au vendredi de 13h à 19h
Samedi au dimanche de 14h à 19h
Tarifs : Entrée gratuite dans la limite des places disponibles
Lieu : Salle Anita Conti et à la Bibliothèque des Champs Libres
Commissariat : 40mcube

The Relative Size of ThingsThe Vertigo of The Infinite
Exposition The Relative Size of Things & The Vertigo of The Infinite de Benoît-Marie Moriceau aux Champs libres de Rennes du 16 juin au 4 novembre 2018

* dispositif de présentation par mise en situation d’un modèle d’exposition dans son écosystème.

Que l’homme contemple donc la nature entière dans sa haute et pleine majesté, qu’il éloigne sa vue des objets bas qui l’environnent. Qu’il regarde cette éclatante lumière, mise comme une lampe éternelle pour éclairer l’univers, que la terre lui paraisse comme un point au prix du vaste tour que cet astre décrit et qu’il s’étonne de ce que ce vaste tour lui-même n’est qu’une pointe très délicate à l’égard de celui que les astres qui roulent dans le firmament embrassent. Mais si notre vue s’arrête là, que l’imagination passe outre ; elle se lassera plutôt de concevoir, que la nature de fournir. Tout ce monde visible n’est qu’un trait imperceptible dans l’ample sein de la nature. Nulle idée n’en approche. Nous avons beau enfler nos conceptions au-delà des espaces imaginables, nous n’enfantons que des atomes, au prix de la réalité des choses. C’est une sphère dont le centre est partout, la circonférence nulle part. Enfin, c’est le plus grand caractère sensible de la toute-puissance de Dieu, que notre imagination se perde dans cette pensée. Que l’homme, étant revenu à soi, considère ce qu’il est au prix de ce qui est; qu’il se regarde comme égaré dans ce canton détourné de la nature; et que de ce petit cachot où il se trouve logé, j’entends l’univers, il apprenne à estimer la terre, les royaumes, les villes et soi-même à son juste prix. Qu’est-ce qu’un homme dans l’infini ? (Pascal, Les deux infinis)

JOURS DE L’ORALITÉ ET DU SON, POÉSIE DE VIVRE A RENNES

Pour sa deuxième édition, les Jours de l’Oralité et du Son organisés par La Voix Sociale proposent de se ressourcer en apprenant durant trois jours de formations et de concerts à Rennes, du 15 au 17 juin 2018. Ce week-end d’initiation à la prise de son, au chant ou encore au théâtre avec comme thème central la voix sera des moments de détente, dans une démarche « bercée par l’éthique ». Rencontre avec Laurie Dyèvre, présidente de La Voix Sociale.

Qui se cache derrière La Voix Sociale ?

Laurie Dyèvre : Il y a plusieurs personnes. Je suis souvent la référente puisqu’à l’initiative de la création de La Voix Sociale en 2014. C’était un projet réfléchi depuis bien plus longtemps que cela. Je suis la présidente et coordinatrice et je m’occupe de la gestion des parcours. Il y a différentes personnes suivant les secteurs. Pour le secteur édition, il y a Thibault Bâton, Brice Bénédetti. Pour les langues cette année, Rebecca Lesgoirres, Noé Szymczak pour l’italien par l’art. Gaël Faune pour l’ingénierie de la lumière et du son, la préparation de spectacles.

Ces personnes sont-elles salariées ou bénévoles ?

Laurie Dyèvre : Ce sont surtout des salariés. Nous avons assez peu de bénévoles, car ce n’est pas l’enjeu. Nous sommes sur l’émergence par l’économique et la vocation donc ce sont la plupart du temps des salariés. Quand nous avons des bénévoles, ils ont un projet à long terme. L’étude de leur travail et de ce qu’ils envisagent sur le plan de la vocation est plus complexe et plus longue. Dans un premier temps, cela va être de la formation.
Nous estimons qu’il y a un peu trop de bénévolat dans nos générations. La culture et l’art sont déjà mal rémunérés, nous ne pouvons pas nous permettre de cultiver le bénévolat. Les salariés sont quelque part aussi bénévoles puisqu’ils font des heures supplémentaires, des heures en don plutôt.

LES JOURS DE L'ORALITE ET DU SON PAR LA VOIX SOCIALE

Pouvez-vous nous expliquer le nom de l’association, « La Voix Sociale » et sa raison d’être ?

Laurie Dyèvre : La voix a la même racine que la vocation. Elle est déjà sociale dans son principe même. La raison de ce nom est aussi technique. C’est un principe de communication essentiel. Dans la voix, il y a l’identité, les émotions, l’autre, soi, la communauté, la poésie et en même temps la structure. Le travail de la voix est la continuité de l’apprentissage du langage. La voix est l’organe de communication, d’un apprentissage que nous continuons dans la vie. Nous pensons qu’à partir du moment où nous savons parler, nous assemblons des mots et faisons des phrases, que le travail est fini alors que pas du tout. Il y a toute l’écoute des autres cultures dedans. Une langue façonne notre voix d’une façon ou d’une autre. Dedans, il y a l’écoute de toutes les nuances des cultures et des enjeux personnels et globaux.

Ce nom est souvent pris pour être politique. Il y a plein d’a priori sur le social. Dès qu’on pense social, on pense pauvre. Or, la vraie richesse c’est chacun. Pour nous, un être humain est une valeur refuge. Ce n’est pas uniquement au sens du son, mais plutôt celle de l’expression. Un muet est extrêmement expressif. Nous entendons sa voix par le fait qu’il donne une présence à ses gestes et c’est déjà sa voix. La voix sociale existe pour mettre en valeur cette richesse infinie qu’il y a dans notre volonté d’expression et travailler la réceptivité de cette expression.

Quelles sont les activités de La Voix Sociale ?

Laurie Dyèvre : Pour développer la vocation, les activités sont multiples. Aujourd’hui, la plupart des cours sont autour de la voix. Notre proposition est de développer la vocation de la personne. Si elle a besoin d’apprendre dans des domaines complémentaires, nous essayons de les lui apporter. Aujourd’hui, cela va de la reliure à la prise de son, de la peinture à la photographie en passant par les langues, le dessin, la création de papier, de matière en tout genre, la sculpture, le portrait… C’est ouvert à tous les publics et tous les âges.

Comment les personnes viennent à vous ?

Laurie Dyèvre : Ils viennent à nous quand nous avons des articles dans les journaux ou des interviews radio, mais nous allons également les chercher aussi, dans les quartiers par exemple. Nous faisons les marchés. Nous ne vendons pas des légumes ni de vêtements, mais nous allons à la rencontre des personnes. Nous avons fait de multiples rencontres sur les marchés rennais. Nous avons notre stand où nous présentons nos activités. Parfois c’est par internet ou le bouche-à-oreille. Les canaux sont multiples.
Les personnes qui viennent nous voir sont des personnes qui ont déjà une approche de la complexité des choses, qui ont une conscience de la société d’aujourd’hui. Nous ne sommes pas dans une période d’écoute. La voix sociale est là pour toutes les personnes qui ne sont pas dans des trajets tout tracés et il y en a beaucoup et de plus en plus.
Nous intervenons dans les écoles : l’école élémentaire de l’Ille à côté de nos locaux en collaboration avec Les Champs Libres ou à Thorigné-Fouillard… Ce sont des projets sur l’année dans les classes comme pour le projet « l’enfant archéologue » où il s’agissait de donner à l’enfant la place de chercheur. Avec Les Champs Libres, c’était plutôt l’enfant visionnaire du futur. Nous aimons bien cette idée que l’enfant ait une place dans la création de la société et qu’il ne soit pas seulement victime de la vision de la société que nous avons pour lui.

LES JOURS DE L'ORALITE ET DU SON PAR LA VOIX SOCIALE

Quel est l’état d’esprit du Festival ?

Laurie Dyèvre : Nous avons donné le nom « festival » à notre événement, mais nous ne sommes pas sûrs que ce soit son nom. À Rennes, il y a un monticule de festivals. C’est plutôt un temps fort de formation. Les personnes qui arrivent peuvent ne rien connaître du tout et repartent avec un bagage. Le dimanche, il y a une restitution de ce que les personnes ont appris. La formation rapide n’est pas un concept très connu. L’esprit est vraiment axé sur le patrimoine humain, les résonateurs du corps humain. Les ballades vocales mettent en valeur le patrimoine humain avec sa capacité à sublimer le patrimoine acoustique d’un lieu, l’oralité comme essence de la cité. Quand une cantatrice arrive à un certain niveau, on dit qu’elle « ouvre sa cathédrale ». La cathédrale de la voix est quand nous avons ouvert tous ces résonateurs et que nous sommes capables de faire grandir sa voix dans un espace. Nous allons d’ailleurs chanter à la cathédrale Saint-Pierre. Avec la voix humaine, nous mettons en valeur l’architecture. C’est une sensibilisation au patrimoine architectural par le patrimoine humain.

Quels seront les moments à ne pas manquer ?

Laurie Dyèvre : Pour les personnes qui cherchent de la formation intense dans tous les arts de l’oralité, les trois jours sont des moments importants. Idéalement, il faudrait faire plusieurs ateliers. C’est le même prix de 2 à 5 ateliers. Autour des ateliers, il y a La Vassilissa la très belle, un conte pour enfants. Il y a un après-midi pour les enfants le samedi. Les parents viennent avec les enfants et peuvent faire les activités en même temps, chacun de leur côté.
Le soir, il y a Une Hirondelle Passe, un spectacle pour les adultes à partir de 16 ans à 19h. C’est un spectacle burlesque qui parle de l’époque de nos grands-parents style Titi Paris. Il y a dix œuvres chantées de morceaux que l’on ne connaît presque pas comme La môme catch-catch et qui sont vraiment des chansons humoristiques et assez inattendues. On retrouve Vian, Piaff. C’est un moment fort.
Le lendemain, il y a aussi le concert à la piscine Saint-Georges qui est à ne pas manquer non plus. Il est labellisé Un Dimanche à Rennes. Ce sont des compositions improvisées autour de peintures sur le thème de l’eau comme Les Nymphéas. Les chanteurs chantent vocalement Les Nymphéas. Il y a 5 autres peintures. Nous avons plein d’auteurs baroques comme du Händel, Porpora, Purcell. Le public aura devant les yeux les peintures et les chanteurs feront une description sonore de ces peintures. Nous aurons du chant en espagnol comme Una Copla en mis labios avec Antoñio Molina, du chant en sicilien avec une musique de Nino Rota. Toutes les personnes qui auront fait les ateliers et la formation pendant l’année restitueront leur travail et passeront en public ensuite.

LES JOURS DE L'ORALITE ET DU SON PAR LA VOIX SOCIALE

Est-ce que vous pouvez nous dire quelques mots sur Echolocalise.fr ?

Laurie Dyèvre : C’est une application web non téléchargeable pour le moment. Elle sera téléchargeable quand la partie utilisateur sera finie. Elle est en démonstration à L’Office de Tourisme, A l’Antre 2 et au Royal Café. C’est une façon poétique de découvrir la ville où se rencontrent quatre médiums : la voix, l’écrit, la photographie et la cartographie et qui permet d’apprécier des lieux pas forcément mis en valeur dans nos ballades de tous les jours. L’application permet à distance de découvrir une ville par la rencontre du son et de l’image. C’est étonnant tout ce qu’on voit lorsqu’on s’y attarde un peu. Echolocalise c’est s’attarder dans un endroit et se rendre compte qu’il a des qualités imprévues. Tous les enregistrements qu’on a faits ont été assez beaux. C’est comme si les gens se rencontraient avec plus de simplicité. Ça a été une formation technique importante. Nous espérons que les internautes pourront, fin 2018, ajouter les lieux d’échos qu’ils ont trouvés et y ajouter des photos. Ce sera une plate-forme de sensibilité poétique à la ville. Ce n’est pas pareil que Facebook et Twitter, mais nous espérons que cela amène beaucoup de créativité.
Si on va écouter l’entrée de la Cathédrale Saint Pierre ou la coursive du théâtre qu’il y a dans l’opéra de Rennes, l’acoustique n’a rien à voir. De ce que nous avons pu expérimenter, ce n’est pas la même chose. C’est sans effet ajouté, car aujourd’hui nous entendons peu de sons sans effet. Nous avons l’impression de nous téléporter à Florence dans cet espace. Comment avons-nous pu laisser cela à l’abandon ? D’autant plus que l’acoustique est fabuleuse, nous avons l’impression d’être dans un instrument de musique. Le son s’en va comme sur une corde de violoncelle. Sa finalité est la poésie de vivre, c’est reposant ! C’est un peu le thème du festival. Ce n’est pas la Thalasso, mais c’est un moment où l’on peut se reposer en apprenant.

Ce qui fait la différence dans notre proposition est le fait que nous ne faisons pas du ludique. Toutes les activités que nous proposons ne sont pas pour passer le temps. Ce n’est pas pour le loisir. Trop souvent dès qu’on pense aux arts, on pense aux loisirs. Nous ne faisons pas du loisir. Cela ne pas va dire que ce n’est pas amusant et chouette. Nous ne faisons pas cela pour ça. Nous sommes dans une démarche de création sociale. Nous voulons faciliter l’émergence de la place de chacun dans une société qui n’existe pas encore. Nous sommes aujourd’hui dans une usine. Nous pensons qu’une société peut exister à partir du moment où chaque personne est écoutée dans ce qu’elle a besoin d’apporter. Nous avons tous quelque chose à apporter de fondamental et nous devons écouter cela. Ce moment fort est profondément éthique. Nous partons du principe que la société de demain, qui pourrait être aujourd’hui si on s’y mettait, est une société dans laquelle nous sommes bercés par la vie.

les Jours de l’Oralité et du Son organisés par La Voix Sociale du 15 au 17 juin 2018. Cloître de la Maison Saint-Cyr, 16 rue Papu et 6 rue des Portes Mordelaises, Rennes.

(Grille tarifaire en fonction des revenus)

Toutes les informations : ici 

LA GEOPHAGIE OU LES MANGEURS DE TERRE

Mangeurs de terre : certains mordent la poussière d’autres mangent de la terre… Mais pour des raisons différentes. La géophagie est la consommation volontaire et régulière de terre.

géophagie
Photo Didier Makal

Cette pratique remonte à la nuit des temps et a beaucoup interpellé le monde scientifique et médical, car elle recouvre des pratiques ethnologiques ou religieuses comme des comportements induits par la famine ou encore des troubles psychologiques. Des faisceaux d’arguments archéologiques suggèrent qu’Homo Habilis, ancêtre de sapiens, collectait déjà des terres spécifiques pour les consommer. Ces comportements s’observent chez les primates, les herbivores ou certaines espèces d’oiseaux.

Plus près de nous, l’usure anormale de dents humaines du néolithique suggère de telles pratiques. Il est à noter que pour chaque groupe animal ou humain, les terres ingérées sont toujours rigoureusement sélectionnées. Chez les anciens Grecs, la pratique de manger de la terre des lieux consacrés était assimilée à la prise d’une panacée. Certaines argiles étaient importées à Rome pour servir de contrepoison, soigner les femmes enceintes et faciliter l’accouchement. Elles se présentaient sous forme de petites tablettes à ingérer, appelées terra sigillata, car portant le sceau d’une déesse protectrice. Au fur et à mesure du développement des sciences, un regard critique se porte sur de telles pratiques.

géophage

Hippocrate, puis Celsus, décrivent l’association anémie-géophagie. Au VIe siècle, Aetius d’Amida fait état d’un mal appelé « pica » qui atteindrait les femmes enceintes dès leur second mois de grossesse et les conduirait à désirer des aliments différents, dont de la terre, des coquilles d’œuf ou des cendres : certaines de ces conduites pouvant conduire  à la mort. La même problématique est décrite tout au long du Moyen-âge ou pourtant des terra sigillata, bénies par des religieux et portant maintenant des symboles chrétiens, sont ingérées dans toute l’Europe occidentale contre de nombreuses maladies. Les explorateurs de la Renaissance et après ramèneront moult descriptions de géophagie observées aux quatre coins du monde.

Les populations africaines ne sont pas les seules concernées, mais aussi des tribus indiennes de l’Orénoque se nourrissant exclusivement d’argile pendant de longs mois, les habitants du Siam étaient également réputés pour leur géophagie. Aux yeux de l’Occident moderniste, il s’agit là de comportements de « sauvages » au même titre que le cannibalisme. La colonisation des Amériques, grande consommatrice d’esclaves réprimera violemment de tels comportements chez ceux-ci qui aboutissent en quelques mois à la « cachexie africaine », sorte de suicide lent qui décimait les populations asservies. Le regard porté sur ces pratiques a opposé une ingestion de terre naturelle issue d’une stratégie adaptative ancestrale et d’autre part des comportements psychopathologiques de souffrance qualifiée sommairement de déviants.

Les patients souffrant de pica* vivent une véritable une addiction et sont aussi dépendants de leur produit que les tabagiques : la connaissance des effets néfastes ne modifie pas ce comportement. Les cas de picas sévères chez des patients souffrant de troubles de la personnalité ou de retard mental ont contribué à placer ces comportements alimentaires dans le champ réducteur de la maladie psychiatrique.

Une des portes d’accès pour comprendre ce phénomène est de s’intéresser à la matière ingérée, il s’agit de minéraux argileux : kaolinites, illites, smectites qui sont utilisés depuis longtemps comme pansements gastro-intestinaux et antidiarrhéiques. Certaines patientes reconnaissent avoir débuté leur consommation pour apaiser des troubles digestifs (reflux, nausées) en début de grossesse. Ces argiles du fait de leur structure microcristalline très particulière ont des propriétés physicochimiques intéressantes : elles se présentent sous forme de nanoparticules faites de strates de silicates et d’aluminates et forment avec l’eau des solutions colloïdales capables d’absorber à leur surface toutes sortes de toxiques et leur donne la capacité d’échanger avec le milieu ambiant du tube digestif. Cette interaction physicochimique est la clé des effets positifs et négatifs de la géophagie.

Le pouvoir détoxifiant des argiles est sûrement la propriété qui a été la plus bénéfique à l’espèce humaine durant son évolution pour éliminer les tanins et les alcaloïdes que les plantes produisent pour se protéger des herbivores, ceci est aussi retrouvé chez les oiseaux. Dans l’Antiquité on utilisait déjà les terres sigillées dans les intoxications. En se fondant sur ces propriétés, la smectite appelée « terre à foulon » proposée dans les intoxications modernes au Paraquat (pesticide). Des granules de kaolin sont donnés aux animaux d’élevage pour améliorer le rendement de leur alimentation.

L’anémie observée chez les géophages semble relever d’une « capture » plus marquée du fer au niveau intestinal qui se trouve éliminé avec les argiles. Inversement, un autre risque est l’absorption d’aluminium naturellement contenu dans les kaolins, responsable de complications neurologiques en particulier chez le fœtus.

Chez des animaux soumis à des stress expérimentaux, la surconsommation de kaolin est observée sans doute induite par des neuromédiateurs (sérotonine, dopamine) impliqués dans les processus de régulation de l’humeur. De tels phénomènes peuvent s’observer chez des individus en souffrance (dépression, syndrome posttraumatique, schizophrénie, psychose) avec des comportements d’addiction et de surconsommation variés incluant le tabac, l’alcool, des drogues, de la « junk food », etc.

Si dans un milieu » primaire », la géophagie procure des avantages en termes de survie immédiate en rendant les aliments moins dangereux et plus efficaces, le prix à payer est une carence martiale nuisible à moyen terme, des déséquilibres électrolytiques, et un risque d’intoxication lente à des toxiques (plomb, aluminium). Actuellement les picas, et en particulier la géophagie sont avant tout considérés comme des constructions psychocomportementales requérant une approche plus éthologique que psychiatrique en particulier auprès de population où cette conduite alimentaire relève de pratique ancestrale…

Biblio : V. Lamberta, R. Boukharib, C. Misslin-Tritschc, G. Carlesa. La géophagie : avancées dans la compréhension de ses causes et conséquences. La Revue de médecine interne 34 (2013) 94–98

  • Syndrome de Pica : trouble comportemental qui induit la consommation de substances non nutritives comme la terre, le papier ou l’argile. Ce syndrome, dont la genèse allie carences alimentaires et affectives, touche particulièrement les régions d’Afrique de l’Ouest depuis des siècles. Ainsi le kaolin est considéré comme trompe-la-faim pour les uns, médicament ou plaisir pour les autres.

BLAZE AWAY, NOUVEL ALBUM DE MORCHEEBA

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À l’approche de l’été, le groupe anglais Morcheeba revient avec un nouvel album intitulé Blaze Away. Avec plus de 20 ans de carrière, ce groupe qui a connu au fil du temps des séparations et reformations, signe un nouvel opus composé par le binôme originel à savoir la chanteuse Skye Edwards et le guitariste Ross Godfrey.

MORCHEEBA
Photo : David Goltz

Les nouveaux titres du groupe se démarquent nettement du premier album Who Can You Trust ? qui au milieu des années 90 s’inscrivait dans le nouveau genre musical trip hop. Morcheeba s’est rapidement différencié des autres groupes phare de ce courant musical tels que Massive Attack et Portishead pour incorporer à ce style des éléments pop, rap et électro conférant ainsi à leur musique un esprit plus mélodieux et solaire que les 2 autres formations citées plus haut.

https://www.youtube.com/watch?v=ZvpHCkMbkUo

Blaze Away est un disque à multi facettes, on y trouve des titres très pop comme la chanson It’s Summertime qui comme son nom l’indique ne peut pas être vraiment lunaire ! Construite sur des arpèges syncopés s’alternant à une rythmique tous deux joués à la guitare acoustique, la douce voix de Skye Edwards se met au service d’une mélodie élaborée avec un refrain très entraînant. Les touches d’électronique, les synthés, la ligne de basse ainsi que les interventions de la guitare électrique, ayant recours à divers effets comme la saturation et la pédale wha wha hyper réverbérée, apportent à ce titre un effet agréablement transportant.

Le morceau Blaze Away est un featuring avec le rappeur Roots Manuva qui pose son flow puissant et mélodieux sur une orchestration funk. Une autre collaboration plus surprenante est celle de Benjamin Biolay sur le morceau Paris sur Mer, en duo avec Skye, qui chantent tous les deux en français. La guitare est encore bien présente, jouée en arpèges en alternance à des cot cot funk en son saturé. Le texte s’inscrit dans le pur style de Benjamin Biolay : poétique, mystérieux, ténébreux; évoquant les différentes facettes de la ville lumière qui, comme le film du même titre que le morceau l’évoque, n’est pas un havre de paix pour les migrants. Le cinquième morceau de l’album intitulé Sweet L.A. est un très beau duo piano électrique Wurlitzer et chant. La grâce de la voix de Skye Edwards avec sa langueur et ses notes étirées, en dialogue avec les accords du clavier, sont d’un apaisement total. Le titre Love Dub, comme son nom l’indique, nous transporte dans les atmosphères moites et enfumées de clubs de Jamaïque, avec son rythme Reggae Dub dansant et planant à la fois. Encore ici, les interventions guitaristiques jouées par Ross Godfrey s’inscrivent dans la pure tradition de jeux d’adeptes de blues et de funk se baladant habilement sur les gammes pentatoniques avec une très bonne technique ; une maitrise instrumentale pas autant poussée que celle d’un shredder guitar héro mais utilisée de manière sobre et efficace dans les compositions d’un ingénieux instrumentiste.

Mis en avant-première sur You Tube en avril dernier, la lyric vidéo du titre d’ouverture de l’album intitulé Never Undo, nous dévoile peut-être le morceau le plus travaillé de l’opus en question, de par son originalité et la complexité de ses harmonies. Le tempo est lent, les beats martiaux et incisifs, les lignes de basse répétitives, les accords de guitare flottants comme les nappes de synthés, le tout s’étoffant progressivement avec des chœurs féminins pour attribuer au morceau un climat envoutant et mystérieux. Le texte assez introspectif chanté avec une certaine gravité, met en confrontation la fameuse dualité entre extraversion et introversion menant à la difficile communicabilité des êtres ; assez culpabilisateur et légèrement caricatural, le propos est plutôt approximatif. (Simple et funky ? Tous égaux ? pas si facile !!!!).

Ce disque marque un nouveau retour de ce groupe phare des années 90 sur la scène pop électro actuelle. Blaze Away est un bon album, et offre à ses auditeurs différentes ambiances, tantôt rythmées et dansantes, tantôt apaisantes, envoutantes et poétiques. Stratégie marketing fédératrice, ou bien acceptation d’une réalité impermanente, témoignant ainsi d’une plus grande aisance à passer d’un sentiment ou d’une émotion à l’autre ? La réponse ne devrait pas être si évidente.

https://www.youtube.com/watch?v=yWePPoAew74

 

Morcheeba – Blaze Away – Verycords – 1 Juin 2018

Tracklist : Never Undo – Blaze Away feat. Roots Manuva – Love Dub- It’s Summertime – Sweet L.A. -Paris sur Mer feat. Benjamin Biolay- Find Another Way – Set Your Sails – Free of Debris – Mezcal Dream

MORCHEEBA

COUP DU LAPIN DE DIDIER PAQUIGNON, LIÈVRE ENRAGÉ ET LAPEREAU SANS OREILLES

En quelques lignes, les faits divers referment des concentrés de vie qui se suffisent à eux-mêmes. Avec Le Coup du Lapin, le peintre Didier Paquignon nous présente sa collection des histoires les plus extravagantes croisées dans la presse, et illustrées par des dessins qu’il imprime lui-même.

C’est l’histoire d’un chat, que la CIA a transformé en espion. « Ils l’ont éventré », témoigne Victor Marchetti, un ancien de l’agence. À l’intérieur, on lui a placé des piles, un émetteur. La queue, elle, servait d’antenne. En pleine guerre froide, le félin avait pour mission de s’infiltrer auprès des responsables soviétiques, pour leur dérober leurs secrets. « Ils ont emmené l’animal dans un jardin public, l’ont sorti de la camionnette », poursuit l’ancien agent. Un taxi, qui passait par là, l’a fauché. Écrasé.

C’est l’histoire, aussi, d’adolescents qui, pour ne laisser aucun témoin sur leur scène de cambriolage, ont assassiné à la moutarde le poisson rouge.

C’est l’histoire d’un homme qui aimait une éléphante, et d’un autre qui aimait un âne.

C’est l’histoire d’un lapin, un énorme lapin, qui a terrorisé une famille, et la police appelée à la rescousse.

lapin

Cette dernière bête donne justement son titre au recueil de Didier Paquignon. Dans le Coup du lapin et autres histoires extravagantes (éditions Le Tripode), le peintre parisien offre une galerie de ces récits absurdes, surréalistes.

Depuis des années il collectionne ces faits divers qu’il repère dans la presse francophone ou étrangère, Certains sont peut-être des légendes urbaines, colportées d’oreilles en oreilles. Mais comment en être certain ? Ces histoires sont à la fois tellement insensées et tellement ordinaires qu’on ne saurait se prononcer. C’est là tout ce qui fait leur saveur.

Le fait divers est « une information totale », écrivait le philosophe Roland Barthes en 1964. « Il contient en soi tout son savoir : point besoin de ne connaître rien du monde pour consommer un fait divers, il ne renvoie formellement à rien d’autre qu’à lui-même », le cite l’éditeur du livre en préface. Ils referment en eux-mêmes aussi bien la beauté que la cruauté, la raison que la folie. Les passions et les morts ne prennent que quelques lignes, un unique paragraphe à chaque fois. Ils n’en sont que plus efficaces.

lapin

On rit d’un rire incrédule, cruel ou bon enfant selon les histoires, avec toujours ce voyeurisme du fait divers qui fait qu’on ne peut se détacher du meurtre le plus atroce ou de l’accident le plus bête. Ce sont des petits morceaux de vie surréalistes qui sont capturés dans ces pages que l’on dévore.

Didier Paquignon, lui, en capture l’essence dans ses monotypes. Il peint ses dessins à l’encre typographique sur des plaques non-poreuses pour les imprimer en un seul exemplaire, sur sa propre presse. Chacune de ces impressions vient illustrer une de ces histoires, en double page, au plus proche du format originel de son dessin. Avec un trait fin et précis, adouci par cette technique du monotype, il dépeint toute cette banale folie avec une certaine poésie, souvent absurde. Les animaux semblent névrosés, les humains se montrent tendres ou ridicules. Il dessine aussi bien des coucous mafieux, cigare au bec, que l’étreinte d’un homme à côté d’un éléphant, et la beauté de ces œuvres leur donne une teinte un brin mélancolique qui répond à l’acidité de ces textes qu’ils accompagnent.

lapin

Le Coup du lapin fait partie de ses livres qu’on ouvre au hasard, qu’on feuillette, qu’on lit dans le désordre. Dans ce catalogue de l’absurde, chacune de ces 87 doubles-pages – pour autant d’histoires extravagantes – peut se prendre indépendamment des autres. Cela fait partie de ces objets que l’on a envie de se passer de main en main, pour partager un de ces bons récits, pour partager ce même rire face aux mêmes anecdotes, aussi sinistres soient-elles.

Peut-être parce que, comme l’homme qui reconnaissait le regard grivois de sa femme décédée chez un éléphant, on se reconnaît un peu soi-même dans tous ces faits divers extraordinaires.

lapin

Le Coup du Lapin et autres histoires extravagantes, de Didier Paquignon
Éditions Le Tripode. 19€

L’Auteur

Didier Paquignon est né à Paris le 30 septembre 1958. Artiste, il est connu pour ses peintures. Une exposition lui fut consacrée au musée de l’Orangerie en 2009 : Tu rencontreras d’abord les sirènes. Lecteur omnivore, il a illustré pendant des années des couvertures pour les éditions Le Livre de Poche. De temps à autre, il s’amuse à mettre en images des faits divers absurdes. Le Coup du lapin, et autres histoires extravagantes est son premier livre publié au Tripode.

La bouteille à la mer

Un marin américain, Harvey Benett, a envoyé cinq messages à la mer dans des bouteilles en plastique. Il a reçu une réponse d’angleterre qui l’accuse de polluer les côtes.

AVEC SOIXANTE JOURS SARAH MARTY SE FAIT PASSEUR D’HISTOIRE

Soixante jours. Faire entendre au monde la voix de ceux qui risquent leur vie dans l’espoir d’un monde meilleur, dessiller les yeux des foules d’anonymes sur les migrants, telle est la promesse faite par Sarah Marty à Yoldas. Quand ce maçon kurde arrive chez Sarah pour reconstruire le mur d’enceinte écroulé de sa propriété, elle voit en lui cette blessure intime de l’homme qui a frôlé la mort. Il se confie, elle écrit son histoire et celle des quatorze autres Kurdes partis sur les chemins sombres et glacés de l’Europe pour fuir leur pays en guerre.

60 jours marty

Le Kurdistan est à peine visible sur une carte du monde, ce pays ressemble à un oiseau avec une aile en Turquie, une aile en Iran, une patte en Syrie, une patte en Irak. La guérilla fait rage entre le PKK qui revendique l’autonomie kurde et le gouvernement turc qui n’acceptera jamais l’indépendance.

Je veux aller dans un pays où le soleil se lève, je vais où les rires sont permis et où les couvre-feux n’existent plus. »

Ils ont vu leurs parents humiliés, leur conjoint, leur frère ou leur sœur assassinés. Submergés par la peur, attirés par une vie meilleure, ils sont quinze Kurdes à partir grâce à Erdouan, le passeur. Avec trois mille cinq cents euros, il leur promet de les emmener en Italie en cinq jours. Pour Yoldas, Ezra et son bébé, Beritan, Citseko le boxeur, Tekin, les frères Ferhat et Mirkan, le couple Cevdet et Sibel, les amis Welat et Osman, Yusuf et les deux enfants de sa sœur morte sous les décombres, commence une odyssée dangereuse sur les routes d’Europe qui durera soixante jours.

60 jours marty
Traversant la Bulgarie, la Serbie, la Macédoine, l’Albanie dans des bus bringuebalants, des camions, cachés dans des citernes , traversant les forêts, les rivières, tapis dans les fossés ou des maisons en ruine, sautant dans des trains en marche, le froid, la peur et la faim sont une autre forme de misère. À chaque passage de frontière, les douaniers imposent des bakchichs. Dans chaque planque, il faut attendre pendant des jours le passeur suivant. Le réseau est une véritable mafia qui profite de cette misère.

fuocoammare
Au fil des jours, le désespoir et le doute s’installent. Ont-ils eu raison de partir ? Est-ce lâcheté ou courage que de fuir son pays ? Puis la solidarité entre les quinze migrants donne le courage aux plus faibles de continuer. Les cœurs s’ouvrent, les confidences se font, les secrets se dévoilent. Les histoires de chacun les portent pendant les longues heures de marche. Lors des moments plus heureux, la musique, leurs projets leur redonnent de l’espoir.

La vraie gardienne de la mémoire kurde c’est la musique qui s’échappe partout, elle retrace toutes les épopées de notre peuple.

Mais combien résisteront à l’étape finale où, entassés à deux cents sur un canot pneumatique, ils se retrouvent enfin largués à cent mètres des côtes italiennes sans se soucier de leur aptitude à nager ?

Sarah Marty fait de cette histoire vraie un récit particulièrement humain et bouleversant. Les rescapés porteront en eux les histoires de leurs camarades jusqu’à leur dernier souffle. Leur nom et leur histoire resteront dans les mémoires des lecteurs de cette histoire qui doit être lue et entendue pour changer notre regard sur les migrants.

Soixante jours de Sarah Marty, Denoël, 3 mai 2018, 288 pages, 20 euros, ISBN : 9782207142257

Sarah Marty est diplômée de l’ESEC Paris (École Supérieure d’études cinématographiques). Elle a été scripte, assistante-réalisatrice sur des publicités, des longs métrages de télévision et de cinéma et est désormais productrice. Pour ce premier ouvrage, elle a reçu le Prix spécial du jury Matmut.
Yoldas vit aujourd’hui en banlieue parisienne.

FESTIN À RENNES, LA TABLÉE FANTASTIQUE AU TRIANGLE LE 16 JUIN

Le samedi 16 juin de 15h à 22 h, le Triangle organise La Tablée Fantastique. Cette nouvelle rencontre festive et artistique est destinée à clôturer la saison en beauté : les habitants du Blosne sont conviés à se retrouver autour de danses et de victuailles. Présentation avec Charles-Édouard Fichet, son directeur.

Charles-Édouard Fichet

Unidivers : La Tablée Fantastique a-t-elle vocation à remplacer le festival Agitato qui clôture habituellement la saison et que vous n’organisez pas cette année ?

Charles-Édouard Fichet : Agitato sera de retour dès l’année prochaine ! La création de la Tablée fantastique ne le remplace pas, mais vient le compléter. Cette rencontre est le fruit d’une modification de rythme liée à plusieurs réalités. Agitato réunit traditionnellement diverses propositions artistiques, notamment les créations liées aux résidences du Triangle et les nouveautés du monde de la danse.

Le festival permet de les présenter d’une part au public amateur et d’autre part aux professionnels. Il a un beau succès auprès du grand public, mais son positionnement en juin interdisait pratiquement aux programmateurs de choisir des œuvres pour leurs programmations de l’année à venir. Nous avons donc fait cette année le choix d’une année « intercalaire », où nous ne faisons pas Agitato au sens strict du terme, mais où nous testons une autre forme de rassemblement.

Durant la saison prochaine, on retrouvera ainsi le festival Agitato avec la promotion et présentation des œuvres chorégraphiques en février. La Tablée fantastique devient le rendez-vous de fin de saison avec également une présence chorégraphique et artistique forte, mais sans l’intention de promouvoir les œuvres pour les vendre. Il y a aussi une raison conjoncturelle. La création de la Rambla devant le Triangle par la ville de Rennes, un site piéton, ouvert, fermé dès aujourd’hui à la circulation est l’occasion parfaite de créer cette rencontre. Nous l’avons compris comme une invitation à s’emparer de cet espace, à le faire vivre à travers la danse. La danse est une expression qui se passe du verbe. C’est ce qui fait sa richesse, sa capacité à produire beaucoup de sens, sans les mots.

 

Quelle place pour les jeunes et le mélange de générations durant cette journée de festivités ?

Charles-Édouard Fichet : La présence de scènes ouvertes à 15 h et 17 h est extrêmement prisée par le jeune public. Les conditions techniques offertes sont intéressantes pour leurs démonstrations et valorisent leur travail. Ainsi, bien que cette scène ne soit pas réservée exclusivement aux jeunes, ces derniers s’en emparent indéniablement.

De manière générale, la Tablée est réellement un évènement ouvert à toutes les générations, notamment à travers les ateliers de cuisine de 14 h à 17 h ou la présence du Grand orchestre du Blosne en concert à 18 h 30.

À partir de 21 h, les plus grands pourront danser pendant le Bal sur les rythmes endiablés du groupe « Les Burnes ». Tout le monde trouvera son compte dans cette journée de fête.

L’évènement reflète-t-il un désir de fêter la danse à l’échelle du quartier ou à une échelle plus grande ?

Charles-Édouard Fichet : Nous avons un partenariat implicite avec les habitants du quartier qui sont nos voisins. Les premiers sensibilisés sont donc les habitants, incités par les différentes structures sociales du quartier, qui sont un soutien précieux, tel le Cercle Paul Bert. C’est cependant évidemment une invitation au monde entier !

Pourquoi avoir choisi Ambra Senatore pour participer à la convivialité du repas collaboratif – chacun apporte sa nourriture – à travers ses danses ?

Charles-Édouard Fichet : Ce travail nait d’un croisement entre l’histoire d’un artiste et l’histoire d’une structure. Ambra avait déjà développé un projet autour de la cuisine dans l’espace public à Nantes, dans des marchés et d’autres espaces surprenants. Nous l’avons donc naturellement contactée pour lui demander de nous accompagner dans nos premiers pas autour du repas. Dans la genèse de la Tablée Fantastique, la question de cuisine, de saveurs, mais avant tout du partage sont des éléments clés.

Le plaisir du « vivre-ensemble » est augmenté par le fait qu’une artiste donne la possibilité au spectateur de faire partie intégrante d’un tableau de création. Il regarde et vit à la fois.

Le public aura aussi l’occasion d’être témoin et acteur en prenant son courage à deux mains et en grimpant sur le toit du Triangle. Tout au long de la journée, Arno Bertina, un des auteurs de Le Blosne Mode d’Emploi va se placer sur le toit du bâtiment. À partir de ce point de vue qui lui permet de regarder tout le quartier, il va inviter les habitants à venir discuter avec lui.

Quels nouveaux projets pour Le Triangle ? 

Charles-Édouard Fichet : De nombreuses transformations vont prochainement toucher le Triangle. Nous sommes une scène conventionnée et donc financée par la ville, l’Etat et la région. Ces conventions portent sur trois ans or nous arrivons au terme de cette période. Nous travaillons donc tous à l’écriture du projet qui commencera en 2019. Celui-ci s’inscrira dans une mutation architecturale et sociale de l’environnement du Triangle, notamment avec l’apparition du Conservatoire, d’une maison des associations ou de la Rambla. C’est un réel travail de fond, un moment d’articulation dans la vie de l’équipement, du quartier et de la ville.

Que pensez-vous de la nomination du collectif FAIR[E], lui aussi résolument tourné vers la danse urbaine, à la tête du Centre chorégraphique national de Rennes et de Bretagne ? Comment son arrivée va-t-elle influencer le Triangle ?

Charles-Édouard Fichet : Je n’ai pas encore une connaissance affinée du projet du collectif. Quand on parle d’un contexte de mutation conjoncturelle et structurelle, voilà un événement qui arrive au moment où nous nous reconventionnons et qui va impacter notre évolution. Cela nous intéresse grandement de voir arriver une nouvelle équipe, jeune et radicalement différente de l’ancien directeur Boris Charmatz. FAIR[E] arrive avec six compagnies et résonne sur un système collectif, ils sont déjà inscrits dans un système de partage. Nous avons ainsi vocation à travailler main dans la main. Je rappelle qu’un centre chorégraphique n’est pas un lieu de diffusion, c’est un lieu d’expérimentation, de recherche et de soutien à la création. Le Triangle est une scène conventionnée qui montre la création au public, qui diffuse. Nous allons surement collaborer et établir des partenariats avec le collectif au moins sur ce mode là, sur le fait de faire circuler les artistes. Nous ne sommes pas du tout dans un esprit de concurrence. Nous aurons des territoires d’action où nous pouvons nous entendre au contraire. Je suis très heureux de voir un projet qui va apporter un souffle nouveau à la scène rennaise.

L’ACCORDEONISTE YVETTE HORNER A PASSE L’ACCORDEON A GAUCHE

Yvette Horner, notre accordéoniste aux cheveux de feu, est morte le 11 juin à 95 ans. Née à de Tarbes le 22 septembre 1922, elle nourrissait une passion pour sa ville et le Tour de France.

Yvette Horner (de son vrai nom Yvette Hornère, patronyme modifié par sa mère), donne son premier concert en 1947.

En 1948, Yvette Horner est la première femme à remporter la Coupe du monde de l’accordéon Le grand-prix international d’accordéon de Paris lui est attribué en 1950.

 

En 1950, elle reçoit le grand prix du disque de l’académie Charles-Cros pour le Jardin secret d’Yvette Horner. En 1952, Calor, qui sponsorise le Tour de France, lui propose d’accompagner la course, ce qui lança sa carrière. Elle joue sur un podium, à l’arrivée de chaque étape. Coiffée d’un sombrero et juchée sur le toit d’une Citroën Traction Avant aux couleurs de la marque Suze, elle réitère les années suivantes, accompagnant au total onze Tours de France (de 1952 à 1963). Elle est également reine des Six Jours en 1954.

En 1985, le couturier Jean-Paul Gaultier crée les tenues de scène d’Yvette Horner dont la célèbre robe Tour Eiffel. En 1987, elle devient la marraine du Cany-Accordéon-Club, avec qui Annie Lacour directrice, travailla à la Schola Cantorum de Paris pendant 5 ans.

https://youtu.be/yCm1CVYWdAk

Durant sa carrière, l’accordéoniste a donné plus de 2 000 concerts.

Yvette Horner enregistre pour les labels Pathé Marconi, CBS et Erato. Sa discographie compte 150 disques, dont les ventes ont atteint les 30 millions d’exemplaires.

YVETTE HORNER

OPERA DE RENNES, DECOUVREZ LE PROGRAMME 2018-2019 !

A peine les ultimes notes de Norma se sont-elles estompées dans les travées et les cintres de l’Opéra de Rennes que, déjà, le public lyrique rentre en transes et s’interroge sur le programme qui lui sera réservé pour la nouvelle saison 2018-2019. Levons le voile…

La conférence de presse du 12 juin a apaisé ces douces angoisses et nous permet de vous offrir un résumé des événements qui ont plus particulièrement retenu notre attention.

opera rennes
de g. à d. Damien Guillon, Gildas Pungier, Benoit Careil et Rozenn Chambard

Premier chapitre : celui des opéras. Ils sont cette année au nombre de 7. ALEKO de Serge Rachmaninov, IOLANTA de Piotr Ilitch Tchaïkovski, donnés conjointement. LE CONTE ORY de Gioacchino Rossini, L’OPÉRA DES GUEUX de John Gay et Johann Christoph Pepusch, LES AVENTURES DE PINOCCHIO de Lucia Ronchetti, UN BAL MASQUE de Giuseppe Verdi et, comme un bouquet final, LE VAISSEAU FANTÔME de l’illustrissime Richard Wagner.

beggar's rennes
L’opéra des gueux de John GRAY et Johann Christoph PEPUSCH

Voilà un résumé à l’emporte-pièce qui mérite quelques commentaires. C’est au mois de septembre, jeudi 27 et vendredi 28 que beaucoup feront connaissance de ALEKO, cet opéra en un acte de Rachmaninov, d’après une œuvre de Pouchkine intitulée « Les Tziganes ». Travail de fin d’études d’un garçon âgé de dix-neuf ans, cette création est la confirmation du talent éclatant, qu’il avait déjà démontré dans l’écriture du 1er concerto pour piano en fa dièse mineur op.1. IOLANTA, opéra en un acte de Tchaïkovski, est l’occasion de faire briller son frère, Modeste (oui c’est bien son prénom), auteur du livret, d’après une pièce du Danois Henryk Herz : « La fille du roi René ».

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Le comte ORY de Gioacchino ROSSINI

Les festivités du 31 décembre 2018 auront un éclat particulier avec LE COMTE ORY, opéra en deux actes de Gioacchino Rossini sur un livret d’Eugène Scribe. Il s’agit surtout d’un pur moment de bonne humeur, car si le bel canto y est célébré, le côté comique me manquera pas de transporter le public en lui offrant des situations désopilantes. C’est l’œuvre idéale pour convaincre les récalcitrants qui s’entêtent à penser que l’opéra c’est sérieux et un peu ennuyeux.

THE BEGGAR’S OPERA, l’opéra des gueux, nous redonnera une nécessaire énergie au seuil de 2019. Les 16, 17, 18, 19 janvier. Cette production C.I. CT-Théatre des bouffes du Nord stupéfie par la modernité de son propos.  Bousculant les codes classiques, ce n’est plus au milieu de divinités et des nymphes que se situe l’action, mais au milieu des voleurs, des souteneurs et des prostituées. Un vrai cataclysme si l’on considère que cette œuvre fut représentée la première fois en 1728. Le seul nom de William Christie à la direction de l’ensemble « Les arts florissants » devrait attirer un public très large, et si lin ajoute celui de Robert Carsen à la mise en scène il sera judicieux de réserver très longtemps à l’avance.

William Christie rennes
Robert Carsen et William Christie © Pascal GELY

LES AVENTURES DE PINOCCHIO de Lucia Ronchetti sur un livret de Carlo Collodi présenteront un double avantage le 27 février, celui d’être une création mondiale et aussi d’être à consommer en famille, à partir de l’âge de 6 ans. Puisque ce travail fait suite à une commande de l’ensemble intercontemporain, ce sont ses propres solistes qui assureront la partie musicale. Décidément le public rennais est gâté ! Les enfants seront également concernés par L’HISTOIRE DE PAPAGENO, « Une petite flûte enchantée », d’après Wolfgang Amadeus Mozart, le 23 mars. Ce sera l’occasion de retrouver avec un plaisir non dissimulé, les membres de la Maîtrise de Bretagne, et leur chef Jean Michel Noël . Cette transcription réalisée par Florian Sènia sera animée par un orchestre composé des élèves du conservatoire de Rennes.

Œuvre majeure du répertoire opératique, UN BAL MASQUE, de Giuseppe Verdi nous sera proposé à partir du dimanche 31 mars pour quatre représentations. Cet opéra en trois actes, sur un livret de Antonio Somma sera chanté en Italien et surtitré en Français. Si la distribution est largement Italienne, ce sera pourtant l’occasion de retrouver le Rennais Jean-Vincent Blot dans le rôle du comte Horn.

vaisseau fantome
Le vaisseau fantôme de Richard WAGNER

Le début du mois de mai sera fécond en événements importants et saluera L’arrivée du VAISSEAU FANTÔME de Richard Wagner. Cet opéra en trois actes, sur un livret de Wagner lui-même vous entraînera dans des tourbillons de passion de violence, sur une musique absolument époustouflante. À ne rater en aucun cas ! Ce sera l’occasion de retrouver le chef Rudolph Piehlmayer qui avait déjà dirigé à Rennes, Lohengrin et plus récemment, Norma.N’oublions pas que ce sera également l’occasion d’assister à la diffusion en extérieur, comme c’est devenu l’usage tous les deux ans, mais cette fois comme nous vous l’annoncions la semaine dernière, la captation en simultané se fera de Nantes. Dommage.

Voilà, nous avons fait le tour des opéras, mais le calendrier rennais présente aussi des concerts, des récitals, voire des représentations importantes hors les murs. Ce sera le cas de SAN GIOVANNI BATISTA, oratorio en deux parties de Alessandro Stradella, qui fit un passage éclair dans le monde de la musique avant d’être assassiné à Gènes en 1682. La cathédrale accueillera le 13 novembre 2018 cette œuvre religieuse de l’époque baroque qui sera dirigée par le contre-ténor Damien Guillon, soliste et fondateur de l’ensemble « Le banquet céleste ». Nous le retrouverons avec cet ensemble le samedi 29 septembre 2018 avec deux cantates de J.S. Bach et un concerto pour 2 hautbois et basson de G.F. Telemann. Ceux qui fréquentent les concerts du midi retrouveront avec plaisir l’ensemble Résonance habituellement dirigé par Olivier Légeret, qui interviendra cette fois comme producteur.

bal masqué rennes
Un bal Masqué de Giuseppe VERDI

Les amateurs de musique sacrée auront donc de réels motifs de satisfaction cette prochaine saison. Le mercredi 6 février leur offrira cette œuvre profondément émouvante, qu’est la Grande messe en ut mineur K 427 de Mozart, sous la direction de Gildas Pungier et le chœur de chambre « Mélismes ». La partie musicale sera tenue par l’excellente formation « A venti ». Un concert à graver sur nos tablettes et à ne pas manquer.

Le 26 mars 2019, c’est la Passion selon Saint-Jean de Jean Sébastien Bach qui nous est proposée. Pour notre plus grande fierté, ce sont des manipules rennaises qui seront aux commandes avec Le banquet céleste, le chœur de chambre Mélismes et la maîtrise de Bretagne, tout ce beau monde sous la bienveillante baguette de Damien Guillon.

Si la musique religieuse avec Bach et Mozart occupe une place importante, elle a aussi des origines plus populaires. Ce sera le cas avec COMO MAMAS dans le cadre des divas du monde. Trois Mamas en la personne d’Angela Taylor, Ester Wilbourn et Della Wright viennent chanter leurs joies, leurs peines, mais avant tout leurs espoirs. Un gospel absolument pur jus dont la sincérité ne devrait pas manquer de nous remuer jusqu’aux tréfonds de l’âme.

Bien entendu, dans ce survol du programme 2018-2019 tout n’a pas été dit, mais il faut bien que subsistent quelques surprises… De toute manière, les Rennais disposeront dans peu de temps de fascicules complets que dispense l’opéra de Rennes. Le bureau des réservations ouvre ses portes le 16 juin et il est maintenant possible de s’abonner depuis le site de l’opéra. Entre œuvres prestigieuses et formations ou solistes de renom, cette saison 2018-2019 se révèle attractive ; aussi notre conseil sera de faire votre sélection de spectacles assez rapidement, sous peine de ne pas avoir de place. À vous de jouer !

AUX CHAMPS GOURMANDS, RETOUR AU TRAVAIL ET RETOUR A LA TERRE

À quelques minutes de Dinan, l’association les Champs Gourmands aide les demandeurs d’emploi à retrouver un métier à travers le maraîchage bio. Aujourd’hui, cette ferme particulière est menacée à cause notamment du non-versement de subventions européennes. Reportage.

Un vent chaud souffle des serres lorsque l’on passe devant. À l’intérieur, dans cette atmosphère à la lumière tamisée par le plastique translucide, la température monte rapidement. Un agriculteur bénévole, retraité, s’y active pour palisser les plants de tomates ; il enroule leurs tiges autour d’une ficelle suspendue au plafond de la serre, en arrache les tiges secondaires. « Avec le mauvais temps, on a pris beaucoup trop de retard », soupire Julien Hurault. Les jeunes plants, encore dans leurs cageots, devraient déjà être plantés, explique-t-il. Les feuilles nervurées de rouge des betteraves elles aussi auraient dû être en terre, continue-t-il.

champs gourmands

L’ingénieur hydrogéologue est le directeur de cette exploitation particulière, Les Champs Gourmands. Il y a 5 400 m² de serres comptabilise-t-il, auxquels s’ajoutent 22 hectares de cultures en pleins champs pour les légumes d’hiver, pour les choux, carottes, pommes de terre… Dans la campagne de Quévert, à quelques minutes de Dinan, dans les Côtes-d’Armor, cette toute jeune ferme de maraîchage s’est tournée vers la restauration collective pour fournir grossistes et collectivités en légumes biologiques. Mais ceux qui les cultivent se distinguent des paysans maraîchers que l’on rencontre sur les marchés. Ce sont d’anciens secrétaires, des informaticiens, des demandeurs d’emploi qui buttent les poireaux, les lavent, les trient.

« Il n’y avait pas d’entreprise d’insertion dans le pays de Dinan », explique Julien Hurault. La ferme vient combler ce vide. Elle permet à des personnes au chômage depuis plusieurs années de trouver un premier contrat d’insertion, de six mois renouvelables. Un tremplin souvent bienvenu, pour trouver un poste plus durable : ce contrat peut être interrompu à tout instant si le salarié reçoit une offre d’emploi. Ces maraîchers en herbes sont également accompagnés pour préparer leurs CV, leurs entretiens…

champs gourmands

« Un agriculteur est parti à la retraite en 2013, et nous a permis d’exploiter ses terres et de louer deux bâtiments », se souvient Julien Hurault. Pour l’association des Amis du Jardin, qui animait déjà un chantier d’insertion professionnelle en maraîchage sur Dinan, c’est l’occasion de lancer cette fois une entreprise d’insertion professionnelle, une échelle au-dessus. À l’inverse des chantiers, le temps de travail est plus longs, et le soutien public, surtout, est moindre. « On voulait répondre à un double besoin du territoire », poursuit le directeur des Champs Gourmands : à la fois, se placer dans la continuité des chantiers existants pour favoriser le retour vers l’emploi, et fournir les collectivités en légumes biologiques locaux.

Fin 2014, ce sont ainsi quatre premiers salariés accompagnés qui aménagent les bâtiments, mettent en place l’irrigation, montent les 5 400 m² de serres sur des anciens champs de pommes de terre. Ils plantent également leurs premiers légumes, et quelques mois plus tard, à la mi-2015, peuvent vendre la première production des Champs Gourmands. La production augmente rapidement : elle double entre 2015 et 2016, augmente encore de 20 % entre 2016 et 2017, jusqu’à atteindre 180 000 euros de chiffre d’affaires.

POUR CERTAINS, LA DÉCOUVERTE DU TRAVAIL AUX CHAMPS

5 à 7 salariés en insertion travaillent dans ces champs, accompagnés par un maraîcher.  « Mais il y a un très fort turnover », précise Julien Hurault. Au total, une petite vingtaine de personnes se relaient chaque année sous ces serres et en extérieur, qu’il faut former à chaque fois.

« Il y a des personnes qui ont découvert un univers qu’ils ne connaissaient pas du tout », se souvient l’ancien ingénieur. « Des personnes qui n’avaient jamais travaillé dans le maraîchage se retrouvaient avec des bottes, des cirés, des gants, il faisait 0 °C dehors, on les envoyait dans les champs tirer sur des poireaux. » Il concède : « il leur faut un petit temps d’adaptation ».

agriculture biologique

À l’inverse, d’autres ont déjà été saisonniers. Certains jeunes avaient déjà pratiqué le woofing – du volontariat auprès de certains agriculteurs pour être nourris et logis pendant leurs voyages – et cherchaient à entrer dans le monde du travail. Certains jeunes diplômés en maraîchage viennent également faire leurs premiers pas professionnels aux Champs Gourmands, alors que des paysans proches de l’âge de la retraite, ouvriers agricoles qui ne trouvent plus à s’embaucher, y trouvent un emploi en cohérence avec leur expérience.

« Il y avait quelqu’un qui était à son compte dans le maraîchage, et qui a arrêté son exploitation, illustre Julien Hurault. Il est passé ouvrier agricole dans une exploitation, mais au bout d’un moment, il n’allait pas assez vite par rapport aux jeunes. Aujourd’hui, il a 57 ans, il n’est pas loin de la retraite : on lui a permis de retrouver une activité dans son domaine de compétence, pour ne pas tourner en rond, dans la déprime, chez soi, alors qu’il pouvait apporter énormément à d’autres personnes. »

À leurs côtés, de plus jeunes agriculteurs. Tout juste formés, ils sortent de centres de formations agricole, cherchent une première expérience avant de se lancer dans leur propre exploitation. Les Champs Gourmands se tournent vers eux pour qu’ils puissent acquérir ce savoir dans des conditions professionnelles, et non plus d’apprentissage. « L’idée c’est d’avoir une mixité entre les chercheurs d’emploi et ceux qui ont un projet d’installation », précise Julien Hurault.

champs gourmands

Tous ces profils différents se mélangent dans les champs et à l’intérieur des bâtiments, même s’ils ne réalisent pas forcément les mêmes tâches. Celles-ci sont réparties en fonction des besoins… et des contraintes de la production. Les anciens ouvriers agricoles pourront ainsi conduire les tracteurs de l’entreprise, quand d’autres effectueront les travaux manuels dans les serres ou pour trier les légumes.

70 % DES SALARIÉS RETROUVENT UN EMPLOI

« Quelque part ça leur fait du bien de retrouver les valeurs de la terre, des légumes », argumente le directeur des Champs Gourmands. Après une longue période sans travail, beaucoup perdent de leur confiance en eux-mêmes. Ce cadre de travail leur permet de se reconstruire, de regagner en estime de soi. « Certaines personnes sont très renfermées quand elles arrivent, mais progressivement parviennent à s’extérioriser », explique Julien Hurault. Ils arrivent progressivement à accomplir certaines tâches, à assumer des responsabilités, notamment pour tisser des liens avec les clients de l’exploitation, pour réaliser des livraisons.

Il prévient toutefois : l’entreprise d’insertion ne fait pas des miracles. Environ 70 % des travailleurs retrouvent un emploi ou une formation après être passés par les Champs Gourmands, que ce soit en CDD ou en CDI. Certains, malgré tout, ne trouvent pas d’emploi, voire même ne parviennent pas à sortir de l’ornière pour retrouver un cadre de vie. Alors qu’il quitte les serres, Julien Hurault soupire. Un stagiaire n’est pas venu ce matin, il va devoir prévenir son centre de formation.

champs gourmands

Ce n’est pourtant pas ce qui préoccupe le plus l’ancien ingénieur. Si les chiffres de l’insertion sont positifs et que la production augmente rapidement au fil des années, la situation des Champs Gourmands n’en reste pas moins très précaire. Jusqu’à menacer son existence même.

« Très concrètement : il nous manque 100 000 euros d’investissement », résume Julien Hurault. À leur lancement, les Champs Gourmands ont pu recevoir de nombreuses subventions. Mais, entre l’évolution des critères d’attribution et des collectivités territoriales du pays de Dinan, l’immense majorité de cette subvention n’a pas été versée, 200 000 euros au total. En particulier, des subventions de l’Union Européennes, compensées partiellement par la région, ont fait défaut au lancement des Champs Gourmands.

LA GALÈRE DE LA LAVEUSE A POIREAUX

Le non-versement de cette subvention pèse depuis le début sur l’exploitation. À défaut d’avoir suffisamment de moyens, le choix a été fait d’acheter du matériel d’occasion, parfois vétuste. « Lorsqu’il s’agit de gratter le sol, cela ne pose pas de problème… », commence le directeur de la ferme.

Mais l’exploitation a également besoin de matériel pour laver, trier, conditionner les légumes et respecter les calibres imposés. Dans un premier temps, il a fallu remettre ces vieilles machines aux normes de sécurité actuelles, puis changer, réparer des pièces qui s’usent plus rapidement. La récolteuse à pommes de terre, la trieuse à pommes de terres, la trieuse à tomates, la laveuse à poireaux : à chaque fois, il faut apporter de nouvelles réparations, changer les tapis, les moteurs. Des coûts supplémentaires, toujours.

champs gourmands

Surtout, pour respecter les calibres imposés par les grossistes – taux de courbure des courgettes, longueurs et diamètres déterminés, couleurs des tomates et poireaux à respecter – les salariés doivent trier les légumes à la main. Une perte de temps qui se ressent sur le chiffre d’affaires, à défaut de matériel adapté.

Ce chiffre d’affaires justement reste encore insuffisant pour faire face aux coûts de fonctionnement, malgré la rapide progression de la production. En 2017, le déficit de l’exploitation était de 75 000 euros. Ce n’est pourtant pas un problème de débouché : les Champs Gourmands arrivent à vendre leur production sans problème, notamment auprès de grossistes et de maraîchers bio qui viennent compléter leur production pour vendre sur les marchés.

DOUBLER LE CHIFFRE D’AFFAIRES POUR ASSURER LA PÉRENNITÉ

Les collectivités locales, elles, principale cible de la ferme, leur achètent encore peu de légumes. « On doit faire 20 % de nos ventes auprès des collectivités, et les trois quarts sont à destination de Saint-Brieuc et de Ploufragan », détaille Julien Hurault. À l’inverse, dans le pays de Dinan, le chiffre d’affaires de l’exploitation auprès des différentes communes est de… 3 700 euros. Une goutte d’eau. Le choix est politique : certaines communes préfèrent se fournir auprès des grossistes, un choix plus pratique pour elles, mais qui conduit à faire baisser le prix d’achat pour les agriculteurs. « Tout se négocie au centime près », explique l’ancien ingénieur, ce qui permet à ces entreprises de vendre les produits « 30 % plus cher » d’après lui : « ce sont les règles du jeu, on fait avec ».

Dans de telles conditions, il faudrait doubler le chiffre d’affaires – et donc la production – des Champs Gourmands. Un objectif qui ne peut se réaliser qu’en plusieurs années… et avec un meilleur matériel. D’autant plus que l’exploitation respecte les stricts critères de l’agriculture biologique et doit faire face à un fort renouvellement de sa main d’œuvre. La plupart du temps, les salariés en insertion ne restent que quelques mois, il faut donc les former de nouveau à chaque fois.

champs gourmands

Il y a urgence. Pour faire face au manque de subventions, la ferme a dû emprunter auprès de banques. Les échéances tombent à la fin de ce mois de juin 2018. Alors l’association qui porte le projet a appelé entreprises et collectivités à la rescousse. La fondation RTE a déjà assuré un financement de 100 000 euros, les élus, eux, ont assuré qu’ils soutiendraient le projet. « Mais il faut passer des paroles aux actes », répète Julien Hurault. Pour s’ouvrir à des investissements extérieurs, l’association réfléchit à se transformer en Société Coopératif d’Intérêt Collectif, dans laquelle les collectivités, les clients et les fournisseurs auraient voix au chapitre avec les salariés pour prendre des décisions.

Le directeur de ces champs, lui, garde bon espoir. Surtout que le projet reste unique. « Si on disparaissait, il faudrait reconstruire le même projet. Peut-être pas tout de suite, mais dans quelques années au moins, parce qu’on a besoin d’entreprises d’insertion et de maraîchage bio », explique Julien Hurault. Qui précise : « il serait dommage de laisser perdre cette expérience ».

LES ACTEURS BRETONS DE L’ESS REUNIS A RENNES

La journée « Innovation sociale, l’ESS bretonne en pointe et demain ? » s’est tenue mercredi 23 mai 2018 dans les locaux d’Askoria, école rennaise de formation en travail social. Cette rencontre organisée par la Chambre Régionale de l’Économie Sociale et Solidaire (CRESS) de Bretagne a rassemblé près de 150 acteurs et représentants des pouvoirs publics œuvrant pour l’ESS. Un événement annuel incontournable pour l’ESS en Bretagne.

Marie-Martine Lips, Présidente de la CRESS Bretagne a ouvert la journée en présentant le rapport d’activité 2017 de la CRESS lors de l’Assemblée Générale. Puis, la matinée s’est continuée avec un jeu sous le format de questions-réponses en équipes portant sur des projets phares réalisés durant l’année et de projets à venir. Il a, par exemple, été question du projet de se rendre au Forum Mondial de l’Économie Sociale qui se tiendra du 1er au 3 octobre 2018 à Bilbao.

ACTEURS BRETONS DE L'ESS REUNIS A RENNES
Marie-Martine Lips, Présidente de la CRESS Bretagne

La présidente de la CRESS a ensuite rappelé les fondements de l’Économie Sociale et Solidaire : « une économie qui partage les fruits de la croissance au lieu de les concentrer entre les mains d’un petit nombre, qui ne laisse pas sur le bord du chemin 10 à 15 % de sa population » et qui se projette à long terme. Marie-Martine Lips a souligné l’importance de fonder une économie qui va au-delà du marché régulé par la concurrence.

Nicole Notat et Jean-Dominique Senard ont récemment remis un rapport intitulé « L’entreprise, objet d’intérêt collectif » dans le cadre de préparation de la loi PACTE (Plan d’Action pour la Croissance et la Transformation des Entreprises) qui doit être présenté en Conseil des ministres prochainement. Les « sociétés à objet social étendu » ou « entreprises à mission » qui ont un objectif environnemental ou social allant plus loin qu’une politique RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises) pourraient « ne plus avoir, juridiquement parlant, comme seul but de partager des bénéfices ».

ACTEURS BRETONS DE L'ESS REUNIS A RENNES

La CRESS Bretagne soutient cette réflexion qui tend à questionner le rôle des entreprises dans la société. Néanmoins, elle attend de voir le contenu qui sera retenu dans la future loi et réaffirme les principes constitutifs des entreprises de l’ESS. Gouvernance collective, répartition des bénéfices et participation des membres dans les instances de décision sont au cœur du fonctionnement des entreprises de l’ESS et ces principes spécifiques sont appuyés par la loi Économie Sociale et Solidaire de 2014.

Différents porteurs de projets étaient présents et leur expérience est venue illustrer « l’écosystème transversal à l’ESS » qui se développe entre les différents acteurs de l’accompagnement, du financement, de la formation et des porteurs de projets en Bretagne. Un rubalise a symboliquement tissé la chaîne des acteurs impliqués dans la mise en place des projets ESS, de l’idée jusqu’à sa création.

ACTEURS BRETONS DE L'ESS REUNIS A RENNES

Chaque année près de 450 porteurs d’idées ou de projets sont accueillis et orientés par les 21 pôles de développement de l’ESS, soutenus par Rennes Métropole. Près de 100 idées sont retenues par les « propulseurs d’entrepreneuriat collectif » que sont les Tags Bzh implantés dans chaque département breton. « L’idéateur » se charge de valider les projets et de structurer leur plan d’action. « Le révélateur » met en lien les acteurs du territoire afin de faire émerger des entreprises de l’ESS à partir de besoins sociaux détectés sur le territoire. « L’incubateur » permet, lui, l’accompagnement de 40 projets collectifs de longue durée chaque année.

Le programme Création-Reprise d’entreprise en ESS forme 100 personnes chaque année. Les 10 Coopératives d’Activité et d’Emploi en Bretagne donnent, elles, l’opportunité de tester son projet dans des conditions sécurisées en leur offrant un hébergement juridique, social et fiscal. Les fonds Cap création ESS & Fonds de confiance de Bretagne Active libèrent des fonds pour financer l’étude de faisabilité d’un projet ESS. Entre 150 et 200 000 euros sont attribués tous les ans et destinés à une douzaine d’études. L’Union régionale des Scop de l’Ouest soutient les porteurs de projets dans les démarches juridiques et financières de création d’une SCOP-SCIC. L’État, la Région, le Département, mais aussi certaines banques et certains médias participent également au fonctionnement du réseau ESS. La CRESS se positionne comme l’animateur de cet écosystème.

ACTEURS BRETONS DE L'ESS REUNIS A RENNES

La Belle Déchette, première ressourcerie du territoire de Rennes Métropole qui récupère les « déchets » des usagers et professionnels pour leur donner une seconde vie, a témoigné de l’intervention des différents acteurs présents dans l’élaboration de son projet. La Grenouille à Grande Bouche qui mêle restauration et écriture afin de redistribuer ses bénéfices à des associations a également confirmé l’apport des acteurs de cet « écosystème » ESS dans la construction du projet en cours tout comme le projet d’espace de co-working dans le Pays des Vallons de Vilaine.

L’après-midi a été ponctuée par des ateliers intitulés « inventons les solutions de demain » où il s’agissait de réfléchir sur différents enjeux tels que le gaspillage alimentaire, la mobilité inclusive ou encore le développement du travail en prison. D’autres ateliers « cuisines à projets » ont été l’occasion d’échanger sur les problématiques de plusieurs porteurs de projets à l’image du travail en réseau mené par les différents acteurs bretons de l’ESS tout au long de l’année. Des acteurs qui partagent la même vision de la Bretagne de demain que la Région Bretagne qui lance actuellement le projet de territoire Breizh Cop.

RENNES. LES PANAMA PAPIERS, SALON DE L’ÉDITION INDÉPENDANTE

Le Salon de l’édition rennaise indépendante dénommé Panama Papiers a lieu samedi 16 juin 2018. À son origine se trouve un collectif d’éditeurs à Rennes : la Rennaise d’Édition. Son objectif : faire comprendre « qu’ici aussi il existe une petite édition indépendante qui résiste et qui crée ! ». Panama Papiers invite donc sur le papier à explorer cette aventure éditoriale locale…

Le 16 juin, la petite édition rennaise se met au jardin. Au jardin du Bar le Panama à Rennes. Rencontres, débats, dédicaces, fanzinothèque et concert-dessiné pour cette 2e édition !

Rennaise d’Édition voit le jour en 2013. Onze éditeurs rennais décident de s’unir au sein d’une association avec pour objectif de partager leurs expériences, s’entre-aider afin de faciliter la publication d’œuvres variées. L’union mise en place leur apporte un appui technique et professionnel : ils partagent leurs locaux de stockage, se rendent ensemble dans les différents salons du livre et de l’édition, se soutiennent dans leurs projets…

La Rennaise d’édition en 2013 ©Richard Volante

Chaque maison d’édition reste néanmoins totalement indépendante en matière de ligne éditoriale. Xavier et Benjamin, membres de la Rennaise d’Édition, soulignent cette importante liberté de chacun au sein de l’association. Dans la publication, ce qui importe à ces éditeurs indépendants est précisément le « projet éditorial » d’un ouvrage, sa portée, ce qu’il donne à comprendre.

Les Panama Papiers vont permettre la mise en lumière d’une édition indépendante parfois trop méconnue du fait de l’importance des grandes maisons dans le champ éditorial. Similaires sur certains points, les éditeurs des grandes maisons d’édition et les éditeurs indépendants se différencient par la plus grande liberté de ces derniers. « Les grandes maisons sont soumises – selon Xavier et Benjamin – à de nouvelles formes de censure que sont les logiques économiques. […] Nos problèmes sont autres. » Bien évidemment, les éditeurs indépendants font aussi face à des contraintes économiques importantes, mais la rentabilité n’est pas pour eux un critère premier. La question de la visibilité de leurs maisons d’édition dans le champ littéraire est plus problématique ; d’où la création et la participation à des événements afin de se faire connaître.

Derrière les publications des éditeurs indépendants de la Rennaise d’Édition, on retrouve toute une conception du monde éditorial et une réflexion sur le rôle que l’éditeur doit y jouer. Ce dernier n’est pas compris comme un simple lien entre un auteur, une imprimerie et les lecteurs d’une œuvre. Il est avant tout celui qui s’engage, cherche à faire comprendre et réfléchir grâce à ses choix de publication.

panama papiers

« L’indépendance c’est aussi un état d’esprit, une envie de faire bouger les lignes, de faire entendre des voix qui ne sont pas forcément entendues, car pas assez commerciales ou trop critiques à l’égard du pouvoir. Le rôle d’un éditeur, c’est aussi de faire entendre ces voix dissidentes, celles qui ne parlent pas, par exemple, avec les mots de la « novlangue » contemporaine qu’on entend partout et notamment dans la communication culturelle qu’on lit dans les revues institutionnelles… La culture, l’édition peuvent aussi être des espaces de liberté, de création, de résistance. »

panama papiers

Panama Papiers – Petit salon de l’édition rennaise indépendante, 16 juin 2018, bar Le Panama, 28 rue Bigot de Préameneu, Rennes

FILM UNE PLUIE SANS FIN DE DONG YUE, SOMBRE MEMORIES OF MURDER

Le film Une pluie sans fin de Dong Yue prend place en 1997. À quelques mois de la rétrocession de Hong-Kong, la Chine va vivre de grands changements… Yu Guowei, le chef de la sécurité d’une vieille usine, dans le Sud du pays, enquête sur une série de meurtres commis sur des jeunes femmes. Alors que la police piétine, cette enquête va très vite devenir une véritable obsession pour Yu… puis sa raison de vivre.

Le film Une pluie sans fin du réalisateur chinois Dong Yue s’inspire manifestement d’un autre film asiatique : le très marquant Memories of Murder du coréen Bong Joon-ho. Mais il s’en distingue dans une tonalité plus sombre. Dans une superbe ambiance de film noir, nous participons à la quête obsessionnelle de Yu Guowei avant de découvrir, en même temps que lui, qu’il est emporté par des forces historiques d’une tout autre ampleur. C’est la vieille Chine qui est en train de se transformer et dans ce processus gigantesque les destinées individuelles sont peu de chose…

pluie sans fin

Film Une pluie sans fin Dong Yue, Chine, 1 h 57.
Grand Prix du Festival international du film policier de Beaune en 2018. Sortie nationale 25 juillet 2018. Distribution Wild Bunch.

EVA KOPP PUBLIE L’ENFANT DU TSUNAMI (L’EFFET PAPILLON)

« Le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? » L’effet papillon… Cela vous dit quelque chose ? Le 11 mars 2011… Cette date vous rappelle quelque chose ? Voilà L’enfant du Tsunami par Eva Kopp.

l'enfant du tsunami

Quand Junko, qui vit sur l’île de Hōnshu, caresse son chat Hasu tout en lisant, se rend compte du changement de comportement soudain de celui-ci, elle devine tout de go qu’il se passe quelque chose de grave… Son pressentiment ne la trahit pas… Au même moment s’est déclenché le séisme de la côte Pacifique du Tōhoku qui entraînera un tsunami ravageur puis une grave avarie dans la centrale de Fukushima et enfin la catastrophe nucléaire qui ravagera cette île déjà touchée en d’autres temps par la bombe atomique.

l'enfant du tsunami

Ailleurs, en France, il y a un jeune couple, Maïwenn et Achille, qui travaille et vit à Paris. Quel lien entre ces deux situations ? Eh bien, l’effet papillon… Quand un fait se déroule en un endroit de la terre, cela peut engendrer des changements dans le quotidien, le futur d’autres personnes, d’autres êtres vivants, à l’autre bout de celle-ci. Et si les conséquences de ce cataclysme changent à tout jamais la vie de Junko, elles modifieront le quotidien, le futur du jeune couple parisien… Pourquoi ? Parce qu’au final tout est lien, nous sommes tous unis par des fils conscients comme inconscients. Parce que le monde est une grande chaîne humaine.
C’est le point de vue développé dans ce premier roman d’Éva Kopp.

Au-delà de ce roman tour à tour tendre, sensible et à chaque instant empreint d’humanité, mais aussi de dureté, de scènes difficiles parce que trop justes peut-être, il y a l’amour, la solidarité, le sens du sacrifice, le devoir, l’amitié et la vie qui triomphent parfois de la mort, même quand on pense que tout semble perdu. De désespoir…
Avec une précision d’orfèvre (le temps tel la montre à chronomètre revêt toute son importance dès lors que le lecteur s’immisce dans la lecture), d’une documentation irréprochable, Éva Kopp nous emmène dans l’enfer d’une catastrophe multiple, naturelle, chimique, humaine, écologique, psychologique tout autant qu’elle nous inscrit dans un long parcours de reconstruction, de réparation des lieux, des corps, des âmes, des sentiments… Mais l’auteure nous convoque aussi dans des thématiques existentielles : la force des couples, de l’envie de construire au-delà des peurs, des appréhensions, des angoisses, et ce, au nom de l’Amour.
L’enfant du tsunami est un roman touchant, patiné par le travail minutieux de l’écriture, par l’authenticité d’une narration puissante et sincère. Éva Kopp a dû prendre un plaisir indicible, cela se sent et c’est heureux. Il y a des auteurs sincères dans leurs phrases. Et c’est entraînant !

L’enfant du tsunamiEva Kopp, Éditions Pierre Philippe. 170 pages. Parution : juin 2018. Prix : 18,00 €.

EVA KOPP

Née en 1981 en Alsace, Éva Kopp est une hypercréative. Elle se souvient n’avoir pas dormi de la nuit, lorsqu’à treize ans, lors d’un cours d’histoire, elle comprit que des guerres avaient été déclenchées sur une phrase offensante. Si les mots pouvaient provoquer des conflits alors ils pouvaient aussi créer du lien et l’apaisement. Tour à tour scénariste, metteur en scène, rédactrice dans la presse quotidienne régionale, auteure-illustratrice de livres pour enfants, infographiste et animatrice radio, sa passion demeure l’écriture, pont d’un imaginaire à l’autre.

https://www.youtube.com/watch?v=KiY2tF3vVvA

RENNES, CULTURE CLUB AU JARDIN MODERNE AVEC BENOIT CAREIL

Culture Club pose ses caméras à Rennes au Jardin Moderne, rue du Manoir de Servigné, qui fête ses 20 ans les 15 et 16 juin 2018. L’occasion de recevoir Benoit Careil, premier président du Jardin moderne et actuel adjoint à la Culture de la Ville de Rennes.

L’émission Culture Club animée par Thibaut Boulais en compagnie de Ronan Le Mouhaër et Nicolas Roberti est tournée chaque mois dans un lieu emblématique de la Métropole de Rennes. TVR, Canal B et Unidivers – 3 regards culturels en 1 pour le même prix (gratuit). Culture Club, l’essayer c’est l’adopter !

PROGRAMMATION DE L’ANNIVERSAIRE DES 20 ANS DU JARDIN MODERNE

Vendredi 19h-1h
17 € en prévente ; 20 € sur place ; 15 € Tarif Adhérent/Admit*
https://billetterie.antipode-mjc.com/?id_event=244

Malouve DJ SET / Hassan K / The Decline / Born Idiot / Yes Basketball / Nostromo / Frankie and the Witch Fingers / PlagiatBros / TOTORRO / Canal B en direct / Exposition d’archives

Samedi 20h-4h
17 € en prévente ; 20 € sur place ; 15 € Tarif Adhérent/Admit*
https://billetterie.antipode-mjc.com/?id_event=245

Ideal Crash -micro label DIY-KFUEL / It It Anita / Avenir / les trucs / MNEMOTECHNIC / Mein Sohn William / Zëro / Culture Emotion / Mistress Bomb H / USÉ / Candie Hank / Montagne Music / Rizan said music / Canal B en direct / Exposition d’archives

BILLETTERIE
* Le tarif 15 € est valable pour les détenteurs de la carte Admit et les adhérents de l’association Jardin Moderne à jour de leur cotisation au moment de l’achat du billet. 1 seule place par membre. Tout billet au tarif Adhérent/Admit sera contrôlé à l’entrée de l’événement

Les billets sont disponibles sans frais de location :
– en ligne sur la billetterie de l’Antipode MJC – https://billetterie.antipode-mjc.com/
– au Jardin Moderne du mardi au vendredi de 14h à 17h30,
– à l’Antipode-MJC en fonction des horaires d’ouverture : http://www.antipode-mjc.com/qui-sommes-nous/lequipe/

L’ÉVÉNEMENT
L’événement célèbre les 20 ans du lieu et les 21 ans de l’association consacrée aux musiciens et aux acteurs des musiques.
C’est l’occasion de recharger les batteries (ou de les décharger vous faites comme vous voulez), de regarder dans le rétroviseur, de se remémorer d’où l’on vient et mesurer le chemin parcouru. C’est un bon moyen de se projeter dans l’avenir sans céder à la morosité ambiante.

C’est aussi et surtout un moment pour la fête, pour découvrir et redécouvrir des artistes de Rennes, de plus loin ou même franchement d’ailleurs, pour se parler, se rencontrer, se frotter respectueusement les cerveaux et vibrer aux sons !

Au programme de ces deux jours de fêtes, des concerts, des expositions et une scène radiophonique orchestrée par Canal B !

SUR SITE
– De la restauration sur place sera proposée par La Gamelle
– Les scènes intérieures (Salle de concert et Café Culturel) ont des jauges limitées, l’accès n’est pas garanti.
– Pas de distributeur d’argent sur place / Paiements par CB acceptés
– Toute sortie du site sera définitive
– Bouteilles en verre, bouteilles métalliques, bouteilles d’alcool, substances illicites, objets contondants et gros sacs seront interdits
– Aucun vestiaire ne sera proposé
– Le Jardin Moderne est accessible aux personnes à mobilité réduite

ACCÈS
11, rue du Manoir de Servigné – 35000 Rennes
ligne 11 – arrêt Jardin Moderne
ligne 9 – arrêt Centre Commercial Cleunay
lignes 54, 55, 56 – arrêt Berthault
Licence 1 – 1054718

EXPO COLLECTION #6 AU THABOR DE RENNES, DU 9 JUIN AU 19 AOUT 2018

Collection 6 été 2018 : exposition des œuvres du fonds communal d’art contemporain de Rennes du samedi 9 juin au dimanche 19 août 2018 à l’Orangerie du parc du Thabor.

La Ville de Rennes présente Collections 6,rendez-vous estival de l’art contemporain qui se déroule à l’Orangerie du Thabor. Cette exposition présente les œuvres de cinq artistes, acquises en 2017 par le biais du Fonds communal d’art contemporain.

Le Fonds communal d’art contemporain rennais est aujourd’hui constitué de plus de 500 œuvres (le chiffre exact ne sera connu qu’à l’issue de l’inventaire en cours), choisies par une commission composée de professionnels de l’art contemporain. La composition de cette commission est renouvelée tous les ans.

Peintures, sculptures, photographies et objets de design… Ces œuvres sont mises à disposition des établissements d’enseignement, des espaces d’exposition et autres lieux publics (au niveau local ou national) qui souhaitent les emprunter pour les exposer temporairement.

Les artistes exposés dans le cadre de Collections 6 : Maëlle de Coux, Edie, Fabienne Houzé-Ricard, Gwenaëlle Rébillard et War!
Fabienne Houzé-Ricard
Fabienne Houzé-Ricard, Oiseau N°8 acrylique sur toile, 114 x 146 cm, 2010 ©Denis Ricard
Fabienne Houzé-Ricard
Fabienne Houzé-Ricard, Oiseau N°8 acrylique sur toile, 114 x 146 cm, 2010
Fabienne Houzé-Ricard,
Fabienne Houzé-Ricard, Oiseau N°8 acrylique sur toile, 114 x 146 cm, 2010
Maëlle de Coux, Série « Hommes – Oiseaux » , «© Maëlle de CouxMarées basses », n°6/10-1Impression jet d’encre pigmentaire à plat sur papier Xuan tejing, 2 formats 62 x 92 cm, 201
war
WAR!, « WAR! WAS HERE ! » (WAR! In Rennes, © WAR! 2010-2017…)Plan de Rennes marouflé sur contreplaqué,peinture acrylique, 62 clous, cadre doré, 145 x121 cm, 2017
Maëlle de Coux
Maëlle de Coux, Série « Hommes – Oiseaux » , «© Maëlle de CouxMarées basses », n°6/10-1Impression jet d’encre pigmentaire à plat sur papier Xuan tejing, 2 formats 62 x 92 cm, 2010
Gwenaëlle Rébillard
Gwenaëlle Rébillard, Dés[or]mais (détail) encre noire et or sur papier, triptyque 70 x 210 cm l’ensemble, 2016 © Gwenaëlle Rébillard
war
WAR!, « WAR! WAS HERE ! » (WAR! In Rennes, 2010-2017…) (détail)Plan de Rennes marouflé sur contreplaqué, peinture acrylique, 62 clous, cadre doré, 145 x 121 cm, 2017
edie
EDIE. Série BRUISE8 sérigraphies 68,5 x 99 cm, 2015©EDIE.
edie
EDIE. Série BRUISE (détail) ©EDIE. 8 sérigraphies 68,5 x 99 cm, 2015
Gwenaëlle Rébillard
Gwenaëlle Rébillard, Dés[or]mais © Gwenaëlle Rébillard encre noire et or sur papier, triptyque 70 x 210cm l’ensemble, 2016
edie bruise
EDIE. Série BRUISE (détail)8 sérigraphies 68,5 x 99 cm, 2015CREDIT©EDIE.

collections rennes

Collection 6 : exposition du 9 juin au 19 août 2018 à l’Orangerie du Thabor de Rennes, du mardi au dimanche de 14h à 19h. Gratuit. Vernissage vendredi 8 juin à 18h30.

LE 1ER ATELIER NUMERIQUE GOOGLE FRANCE OUVRE A RENNES

Google France développe sa présence en régions et inaugure quatre Ateliers Numériques, au travers de lieux mais également de partenariats avec des acteurs locaux, dans quatre régions de France. Le premier sera inauguré le 9 juin 2018 en Bretagne, à Rennes, 11 rue de la Monnaie.

Situé près de la place des Lices, au 11 rue de la Monnaie, et pensé comme un espace de découverte, d’échange et d’apprentissage dédié au numérique et ouvert gratuitement à tous, cet atelier numérique de 200m2 au coeur du centre-ville de Rennes va être animé par un réseau d’une vingtaine de partenaires régionaux déjà présents et actifs sur place. Il est ouvert du lundi au samedi de 9 à 19h.

En fait, Google s’est engagé depuis plusieurs années dans un programme de formations aux compétences numériques gratuit et ouvert à tous. Né en 2012 pour accompagner les professionnels à développer leur visibilité en ligne, ce programme s’est doté d’un dispositif à destination des étudiants et jeunes en recherche d’emploi en 2016 afin de les aider à saisir les opportunités professionnelles dans le numérique. En 6 ans, ce sont plus de ​230 000 professionnels et étudiants qui se sont formés au numérique avec l’aide des formations en ligne (MOOC) et des experts Google.

L’ATELIER NUMÉRIQUE, QU’EST-CE QUE C’EST ?
Un lieu gratuit et ouvert à tous, quel que soit l’âge ou la connaissance du numérique
Des formations, découvertes et expériences dédiées au numérique
Une équipe de passionnés, composée de coaches Google et de partenaires locaux pour vous accueillir et répondre à vos questions

google atelier numérique rennes

LA JOURNÉE D’INAUGURATION DE L’ATELIER NUMÉRIQUE DE RENNES
Rendez-vous le samedi 9 juin au 11, rue de la Monnaie à Rennes pour l’ouverture du premier Atelier Numérique de Google en France. Une programmation spéciale fera découvrir les formations gratuites de l’Atelier Numérique qui seront proposées tout au long de l’année. L’occasion également de découvrir les innovations technologiques portées par Google (réalité augmentée, intelligence artificielle), découvrir les réussites et projets numériques locaux, les performances artistiques d’artistes bretons.

rennes google atelier

L’ATELIER NUMÉRIQUE DE RENNES, C’EST QUI
6 coaches + 1 directrice
recrutés pour faire vivre l’atelier
6 jours sur 7 de 9h à 19h
Horaires d’ouverture adaptés aux besoins de chacun
Modules de 45 minutes à 30 heures
sur place ou en ligne, de l’initiation à la formation certifiante
4 formats :
● Des conférences inspirantes
● des conseils personnalisés lors de séances individuelles
● Des ateliers pratiques en petits groupes
● Des découvertes d’innovations de Google et de réussites
locale

google bretagne

Depuis 2014 :
30 villes bretonnes visitées 10 000 personnes formées :
● 4 800 étudiants et chercheurs d’emploi
● 3 700 TPE-PME
● 1 380 jeunes sensibilisés aux dangers
des discours de haine sur Internet
1 714 personnes formées en présentiel, g râce à une collaboration efficace avec les Chambres de Commerce et d’Industrie, les universités et les élus locaux

google atelier numérique

LES FRANÇAIS ET LE NUMÉRIQUE

  • 50 000 emplois à pourvoir dans le secteur numérique aujourd’hui en France
  • 80% des Français déclarent faire des achats en ligne *
  • 16% des PME vendent en ligne **
  • 68% de la population active a un niveau de base ou inférieur en termes de compétences numériques ***
  • 40% des Français se disent inquiets à l’idée de devoir réaliser des démarches administratives et fiscales en ligne

* source: FEVAD du 27/06/17
** Source: rapport de la Commission Européenne
*** Source : Dares (direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques)

LE VERTIGE DES ÉTREINTES, MÉMOIRE MÉDITERRANÉENNE D’ALBERT BENSOUSSAN

Les livres d’Albert Bensoussan prennent naissance dans le terreau judéo-arabo-berbère de son Algérie natale, en particulier dans la blanche et inoubliable Alger d’avant la guerre d’indépendance, comme il l’a si bien raconté tout au long de ses romans et récits, en particulier dans ses derniers textes, « La Véranda » et « L’Anneau ». Avec « Le vertige des étreintes », Albert Bensoussan nous offre peut-être le plus accompli de ses textes, baroque et poétique, flamboyant et déchirant, puisé dans cette mémoire méditerranéenne qu’il n’a cessé de chanter, et enchanter, depuis près d’un demi-siècle.

vertige des étreintes albert bensoussan

« Le vertige des étreintes » prolonge, une fois encore, cette veine, où se mêlent longs ou brefs moments de la vie d’Albert Bensoussan, réels ou fantasmés, en un permanent écheveau kaléidoscopique et un tournoiement vertigineux de la mémoire qui lui fait revivre l’éblouissement des rencontres, la sensualité des corps, l’amertume des abandons, la cruauté des déclins, l’horreur d’inéluctables fins de vie et les deuils, « le poids des morts, père, mère, frère, figés en mémorieuse douleur ». Cette mortqui sera sienne, un jour peut-être proche, redoute-t-il, achevant la funèbre litanie familiale des disparus : « Chaque jour qui passe me fait perdre de la hauteur. Il faut s’habituer à remplacer le vertical par l’horizontal.[…] J’apprivoise la posture qui sera bientôt la mienne…pour l’éternité ».

Ce nouveau texte, peut-être plus encore que les précédents, est habité de la présence essentielle des femmes qui ont jalonné et nourri sa vie. Celle de Lalla Sultana, sa grand-mère, sorte de guérisseuse dans son village natal des hauteurs de Tlemcen dont il apprit les gestes simples qui soulagent. Sa mère ensuite, cette autre sultane, que Lalla avait nommé Aïcha, de ce prénom arabe qu’elle n’a jamais aimé porter et que le marbre noir qui ferme sa tombe a définitivement traduit en Alice. Personnage central de sa mémoire, Albert entendra toujours les youyous sortis de sa gorge quand la joie s’emparait d’elle au milieu du bonheur de ses enfants.

vertige des étreintes albert bensoussan
Albert Bensoussan

Le premier amour d’Albert fut Dihya, bienheureuse rencontre d’une malencontreuse péripétie, quand le petit Albert, cinq ans, perdit la main de sa maman dans la foule des ruelles d’Alger et du marché Randon, enfant désemparé et récupéré par le geste secourable d’un vieil arabe qui confia aux soins attentionnés de sa toute jeune enfant, Dihya, le gamin brièvement orphelin. Premières émotions vers cette fillette plus âgée que lui et qui devint pour le petit Albert, chaque semaine qu’ils se retrouvèrent, la « maîtresse du jeudi qui m’apprit à lire, à compter, à chanter et à rire». Une enfant miraculeusement revue en son adolescence, une enfant devenue femme. « Dans cet Alger d’avant le basculement. Et là la femme m’était apparue, brûlant mes pupilles. Ses yeux, quelle couleur ? Moi je les voyais topaze, et sans doute étaient-ils entre vert et bleu, mais je savais qu’elle avait des yeux de miel. La déesse levait le regard sur moi, plissant ses paupières comme une chatte ». Réalité, fantasme du souvenir ? La mémoire d’Albert s’embrase, avec les accents du Cantique des cantiques : « Nous avons appris ensemble le baiser, Dihya, et je t’aimais […] à cause de ton teint de figue sombre et ta pulpe de fève. […]. Un miel d’aloès jaillissait de tes seins. L’agave peuplait ton aisselle. L’âcre musc de tes reins me soulevait d’ardeur. […]Quelle est forte l’odeur qui me reste de toi ! ». Ainsi Dihya, mais aussi Ghalia, Bertille et ses « yeux de miel », Maya, Garance, Mélinée la Bretonne, «avec sa belle tête d’Arménienne», autant de femmes, d’Algérie et d’ailleurs, autant de vertiges nés d’autant d’étreintes qui font chavirer la mémoire d’Albert.

Coup de dés de son existence (« mon histoire a toujours été hasardeuse »), Albert rencontre, dans un total foudroiement, celle qui fut sa première épouse, qu’il nomme Dores venue de la Corogne. La Corogne, vraiment ? « Tout en elle était mystère. Je n’ai jamais su quand elle était née ni même où ». Deux exilés, « deux déclassés et c’est pour cela que nous nous étions trouvés », l’une de l’Espagne républicaine, l’autre de l’Algérie française. Il la rejoint à Paris, s’unissent avec passionet vont faire route ensemble pendant un demi-siècle. « Jusqu’aux portes de la vieillesse cet amour me donna des ailes ». La maladie s’empara de Dores, « Dolores », et, implacable, dix années durant, un mal parkinsonien et aphasique gagna, qui rongeait ce qui lui restait de mémoire et lui donnait « ce masque d’hébétude qui peu à peu collait à ses traits, naguère si vifs ». Albert, « l’amant ardent », se fit garde-malade. Étreinte de la douleur, vertige du deuil qui guette, « non, querida, ce n’est pas ainsi qu’il faut partir ». Albert ne s’épargne rien, ne nous épargne rien de l’atroce déchéance de sa dolente épouse, de son désarroi et de son chagrin qui lui tirent, qui nous tirent des larmes.

« Dores est morte, le soleil a plongé, le ciel s’est éteint. J’ai épousé Leah et la lune était pleine ». Leah, après Dores l’inoubliable (« j’ai tant vécu avec elle »), est l’épouse ultime, « haut bout du voyage ». Leah l’emmènera en Provence, « tirant un immense rideau de clartésur l’opacité des jours ». Marseille sera le nouveau port d’attache, avec Alger à nouveau à l’horizon. Brièvement toutefois. Rapide retour en Armorique.

« Je ne sais plus à cette hauteur scinder le rêve du réel » avoue Albert, qui se nomme lui-même « Benyamine », benjamin d’Aïcha, dans ce texte dont son auteur ne dit jamais qu’il est autobiographie. La vie est un songe, Calderón dixit. Et Albert tire –presque- le rideau sur sa vie de hasards, « rocambole de fractures », mémoire et tissu de rêves et de fantasmes, envolées de bonheurs aux ailes coupées par la douleur et la mort, et « le couperet des ans ».

Le vertige des étreintes est magnifique, et nous emporte, une fois encore.

Albert Bensoussan, Le vertige des étreintes, Editions Maurice Nadeau, 13 octobre 2017, 260 pages, 19€

RENNES TNB, TOUTE LA PROGRAMMATION 2018/2019 EN UN COUP D’OEIL

Le TNB, Théâtre National de Bretagne, de Rennes, dirigé par Arthur Nauzyciel, présentait sa programmation de l’année 2018/2019 le mercredi 6 juin 2018. L’événement, qui a fait salle comble, a réuni un public habitué à l’âge assez avancé. Reste que la programmation originale et éclectique présentée hier soir confirme la volonté du Centre National Dramatique breton d’affirmer sa mission de service public : « proposer une offre artistique de qualité et accessible à tous sur l’ensemble du territoire national ». Un cocktail d’émotions et de réflexions qui s’annonce passionnant.

[tribe_events_list tags= »rennes tnb »]

Le TNB occupe une place particulière parmi les 38 Centres Dramatiques Nationaux. Il propose – en sus du théâtre, des spectacles et animations de danse et de musique – un festival et une École Supérieure d’Art Dramatique. Ces différentes composantes se conjuguent dans le projet mené par Arthur Nauzyciel arrivé en 2017 (voir notre article) et l’équipe du TNB qui s’appuient sur le triptyque « Partager, Transmettre, Rencontrer ».

PROGRAMMATION 2018/2019 DU TNBAprès une première saison réussie pour Arthur Nauzyciel – la moyenne annuelle de 200 000 spectateurs n’ayant pas ou peu diminuée –, le public était au rendez-vous pour cette seconde saison le 6 juin. Malgré un retard au démarrage de la soirée, des longueurs évitables et une tendance superflue à l’autosatisfaction, le programme de la saison 2018/2019 constitue un appel à la découverte d’artistes au-delà de leurs spectacles : en partageant avec eux des moments d’échanges centrés sur leur parcours, leur travail ou des thématiques sociétales tendancielles et/ou déclinées autour des minorités. Des soirées hors formats donneront la possibilité d’échanger dans un cadre intimiste comme dans Conversation entre Mohamed El Khatib et Alain Cavalier ou lors de duos de lectures et performances.

Rapport aux parents (Marie Darrieussecq, Célie Pauthe), aux migrants (Rachid Ouramdane) à l’amour (Pascal Greggory, Patrice Chéreau), à l’animal (Pascal Rambert, Arthur Nauzyciel, Keren Ann, Laetitia Dosch), à la religion (Éric Vigner), au handicap (Madeleine Louarn, Jean-François Auguste), à la mort d’un enfant (Mohamed El Khatib), à la radicalisation (Jean-Pierre Baro)…la prochaine saison foisonne de problématiques sociétales – où la dimension des minorités et de leur défense constitue le fil directeur – traitées de façon sensible et singulière. 

« Comment la société fabrique le crime qu’elle aime condamner ? ». Comment un adolescent en arrive-t-il à se radicaliser ? Comment la transparence des réseaux sociaux ventée lors de leur arrivée se transforme-t-elle en espace de mensonges et de manipulation ? Comment être heureux dans une société qui va mal ? Les questions seront multiples et les propositions de réponses approfondies et esthétiques.

PROGRAMMATION 2018/2019 AU TNB
L’art du théâtre/De mes propres mains. Pascal Rambert et Arthur Nauzyciel
© Pauline Roussille

Artistes connus et moins connus se côtoient dans la programmation de cette nouvelle saison. Christophe Honoré, en sélection officielle à Cannes (2018) pour Plaire, aimer et courir vite, viendra présenter sa pièce de théâtre Les Idoles qui met en scène des artistes morts du sida à l’époque de François Mitterrand. Zaï Zaï Zaï Zaï de Paul Moulin avec Blanche Gardin (Molière de l’humour 2018) livrera une critique du « fonctionnement sécuritaire et administratif de la société française ».

Hofesh Shechter présentera Grand Finale durant lequel dix danseurs et musiciens expriment soumission et révolte, en alliant danses traditionnelles israéliennes et irlandaises, musiques classiques et électro. La musique s’invitera également tout au long de la saison avec, notamment, un concert acoustique et intimiste de Dominique A. Françoise Fabian viendra, à 84 ans, présenter sa nouvelle passion pour la musique avec son premier album sorti cette année.

La journaliste et productrice de France Culture, Aurélie Charon proposera la restitution de récits de vie radiophoniques réalisés avec des jeunes entre 20 et 30 ans en France, à Sarajevo, Istanbul, Beyrouth, Tel Aviv, Téhéran, Gaza, Moscou, New Delhi, Dakar et Casablanca. Les enfants et adolescents ne seront pas oubliés durant cette saison 2018/2019 ni le public souffrant de handicap sensoriel. Le TNB mène également des actions avec les établissements pénitentiaires et la PJJ ; il se veut, dans la continuité avec la saison 2017/2018, ouvert à tous les publics.

Abonnements en ligne à partir du jeudi 7 juin 2018.

BD, L’OBSOLESCENCE PROGRAMMÉE DE NOS SENTIMENTS

Dans cette chronique amoureuse de sexagénaires, Zidrou et Aimée de Jongh, abordent un sujet original. Sans tabou mais avec justesse, finesse et drôlerie. Une belle leçon de vie et de plaisir.

Obsolescence programmée de nos sentiments

Le dessin de couverture dit tout : les cheveux sont blancs, la chair est flétrie et triste, les hanches enrobées, larges. Tout, c’est ce que disent aussi les corps des femmes et des hommes qui n’ont plus vingt ans. Elle, elle est à gauche, droite comme un I. Elle s’appelle Méditerranée parce que son « père a trouvé que ses yeux avaient la couleur de la mer qui avait baigné son enfance ». Elle était mannequin. Elle est devenue fromagère. Elle a soixante-deux ans. Lui, il est à droite. On dirait un cube, carré comme un Apéricube. Il s’appelle Ulysse. Parce que…. Peut-être simplement pour pouvoir voguer sur la Méditerranée. Il a cinquante-neuf ans et vient d’être débarqué de son camion de transporteur. Comme le montre l’image, ils vont se rencontrer et même plus. Ils vont s’aimer.

Obsolescence programmée de nos sentiments

C’est une belle comédie humaine que nous propose cette BD, celle des amours de sexagénaires qui abordent leur dernière partie de vie en se demandant s’ils sont encore capables de désirer, d’être désirés et d’aimer.

BD ZIDROU

Comme toujours, dans ce type d’ouvrage la difficulté est de trouver le ton juste, celui de l’humanité et de la connivence avec le lecteur. On peut faire confiance en ce domaine à Zidrou (lui-même proche de la soixantaine !). Cet infatigable et prolifique scénariste nous a habitués à savoir jouer sur les cordes sensibles du temps qui passe, de l’amitié et de l’amour (« Les beaux étés » [1], « L’Adoption » notamment). Il recommence ici avec un sens inné de la narration, des dialogues et de la justesse de ton. Les bons sentiments peuvent rapidement dégouliner et devenir obscènes. Pas avec Zidrou. Avec le scénariste les mots sonnent juste :

 « Avant ». Plus les années passent, plus on a tendance à recourir à cet adverbe, vous aviez remarqué ?
« Ah ! Ah ! Juste. Pourtant « aujourd’hui, » c’est très joli aussi comme adverbe ! ».

Et il sait nous tenir en haleine pour offrir aux lecteurs une « fin » lumineuse, n’hésitant pas, confie-t-il, à abandonner un épilogue initial que sa dessinatrice ne partageait pas.

BD ZIDROU DE JONGH
PHOTO @ryun_reuchamps sur twitter

L’autre grand défi de cette BD est incontestablement celui du dessin. Dessiner des corps âgés, en gros plan, sans travestissement demande une sensibilité et un talent indéniables. Ces qualités Aimée de Jongh, jeune dessinatrice (puisqu’elle a moins de trente ans) néerlandaise les a mises en œuvre pour un résultat époustouflant. Les lecteurs français avaient fait sa connaissance avec une seule BD traduite, « Le retour de la Bondrée », bande dessinée en noir et blanc qui raconte l’histoire d’un vieux libraire devant fermer boutique et faisant une étrange rencontre. Elle utilise ici les couleurs avec justesse, estompant leur ton au fur et à mesure d’une intimité grandissante. Les scènes d’amour, sans cadre, sont d’une totale pudeur et d’une grande beauté. Même si, comme l’avoue la dessinatrice, ces scènes furent finalement plus faciles et plus rapides à réaliser. Probablement parce que les corps vieillissants s’acceptent plus facilement, « le corps se résigne plus vite que l’âme. Le temps le ride, l’injurie, l’humilie. Il fait avec, le corps, beau joueur ».

Obsolescence programmée de nos sentiments

Le livre débute par la mort. Il s’achève par la vie. Les auteurs au long de ces pages ont réussi le pari de redonner naissance au désir, au plaisir, au sourire. « Retraité à 59 ans. Veuf à 45 ans. Père pour la première fois à 20 ans. Marié à 18 ans. Prématuré ». C’est une machine à remonter le temps qu’ils enclenchent avec leurs mots et leurs dessins. Une machine à fabriquer de nouveaux souvenirs. Une machine qui donnera l’envie aux lecteurs, une fois la dernière page tournée, de recommencer la lecture.

BD ZIDROU DE JONGH

L’obsolescence programmée de nos sentiments chez Dargaud. Scénario : Zidrou. Dessins : Aimée de Jongh. 144 pages. 19,99 €. ISBN : 978 2 5050 6756 6

(1) le tome 4 des « Beaux Étés » vient de sortir. Consacré aux années 80, cet album prolonge l’enchantement des premiers opus. À mettre dans les valises cet été.

LE PRIX ADOS RENNES ILLE-ET-VILAINE 2018 EST DÉCERNÉ À ANNE FERRIER

Mercredi 6 juin 2018, 160 collégiens ayant participé au Prix Ados Rennes/Ille-et-Vilaine se sont rassemblés à Rennes, aux Archives départementales, pour un après-midi de clôture du Prix. L’occasion de dévoiler l’auteure lauréate du Prix Ados: Anne Ferrier.

anne ferrier
Anne ferrier

Le Prix Ados Rennes/Ille-et-Vilaine 2018 a été décerné à Anne Ferrier pour son roman jeunesse « Encore faut-il rester vivants » (Éditions Magnard). Les 800 collégiens participant au Prix Ados ont désigné leur favori grâce au concours des bibliothèques et des centres de documentation et d’information (CDI) des collèges d’Ille-et-Vilaine.

Prix Ados créateurs

Durant toute l’année scolaire, les adolescents ont été invités à proposer des créations évoquant les univers des livres de la sélection : images, vidéos; textes, musique, objets, jeux, etc. Trois créations collectives et trois créations individuelles sont récompensées parmi 47 œuvres proposées par les 115 participants :

→ créations collectives
1er prix : collège Jacques Prévert de Romillé pour le roman photo Quand les poules auront des dents
2e prix : collège Pierre Brossolette de Bruz pour la chanson Envole-toi
3e prix : collège Mathurin Méheut de Melesse pour la création SOS

→ créations individuelles
1er prix : Tifenn Le Goc pour sa création Flow (collège Bourgchevreuil de Cesson-Sévigné)
2e prix : Charlotte Chevrier pour sa création Et elle s’envola (collège Evariste Gallois de Montauban de Bretagne)
3e prix : Louanne Fouillen pour sa création Envole-moi (collège François Truffaut de Betton)

anne ferrier

Beaucoup d’auteurs se laissent guider par les personnages, est-ce que c’est le cas pour vous ?
Anne Ferrier – C’est un mélange entre les deux tendances, architecte (celui qui sait exactement où son histoire va le mener, qui prévoit tout, chapitre par chapitre) et jardinier (celui qui laisse pousser son intrigue, pour voir où elle va aller, qui lâche la bride sur le cou des personnages) : je sais en général à peu près où va me mener mon histoire, les grandes lignes, mais en même temps, je laisse le récit cheminer tout seul, et les personnages prendre leur envol.

D’ailleurs, les héros n’empruntent pas toujours les chemins qu’on avait tracés pour eux, et s’écartent de la trame. Alors je les laisse faire, et je vois où ça mène. Certains prennent plus de place que prévu, et d’autres s’effacent. Certains personnages refusent de mourir (je ne peux pas vous donner d’exemple sans m’auto-spoiler) alors que d’autres trouvent le courage de se sacrifier, alors que ce n’était absolument pas prévu au départ (et là, je pleure, mais je pleure en écrivant !!).

Ceci dit, j’ai beaucoup évolué dans mon pratique de l’écriture : avant, j’étais une névrosée du plan. Impossible d’écrire sans cela. Pour ma défense, j’ai commencé par écrire des romans policiers médiévaux : essayez donc de rédiger si vous ne savez pas qui a tué le colonel Moutarde ni avec quel objet ! Pas si simple ! Avec le temps, je me suis assouplie et j’aime mieux, désormais, me laisser une plage de souplesse. C’est parfois très angoissant, pour être honnête ! Mais il me semble que mes histoires s’enrichissent à ce prix.

Quelle est l’étape la plus facile, dans l’écriture ? Et la plus difficile ?
Anne Ferrier – L’étape la plus facile, c’est l’écriture justement, quand tout glisse, les actions s’enchainent, c’est grisant, comme la vitesse dans le Grand Huit : j’adore, j’en ressors le cœur ébouriffé et pleine d’énergie ! Ça avance, les dialogues s’enchaînent et les signes s’accumulent.

Le plus difficile, ce sont les corrections, c’est laborieux, déprimant, et très long. Je pense d’ailleurs toujours à mes élèves qui pestent sur leurs rédactions, quand j’en suis à cette phase : comme je les comprends ! Mais hélas, les corrections sont une phase indispensable pour rendre le roman (et les rédactions !) meilleur. Mais que c’est déprimant !

Êtes-vous déjà allée en Écosse ou sur n’importe quel autre lieu de vos romans ?
Anne Ferrier – J’adorerais ! Mais vous aurez compris, si vous avez lu cette chronique jusqu’au bout, qu’hélas les livres ne me rapportent pas suffisamment pour me permettre de voyager jusqu’à Mayotte (Le miracle du Lagon), l’Afrique (Demba et le faiseur de rêves), le désert de la mort ou le Pérou (la série des Enfants Trotter), … L’Écosse, c’est déjà plus simple, mais… non.

J’utilise google maps, google earth, je visite avec street view et je lis les blogs et forums de voyageurs. C’est une façon économique mais finalement assez réaliste de rendre une atmosphère crédible dans un roman. Enfin, les lectrices qui sont allées sur l’île de Skye (je ne vous dis pas à quel point je suis jalouse, hein ?) ont l’air de dire que j’ai plutôt bien réussi à retranscrire l’âme et la pluie écossaises.

Avez-vous un projet en cours ?

Anne Ferrier – Je travaille pour le moment sur une romance entravée par de lourds secrets de famille. Et après, peut-être un projet de BD, ou une romance historique. Ou la suite d’un roman déjà paru. ;)

Combien de temps ça prend, d’écrire un livre ?
Anne Ferrier –C’est très variable. J’ai écrit certains textes d’album très rapidement (une après midi, une semaine), quand d’autres ont été remis sur la planche des semaines durant.

Pour les romans, c’est plus constant : en général, entre trois et cinq mois d’écriture pure, sans compter les phases de recherches qui sont parfois nécessaires (pour mes romans qui se déroulent au Moyen Age par exemple), et qui durent là aussi entre deux et trois mois.

Finalement, en un an, j’arrive à écrire un texte d’album, parfois deux, et un roman.

Evidemment, tout cela, ce n’est pas du travail à plein-temps : mes journées sont consacrées en premier lieu à mon métier de professeur de français et à ma famille. Quand il reste du temps (et pas de lessive à mettre en route ou de voiture à récupérer chez le garagiste), je me mets à l’écriture.

Parfois, bien sûr, je regrette de n’avoir pas davantage de temps à consacrer à mes histoires, et je caresse le rêve d’écrire toute la journée, sans copies à corriger ou cours à préparer. Mais hélas, tant que les auteurs gagneront ce qu’ils gagnent sur leurs livres (aka « des clopinettes », voir la question sur le salaire des auteurs un peu plus bas sur cette page), je n’abandonnerai pas mes élèves.

Quand avez-vous commencé à écrire ?
Anne Ferrier – Je n’ai aucun souvenir d’écriture pendant mon adolescence. Moi, j’étais farouchement lectrice, et jamais il ne me serait venu à l’idée de passer de l’autre côté du miroir. J’ai bien dû gribouiller un ou deux poèmes parfaitement oubliables quand j’avais 6 ou 7 ans, mais aucune passion balbutiante n’est née à cet instant.
Il a fallu attendre l’IUFM (l’école de formation des professeurs, à une autre époque) et un atelier d’écriture où je m’étais inscrite au hasard, surtout pour éviter l’autre atelier proposé ce trimestre-là : informatique…

Je n’avais jamais écrit pour moi, jamais eu particulièrement envie de me lancer.

Et puis, Yves Pinguilly a débarqué, grande barbe blanche de marin et des histoires plein la tête. J’ai écrit pour la première fois lors de cet atelier qu’il a animé, et je n’ai plus jamais cessé.

J’ai découvert, le coeur tout ébouriffé, le plaisir violent de la liberté en bourrasques revigorantes, la toute puissance de la création et les picotements de la vie sous mes doigts, je me suis enfin sentie à ma place, comme jamais.

Ce devait être en l’an 2000, et mon premier album, le premier texte que j’ai envoyé à un éditeur, est paru en 2004. C’était Les chaussettes d’Oskar.

Avez-vous un lieu privilégié pour écrire ?
Anne Ferrier – Sans grande originalité : mon bureau, clair et lumineux. Avant, je pouvais écrire n’importe où, dans les chambres d’hôtel, en voiture (la fonction dictaphone de mon téléphone m’a longtemps été bien utile), chez des amis, en déplacement, au collège, …

Mon ordinateur portable me suivait partout et se pliait sans caprice à toutes les situations.

Et puis… j’ai changé. Mon ordi ne quitte plus mon bureau, et j’aime me retrouver entourée de mes affaires, au coeur de la maison et du vivant, avec un bol de café d’un côté, des cahiers couverts de notes de l’autre, et le ciel, les arbres et la neige par la fenêtre. Une sorte de bulle de calme et de silence au beau milieu de la vie bouillonnante des miens : des portes qui claquent, les enfants qui rient, les chats qui jouent avec le chien, de la musique qui s’échappe d’une chambre, le parfum d’une orange en train de griller devant la cheminée,…

J’aime savoir mon autre vie à portée d’oreille et de coeur, pour écrire.

D’où viennent les idées, l’inspiration, la Muse assise sur l’épaule, toussa toussa
Pour moi, l’inspiration est un mythe. Ecrire un roman, c’est avant tout… du travail. Comme n’importe quel autre métier. Savoir saisir une idée au vol, la mêler avec une autre puis une troisième pour voir si le tissage ne donnerait pas une chouette trame d’histoire, ça se travaille. Jour après jour, pour ne perdre le fil de la broderie. Et parfois, il faut tout découdre, reprendre depuis le début, voire balancer le canevas à la poubelle parce que ça ne fonctionne décidément pas. Ecrire, pour moi, c’est 90% de reprisage, de rafistolage, de mailles à rattraper et de coutures à reprendre.

D’ailleurs (message subliminal pour tous mes élèves qui passeraient par ici…), quand j’envoie un texte à un éditeur, je l’ai déjà repris 10, 15 ou 20 fois. J’ai supprimé des pages entières, ôté des personnages, rajouté des actions. Et bien souvent, l’éditeur suggère d’autres corrections encore.
Parfois, BEAUCOUP d’autres corrections.
Et c’est très bien comme ça : ça rend le texte meilleur. Une histoire se travaille, comme un morceau de bois qu’on sculpte, copeau par copeau. (fin du message subliminal ^^)

La plupart du temps, ce sont des lieux ou des ambiances qui m’inspirent, davantage que des anecdotes grappillées un peu partout autour de moi (même si j’ai toujours l’esprit ouvert, comme un attrape-rêves géant qui garderait dans sa dentelle les faits qui me touchent).

Pour le Complot de l’ombre, c’est le Palais Jacques Cœur, à Bourges, qui m’a plu au-delà des mots. Pour le Poison d’or, la petite ville de Nozeroy et son château disparu. Pour la Meneuse de bêtes, le château de Germolles et sa roseraie (qui finalement n’apparaît que très peu dans le roman : comme quoi, à partir d’une envie de départ, je dérive souvent bien au-delà de ce que j’avais prévu).

Souvent, ces lieux se chargent de mille histoires, et c’est un vrai déchirement de devoir choisir, c’est-à-dire de devoir renoncer à tellement de possibles narratifs ! Pour la Meneuse de bêtes, j’ai dû laisser tomber dans l’oubli la Vieille Alliance entre l’Ecosse et la France, et passer à côté d’une ménestrandie et d’un trafic de reliques. Dans les Enfants Trotter, il restait des tonnes de mystères à exploiter, et j’aurais adoré me pencher sur le manuscrit de Voynich, la carte de Piri Reis, et le monstre du Loch Ness par exemple.

Certaines envies demeurent très longtemps, comme en arrière-plan, dans mon imagination, jusqu’à ce qu’elles trouvent la bonne histoire sur laquelle se greffer : mon prochain roman se déroulera dans un monde post apocalyptique, et ça faisait bien cinq ans que cet univers me trottait dans la tête !

Combien ça gagne, un auteur ?
Anne Ferrier – (sous-entendu : « Aurez-vous un jour la chance de vous payer des vacances aux Maldives avec vos droits d’auteur ? »)

Alors, dissipons immédiatement l’éventuel malentendu : un auteur gagne des clopinettes en droits d’auteur, et par conséquent, la réponse à la question précédente est … Mouhahahahaah…. Non.

A moins de publier un Super Succès de Librairie (catégorie Harry Potter ou Twilight, hein, pas moins !), il y a peu de chance pour que je puisse un jour fouler les plages de sable blanc grâce à mes droits d’auteur.

Un auteur, en gros, ça gagne ça :

anne ferrier

Pour rendre les chiffres plus clairs, quand vous achetez un de mes livres (merci à vous, d’ailleurs, lecteurs !), je gagne à la louche 0.50 cts. Autant dire que les Maldives, ce n’est pas pour tout de suite…