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PONTIVY, L’ART DANS LES CHAPELLES (PROGRAMME)

L’art dans les chapelles regroupe 16 communes et deux communautés de communes du centre-Bretagne. Chaque été depuis 1992, L’art dans les chapelles invite des artistes nationaux et internationaux à intervenir dans ces lieux patrimoniaux remarquables dont la plupart ont été érigés entre le XVe et le XVIe siècle. Toutes les œuvres sont conçues spécifiquement pour les chapelles où sont accueillis les artistes, celles-ci sont, donc, inédites et réalisées in-situ ! Quatre circuits vous feront découvrir les paysages du Pays de Pontivy et de la vallée du Blavet, ils vous conduiront aux chapelles où ces créations uniques n’attendent plus que vous pour se dévoiler. L’art dans les chapelles est une invitation à découvrir la scène artistique de notre époque et à porter un regard nouveau sur notre patrimoine. Présentation de la 27e édition, du 6 juillet au 16 septembre 2018.

70 000 visites enregistrées chaque année ! En effet, toute l’année, L’Art dans les chapelles organise des rendez-vous, des ateliers d’arts plastiques et des visites accompagnées à destination des individuels, des scolaires et des groupes, autour de la découverte et de la sensibilisation à l’art contemporain et au patrimoine. L’Art dans les chapelles est le fruit de l’association des communes de Bieuzy (commune fondatrice), Cléguérec, Guern, Le Sourn, Malguénac, Melrand, Moustoir-Remungol, Neulliac, Noyal-Pontivy, Pluméliau, Pontivy, Quistinic, Saint-Barthélémy, Saint-Gérand, Saint-Thuriau, des communautés de communes de Pontivy Communauté et de Baud Communauté.

art dans les chapelles

Programmation artistique

JOAN AYRTON Chapelle Notre-Dame du Moustoir, Malguénac
CÉCILE BEAU Chapelle Notre-Dame du Guelhouit, Melrand
CHARLOTTE CHARBONNEL Chapelle Saint-Meldéoc, Locmeltro, Guern
ROLAND COGNET Chapelle Notre-Dame du Gohazé, Saint-Thuriau
MARC COUTURIER Chapelle de la Sainte Trinité, Domaine de Kerguéhennec, Bignan VINCENT DULOM Chapelle de La Trinité, Bieuzy
LAURA GOZLAN Chapelle Saint-Adrien, Saint-Barthélémy
SILVIA HESTNES Chapelle Notre-Dame des Fleurs, Evellys (Moustoir-Remungol) HENRI JACOBS Chapelle Sainte-Tréphine, Pontivy
ADAM JEPPESEN Chapelle de La Trinité, Cléguérec
PASCAL PINAUD Chapelle Saint-Nicolas, Pluméliau
DAVID RENAUD Chapelle Saint-Drédeno, Saint-Gérand
ÉMILIE SATRE Les Bains-douches, Pontivy
EMMANUEL SAULNIER et RÉMY YADAN Chapelle Sainte-Noyale, Noyal-Pontivy
PETER SORIANO Chapelle Saint-Jean, Le Sourn
MARIE ZAWIEJA Chapelle Saint-Tugdual, Quistinic

ENTRÉE LIBRE ET GRATUITE
6 JUILLET>31 AOÛT Tous les jours sauf le mardi 14h>19h
1er>16 SEPTEMBRE Samedi et dimanche 14h>19h
POINTS ACCUEIL-INFORMATION-LIBRAIRIE
LES BAINS-DOUCHES
13 quai Presbourg – 56300 Pontivy
> Exposition et départ des circuits vert et bleu
MAISON DU CHAPELAIN
Lieu-dit Saint-Nicodème – 56930 Pluméliau (direction Saint-Nicolas-des-Eaux) > départ du circuit rouge
En vente aux Points accueil et dans les chapelles :
● Carte du territoire et des 3 circuits (2 €)
● Catalogue d’exposition de la 27e  édition (18 €)
● Livret de visite (5 €)
● Cartes postales, livres d’artistes…

AGENDA
INAUGURATION
6, 7 et 8 juillet
En présence des artistes Gratuit
VISITES ACCOMPAGNÉES
Juillet–août : jeudi et samedi
Septembre : samedi
9h>12h30
Découverte d’un circuit
Tarif plein : 5 € / réduit : 3 € Gratuit pour les – de 12 ans
ATELIERS
Juillet : mardi 17 et 31
Août : mardi 7 et 21 14h>17h
Ateliers pour toute la famille
Tarif plein : 5 € / réduit : 3 € Gratuit pour les – de 12 ans
VISITES DECALÉES
Juillet : vendredi 20
Août : vendredi 31
17h>19h
Visiter les chapelles autrement à travers le regard d’un intervenant insolite
Tarif plein : 5 € / réduit : 3 € Gratuit pour les – de 12 ans
CLÔTURE
15 et 16 septembre Journées Européennes du Patrimoine Rencontre et visite
Gratuit

ART DANS LES CHAPELLES
Erwan Ballan 2016

JOAN AYRTON
Chapelle Notre-Dame du Moustoir, Malguénac

Joan Ayrton est une artiste dont la production – peinture, photographie, film – interroge les enjeux du regard et de la représentation dans une réflexion associant principalement la couleur, l’architecture et le paysage. Depuis quelques années, son attention se porte plus spécifiquement sur des questions minérales ou géologiques, une recherche menant à considérer les mouvements, instabilités ou dérèglements du monde physique et politique contemporain ; comme à penser les évocations ou métaphores d’une géologie abstrtaite (dans l’esprit des rivières mentales et cristallisations conceptuelles de Robert Smithson). La couleur, le plus souvent monochrome, est travaillée en gammes, ou suites, prenant parfois la forme de nuanciers. Les propriétés des médiums ou une certaine approche des techniques employées (appareil photographique, scanner et multiples techniques d’impression) ont engagé – au-delà des motifs ou sujets abordés – une réflexion sur l’image, à travers son support, son format, son caractère unique ou multiple, sa disposition dans un espace. L’exposition est avant tout pour elle le moyen d’expérimenter un jeu de croisements d’idées dans un temps et un espace donné, de faire émerger, d’un ensemble de pièces présentées, une forme d’hypothèse.

Joan Ayrton est née en 1969, elle vit et travaille à Paris. www.joanayrton.net. Elle est représentée par la galerie Florence Loewy, Paris.

CÉCILE BEAU
Chapelle Notre-Dame du Guelhouit, Melrand

Cécile Beau s’intéresse aux phénomènes trop lents, trop lointains ou trop discrets pour l’échelle de temps humaine. Composée d’installations où le son, l’image et l’objet entretiennent des rapports étroits et multiples, elle construit une œuvre minimale et sensorielle qui se saisit de la nature et du cosmos comme objet d’étude et de contemplation. L’artiste fait intervenir notamment des végétaux et minéraux, qu’elle mêle à toute une machinerie illusionniste pour recréer des phénomènes physiques spécifiques. Ceux-ci se voient dans des écosystèmes prenant la forme de paysages – dépouillé de la présence humaine – souvent austères et énigmatiques, qu’elle fusionne en d’étranges hybrides naviguant dans un autre espace-temps.

Cécile Beau est née en 1978, elle vit et travaille à Paris. www.cecilebeau.com Elle est représentée par la galerie 22,48m2, Paris.

CHARLOTTE CHARBONNEL
Chapelle Saint-Meldéoc, Locmeltro, Guern

Depuis plusieurs années, Charlotte Charbonnel semble vouloir tisser les liens invisibles qui unissent les matières élémentaires de l’univers. Son travail découle d’une recherche empirique à entrées multiples : écoute et capture de matériaux ou de phénomènes naturels, exploration des différents états de la matière, observation méticuleuse de substances insaisissables… La recherche de la nature cachée des éléments prend aussi parfois la forme d’une enquête géologique, notamment lorsqu’elle confronte son et architecture : sonder un bâtiment lui permet alors de révéler les couches invisibles de ses sédiments, ses flux et énergies impalpables. Les différents processus qu’elle met en place laissent faire le mouvement et l’indétermination et ont la capacité d’éveiller chez le spectateur une pensée magique. Elle revisite avec enchantement les formes qui ont toujours exercé une fascination sur les Hommes : celles qui se situent dans l’interaction des quatre éléments ou la nature primordiale de l’univers, rendant la vision d’un ciel étoilé ou le spectacle de la formation des nuages magnétisants.

Charlotte Charbonnel est née en 1980, elle vit et travaille à Paris. charlotte-charbonnel.com. Elle est représentée par Backslash Gallery, Paris.

ROLAND COGNET
Chapelle Notre-Dame du Gohazé, Saint-Thuriau

Roland Cognet a cette heureuse tendance à concevoir ses œuvres non seulement comme des objets plus ou moins « discrets » séparés d’un espace neutre qui les entoure, mais comme pris dans le monde, modifiés par lui, leur donnant du sens à travers leurs relations…

Cela se manifeste de diverses manières : pas seulement par des choix diversifiés des supports (grandes sculptures, rondes-bosses, petits formats, vidéo, photographie…) déclinés à partir d’un champs social commun, ou bien dans la reconnaissance du contexte dans lequel l’œuvre doit être montrée, mais aussi dans la conception d’un complète exposition ou installation, plus grande que la somme de toutes ses parties, telles un présentoir qui fait du spectateur un agent essentiel.

Roland Cognet est né en 1957, il vit et travaille à Chanonat. rolandcognet.fr Il est représenté par la galerie Claire Gastaud, Clermont-Ferrand.

MARC COUTURIER
Chapelle de la Sainte Trinité, Domaine de Kerguéhennec, Bignan

Marc Couturier s’est fait connaître par son travail sur les Barques en lévitation. C’est au début des années 1990 que le concept de Redressement lui est venu : sous ce terme, Marc Couturier a réuni un ensemble d’œuvres « non faites de main d’homme » (acheiropoiète en grec ancien) dont la forme évoque providentiellement figures et paysages, facilement identifiables.

Il nous les donne à voir, sans les modifier. Une feuille d’aucuba devient vitrail ; une promenade dans Amiens donne naissance aux Cabochons, redressement virtuel d’éléments d’architecture ; une douelle de foudre, trouvée dans un chai au Portugal, forme une sculpture primitive ; la présentation et la mise en lumière de fragments de douelles en Teatrini deviennent un ensemble de petits paysages…

Parallèlement, il développe une œuvre « faite de main d’homme » qui invite à la contemplation ou à d’autres voyages : des Lames de samba recouvertes à la feuille d’or sont fichées dans les murs ; les Dessins du troisième jour, tracés à la mine de plomb sur papier ou au graphite pur sur d’immenses wall drawings, évoquent la création dans la Genèse.

Marc Couturier est né en 1946, il vit et travaille à Paris. Il est représenté par la galerie Laurent Godin, Paris.

VINCENT DULOM
Chapelle de La Trinité, Castennec, Bieuzy

Les peintures de Vincent Dulom, minimales et et contemplatives, font naître sous une ombre mouvante la possibilité perceptive de leur propre disparition. Leur installation, que fonde une économie de moyens proche de la pénurie, interroge, in situ, les lieux qui les accueillent ; elle révèle aussi, par sa discrétion, une direction fondamentale du travail, celle de la retenue – de la mise en regard et du non-agir – qui le fonde en partie.

Vincent Dulom est né en 1965, il vit et travaille à Paris. vincentdulom.com. Il est soutenu par L’ahah, Paris.

LAURA GOZLAN
Chapelle Saint-Adrien, Saint-Barthelemy

La pratique de Laura Gozlan s’articule autours de films expérimentaux, de sculptures et d’environnements de projection. Elle s’intéresse aux utopies scientifiques et aux communautés que celles-ci fédèrent avec une prédilection pour leur représentation dans les sous-genres cinématographiques. Ses pièces explorent les liens entre contre-culture et posthumanisme, ses mythes fondateurs (New-age, cybernétique) et ses dystopies.

Laura Gozlan est née en 1979, elle vit et travaille à Paris. www.lauragozlan.com Elle est représentée par la galerie Escougnou-Cetraro, Paris.

SILVIA HESTNES
Chapelle Notre-Dame des Fleurs, Moric, Evellys (Moustoir-Remungol)

Première impression de la chapelle
La chapelle, les images, les figurines.
Je suis au paradis quand je suis au travail.
Je suis dans le bien- être et j’écris.
La chapelle, je veux travailler à la vie…
Un cadre, un dessin, des figurines peintes.
Des cordes, du grillage, de la lumière, du jaune,
du jaune en losange pour un rayon de soleil…
Entre la sculpture et le dessin,
entre les figurines et les cordes…
Un dessin que je veux exposer, mis sur cadre.
Entre ces rayons de soleil que je veux entrevoir
dans les murs, entre les poutres de la chapelle.
Entre ces losanges qui voyagent…
Un oubli, une aurore, du sable.
Une nuit losange… modeler.
Fagot consumé… désirer… douce nuit,
étoile minuit, ligne de soleil aux losanges…
Respirer le feu… ma nuit…
Ligne colorée jaune, jaune crème écrit,
vingt lieux comme la vie.
Novembre 2017
Silvia Hestnes est née en 1961, elle vit et travaille à Paris. Elle est représentée par la galerie Hafemann, Wiesbaden, All.

HENRI JACOBS
Chapelle Sainte-Tréphine, Pontivy

Les artistes constituent des banques d’images à partir des nombreuses sources imprimées omniprésentes. Ce sont souvent des banques d’images très personnelles donc intéressantes. Avec les dessins du journal, je constitue également une banque d’images, mais dans laquelle il n’y a pas d’images de mon entourage. Je deviens moi-même une banque d’images. Tout ce que je vois ou dessine et qui s’impose peut devenir un dessin géométrique.

Par exemple, des grandes feuilles vertes de rhubarbe voluptueusement ourlées et baroques dans le jardin peuvent donner lieu à une série de dessins. Des motifs ou des éléments peuvent être repris au fil du temps pour créer de nouvelles compositions. Comme le cercle qui demande à être réexaminé régulièrement et peut devenir une trame ou un œil de bœuf encastré. Transformation = création est le titre du dessin numéro 464 de mon journal et, donc, c’est juste.

Henri Jacobs est né en 1957, vit et travaille à Bruxelles, Be. henrijacobsjournaldrawings.blogspot.fr. Il est représenté par la galerie Maurits Van de Laar, La Haye, P.-B.

ADAM JEPPESEN
Chapelle de La Trinité, Cléguérec

Le travail d’Adam Jeppesen est basé sur l’observation et est de nature processuelle, indépendamment du thème, des médiums et des matériaux utilisés.

Jeppesen s’intéresse aux processus et aux conditions toujours changeantes de son environnement. L’univers est en mouvement constant, dirigé vers ou loin de son potentiel, et il n’y a aucune raison de croire que quelque chose est fini, défini ou complet.

Le sujet et l’objet de Jeppesen sont intimement liés, et le dernier travail de l’artiste suggère un intérêt accru dans le franchissement des limites entre l’espace, l’objet et l’observateur. Il est basé sur la lumière et les ombres dans les espaces où sont exposées ses œuvres. Le travail de l’artiste est passé progressivement d’œuvres bidimensionnelles photographiques vers une expression plus sculpturale. Ce changement est maintenant terminé, se manifestant dans des réservoirs de verre remplis de liquide, dans lesquels un tissu suspendu par des ficelles semble flotter librement.

Le liquide ajoute une présence indistincte à chaque pièce : une dimension supplémentaire qui, en raison de sa transparence totale, est largement perçue comme un sentiment.

Adam Jeppesen est né en 1978, il vit et travaille à Copenhague, Da. et Buenos Aires, Ar. www.adamjeppesen.com. Il est représenté par la galerie Martin Asbæk, Copenhague, Da.

PASCAL PINAUD
Chapelle Saint-Nicolas, Saint-Nicolas-des-Eaux, Pluméliau

Pascal Pinaud s’emploie depuis la fin des années 1980 à réinventer et à réenchanter la peinture. Celui qui s’est présenté en 1998 sous le titre de PPP : Pascal Pinaud Peintre, puise dans une histoire de la peinture et reformule les révolutions, techniques et picturales, de ses pères. Peintre au sens large car il est également sculpteur, photographe, collectionneur et commissaire d’exposition. Sa conception de la peinture est éclatée et protéiforme. Les différents médiums sont pour lui un prétexte pour jongler entre les registres, les époques et les cultures. […]

Il extrait de son héritage une relation concrète et conceptuelle avec le matériau : son origine, sa fonction et ses propriétés. Sur un principe assimilable à celui développé par l’école du Bauhaus, il fusionne art, artisanat, pratiques vernaculaires et productions industrielles, sérielles. […] Au sein d’une scénographique foisonnante et prolifique, il déploie sa vision de l’histoire de l’art : plurielle, riche, amusante, surprenante et généreuse.

Pascal Pinaud est né en 1964, il vit et travaille à Nice. pascalpinaud.org

DAVID RENAUD
Chapelle Saint-Drédeno, Saint-Gérand

Le travail de David Renaud pose entre autre la question des différents codes de retranscription et de représentation du paysage. Science et fiction sont les moteurs et les vecteurs d’une exploration qui relève autant de cette question que de celle la modélisation. Tableaux abstraits ou psychédéliques, camouflages, installations, cartes et plans, sculptures de paysages (plans reliefs ou maquettes) se donnant l’apparence de restitutions scientifiques : c’est en peintre autant qu’en sculpteur qu’il établit depuis des années un atlas multiforme. Les fondamentaux qui traversent son travail traduisent la propension spéculative de l’art, comme pensée, langage et conception du monde, au même titre que la science ou la philosophie. David Renaud est né en 1965, il vit et travaille à Paris. Il est représenté par la galerie Anne Barrault, Paris.

ÉMILIE SATRE
Les Bains-douches, 13 quai Presbourg, Pontivy

Le travail d’Émilie Satre s’apparente à un cheminement sinueux vers la forme. Avancer à tâtons sans se préoccuper du but. Répéter, répéter des formes, répéter des gestes et les reformuler d’un dessin à l’autre.

Elle déplie des motifs, expérimente la complexité des formes. Complexité qui se cherche à partir de modes opératoires simples ou de partis pris de couleurs restreints. Elle tente d’atteindre des équilibres qui tiennent à la fois de la grande stabilité mais aussi, et peut-être surtout, du moment où cette stabilité est sur le point de chavirer pour que naisse le mouvement, pour la remettre en doute. Le dessin se dérobe autant qu’il ne se donne à voir. Il se veut à la fois rassurant et opaque. Chemin et fermeture. Superficiel et profond. Le dessin est aussi une épreuve du temps, de la perte, un décompte pour laisser la volonté signifiante de côté, un rituel, une transe, un vertige.

Emilie Satre est née en 1979, elle vit et travaille à Montreuil.

EMMANUEL SAULNIER & RÉMY YADAN
Chapelle Sainte-Noyale, Noyal-Pontivy

Emmanuel Saulnier développe un travail essentiellement sculptural, en dialogue constant avec la pratique du dessin. Bien que le verre soit son matériau de prédilection, l’artiste explore le potentiel de la matière au sens large. Son œuvre se confronte à des problématiques telles que la mémoire collective, la présence et la disparition.
Emmanuel Saulnier est né en 1952, il vit et travaille à Paris et en Turquie. Il est représenté par la galerie Les filles du calvaire, Paris.

Rémy Yadan est artiste plasticien vidéaste, performeur et metteur en scène, diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure d’Art de Cergy. Ses images vidéos questionnent et reconsidèrent souvent les limites de l’œuvre documentaire sur différents terrains (politiques, religieux, historiques, culturels…). Son travail scénique, avec la participation de nombreux interprètes (acteurs, danseurs, musiciens, chanteurs…) est au croisement de la performance et de la chorégraphie. Son regard se pose toujours sur l’humain et le sacré, dans leurs faces les plus baroques et les plus naturellement théâtrales.
Rémy Yadan est né en 1976, il vit et travaille à Paris et Térenez.

PETER SORIANO
Chapelle Saint-Jean, Le Sourn

Au milieu des années 1990, après des expositions à New York et à Paris, il obtient une reconnaissance internationale pour ses sculptures biomorphiques faussement ludiques en fibre de verre.

En 2004, après une résidence au studio Calder, Peter Soriano commence à faire des sculptures murales jusqu’à ce qu’en 2012, il élimine complètement les éléments structuraux. Son travail consiste à présent exclusivement en des dessins muraux tentaculaires, composés d’acrylique et de peinture en aérosol, ainsi que des travaux connexes sur du papier plissé et plié. Les peintures murales de Peter Soriano, qui ont été largement exposées internationalement, sont dominées par un lexique graphique de codes, de symboles et de mesures.

Peter Soriano est né en 1959, il vit et travaille à New York et Penobscot, E.-U. petersoriano.com. Il est représenté par la galerie Jean Fournier, Paris, la galerie Bernard Jordan, Zurich, Su. et Lennon Weinberg Gallery, New York, E.-U.

MARIE ZAWIEJA
Chapelle Saint-Tugdual, Quistinic

De la peinture en extérieur aux installations, en passant par les sculptures en céramiques qui se délitent le temps que dure l’exposition, la recherche s’organise souvent autours d’un questionnement, d’une interrogation, d’une stupeur. Contemplative, je porte un regard attentif et inquiet au monde qui m’entoure. La question de la peinture m’agite, dans ses rapports entre l’image et la matérialité de la peinture. La question du paysage également, puisqu’il révèle en creux les usages, les organisations, les loisirs, l’activité humaine mais aussi mon histoire et mes doutes.

Bien souvent j’emprunte à la photographie le format et dans certaines peintures l’usage du détail, mais dans tous les cas, la peinture n’est pas fidèle à l’image. Une part de simplification des formes entre en compte, il s’agit de donner assez d’informations pour que la forme soit comprise sans qu’elle soit descriptive. La peinture se fait dans des rapports de masse, de couleurs, dans sa capacité qui lui est propre de créer des raccourcis de sens. Ici, la peinture est aussi un jeu.

Marie Zawieja est née en 1972, elle vit et travaille à Marseille et Toulouse.

ART DANS LES CHAPELLES
Claire Colin-Collin

Au cœur du pays de Pontivy, dans la vallée du Blavet, L’Art dans les chapelles présente chaque été les œuvres d’artistes contemporains sur des sites présentant la diversité du patrimoine religieux de ce territoire. Pendant toute la durée de la manifestation, découvrez ces sites patrimoniaux, ouverts gratuitement au public.

Ces sites sont classés en deux catégories :
– Les sites accueillant une œuvre contemporaine dans le cadre de la manifestation
– Les sites ouverts dans le cadre de la manifestation, mais ne présentant pas d’œuvre contemporaine.

L’art dans les chapelles, invite chaque été depuis 26 ans, des artistes contemporains à dialoguer avec le patrimoine religieux de la vallée du Blavet et du Pays de Pontivy.

ART DANS LES CHAPELLES
Henri Jacobs

Direction artistique

Éric Suchère enseigne l’histoire et la théorie des arts à l’École supérieure d’art et design de Saint‑Étienne, est membre de l’AICA (Association internationale des critiques d’art). Il codirige avec Camille Saint-Jacques la collection « Beautés » et a publié de nombreux ouvrages sur l’art.

Notre article sur l’édition 2015 ici et l’édition 2016 ici

RENNES. LA VILAINE EMBELLIE PAR LES JARDINS FLOTTANTS

Après trois ans de recherches et d’expérimentations, les premiers jardins flottants d’Europe naissent sur la Vilaine ! Pendant les trois semaines de chantier, les Rennais verront fleurir le projet plébiscité au budget participatif 2015. Une conception de l’entreprise écossaise Biomatrix Water, en collaboration avec le Service des Jardins de la Ville. Présentation.

jardins flottants la vilaine budget participatif rennes

Depuis une semaine, une équipe de professionnels s’agite autour de la Vilaine. Entre le pont Pasteur et la passerelle Saint-Germain, le Service des Jardins de Rennes s’affaire sur une plate-forme flottante temporaire tandis que des modules en forme de radeaux prennent place le long de la rive du fleuve. Difficile d’imaginer ce qu’il est en train de se passer…

L’idée de Myriam Trellu, habitante du centre-ville, pointe enfin le bout de son nez. Le premier jardin flottant européen prend vie et avec, l’image d’une Vilaine bientôt renaturée et embellie avec les premiers jours d’été (si les beaux jours veulent bien faire grâce de leur présence…). Une première en Europe qui s’inscrit dans le projet urbain Rennes 2030.

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La Vilaine : un fleuve plus si vilain

Avec une fin de chantier prévue pour le mois de juillet, les Rennais peuvent dire au revoir au fleuve triste et monotone qu’ils ont connu. Les quatre jardins flottants de 80 m de long sur 5 m de large – entre le pont Pasteur et la fontaine Maginot – seront les nouveaux résidents du centre-ville, en réponse à la volonté de nature en milieu urbain.

« Depuis quelques années, les habitants regardent de nouveau la Vilaine. Il n’y a qu’à regarder le fantôme d’Étienne Saglio en 2016 ou les animaux flottants de l’exposition Sculpter. Les jardins flottants seront des berges que l’on peut contempler du pont Saint-Germain » explique Didier Le Bougeant, adjoint à la maire de Rennes chargé de la vie des quartiers et aux quartiers Centre et Sud-Gare.

En chiffres, il s’agit de 300 modules – soit 75 par jardin – avec la plantation de 6 000 végétaux sur une surface globale d’environ 650 m2.

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Des jardins flottants recyclables et biodégradables

De l’idée au projet, il n’y a finalement pas qu’un pas, ou alors un pas de géant… « À ce jour, aucune équivalence n’est à noter en eau libre, soit sur une rivière avec du courant. De nombreux tests ont dû être effectués pour la viabilité des végétaux et leur entretien » précise Bertrand Martin, responsable du service exploitation, direction des Jardins et de la Biodiversité.

Contraintes de navigation, résistance des plantes, fonctionnement environnemental du site, maintenance de ces jardins… Les difficultés étaient multiples, mais les tests grandeur nature de 2017 ont permis la construction de modules adaptés et une palette végétale pérenne.

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Bertrand MARTIN, responsable du service exploitation de la direction des jardins et biodiversité

« Les modules sont constitués de tubes flottants et de structure en fibre de coco – conçus par l’entreprise écossaise Biomatrix Water – il n’y a pas un brin de terre. Les racines vont se développer sous l’eau, en hydroponie » précise Bertrand Martin. Lythrum salicaria, Iris Pseudacorus, Lysimachia nummularia… Noms latins alambiqués pour des plantes sélectionnées avec soins dans la pépinière Floridé’o, à Bruz. Leurs particularités ? Les graines et boutures choisies garantissent la parfaite adaptation des végétaux et suppriment le risque de plantes potentiellement invasives.

Sans oublier les capacités dépolluantes de chaque plante… Un piège naturel contre les nitrates, phosphore, métaux lourds ou hydrocarbures. « Les tests ont également montré que la faune – poissons, oiseaux et insectes – prenait rapidement possession de ce nouvel habitat naturel », développe-t-il davantage.

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Une inauguration est prévue pour septembre, mais la ville n’a pas fini d’étonner ses riverains. Des illuminations – avec une lumière fine et subtile, pour la préservation des plantes – pourraient prochainement accompagner les jardins flottants dans l’embellissement de la Vilaine. Affaire à suivre…

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À noter un coût global de 400 000 €, intégrant les études de faisabilité, la période test, et l’implantation définitive des quatre jardins flottants sur la Vilaine.

NANTES RENNES OPERA SUR ECRANS 2019, LE VAISSEAU FANTOME DE WAGNER

Après Don Giovanni, l’Enlèvement au sérail, Traviata, Cenerentola et Carmen, c’est le souffle wagnérien du Vaisseau Fantôme qui s’abattra notamment sur la place de la mairie de Rennes le jeudi 13 juin 2019 de 20h30 à 23h. Un choix audacieux qui réjouira les mélomanes et attisera la curiosité des Rennais. Seul bémol : la diffusion se fera depuis l’Opéra de Nantes

vaisseau fantôme

Depuis 2009, ce sont des milliers de personnes qui, tous les deux ans, se retrouvent place de la mairie à Rennes et dans une vingtaine d’autres villes bretonnes, pour fêter (et parfois découvrir) l’art lyrique en plein air. La paternité de cette heureuse initiative revient à Alain Surrans, ancien directeur de l’Opéra de Rennes actuellement à la tête d’Angers Nantes Opéra. Dès la première édition, le succès populaire fut au rendez-vous et jamais démenti par la suite. Il faut dire que les opéras choisis jusqu’à présent ne pouvaient que recueillir l’adhésion du plus grand nombre, du mélomane averti au néophyte désireux de découvrir ce monde qui semble, à tort, souvent élitiste. De ce point de vue Carmen en 2017, dont chacun connait de nombreux airs, ne pouvait qu’être plébiscité par le public toujours plus nombreux.

vaisseau fantôme
Rudolf Piehlmayer

Les choses auraient pu continuer ainsi, et une Flute enchantée, un Barbier de Séville ou des Noces de Figaro auraient, à coup sûr, rencontré leur public. C’était sans compter sur la confiance de l’Opéra de Rennes envers les Bretons aujourd’hui habitués à ce rendez-vous bisannuel. Oser Wagner c’est savoir que le public est prêt à s’engager, pour cette 6e édition, dans une aventure romantique.

vaisseau fantôme

Et quelle aventure ! Le Vaisseau fantôme, dont le livret a été inspiré à Wagner par la légende du Fliegende Holländer (le Hollandais volant), nous transporte sur la côte norvégienne au beau milieu d’une tempête d’une telle violence qu’elle contraint le bateau du capitaine Daland à une escale forcée. Apparaît alors le fantomatique navire du Hollandais volant, un navigateur condamné à l’errance après avoir défié Dieu. Tous les sept ans, il lui est permis d’accoster afin de trouver un salut qu’il n’obtiendra que par l’amour absolu d’une femme. Daland, par ailleurs très intéressé par les trésors du Hollandais et ignorant la malédiction qui le frappe, a justement une fille Senta… N’en disons pas plus. Si ce n’est que l’histoire, magnifiée par une musique qui emporte tout, et tous, sur son passage, tiendra en haleine les plus réfractaires aux légendes durant les 2 heures 15 de l’œuvre dans laquelle le jeune Wagner, c’est son 4e opéra, développe les thèmes qui lui seront chers par la suite : l’errance, la rédemption par l’amour et le sacrifice.

vaisseau fantôme

C’est la mise en scène de Rebecca et Beverly Blankenship créée en mai 2017 à l’opéra de Hagen (Allemagne) qui sera proposée au public breton. L’Orchestre symphonique de Bretagne sera dirigé par Rudolf Piehlmayer qui avait excellé à Rennes dans Lohengrin en 2015 et il y a quelques jours seulement dans Norma.

vaisseau fantôme

Certes les Rennais seront déçus que cette production ne soit pas diffusée depuis leur maison d’opéra. Mais, rapprochement avec Angers Nantes Opéra oblige, il leur faudra accepter cette concession. Pour faire passer cette pilule un peu amère, ils pourront toujours se réjouir d’une perspective alléchante : Opéra sur écrans pourrait revenir chaque année, alternativement depuis Rennes et Nantes (ou Angers).

vaisseau fantôme

La fin de saison 2018-2019 étant maintenant dévoilée, il vous faudra encore un peu de patience pour découvrir le reste de la programmation. Rendez-vous ici même le 12 juin.

Le Vaisseau fantôme
Opéra en trois actes
Musique et livret de Richard Wagner
Création : 2 janvier 1843 à Dresde
Création française : 28 janvier1893 à Lille
Personnages :
Le Hollandais (baryton-basse)
Daland, capitaine norvégien (basse)
Senta, sa fille (soprano)
Erik, chasseur et fiancé de Senta (ténor)
Mary, nourrice de Senta (mezzo-soprano)
Le timonier de Daland (ténor)

OPÉRA, CARMEN TRIOMPHE A RENNES !

Opéra de Rennes, La Cenerentola ou un conte de fées jubilatoire à la Savary

 

LE HARCÈLEMENT SCOLAIRE EN CONFÉRENCE GESTICULÉE

« Lors de sa scolarité, 1 élève sur 10 subit du harcèlement à l’école et 2 sur 10 du cyberharcèlement. Les deux ne sont pas forcément dissociables. Cela fait 3 élèves par classe pour le harcèlement à l’école et 6 pour le cyberharcèlement dans une classe de 30 élèves » explique Gaëlle Reynaud, volontaire en service civique à Unis-Cité Rennes. C’est ce thème que Gaëlle Reynaud et Aurélie Mariau-Rollin, accompagnées de la compagnie Leutexie, ont choisi de présenter sous la forme d’une conférence gesticulée au ton parfois léger, parfois plus grave, le samedi 9 juin 2018 au bar La Bascule, à Rennes.

Pouvez-vous nous présenter les personnes à l’initiative de cette conférence gesticulée ?

Gaëlle Reynaud : Aurélie et moi participons au programme « Rêve & Réalise » de l’association Unis-Cité qui permet de monter son propre projet de service civique. Dans ce programme, il y a des projets sur le harcèlement de rue, des thématiques environnementales… Nous avons proposé le sujet du harcèlement scolaire au jury et il a été retenu. Nous faisons la conférence gesticulée avec deux comédiennes de la compagnie Leutexie. C’est une jeune compagnie amateur qui est en train de passer professionnelle. Les deux comédiennes nous ont accompagnés sur l’écriture et la mise en scène de l’animation. Nous jouons toutes les quatre dans la conférence gesticulée.

Gaëlle Reynaud
Gaëlle Reynaud

Comment a émergé l’idée d’une conférence gesticulée sur ce thème ?

Gaëlle Reynaud : La conférence gesticulée est une manière de traiter un sujet de société sous forme de spectacle en se basant sur des faits, des données, des chiffres et des expériences vécues par les personnes. C’est en allant voir une conférence gesticulée organisée par 3 Petits Poings sur le système scolaire et sa remise en question que nous avons eu l’idée de ce format. À l’origine, nous voulions proposer des ateliers d’expression à des jeunes collégiens victimes de harcèlement en partenariat avec une association. Nous n’avons finalement pas pu les mettre en place pour diverses raisons d’organisation. Nous cherchions un projet pour la fin de ce service civique. Nous avons trouvé le format de la conférence gesticulée différent de ce qui se fait d’habitude : des vidéos ou animations en milieu scolaire. Nous voulions rendre la conférence vivante et impliquer le public dans l’échange. Nous avons mis en scène le quotidien d’un jeune harcelé. Le débat qui prend suite nous permet de proposer des pistes de solutions et réflexions que nous avons rassemblées depuis le début du service civique.

Aurélie Mariau Rollin
Aurélie Mariau Rollin

Le gouvernement agit depuis 2010 pour lutter contre le harcèlement scolaire. Est-ce une question récente ?

Gaëlle Reynaud : C’est une question qui a toujours été. Nous avons pu parler avec nos parents ou des personnes des générations précédentes et ils nous disent que c’était déjà une question qui était là. Nous n’en parlions juste pas du tout. C’était presque un peu normal. Actuellement, le harcèlement prend des formes diverses et est accentué avec les réseaux sociaux. Avant, si un enfant se faisait harceler à l’école, il rentrait chez lui et était « plus ou moins tranquille ». Maintenant, cela se poursuit à la maison avec des groupes Facebook, des photos, des textos… Les harcelés ne sont en sécurité nulle part.

Le sujet est également plus médiatisé aujourd’hui, car il y a des associations qui commencent à agir comme notre association partenaire principale : Marcel Ment. Sur cette lancée là, nous avions aussi envie d’en parler et de vraiment dire ce qui se passe, car finalement nous n’étions, au départ, pas spécialement informées sur le sujet. Nous avions une idée, mais ne savions pas que cela pouvait aller à de tels degrés au point d’avoir des enfants qui se déscolarisent, qui finissent anorexiques ou qui se suicident.

Il y a des initiatives gouvernementales, mais de ce que nous voyons, nous n’avons pas l’impression que les initiatives qui sont mises en place fonctionnent. Nous ne généralisons pas. Évidemment, cela va dépendre de l’accompagnement sur lequel les jeunes vont tomber et de nombreux facteurs. Ce qui ressort c’est que l’écoute n’est pas forcément au rendez-vous. Il y a des campagnes de sensibilisation, mais au niveau des établissements scolaires et des formations du personnel éducatif, nous avons le sentiment qu’il y a un manque.

harcèlement scolaire

Le système scolaire tel qu’il est fait aujourd’hui ne pousse pas forcément les personnes, les enseignants ou les jeunes entre eux à faire preuve d’empathie et d’être à l’écoute les uns des autres. Nous sommes plus dans la restitution de savoirs et pas forcément la transmission de notions de vivre-ensemble. Il faudrait pousser à la coopération plutôt qu’à la compétition. Il faut apprendre à se connaître, à connaitre l’autre et à se rendre compte que lorsque nous faisons quelque chose à l’autre, il y a des conséquences positives ou négatives. Quand nous créons un groupe Facebook, que 200 personnes mettent des messages pour dire « t’es moche, tu pues, t’es gros, tu ne sers à rien, va te suicider, va te prendre », ce ne sont pas juste des blagues. Il y a un effet de groupe qui fait que les jeunes ne réfléchissent pas à ce qu’ils font.

harcèlement scolaire

Il y a aussi des jeunes qui se mettent à harceler, car ils ont un mal-être eux-mêmes et cela on en parle pas forcément. On a tendance à beaucoup se tourner vers les victimes, ce qui est normal, car ce sont les premières personnes à prendre en charge, mais il faut aussi prendre les problèmes à la source. Le harcelé doit apprendre à devenir autonome, prendre conscience qu’il peut gérer la situation lui-même et y mettre fin de par sa posture. Les harceleurs doivent aussi être pris en charge, car il peut avoir un mal-être derrière, avoir besoin de trouver une place dans un groupe ou chercher une sensation de pouvoir.

https://youtu.be/rcJf-tgknsY

Quelles sont les principales difficultés rencontrées par un enfant ou adolescent harcelé et pourquoi est-ce si difficile de contrer l’existence de telles situations ?

Gaëlle Reynaud : C’est très varié. Cela peut être des insultes, bousculades, vols, commentaires sur sa manière de s’habiller, son physique, sa couleur de cheveux, de peau, son orientation sexuelle. Cela peut-être une personne qui se moque et les autres qui rient autour. Les témoins qui regardent et ne font rien par peur ou parce qu’ils ne se rendent pas compte des impacts de ce qu’ils voient contribuent clairement au harcèlement. Un harceleur qui n’a pas de soutiens et de témoins arrête plus vite que s’il est renforcé par le fait que les autres suivent son action. Sur les réseaux sociaux, cela peut prendre la forme d’insultes, la création d’un groupe Facebook contre un élève ou ignorer un élève dans un groupe de travail, ne pas répondre à ses commentaires ou se moquer de lui. C’est cette accumulation d’actions répétées qui constituent le harcèlement scolaire. Le harcèlement sur les réseaux sociaux est la forme la plus difficile à combattre. S’il n’y a pas un modérateur adulte dessus, personne ne sait ce qui s’y passe.

harcèlement scolaire

Les personnes ne se rendent pas forcément compte de la réalité du fait ; et les enseignants, surveillants et les familles n’y sont pas forcément formés. Pour les encadrants, ce n’est pas toujours facile de savoir s’ils ont affaire à du vrai harcèlement ou à de simples disputes entre collégiens. La nuance n’est pas toujours facile à faire. Ce qui nous a interpellés dans les échanges que nous avons eus avec des collégiens ou que nous avons pu entendre dans les reportages, ce sont les demandes d’aides qui n’aboutissent pas. La démarche de parler n’est pas facile. Si l’adolescent se retrouve face à un mur qui lui dit : « il y a toujours un bouc émissaire dans une classe, il faut prendre sur toi, te défendre, arrêter d’attirer l’attention sur toi. Ce que tu vis arrive à tout le monde » et qui banalise les faits, les choses vont continuer. Parfois, les enseignants savent ce qui se passe, mais leur direction leur dit de ne pas faire de vague, car c’est mauvais pour la réputation de l’établissement de se dire qu’il y a eu du harcèlement.

harcèlement scolaire

Les adultes ont parfois des réponses qui aggravent le harcèlement. Par exemple, un jeune a été harcelé, car il avait vu un couteau dans le sac d’un de ses camarades et est allé le signaler au professeur qui, tout de suite, a convoqué le jeune. Il savait donc très bien qui avait signalé ce fait et, de là, la situation de harcèlement a commencé. Il n’y a pas de mode d’emploi parfait de la bonne réaction à avoir en cas de harcèlement. Les erreurs sont possibles, mais il faut éviter de réagir à chaud et prendre le temps de comprendre ce qu’il se passe. Remonter à la source des faits et réfléchir aux actions que nous allons faire.

Alerter les parents est également important. L’enfant peut avoir peur de leur en parler, être gêné. La situation familiale fait qu’il peut y avoir des soucis dans la famille. L’enfant se dit : « je ne vais pas rajouter ça, il y a des choses plus graves que moi » alors que c’est sérieux. Chaque situation est à prendre en compte, mais il vaut mieux en parler aux parents. Il est important qu’ils puissent faire quelque chose plutôt que de rentrer un jour et qu’il soit trop tard…

harcèlement scolaire

Quels sont les signaux auxquels un parent doit être vraiment attentif ?

Gaëlle Reynaud : Face à un enfant qui n’a pas l’air bien, qui devient agressif ou arrête de communiquer, la famille peut penser que ce sont des signes d’adolescence alors qu’il y a derrière un mal-être qui est dû au harcèlement. Le fait de se lever le matin en ayant mal au ventre, des problèmes de santé, des éruptions cutanées, de l’eczéma, de l’anorexie qui s’installe est des changements auxquels il faut être vigilants. Il faut éviter de réagir à chaud comme nous le montrons dans notre spectacle. Les parents veulent évidemment bien faire et défendre leur enfant. Ils vont, par exemple, aller voir les parents du harceleur ou le harceleur lui-même à chaud, avec des émotions en ayant envie que ça s’arrête. Les parents en face ne vont pas forcément comprendre ce qui se passe ou admettre que leur enfant ait pu faire cela. Si les parents du harcelé vont voir le harceleur, le message sous-jacent est : « tu n’es pas capable de te défendre toi-même ». Le harceleur se sent encore plus puissant et le harcèlement peut redoubler et voir l’autre davantage comme une victime.

Nous présenterons les solutions de façon détaillée le jour de la conférence gesticulée. Il est aussi possible porter plainte lorsqu’on se rend compte que la situation n’évolue pas, que l’établissement n’entend pas ou que le jeune et sa famille n’entendent pas ce qui leur ai dit. C’est à prendre avec précaution, car si les harceleurs sont au courant, cela peut dégénérer et les choses peuvent soit se calmer, soit s’aggraver.

harcèlement scolaire

Quels sont les acteurs qui luttent contre le harcèlement scolaire aujourd’hui ?

Il y a des associations, mais leur action est différente suivant les régions. À notre connaissance, dans l’Ille-et-Vilaine, il n’y a que Marcel Ment qui agit pour cette cause. Il y a des programmes au niveau des collèges qui prennent conscience du phénomène et mettent en place de la prévention et de la sensibilisation comme le « Respect Zone » : des ambassadeurs sont choisis par le collège pour être porte-parole sur cette question et faire de la sensibilisation, de la prévention. Certains élèves qui ont harcelé, après avoir pris conscience que leur comportement n’était pas du tout adapté, viennent sensibiliser à leur tour les autres élèves. Ils aident les autres élèves à comprendre ce qui se passe et donnent des clés pour que cela ne se reproduise pas. C’est une façon de les sanctionner de façon constructive. Ce dispositif est notamment mis en place en Belgique et arrive petit à petit en France.

Nationalement, il y a un « référent harcèlement » au niveau de chaque académie. Il existe aussi un concours « Non au harcèlement ». Les jeunes, par classe, vont proposer des affiches et courts-métrages pour parler de ce sujet. Nous ne savons pas ce qui est mis en place autour de cela : est-ce qu’il y a un travail réalisé autour de ces supports ? Nous espérons que oui.

Conférence gesticulée sur le harcèlement scolaire. Samedi 9 juin de 17 h 30 à 19 h. La Bascule, Rennes. Entrée libre.

THE VALDERAMAS, MILIEU OFFENSIF DE LA POP RENNAISE

Le trio indie pop rennais The Valderamas enregistre la sortie d’un premier EP éponyme aux couleurs pop sur le label Howlin Banana Records, co-produit avec Azbin Records. Un groupe vintage sous influence de la pop des années 1960 et du ballon rond des années 1990.

VALDERAMAS
Photo : Gaëlle Evellin

Simon est guitariste et chanteur, Julien est bassiste et chanteur, Mathieu est batteur. Tous les trois composent The Valderamas. Simon a rencontré Julien il y a une dizaine d’années, à une période où ils jouaient respectivement avec d’autres groupes. Ils se sont ensuite retrouvés avec l’envie de faire des premières ébauches de morceaux afin de construire un projet. Mathieu, le batteur, a rejoint l’aventure pop peu de temps après. The Valderamas foule la scène pour la première fois en 2014 lors d’un petit concert au Bateau Ivre à Rennes. « C’était dans un bar entre potes pour faire découvrir un peu notre projet » raconte Simon. Ce n’est qu’en juin 2015 que le trio commence véritablement à se lancer, repéré par un label rennais, organisateur de concerts à l’époque. Le groupe se fait ensuite un peu plus connaître quelques mois plus tard en étant programmé dans le cadre du festival I’m From Rennes en septembre 2015. « Ce festival nous a un petit peu mis sur le devant de la scène. Nous avons aussi été reprogrammé l’édition suivante ». L’occasion aussi pour eux de tester certains morceaux inclus dans ce premier EP.

Fans de foot et de rock’n roll

Pour les fans de foot, vous l’aurez compris The Valderamas assume sa passion pour le football des années 1990 avec des joueurs aux histoires atypiques. Valderamas est une référence pure et dure au célèbre joueur colombien Carlos Valderrama. « La tête de ce joueur nous fait rire et son nom sonne bien » note Simon. Le trio conserve les codes du rock’n roll en ajoutant « The » devant Valderamas. Un fond rock et vintage qui se fait ressentir avec le morceau plus nerveux de I Can’t Stand, qui a déjà son clip.

Il n’en reste pas moins que le groupe a toujours une attache particulière à la pop ciselée des années 1960. Marqué par l’époque des Beatles, des Velvet Underground ou encore des Modern Lovers, The Valderamas n’hésite pas non plus à piocher dans la pop des années 1990. Après un concert à Paris, c’est Tom du label Howlin Banana Records qui entend parler des Valderamas sur Rennes. Il leur propose d’envoyer les morceaux déjà enregistrés par le groupe lui-même. « Ça s’est fait simplement, mais on va pas s’en plaindre », relève Simon. Même si le trio pop se fait aider, il revendique le « Do It Yourself ». « Nous pouvons faire des morceaux indé à notre sauce avec des gens qui acceptent de participer à l’aventure, et nous participons aussi à leur aventure labellisée ou associative », note le chanteur.

VALDERAMAS

Un EP résolument pop

Les inconditionnés de pop vintage ont dû patienter trois longues années pour voir The Valderamas sortir leur premier EP. Pendant que Simon s’est occupé de l’écriture et de la mélodie, Julien et Mathieu se sont chargés des arrangements. L’occasion pour eux de bidouiller quelques heures par-ci et quelques heures par-là. « Cet EP s’est fait sur le long terme. Nous avons enregistré nous-mêmes et cela a pris beaucoup de temps » atteste Simon. Trois ans pour digérer les arrangements et offrir à un public impatient un EP épuré aux sonorités pop-rock. Des enregistrements faits maison, mixés par Dane Rapaïe du Pygmée Studio à Rennes.

Un EP composé de six morceaux travaillés au propos assumé. Estampillé garage, il fut un temps, le groupe ne souhaite pourtant pas rentrer dans aucun code et propose avant tout des chansons pop qui racontent de petites histoires. « Nous pouvons parler d’une amitié quelconque. Mais nous n’allons pas nous engager politiquement ni faire des chansons sur l’amour ultime » atteste le guitariste. La ballade de Holding Head High et la pointe de soul de You Shoud Be donnent le ton de cet EP aux influences sixties, rappelant étrangement l’album Congratulations du groupe indie pop MGMT.

Le trio fait aussi la part belle au rock. Certains morceaux plus énervés comme I Can’t Stand et High Rock Park représentent leur mouvance actuelle pour le rock. « Mixer les genres se fait de façon naturelle. Nous écoutons plein d’artistes différents. Nous n’essayons pas de nous cantonner à un style avec des codes bien précis » rappelle Simon. En attendant, The Valderamas garde leur été non pas pour jouer, mais pour travailler sur les enregistrements. Le trio pourra défendre son premier EP à la rentrée prochaine où plusieurs dates devraient être programmées.

L’EP The Valderamas est sorti le 18 mai 2018 sur les plateformes. Il est disponible en précommande chez les disquaires. The Valderamas sera en concert le 8 juin à Paris.

VALDERAMAS

En concert le 21 juin au Bar la piste à Rennes Mail François Mitterrand.

La page Facebook du trio rennais The Valderamas est ici.

FÊTE DE LA MUSIQUE STRASBOURG 2019, PROGRAMME DU 21 JUIN !

1

La Fête de la Musique Strasbourg a lieu le 21 juin 2019. Plus d’une centaine de concerts, voilà ce qui vous attend à lors de la fête de la musique. Strasbourg est fidèle à ce rendez-vous. Organisée chaque année depuis 1981, lors du jour le plus long de l’année, la Fête de la musique est toujours un grand moment, une soirée mémorable autour des concerts, avec de la musique live pour tous les goûts.

*

Église Saints-Pierre-et-Paul de Rosheim
107 Rue du Géneral de Gaulle, 67560 Rosheim, Bas-Rhin, Grand Est, France
Ensemble vocal de Strasbourg
Le Vendredi 21 Juin 2019 de 20h30 à 22h00
chant choral
Chorale

*

Place Grimmeissen
Place Grimmeissen, 67000 Strasbourg, Bas-Rhin, Grand Est, France
ISG
Le Vendredi 21 Juin 2019 de 18h00 à 23h00
.
Musiques électroniques
Musiques rock
Pop
Variété

*

Place Kléber
Place Kléber, 67000 Strasbourg, Bas-Rhin, Grand Est, France
Stéphan Eicher / Difracto / Valentin Yomba / Funk Industry / Karaoké Arte
Du Vendredi 21 à 18h00 au Samedi 22 Juin 2019 à 00h30
18h : Difracto (Musique électronique)
19h : Valentin Yomba – Gagnant de la voie des talents
20h : Funk Industry (Funk et soul) – Vainqueur du groupe alsacien de l’année 2018 lors des Hopl’Awards
21h15 : Karaoké Arte
22h30 : Stéphan Eicher
Chanson
Funk
Musiques électroniques
Soul
Variété

*

Place Gutenberg
Place Gutenberg, 67000 Strasbourg, Bas-Rhin, Grand Est, France
Encore / Esperan / Vix Trio / NeustädterHarz / John Universe / Kamisa Negra / Le bruit du frigo / R…
Du Vendredi 21 à 18h00 au Samedi 22 Juin 2019 à 00h30
18h00 – 18h30 : Encore (musique électronique)
18h45 – 19h15 : Espersan (musique du monde)
19h30 – 20h001 : Vix Trio (Jazz fusion)
20h15 – 20h50 : NeustädterHarz (électro pop)
21h00 – 21h30 : John Universe (musique electronique)
21h45 – 22h15 : Kamisa Negra (pop urbaine)
22h30 – 23h00 : Le bruit du frigo (Rock français)
23h15 – 23h45 : Romor (rock français)
00h00 – 00h30 : Shaka’n’roots (Reggae)
Jazz
Musique du monde
Musiques électroniques
Musiques rock
Pop
Reggae

*

Rue Sainte-Barbe
Rue Sainte-Barbe, 67000 Strasbourg, Bas-Rhin, Grand Est, France
Creative Playground
Le Vendredi 21 Juin 2019 de 19h00 à 00h00
.
Funk
Hip-Hop

*

Place Saint-Etienne
Place St-Etienne, 67000 Strasbourg, Bas-Rhin, Grand Est, France
M2S
Du Vendredi 21 à 19h30 au Samedi 22 Juin 2019 à 00h30
musique électronique
Musiques électroniques

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Rue du 22 novembre
Rue du 22 novembre, Strasbourg, Bas-Rhin, Grand Est, France
BOMA
Le Vendredi 21 Juin 2019 de 19h00 à 22h00
.
Variété

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Place Mathias Mérian
Place Mathias Mérian, Strasbourg, Bas-Rhin, Grand Est, France
Antipod
Le Vendredi 21 Juin 2019 de 20h00 à 00h00
hip hop / dupstep
Hip-Hop
Musiques électroniques

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Place du Temple Neuf
Place du Temple Neuf, 67000 Strasbourg, Bas-Rhin, Grand Est, France
Lycée Jean Rostand
Le Vendredi 21 Juin 2019 de 18h00 à 20h00
chanson française
Chanson

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Parvis de la Médiathèque André Malraux
1 Presqu’île André-Malraux, 67100 Strasbourg, Bas-Rhin, Grand Est, France
Scène Culture Urbaine
Du Vendredi 21 à 18h00 au Samedi 22 Juin 2019 à 00h30
La scène Culture urbaine est devenue le point de rendez-vous incontournable pour les amateurs de hip-hop, rap, slam, ragga, dancehall, beat-box et électro. La programmation, mitonnée avec soin par l’association Ready 2 Rumble avec DJ T.Killa, DJ Talri, Mc Baya et Mc Flash aux commandes de l’animation aura de quoi

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Square Louise Weiss
68 Rue Saint-Aloise, 67100 Strasbourg, Bas-Rhin, Grand Est, France
Longevity
Le Vendredi 21 Juin 2019 de 19h00 à 23h00
musique electronique
Musiques électroniques

*

Parvis de la Médiathèque André Malraux
1 Presqu’île André-Malraux, 67100 Strasbourg, Bas-Rhin, Grand Est, France
Scène Culture Urbaine
Du Vendredi 21 à 18h00 au Samedi 22 Juin 2019 à 00h30
La scène Culture urbaine est devenue le point de rendez-vous incontournable pour les amateurs de hip-hop, rap, slam, ragga, dancehall, beat-box et électro. La programmation, mitonnée avec soin par l’association Ready 2 Rumble avec DJ T.Killa, DJ Talri, Mc Baya et Mc Flash aux commandes de l’animation aura de quoi

SAINT-MALO FÊTE DE LA MUSIQUE 2018, LE PROGRAMME !

La Fête de la Musique à Saint-Malo, jeudi 21 juin 2018, revient pour une 36e édition festive. L’affiche de la Fête de la Musique est chaque année l’occasion de donner la parole aux artistes et créateurs. Mathieu Chevara, fondateur de l’Atelier Marge design, a créé l’affiche de la 36e édition de la FDLM. Demandez le programme !

 

ACTUS BD DE JUIN 2018

Dernière ligne droite avant les vacances. Unidivers vous propose quelques BD à paraître en ce mois de juin et à emmener dans vos valises !

BD LES BEAUX ÉTÉS

Pour annoncer un mois riche en parutions, il faut souvent une « locomotive », une référence. En juin elle s’appelle Zidrou. Omniprésent tout au long de l’année, le scénariste devrait participer une fois encore à la liste des meilleures ventes avec deux BD très attendues. Incontournable, le retour du tome 4 de Les Beaux Étés (1) et de Jordi Lafebre au dessin paru chez Dargaud. Une parution attendue pour cette série nostalgique qui remonte dans le temps et où la tendresse, les souvenirs, l’amour de la famille procurent un plaisir de lecture sans cesse renouvelé.

BD obsolescence programmée de nos sentiments

Un deuxième scénario, sur le même registre, pourrait connaître également un grand succès : avec L’obsolescence programmée de nos sentiments  (2). Zidrou en s’associant à la néerlandaise Aimée De Jongh (Le retour de la Bondrée) explore la redécouverte de l’amour autour de la soixantaine, entre un déménageur de 59 ans qui vient de perdre son emploi et une ancienne modèle. Des premières pages empreintes de tendresse et de poésie laissent entrevoir le meilleur.

GUIDE DU MAUVAIS PÈRE

Autre parution attendue, qui coïncide parfaitement avec la fête des Pères malgré son titre, le tome 4 du Guide du Mauvais Père (3) de Guy Delisle, où l’incontournable auteur poursuit avec humour son rôle préféré : celui du plus mauvais papa du monde. Mais sûrement pas celui du plus mauvais dessinateur.

Globules et conséquences

Plus sérieuses, deux BD traitent ce mois-ci de la maladie, parutions simultanées qui témoignent de la capacité de la BD à traiter de tous les sujets y compris les plus difficiles. Deux femmes on prit les crayons sur ce thème. Avec Globules et conséquences  (4), Catherine Pioli, à qui l’on diagnostique une leucémie aigüe, raconte son entrée dans l’univers des hôpitaux avec sincérité, recul et humour.

BD la parenthèse

Autre auteure, Élodie Durand, évoque dans La Parenthèse (5), avec un crayonné qui n’est pas sans rappeler celui de Claire Bretécher, la chute dans la maladie d’une jeune fille de 20 ans. Un récit poignant, mais là encore marqué du signe de la volonté et de l’espoir.

BD presque maintenant

Dans le même domaine médical, mais cette fois-ci avec de la fiction pure, Cyril Bonin et son album Presque maintenant (6) nous invitent à réfléchir, avec ses Nanopills, petites pilules qui permettent de connaître notre état de santé en temps réel, sur notre conception de la vie et de la mort. Un futur peut être plus proche que ce nous pressentons.

 BD REVOIR PARIS

Autres grands noms de la BD pour ce mois-ci, avec Schuiten et Peeters, qui voient la publication de l’intégrale de Revoir Paris  (7) permettant aux inconditionnels de se retrouver en 2156 et de découvrir la Terre avec Kârinh. Quand la science-fiction atteint les sommets de la BD.

BD CHAROGNE

Charogne (8) de Vidal et Borris nous ramène en 2018, avec un thriller pyrénéen, où les rancœurs d’un village apparaissent lors de l’enterrement du maire et de la descente de son cercueil le long d’un chemin escarpé. Belle occasion pour le dessinateur de tracer des gueules de personnages typés et ancrés dans la réalité.

BD LE RAPPORT BRAZZA

Autre thriller, mais historique cette fois-ci, Le Rapport Brazza (9), emmène le lecteur au Congo au début du XXe siècle, alors que des crimes sont commis envers les populations locales, notamment par deux administrateurs coloniaux français. Une mission d’enquête est envoyée sur place et va découvrir les exactions commises dans le cadre d’un colonialisme implacable.

GUNG HO COLÈRE

Aussi ouvrage dépaysant, le tome 4 de Gung Ho (10), Colère, dont les tomes précédents ont trouvé leurs lecteurs, poursuit son voyage post apocalyptique sous le graphisme réussi de Van Kummant et le scénario de Von Eckartsberg. La série a déjà dépassé les 50 000 exemplaires et devrait poursuivre sa progression.

BD gisèle et béatrice

Puisque juin est le mois de l’été, terminons avec une BD un peu coquine, réservée aux plus de 15 ans. Gisèle et Béatrice (11) raconte un conte érotique « teinté d’humour et de satire sociale » qui est en écho avec l’actualité. Béatrice transforme son patron harceleur en femme et, devenu Gisèle, celui-ci va découvrir la situation de femme soumise. Un dessin léger pour un récit plus sérieux qu’il n’y parait.

Vous êtes prêts maintenant, sans aucune excuse, à vous embarquer sous le soleil avec des sacs remplis de BD qui vous feront frémir, sourire, pleurer ou rêver. Bonne lecture à toutes et tous.

(1) Les Beaux étés. Tome 4 : Le Repos du Guerrier. Éditions Dargaud. 56 pages. 14 €. Parution le 01/06.
(2) Éditions Dargaud. 144 pages. 20 €. Parution le 01/06.
(3) Éditions Delcourt. 10 €. Parution le 06/06.
(4) Éditions Glénat. 152 pages. 19 €. Parution le 06/06.
(5) Éditions Delcourt. 19 €. Parution le 06/06.
(6) Éditions Futuropolis. 72 pages. 17 €. Parution le 07/06.
(7) Éditions Casterman. 25 €. Parution le 06/06.
(8) Éditions Glénat. 160 pages. 19 €. Parution le 13/06.
(9) Éditions Futuropolis. Récit Tristan Thil. Dessin : Vincent Bailly. 144 pages. 20 €. Parution le 07/06.
(10) Éditions Paquet. Tome 4. “Colère”. Parution le 13/06.
(11) Éditions Dupuis. 128 pages . 16,50 €. Parution le 01/06.

ACTUALITÉS LITTÉRAIRES JUIN 2018

Le mois de juin est surtout celui du solstice d’été et de la musique. De longues journées à profiter des jardins et des festivals. Les nouveautés littéraires sont peu nombreuses, mais justement : commençons cette revue avec un roman qui allie mots et musique.

actus littéraires juin 2018

Avec Les suprêmes chantent le blues (Actes Sud, 6 juin 2018), Edward Kelsey Moore reforme un trio de musiciens pour le mariage de deux octogénaires. Chacun se retrouve face à ses démons du passé dans cette ville de l’Indiana qu’ils ont fui quarante ans plus tôt. Pour son second roman, l’auteur revient avec une bouleversante histoire de pères et de fils, de fautes du passé et d’acceptations futures, qu’incarnent, sous le signe d’une irrésistible drôlerie, des personnages aussi puissants qu’attachants.

actus littéraires juin 2018

Continuons chez Actes Sud avec un récit drôle et émouvant, l’histoire d’une petite fille différente, débordante d’énergie et d’imagination qui rêve de voyages et de millions de minutes à passer avec son père. Les parents de Nina abandonnent leurs carrières, vendent leurs biens et partent avec leurs deux enfants pour deux ans de voyage. Un million de minutes (Actes Sud, 6 juin 2018) est un voyage féérique dans lequel Wolf Küper montre comment ce couple a exaucé le souhait de leur fille et trouvé le bonheur en famille.

TIMOR MORTIS

Plus dense et grave, l’auteur serbe Slobodan Selenić évoque l’histoire de la Yougoslavie avec la rencontre en août 1941 d’un étudiant en médecine, d’un vieil homme centenaire porteur d’histoire et d’une jeune fille de dix-sept ans fréquentant les officiers allemands. Timor Mortis (Gallimard, 7 juin 2018) est un drame implacable entre amour et trahison émaillé d’un humour mordant.

Valentin Musso

Vincent Musso annonce le Dernier été pour Lisa (Seuil, 7 juin 2018) dans une petite ville américaine sur les bords du lac Michigan où Lisa, Nick et Ethan, trois adolescents inséparables mènent une vie tranquille. À la fin de l’été 2004, le corps de Lisa est retrouvé sur la plage. Ethan, son petit ami est accusé du meurtre et condamné à la prison à vie. Douze ans plus tard, Nick, devenu un auteur à succès, tente de faire la lumière sur la mort de Lisa afin que Ethan, libéré, puisse être à nouveau accepté dans cette petite bourgade.

actus littéraires juin 2018

Les histoires d’amitié brisée inspirent les auteurs de romans noirs. Noah Sadler, fils d’une bonne famille anglaise et Abdi Mahad, fils de réfugiés somaliens, sont deux adolescents inséparables, meilleurs amis depuis l’enfance. Lorsqu’on repêche le corps de Noah dans un état critique dans le canal de Bristol, Abdi, présent sur la scène du drame ne peut rien dire. Avec Les meilleurs amis du monde (Les Escales, 7 juin 2018), Gilly Macmillan met le feu à la ville de Bristol avec une bagarre sociale où chaque famille tente de faire valoir la vérité.

Petite séance de rattrapage avec les sorties en version poche :
Unidivers vous en parlait en mai 2017 avec Trois saisons d’orage (Points, 7 juin 2018), Cécile Coulon campe un médecin de ville qui s’installe à la campagne. « Sujet banal que l’auteure transforme en véritable tragédie antique où la nature et ses orages dominent l’homme et son histoire. »

actus littéraires juin 2018

Retrouvez le commissaire Adamsberg et son fidèle adjoint Danglard dans le dernier roman de Fred Vargas, Quand sort la recluse (J’ai lu, 6 juin 2018). Fidèle à son univers, l’auteur parvient une fois de plus à happer ses lecteurs dans sa toile d’araignée.

LE GROUPE DENNER À NEW YORK-TREBEURDEN-MINSK

Après la sortie de son deuxième album Drifting Canticles enregistré entre Trégor et Rennes en octobre 2017, le groupe breton DENNER poursuit son périple avec un nouvel album intitulé New York-Trebeurden-Minsk. Orchestré l’été dernier à Minsk par treize musiciens biélorusses, il réunit neuf morceaux issus des deux premiers albums de DENNER adaptés en version classique.

DENNER

Gilles Le Guen forme DENNER en 2005 à New York avec Adam Humphreys et Mike Pate. Influencés par l’univers post-punk et cold wave des années 1980, aux guitares réverbérées teintées de showgaze, Gilles et Adam lancent ce projet en référence à l’acteur franco-polonais Charles Denner. « J’étais fan du film La Vie à l’envers que j’ai découvert en regardant Ciné-Club dans les années 1980 sur Antenne 2 » raconte Gilles. Le premier album du groupe, Nouvelle-Bretagne, sort en 2010 et reçoit un très bon accueil. Pourtant DENNER ne réapparaît qu’en 2015 sur les terres bretonnes composé d’une nouvelle équipe. Le chanteur Gilles Le Guen s’associe avec le batteur Philippe Kervella, le guitariste Yann Even, le bassiste David Cadoret, et depuis peu, le clavier François Houplain. « nous nous sommes rencontrés autour d’influences communes : The Cure, Joy Division. Je connais Philippe depuis 2010, c’est un fan de Pete de Freitas, batteur de Echo and the Bunnymen. Yann, je l’ai rencontré quand il était barman à Rennes, et David a intégré le groupe une semaine avant notre première répétition après une annonce sur Facebook ». Dans leur second album Drifting Canticles sorti en octobre 2017, Gilles Le Guen parvient à réunir Tina Weymouth, Chris Frantz et Steve Scales des Talking Heads pour la partie rythmique du titre Stanza, ainsi que Philippe Pascal et Frank Darcel du groupe Marquis de Sade.

Un projet rock’n classical

Ce troisième album New York-Trebeurden-Minsk marque les lieux fondateurs du projet DENNER. De sa naissance à New York, à sa maturation à Trebeurden, Gilles Le Guen, jusqu’à l’enregistrement à Minsk, DENNER fait voyager la cold-wave de manière orchestrale, romantique et démonstrative. Un album orchestré par le compositeur Eric Voegelin, amoureux de la musique française, de Ravel à Debussy, et de la mouvance rock comme Gilles. « Nous nous connaissons depuis 28 ans. Quand je suis revenu de New York, il organisait un festival de musique classique dans les Côtes-d’Armor. Nous nous sommes recontactés, il avait entendu le premier album de DENNER et m’a proposé de le faire en version classique ». Gilles avait déjà pensé à adapter des morceaux rock en version classique, un projet financièrement impossible en France. Eric Voegelin, qui travaille depuis 15 ans avec des musiciens à Minsk lui propose alors d’enregistrer des morceaux de DENNER en Biélorussie. « Je trouvais intéressant de faire cette rencontre entre une musique populaire et une musique savante, un choix très ambitieux » note Éric. Neuf morceaux composent l’album, extraits des deux premiers albums de DENNER Nouvelle-Bretagne et Drifting Canticles. Des chansons principalement interprétées en anglais par Gilles, comme I Sold My Bones avec un placement de voix qui n’est pas sans rappeler celui de Bono du groupe U2 et des phrasés à la Jim Kerr de Simple Minds. « Éric a choisi les morceaux selon ses préférences et ce qu’il pouvait en faire aussi. Il y a juste “On Parole” que j’ai insisté pour qu’il soit fait en quatuor à cordes ». Un résultat ravélien et une orchestration classique parfaitement emboîtée dans la cold-wave de DENNER, qui séduit les deux musiciens. « J’ai vraiment pris la matière du groupe, les riffs de guitare et de basse, car je voulais que le public reconnaisse les titres originaux », insiste Éric.

DENNER

Direction Minsk avec l’Ensemble Minskaya

Eric Voegelin écrit les partitions pour cordes, guitares, vents, voix et percussions pour Minskaya, un ensemble orchestral réunissant treize musiciens biélorusses. Les sessions d’enregistrement se déroulent en juillet 2017 durant trois jours entre le Sunflowers Studio et le Philharmonic de Minsk. « Je voyais l’enregistrement avancer, c’était incroyable de voir des partitions prendre vie » relève Gilles. Fin septembre 2017, Éric enregistre ses guitares électriques à l’allure d’Adrian Belew, et Gilles pose sa voix dans un studio trégorrois, avec Steeve Lannuzel. Le duo repart ensuite en Biélorussie en octobre 2017 pour mixer et masteriser l’album. Un trajet de la Bretagne à Minsk filmé par le réalisateur Rennais Jo Pinto Maïa, dans un documentaire de 27 minutes. « Je voulais avoir une trace de ce projet musical. J’ai fait une interview en anglais avec un traducteur russe et un travelling autour d’un charnier qui sera dans le documentaire ». En attendant Gilles Le Guen souhaite faire exister ce projet classique sur scène. « À Minsk, les musiciens attendent une date de concert. Éric m’a récemment parlé d’un projet à Saint-Pétersbourg. L’idéal serait de le faire en France avec des musiciens biélorusses, mais ça demande plus de moyens » regrette le musicien.

https://denner.bandcamp.com/

QUELLE VOIX POUR LES FEMMES DANS LES SERIES AMÉRICAINES ?

« Écouter la télé », tel est l’objectif que s’est fixée Anaïs Lefevre-Berthelot. Dans ses recherches, l’enseignante-chercheuse en civilisation américaine à Rennes II explore tant la dimension métaphorique que la dimension physique de la « voix des femmes » dans les séries américaines.

Après avoir consacré sa thèse à l’étude de la voix dans les séries américaines à travers le prisme du genre, elle souligne l’intérêt des séries en termes de recherche. Elles seraient à la fois des produits commerciaux, des œuvres artistiques et des objets culturels. « Il y a un réel aller-retour entre société et séries, sans que l’on puisse nécessairement savoir lequel influence l’autre. »

Des acteurs ou réalisateurs de cinéma, tels David Lynch, s’impliquent aujourd’hui dans la création de séries. Michelle et Barack Obama ont récemment annoncé un partenariat avec Netflix. Des festivals consacrés aux séries comme Sérimania émergent peu à peu. Les séries sont partout. Les femmes le sont moins.

Dans les coulisses
La situation des femmes au sein de l’industrie évolue très peu depuis 10 ans.
FEMMES séries américaines

À l’écran
Dans les meilleures séries actuelles, les femmes sont-elles réellement des hommes comme les autres, tel que l’affirme sa consœur Marjolaine Boutet ? Pas selon Anaïs Lefevre-Berthelot. Selon elle, « les cas où cela se vérifie se comptent sur les doigts de la main. C’est l’horizon à atteindre: qu’on ne s’étonne plus d’avoir une policière corrompue ou une femme qui réussit et assume son pouvoir. Qu’on ne parle pas toujours de leur corps. » Les séries tendent en effet à montrer une vision encore très stéréotypée de la femme. Elles y sont souvent plus jeunes, identifiées par statut marital et beaucoup moins montrées au travail en train de travailler. Elles sont également régulièrement présentées comme des « hystériques, pleurant ou hurlant ».

Ce constat change drastiquement dès lors que des femmes sont en coulisse. Malgré des chiffres qui évoluent lentement, Anaïs L.B explique que les carrières à Hollywood impliquent une — parfois longue — période d’apprentissage et que les femmes grimpent peu à peu les échelons de la hiérarchie hollywoodienne.
FEMMES séries américaines
Se développant plus facilement sur des plateformes web (Netflix, Amazon) qui peuvent s’affranchir du contrôle des chaines généralistes, les séries créées par des femmes donnent à voir une vision beaucoup plus réaliste de l’existence féminine. Fortes, indépendantes, ambitieuses, noires, bisexuelles: les caractéristiques de leurs héroïnes sont beaucoup moins convenues. Les personnages de séries aux créatrices féminines telles que Grey’s Anatomy, Scandal, Crazy Ex girlfriend, Orange is the new black en sont un échantillon.
DEVIOUS MAIDS
Ces plateformes permettent ainsi l’émergence de séries « de niches » ciblant des populations particulières et parfois délaissées à l’écran, allant des femmes « âgées » dans Grace et Frankie aux latinas dans Jane the Virgin et Devious Maids, produite par Eva Longoria. En outre, le format long des intrigues dans les séries permet — et rend nécessaire — l’existence de personnages plus nuancés selon Anaïs L-B. On noterait ainsi une plus fidèle représentation de la femme dans les séries qu’au cinéma. Les actrices tendent ainsi à quitter le grand écran pour le petit écran. C’est la stratégie adoptée par Nicole Kidman en rejoignant le casting de Big Little Lies.

Les incitations financières d’associations poussent en outre les chaînes généralistes à transformer des personnages blancs en personnages de couleur dans leurs scénarios, augmentant encore la diversité de la représentation féminine sur petit écran. Qu’en est-il des clichés véhiculés à travers l’utilisation de leur voix ?

Aux oreilles

Les voix off qui apparaissent dans les séries à partir des années 50 sont dans un premier temps masculines. Il faudra attendre vingt ans et le milieu des années 70 pour entendre des femmes. Après analyse, celles-ci sont cependant très différentes de celles de leurs congénères masculins.

Les premiers exemples de voix off masculines correspondent à l’adaptation aux écrans de séries policières originellement destinées à la radio. Le< personnage s’exprimant est omniscient, sait tout, ne doute jamais et contrôle réellement le récit et ses aboutissants. Il est également souvent dans une position d’autorité dans la société : auteur, producteur, policier, puis père dans How I met your mother

Dans les années 70, on note l’apparition des premières voix off féminines, peu nombreuses. Les contextes dans lesquels celles-ci s’expriment sont cependant extrêmement différents de ceux des hommes évoqués précédemment. Elles interviennent pour raconter des histoires intimes, à la première personne, offrent un témoignage plutôt que la vérité qui reste le monopole du mâle. C’est par exemple le cas de Laura Ingalls dans la petite maison dans la prairie.
SEX AND THE CITY
Les années 90 marquent un tournant. Dans Sex and the city, la voix off est toujours utilisée pour raconter l’intimité, mais change en cela qu’elle a désormais à un écho, elle a vocation à parler à toutes les femmes. « Cela correspond au féminisme de l’époque. Le “personnel” devient général puis revendicatif, » explique Anaïs Lefevre-Berthelot.
Les voix des personnages masculins évoluent elles aussi, on les entend dorénavant douter, faire preuve de sensibilité, comme le personnage de J.D dans Scrubs.

Les voix des deux sexes évoluent vers une vision plus nuancée de l’un comme de l’autre. Cet élan est cependant limité par les contraintes d’une industrie qui aime se reposer sur ses acquis et redoute la prise de risques, regrette la maître de conférences. Car la production de séries est avant tout une industrie. Lorsqu’on l’interpelle sur le paradoxe dans le choix d’actrices à la plastique bien plus valorisante que la moyenne jouant des femmes luttant pour ne pas être jugées uniquement sur leur physique, Anaïs Lefevre-Berthelot est sans appel. « Ce n’est pas du documentaire, ça reste une industrie qui vend du rêve. Une industrie qui vend tout court. Les belles actrices, ça vend du rêve, du parfum, des produits dérivés ».

Des séries aux univers se prolongeant au-delà des écrans

Les séries ont en effet un impact bien plus important que leur diffusion pure d’un point de vue commercial comme sociétal. Desperate housewives a vu son univers se perpétuer à travers des jeux vidéos et publicités reprenant la voix off qui suit les personnages durant l’ensemble de la série.

La fiction se mue ainsi en réel lorsque les publicités pour lessive ou Maggie reprennent la voix off française du feuilleton. « La voix permet de rendre le spectateur encore plus captif, l’histoire continue », explique Anaïs Lefevre-Berthelot.

C’est d’ailleurs de cette propension à attirer le consommateur en liant produit de la vie quotidienne et série qui a donné son nom aux soap operas, destinés avant tout à faire vendre les savons dont la promotion était faite entre les segments d’épisodes. Les séries étaient alors sponsorisées par des marques de lessive ou de cosmétiques.
séries américaines
Quel avenir ? En septembre 2017, Big Little Lies et La servante écarlate étaient les deux grandes gagnantes des Emmy Awards (équivalent des Oscars pour la télévision). Deux des actrices principales en sont productrices et ont été à l’instigation du mouvement Time’s up, qui incite à la solidarité féminine en créant un fonds de soutien aux victimes de harcèlement sexuel. Les femmes sont ainsi bien décidées à prendre la place qui leur revient au sein du monde — trop masculin — de la série télévisée.

LA TRAVERSEE DU PARADIS DANS L’EUROPE DES ANNEES 20

À la fin de La danse des vivants, publié en 2016 aux Éditions Albin Michel, Antoine Rault nous laissait en pleine interrogation quant au devenir du personnage principal de son roman, Charles Hirscheim, rescapé amnésique de La der des der. Charles a été victime du monstrueux combat entre la France et l’Allemagne ; reconnu mort par les autorités françaises et par son propre père, la France a décidé d’en faire un espion sous le pseudonyme de Gustav Lerner…

ANTOINE RAULT

Dans La traversée du paradis, nous traversons les années 1920. Le Traité de Versailles fait la douleur et la honte de l’Allemagne, la grippe espagnole a emporté des millions d’hommes, de femmes, d’enfants et la Russie de Lénine et des bolcheviks fait régner la Terreur rouge.
On retrouve notre héros antihéros, toujours espion allemand, qui va être envoyé en mission en Russie pour le compte de l’Allemagne. Se faisant passer pour un communiste, avec quelques camarades d’infortune, il va partir à la recherche de Tamara, jeune femme qu’il a rencontrée dans un bordel berlinois et dont il est tombé éperdument amoureux. La jeune femme a mystérieusement disparu, pourquoi ? Pour qui ? L’affaire s’annonce complexe et délicate face aux autorités russes qui n’ont de cesse de lutter contre l’espionnage, contre tous les étrangers qu’ils jugent automatiquement comme des personnes dangereuses, comme des ennemis du communisme, de la nouvelle politique économique que Lénine souhaite mettre en place.

ANTOINE RAULT

Dans ce grand roman d’amour et d’aventures, Antoine Rault raconte le destin de personnages inoubliables, Allemands, Russes et Français, à travers lesquels il dresse le portrait de toute une époque : celle de l’Europe des années vingt bouleversée par la guerre et la Révolution communiste. Avec une précision d’orfèvre, l’auteur nous dépeint la vie quotidienne des Russes de Petrograd, de Moscou qui pour partie croient en la Grande Révolution et servent les dirigeants de l’époque, Lénine, Trotsky et les autres et celles et ceux qui subissent la terreur imposée par ces dictateurs qui se cachent derrière la dictature du prolétariat et imposent la terreur quotidienne via la Tcheka, police politique qui n’hésite pas à torturer et à tuer sous peine d’être suspectée d’opposition au pouvoir en place. Il n’y a pas que le climat qui s’impose comme glaçant ; il y a les ambiances instaurées par les serviteurs de Lénine qui épouvantent page après page, avec une vérité criante et rouge, rouge comme le sang des innocents qui coule dès lors qu’ils n’entrent pas dans le moule décidé par les défenseurs des principes de Marx et Engels. Mais il faut se méfier des apparences, souvent l’enfer peut-être pavé de « bonnes intentions ».

ANTOINE RAULT
Antoine Rault

Antoine Rault est si pertinent dans sa démarche littéraire, sa plume est si juste et précise quant à la psychologie des personnages qu’il m’a donné l’envie de me replonger dans la grande littérature russe, notamment Crime et châtiment de Fiodor Dostoïesvki.

La traversée du paradis, Antoine Rault, Éditions Albin Michel. 560 pages. Parution : mars 2018. Prix : 22,90 €.

Visitez le site d’Antoine Rault ici

Rencontres dédicace :

1-2 septembre 2018
Salon Les Écrivains en Provence à Fuveau

16-18 novembre 2018
Salon Antoine Rault à Creil

DE BATTRE LA CHAMADE TROISIÈME VOLET DES AMOURS DE MARIE LOU ET DE MATTHIEU

Après Les yeux couleur de pluie, Entre mes doigts coule le sable, Sophie Tal Men revient avec De battre la chamade, dernière partie de son triptyque. On y retrouve avec bonheur Marie-Lou, la jeune interne en médecine, son amoureux Matthieu Madec, le jeune médecin taiseux, ainsi que tous les personnages récurrents ou nouveaux qui nous entraînent dans leurs aventures depuis trois ans entre Brest et l’île de Groix. (sans omettre les Carroz d’Araches, station savoyarde d’où vient Marie-Lou).

SOPHIE TAL MEN

Dans ce volet, – qui se dévore avec une facilité déconcertante tant le style est fluide, tant le rythme est soutenu, tant le suspens est entretenu -, Sophie Tal Men plante une partie de son décor dans le service de neurologie de Quimper où Marie-Lou va terminer son internat autour d’un personnage bien singulier, Cédric Breton (cela ne s’invente pas!) qui est son supérieur. Et l’on aborde des thématiques tantôt un peu attendues, tantôt pas… La fin de vie, la dépendance, les traumatismes du cerveau, Parkinson, Alzheimer, AVC, … avec une réelle et profonde humanité. Sophie Tal Men ne ment pas, sa plume réside constamment dans l’empathie, ne donne jamais dans la complaisance, juste une bienveillance qui fait du bien et qui rassure même si celle-ci n’empêche pas la dureté du réel. C’est l’authenticité des pages qui fait mouche. Et c’est heureux ! On passe du rire franc aux grimaces, aux larmes parfois. Comme dans la vie.

SOPHIE TAL MEN
Sophie Tal Men

Même si les amours de Marie-Lou et de Matthieu jouent aux montagnes russes, on comprend dès les premières pages que ces deux-là sont faits l’un pour l’autre et qu’au-delà de quelques nuages, ils finiront toujours par se retrouver. Ce qui permet à l’auteur d’aborder des thématiques importantes et existentielles : vivre ensemble, construire un présent et un avenir à deux, donner la vie… Et ce malgré dans l’entourage le bel argentin Édouardo qui agace quelque peu notre loup de mer solitaire, Matthieu.

ENTRE MES DOIGTS COULE LE SABLE

Sacré Mathieu, sacré tableau dressé par une auteure qui ne le manque pas. Lui, si doué dans son sacerdoce de médecin, lui si habile pour communiquer et accompagner ses patients, comment éprouve-t-il autant de difficultés à livrer ses sentiments ? ses ressentis ? même quand il se rend à La Réunion pour faire le point avec son père, médecin lui-même et pas plus doué que son fils pour partager ses joies comme ses peines ? Encore un homme qui, au lieu d’affronter les complexités de son couple, a préféré la fuite à l’autre bout de la Terre, s’est planqué sur un rocher volcanique… Dans quelle catégorie nous range donc Sophie Tal Men nous autres les mecs ? Les filles sont-elles plus aptes à s’épancher ? Peut-être pas… En tout cas, elles sont plus futées, plus rusées et finissent souvent par nous faire basculer.

LES YEUX COULEUR DE PLUIE

Lorsqu’on arrive à la dernière page et que l’on remise doucement ce roman, on peine un peu. C’est passé trop vite. Alors, soit on se surprend à relire les trois tomes, soit on se dit que Sophie Tal Men travaille actuellement à de prochains romans, d’autres histoires, d’autres tranches de vie et l’on demeure souriant, heureux de l’apercevoir lors d’une séance de dédicace où avec discrétion, mesure et lumière, elle saura nous parler encore et encore de Marie-Lou, de Matthieu, de ses aventures littéraires à naître. Elle n’en a sûrement pas fini de nous faire battre la chamade.

Un roman incontournable à glisser dans les valises juste avant l’été !

De battre la chamade. Sophie Tal Men. Éditions Albin Michel. 300 pages. Parution : mai 2018. Prix : 18,00 €.

Retrouvez Sophie Tal-Men sur Facebook.

Le jeudi 31 mai 2018 à 17h30, Espace salon de Dialogues Morlaix.

La librairie Dialogues
9 rue d’Aiguillon
29600 Morlaix

Neurologue à l’hôpital du Scorff, Sophie Tal Men viendra présenter son dernier roman « De battre la chamade » (Éditions Albin Michel). Ce récit, dernier volume d’une trilogie, est un chassé-croisé où l’on passe de Groix à la pointe de La Torche en allant à La Réunion.

CATHERINE LE SCOLAN QUÉRÉ, MÉDECIN À RENNES PHOTOGRAPHE EN INDE

Catherine Le Scolan-Quéré est l’invitée du Carré VIP (VieillePie), l’émission de radio dédiée aux femmes de plus de 50 ans (mais pas exclusivement !). Codiffusée par RCF Radio Alpha et Unidivers.fr, retrouvez Marie-Christine Biet et ses invitées deux fois par mois à la radio et sur le web.

Catherine Le Scolan-Quéré, 51 ans, médecin généraliste à Rennes. Cette native de Roscoff a développé une double passion pour la photographie et l’Inde, pays qu’elle a découvert en 2011 à l’occasion d’une mission humanitaire à Bénarès (Varanasi) où elle était allée soigner les intouchables dans un dispensaire au bord du Gange. Elle y a rencontré Claude Renault, photographe professionnel breton qui l’a initiée à la photographie de rue — où elle excelle !

cathy le scolan quéré
photographie par Catherine Le Scolan-Quéré

En 2017 elle y organise son quatrième voyage — dans le Karnataka — pour des amis photographes. Parallèlement, elle travaille avec le poète Yvon Le Men à un beau projet sur les habitants de Maurepas. Travail qui aboutit à sa première expo « Couleurs sur le Gast », à la salle Guy Ropartz à Rennes.

Catherine Le Scolan-Quéré
photographie en Inde par Catherine Le Scolan-Quéré

Membre de la Société Photographique Rennaise, Catherine Le Scolan-Quéré a présenté sa seconde exposition « Regards de femmes » à la Maison des Associations, en collaboration avec cinq autres femmes photographes. Cette série est composée de portraits de Rennaises dans divers quartiers de la ville, devant des graffs et des murs colorés.

cathy le scolan quéré
photographie par Catherine Le Scolan-Quéré

Catherine Le Scolan-Quéré a obtenu le 1erprix de Bretagne avec la Fédération française de Photographie en 2017 et trois publications dans le magazine « Réponses Photo », puis une page dans la revue « France Photographie » en 2018.

cathy le scolan quéré
photographie par Catherine Le Scolan-Quéré

Sa déclaration va à Sabine Dubus rencontrée à la SPR où elle est responsable des projets « expo ». « Pleine de motivation et de dynamisme. Avec un sourire qui donne envie de la suivre, ce que j’essaie de faire avec la prochaine expo collective au Thabor Que reste-t-il de mai 68 ? », souligne Catherine.

Sabine Dubus, « pie d’âge moyen », comme elle le dit, a eu une expo photo à son actif à Paris en octobre 2016 sur le thème « Corpus Naturis », réalisée en collaboration avec deux autres photographes : Virginie et Sylvain et un modèle, Philippe, complice de ses mises en scène photo depuis plusieurs années. Aux concours de l’association Polychromes, sa photo « La rivière habitée » a été sélectionnée en 2014 sur le thème « Sauvage ». Elle a obtenu le prix du jury sur le thème « Amours insolites » en 2016, avec sa photo « Je t’attends ». Sabine Dubus a d’autres projets d’expos dans ses cartons : « c’est pour cela que je me suis intéressée à cette activité au sein de la SPR. Le thème sur Mai 68 n’est pas le mien, même si je suis une féministe convaincue ». Curieuse, tenace et… impatiente, elle est particulièrement sensible à la cause animale et se considère encore à la recherche de son terrain d’expression… « Après tout, Machado disait que “Le chemin se fait en marchant” ! »

Son coup de Cœur va à Carole Bertaux, jeune photographe prometteuse, passionnée de l’Inde aussi :

« Je viens de réaliser ma première exposition photo, “Entrevues”, à la Maison des Associations de Rennes. Le projet portait sur la nouvelle génération de femmes indiennes, un sujet qui me tient à cœur et que je souhaite poursuivre sur le long terme en étoffant mes recherches par de nouvelles rencontres. Ma vie professionnelle tourne autour de la photo : je suis photographe à temps partiel au Studio Mignot à Montfort-sur-Meu et animatrice d’ateliers photo au Phakt, Centre culturel Colombier.

Beaucoup de causes me tiennent à cœur et je cherche encore comment m’impliquer dans ces combats. La situation de détresse des réfugiés en France me révolte, l’abandon des personnes âgées faute de moyens, l’environnement laissé de côté… Il y a tant à dire et à faire. Ma ligne directrice : “Il n’y a qu’une chose qui puisse rendre un rêve impossible, c’est la peur d’échouer” de Paulo Coelho.

Le coup de gueule de Catherine Le Scolan-Quéré : “le blocage des cours et des examens, et le saccage du bâtiment B de Rennes 2, la violence de certains jeunes lors des manifestations.

Catherine Le Scolan-Quéré
photographie en Inde par Catherine Le Scolan-Quéré

Son truc pour rester en forme : Vivre ses rêves !

Les choix musicaux de Catherine Le Scolan-Quéré :

Father and son, de Cat Stevens

Le chant pour la paix de Yaweran Masseme : des femmes chantent ensemble en arabe, en yiddish et en rom :

‘Mire Pral’, joué par Tchavolo Schmitt, guitariste de jazz manouche alsacien, extrait de la B.O. du film ‘Swing’, de Tony Gatlif.

Inde, Durga Puja, une fête artistique et engagée (photoreportage)

 

DOL DE BRETAGNE. BRETAGNE TERRE DE PHOTOGRAPHES DU 2 AU 24 JUIN 2018

Le festival BRETAGNE, TERRE DE PHOTOGRAPHES aura lieu à Dol-de-Bretagne du 2 au 24 Juin 2018 avec pour invitée d’honneur Sabine Weiss.

Sabine Weiss occupe une place unique au sein de la photographie française. Son regard malicieux, sa vivacité amusée attisée par une curiosité insatiable pour le monde sont familiers aux amoureux d’images. De festivals en projections, d’expositions en foires, cette photographe farouchement indépendante poursuit sa longue marche dans l’univers de la photographie sans se soucier du regard des autres, des courants, des modes et des styles.

Extrait du texte de Virginie Chardin « Sabine Weiss, l’oeil multiple » publié dans le catalogue de l’exposition du Jeu de Paume/Editions de La Martinière.

FEMMES ET ENFANTS D’ABORD !

Lorsque les premières embarcations fuyant la guerre débarquèrent sur les îles de la mer Egée, je fus surpris pas le peu de femmes et d’enfants à bord. Seraient-ils restés sous les bombes ? Un peu plus tard, sur une plage bretonne, alors que je photographiais des enfants qui courent sur le sable pour se jeter à l’eau, je fus violemment apostrophé par un de leurs pères. J’eus beau expliquer l’intérêt testimonial et artistique de la photo : « Mais Vivian Maïer, mais Robert Doisneau, mais Sabine Weiss ? Mais …Mais… » Mais non, rien n’y fit ! Rideau ! Heureusement, déjà constatée lors de notre dernière édition et très présente sur les réseaux sociaux, une nouvelle photographie, plus allégorique, plus intime, très largement portée par le regard des femmes, émerge. Seraient-elles en train de nous rendre cette liberté de ton et cette lumière si nécessaire à notre passion ?
Jean-Luc Tonneau pour Dol Pays d’Initiatives, organisateur de l’événement Bretagne-Terre de Photographes « Femmes et Enfants d’abord ! » Cette apostrophe nous servira de fil conducteur pour cette édition 2018 de Bretagne-Terre de Photographes.

Dol de Bretagne Terre de photographes
Vingt expositions sur ce thème aussi bien en intérieur qu’en extérieur seront proposées au public à travers la ville. SABINE WEISS est l’invitée d’honneur du festival et fera partager, à travers plus de cinquante photos, son expérience et son regard sur l’enfance. Et, bonus, elle profitera de sa participation proposer une série inédite sur la Bretagne, réalisée dans les années 50.

Dol de Bretagne Terre de photographes
Autoportrait sabine weiss, 1954

DES ENFANTS. SABINE WEISS. Salle Nominoë, rez-de-chaussée.

Regard joueur, tendre, craintif, fasciné, innocent, timide, rieur, tranquille… Premiers regards, premières expériences… Regard qui défie, qui attendrit, qui bouleverse ou nous conforte, et nous plonge dans notre histoire… Autant de facettes qui non seulement témoignent mais racontent, la richesse des sentiments et des émotions des enfants. C’est avec l’innocence et la même intensité de regard, que Sabine Weiss saisit au travers de son objectif, les moments fugitifs et uniques de l’enfance ».

Dol de Bretagne Terre de photographes

CESAR. Christian Berthelot. Premières secondes sur Terre. Salle Nominoë, rez-de-chaussée.

En 2012, grâce à sa rencontre avec le Dr. Jean-François Morienval, obstétricien à l’Hôpital Privé des Côtes d’Armor (Bretagne), Christian Berthelot découvre le monde du bloc opératoire et de l’accouchement. Suivra alors la série « CESAR -Premières secondes sur Terre », des portraits d’enfants, tous nés par césarienne, tous survivants. Loin des clichés et des banalités, je souhaitais nous montrer tels que nous sommes quand nous naissons. Peu importe qu’il s’agisse d’un accouchement par césarienne ou par voie naturelle : tout le monde naît nu, dans le sang, les larmes et autres liquides organiques. Toutes ces photographies sont pour moi la première représentation d’un nouvel Être humain, pendant ses premières secondes sur terre.

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LES ENFANTS DE MADA. Elvira et James Vil. Salle Nominoë, rez-de-chaussée.

Les enfants de Mada, une rencontre avec un peuple, une histoire, un pays. Des contrastes forts, parfois violents même, mais des échanges, des regards et des émotions sincères, quand bien même furent-ils brefs. Madagascar est un pays à l’histoire chargée, il y a ses détracteurs avec des propos durs à l’égard des Malgaches, il y a les vazahas, traduisez les étrangers, qui éprouvent peine et tristesse envers une pauvreté qui ne nous échappe pas, mais toujours au regard de nos modes de vie dans l’ultra consommation et il y a notre regard que nous vous proposons à travers cette exposition, “Les enfants de Mada”. Les enfants, ils sont l’insouciance et l’innocence chez nous, mais pas à Madagascar; les grands élèvent les petits, souvent confrontés aux difficultés du quotidien, ils peuvent être amenés à travailler jeune, mais une chose nous a profondément marqués, c’est leur beauté, leur gentillesse, leur maturité.
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B COMME. Cecil Baldewyns. Salle Nominoë, escalier.

Cecil B est une artiste photographe autodidacte belge. Elle est née à Liège en 1974. Après un essai en peinture, elle se consacre définitivement à la photographie, qu’elle considère comme le médium idéal pour sa création, un travail journalier, authentique, rapide et spontané. Singulière, sensuelle et troublante, voilà comment définir sa pratique photographie. Au travers d’autoportraits sous toutes leurs formes laissant place à l ‘improvisation, la recherche et la mise en scènes, elle raconte des traces de vie en utilisant ses émotions ou ses amours dans un huis clos ou un lieu anonyme hors du temps. Une œuvre conceptuelle, personnelle et créative. À l’instar des tableaux, Cecil B renvoie le spectateur à ses propres questionnements ou les invite à de la poésie. Cette série s’intitule « B comme ». Le visage et les corps tendent à disparaitre. Souvent flous ou non éclairés, morcelés, comme pour rester anonymes, en réserve ou en pudeur. La déformation par le flou ou la brisure d’un miroir retrace une émotion, une force, une faiblesse. L’ imperfection, la décomposition d’ un mouvement amènent une série de sensations, une réalité, un instantané, une force à l ‘instant. Une force intérieure, un cri, une vibration.

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SI !!! Laurent Paillier. Salle Nominoë, 2ème étage.

L’idée de départ de cette initiative du photographe Laurent Paillier est de provoquer la rencontre de onze jeunes chorégraphes représentant la plus remuante des scènes d’aujourd’hui avec l’œuvre d’un artiste plasticien du xxe siècle, pour faire « Danser la peinture ». Les prises de la chorégraphe et danseuse virtuose Kaori Ito, fouettant de la peinture noire, montrent la violence et la douleur de l’œuvre du peintre serbe Vladimir Velickovic hanté par la question du mal. Ce travail a fait l’objet d’un beau livre, « Danser la peinture« , réalisé avec le critique de danse Philippe Verrièle et paru aux Nouvelles éditions Scala (Prix du meilleur livre de danse 2016) Laurent Paillier photographie la scène chorégraphique contemporaine
depuis 1991 pour la presse, l’édition, les théâtres et les compagnies de danse.
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MEIDOSEMS. Maya Paules. Salle Nominoë, 2ème étage.

Lorsque sa femme meurt tragiquement dans un incendie domestique, le poète Henri Michaux invoque les Meidosems. Créatures aux traits changeants, aux visages intervertibles: mâles ou femelles, consumés par le désir et l’angoisse. En infligeant des brûlures à ses négatifs, la photographe Maya Paules donne corps à ces créatures et rend ainsi hommage au poète en s’appropriant les thématiques du vide, du corps souffrant, révulsé, luttant contre son inéluctable disparition.

Expositions extérieures. Au centre ville de Dol-de-Bretagne.

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BRETAGNE ANNÉES 50. Sabine Weiss. Cour du Cathédraloscope.

Sabine Weiss s’est rendue en Bretagne à plusieurs reprises dans les années 50, pour son plaisir mais aussi pour le magazine Vogue qui l’avait envoyée en reportage photographier un mariage breton. De l’habillage de la mariée en toute intimité au défilé des nouveaux époux avec famille et invités sur fond de cornemuses en pleine nature, ces photographies dormaient jusqu’alors dans des boîtes. La sélection inédite réalisée pour « Bretagne – Terre de photographes » est l’occasion de plonger dans ces quelques moments uniques du passé mêlant scène de rue, brodeurs et brodeuses, lavandières ou peintre du dimanche. Dix-sept photographies grands formats ont ainsi été rigoureusement choisies pour être présentées en extérieur. Les gestes, costumes, cérémonies qui nous semblent aujourd’hui relever du folklore étaient alors bien une réalité. Depuis Pont-Aven et son école, peu de chose avait changé. Nous remercions vivement Sabine Weiss de nous offrir le privilège de ce témoignage.

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À LA RECHERCHE D’OBJETS PERDUS. Claudia Miascave. Cour du Cathédraloscope.

Quand la photographie n’est plus suffisante, Claudia Masciave remet en jeu l’art, recherchant un style esthétique capable de raconter son vécu.« À la recherche d’objets perdus », avec un regard philosophique et empreint de psychologie, interroge sur la condition humaine. La photographe se met en scène avec originalité et créativité, en nous proposant son interprétation du monde. Ses images ont une touche picturale et minimaliste, les couleurs vives révèlent le trait joyeux de son essence et en même temps apaisent le côté parfois angoissant des sujets abordés. Insatiable et subversive, elle utilise la photographie comme thérapie pour sublimer ses complexes. Son travail questionne notre société et invite à un retour à l’humain dans son essentialité.

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AURAS. Corinne Héraud. Passage du palais.

À l’instar de la lumière qui a besoin de l’obscurité pour se révéler, les auras émergent de l’ombre. Subtilement mêlées aux portraits dont elles surgissent, elles dévoilent l’autre, celui qui reste caché derrière le masque des apparences. Les frontières disparaissent entre le sujet et son aura, si bien qu’il n’est plus possible de discerner l’un de l’autre. Les auras s’emparent de l’espace et le mystère de leur présence nous interroge sur ce que chacun donne à voir, ce qu’il cache mais aussi sur ce qu’il se cache à lui-même. Cette série d’images entre dans la démarche entreprise depuis 2010 et dont l’objet est de « capter » sur mon poste de télévision les membres du public des talk-shows. Ces invisibles deviennent les protagonistes inattendus et paradoxaux de ma quête visant à creuser dans les parcelles de ce qui
constitue notre identité. »
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NAI’A, L’ENFANT DE L’OCÉAN. Jean-Marie Ghislain. Square Nominoë

Ce projet fait aussi l’objet d’un livre « L’enfant de l’océan ». Il raconte un parcours atypique, une grossesse au plus près de l’océan et de différentes espèces de cétacés. Il parle de l’imprégnation d’un enfant à naître par le chant des baleines et le sonar des dauphins et cachalots.

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LES ENFANTS FICHUS. Coralie Salaun. Rue du Chanoine Boursier

Coralie Salaun est née en 1986 à Lannion, elle vit et travaille à Rennes. Résidente à la Villa Perochon de Niort en 2009, elle présente son premier travail « les réfugiés oniriques » et fait poser -et pose pour – le photographe Arno Rafel Minkkinen dans la série « la fête des songes », qui affirme son goût pour la mise en scène photographique. Très engagée dans la défense des droits de l’Homme et notamment des enfants, elle réalise durant 3 années l’abécédaire photographique « les enfants fichus » inspirée par l’illustrateur américain Edward Gorey et collabore, pour ce travail, avec des personnalités internationales engagées dans la non violence. Elle rédige en parallèle une charte de la bientraitance à l’égard des enfants, aujourd’hui soutenue par le Comité des Droits de l’enfant du Parlement Européen. Entre 2015 et 2017 elle réalise deux séries en maisons d’arrêt  » Têtes d’affiche » et « Gueules d’amour » (exposée au Carreau du Temple à Paris en 2017). « Tous les artifices de la mise en scène permettent de révéler , ici aussi de contourner la loi interdisant de reconnaître les visages de ces hommes incarcérés, la mise en scène sert à la fois à masquer et à révéler, à mettre en beauté, à sublimer, à retrouver l’humanité. »
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SEULE AVEC TOI. Héloïse Berns. Allée du roi Judwal.

La gémellité est quelque chose de tout à fait particulier, auquel j’ai le bonheur d’être confrontée. Mais ça reste une intrigue, une question, quelque chose que je ne peux saisir qu’en partie, et de l’extérieur. Je veux montrer cette intrigue, quelque chose d’extraordinaire mais qui m’échappe partiellement, et dont il semble qu’on peut résumer le mystère par l’idée qu’on est seul à deux. Ce fut donc une chance incroyable pour la photographe que je suis de photographier mes jumelles : elles sont tellement ensemble qu’elles ne prennent absolument pas en considération le fait que je les photographie !

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CENDRILLON JETTE L’ÉPONGE. Marielsa Niels. Place du Roi Judwal

Cette série était une commande pour la “Semaine de la femme”. Elle m’a permis de m’intéresser aux liens sociaux, politiques et économiques qui déterminent le cadre de nos vies. Notre façon d’être est codifiée par la culture et c’est l’éducation qui modèle en partie le regard porté sur la femme, mais aussi le regard que la femme porte sur des obligations journalières qu’elle a fini par considérer, malgré elle, comme lui incombant naturellement. C’est un fait intergénérationnel, profondément ancré en nous. Il y a donc un très long
chemin à parcourir pour casser cette répétition; je fais le pari que l’humour et
la dérision peuvent y contribuer. Autodérision, en effet, était le maître mot de ce projet qui passait par une démarche participative de mes modèles. Ce n’est pas elles que je photographiais mais un stéréotype, celui que notre société assigne aux femmes.

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LES DIABOLIQUES – PETITS MEURTRES EN COUPLE. Julie Poncet. Promenade des remparts Jules Revert

« Les Diaboliques », librement inspiré du film éponyme de H.G. Clouzot, questionne nos capacités d’observation, de collecte des indices pour reconstruire le récit photo après photo.Tandis que « Petits Meurtres en Couple » questionne directement le hors-champ, le contexte et notre capacité à remettre en cause les images ainsi que les préjugés qui sous-tendent notre interprétation que nous en faisons. Derrière ces deux séries, un même souhait, donner l’envie au spectateur de ne plus être un simple consommateur d’images tout en déconstruisant les stéréotypes autour des femmes, le tout avec humour… noir.

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FAMILY. Alain Laboile. Promenade des remparts Jules Revert.

À travers son travail photographique Alain Laboile documente et célèbre sa vie de famille : une vie au bord du monde, où se mêlent intemporalité et universalité de l’enfance. Jour après jour, il crée un album de famille qui constitue un héritage qu’il transmettra à ses enfants. Son œuvre reflète leur mode de vie, qui gravite autour de l’enfance. Une enfance proche de la nature, où chacun se découvre, découvre le monde, passe à sa guise d’une expérience sensible à l’autre, où les enfants à l’imagination débordante s’amusent, prennent le temps de vivre, de jouer, de construire, mais aussi de s’ennuyer. Si les plus petits «cherchent » l’objectif, les plus âgés participent avec plus de distance. À travers ses photographies « on peut entendre dans ses photos le rire des enfants ou l’éclaboussure de l’eau ». Remplies d’humour, ses images aux noir et blanc lumineux capturent la poésie du quotidien et l’esprit de liberté. Cette pratique peut être rapprochée de celle d’un ethnologue. Bien que son travail soit profondément personnel, il est totalement universel, exaltant la nature humaine et permettant au spectateur de replonger dans le monde de l’enfance. Certains y retrouvent un peu de leur passé, d’autres se posent des questions existentielles. Alimenté quotidiennement et partagé dans le monde entier grâce à internet, sa production photographique s’est mue en un moyen de communication, amenant à un questionnement sur la liberté, la nudité, l’éducation, l’être et l’avoir.

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NOUVELLE ÈRE. Roxane Petitier. Promenade des remparts Jules Revert

À l’aube d’une nouvelle ère prophétique, les humains prennent conscience de la nécessité d’abandonner certains fonctionnements culturels obsolètes, de préserver le vivant et d’accueillir le changement, indispensable à toute évolution. Car dans la course à la mondialisation, le monde s’épuise. Métaphore de ce changement, la série questionne la place de l’individu, appesanti par les choix du passé et la crainte de l’avenir. C’est aussi un hommage manifeste aux maîtres de la peinture flamande et renaissante et un clin d’œil aux tendances de la photographie contemporaine.

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LES PASSEURS DU MONDE. Alastair Magnaldo. Promenade des remparts Jules Revert

Pour moi, les enfants possèdent un regard inaltéré sur le monde, un regard libre de tout voir, de tout imaginer. Dans ces photographies, l’enfant vient ainsi symboliser une vision sans contrainte, relevant purement du domaine des rêves qui m’est si cher. J’avoue n’avoir jamais perdu mes yeux d’enfants et j’essaie d’aborder chacun de mes paysages avec une palette de questions naïves, évidentes et parfois déroutantes. Ce sont ces enfants dans ces images permettent ce passage du rêve au réel. Ils sont des passeurs de monde. Pour que cette mise en abîme fonctionne, le visage de chaque enfant est dissimulé. Chacun est alors libre de se retrouver dans ces personnages et de s’évader avec, dans ses mondes.

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ANAMNESE. Isabelle Levistre. Promenade des remparts Jules Revert.

Rendez-vous dans Anamnèse d’Isabelle Levistre. Dans ce monde à part, les personnages apparaissent et disparaissent. Sont-ils deux, trois ? Ou bien est-ce une seule et même personne qui n’est, comme dans le rêve familier de Paul Verlaine, “à chaque fois, ni tout à fait la même ni tout à fait une autre” ? . Isabelle nous raconte des histoires, et son histoire. A la fois celle de ses jumelles et celle de chacun d’entre nous à cet interstice précis situé à l’aube de l’existence et à l’aune de la réalité. Des moments furtifs dont on pourrait croire qu’elle les dérobe à l’enfance si elle ne les restituait tout en nuances, envoûtants, ils ont le pouvoir de réveiller notre mémoire individuelle et de la réanimer.

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IN SITU. Mila Plum’s. Promenade des remparts Jules Revert.

Il n’existe pas de plus beaux décors à mes yeux que la rue. C’est comme un cinéma à ciel ouvert, m’offrant ainsi les plus beaux courts-métrages. Avec une vision très monochrome et un attachement particulier à l’homme, je tente de saisir des instants de vie avec lesquels j’aime jouer sur la notion d’intemporalité.

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UNE ENFANCE RÉFUGIÉE. Corentin Fohlen. Les halles.

L’association créée par Soeur Emmanuelle, ASMAE, supporte au Liban un programme d’appui éducatif et psychosocial aux enfants et familles des communautés réfugiées syriennes au Liban. En soutenant l’association locale Alpha-notamment dans les villes de Tebnine et Harris, dans le sud du pays – ASMAE favorise la cohésion sociale entre communautés libanaises et syriennes, et l’intégration de ces dernières, par l’amélioration de l’accès à une éducation pour tous, et des services psychosociaux adaptés aux enfants défavorisés et déracinés. Série de portraits réalisés en studio mobile pour ASMAE-Association Soeur Emmanuelle, dans deux centres scolaires du sud Liban. octobre 2016
© Corentin Fohlen/ pour ASMAE-association Soeur Emmanuelle

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John Wilhelm. Grand rue des Stuart

La photographie est ma passion ! La photographie a toujours été importante dans ma vie. Mon père était un photographe amateur éclairé, et a fondé au moins 2 associations de photographes. J’ai grandi dans un environnement d’appareils photos, de magazines, d’objectifs, de cabinet noir… Je n’étais pas très intéressé par tous ces aspects techniques : ça me paraissait trop compliqué. Tout a changé quand j’ai eu en main ma première caméra numérique. Un long et joyeux voyage alors commencé pour moi, à travers les différents systèmes vidéo, et finalement les logiciels de post traitement. En février 2011 j’ai franchi le pas vers la photographie en entrant dans le monde de Photoshop. C’est la meilleure chose qui me soit arrivée : maintenant la photographie est devenue une vraie passion. J’aime apporter ma fantaisie à la vie par l’intermédiaire de mes images, avec l’aide de Photoshop et des logiciels. Ma passion est progressivement devenue une véritable obsession : je me définis moi-même comme un « photo-addict ».

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TOUT PRÈS D’ICI. Collectif images dolois. Rue des Carmes / Rue Lejamptel / Grand rue des Stuart.

Le collectif images dolois présente des lieux remarques de sa région, connus et moins connus, exposées à l’office de tourisme. Les commerçants dolois et l’UCIAD invitent les visiteurs à découvrir leur région, en présentant d’autres prises de vues du collectif, tout le long des rues marchandes.

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Empow’her. Zone artisanale des Rolandières

Empow’her agit en partenariat avec de grandes entreprises. Les entreprises mécènes apportent leur soutien à une ONG dont le but est de promouvoir l’accès des femmes à l’entreprenariat pour lutter contre les inégalités. Plus de 600 femmes dans une dizaine de pays en voie de développement ont déjà bénéficié de formations individuelles ou collectives par l’intermédiaire de missions locales. En France Empow’her aide les femmes entrepreneures sociales par des actions de coaching, partenariat avec de grandes entreprises et « Entreprendre au féminin en Bretagne », région Bretagne…

Contact
Association Dol Pays d’Initiatives (DPI)
1, Place du Général de Gaulle – 35120 Dol de Bretagne
Président : Jean-Luc TONNEAU
dpi35120@gmail.com

http://www.bretagne-terredephotographes.fr
https://www.facebook.com/dpi.dolpaysdinitiatives/

USE-IT RENNES, UNE CARTE TOURISTIQUE ALTERNATIVE

Après Bordeaux, Nantes, Lille, Rouen… la carte Use-It débarque à Rennes fin juin 2018. Que l’on soit voyageur de passage, étudiant étranger, congressiste en goguette ou Rennais, la carte Use-it renouvelle la carte touristique classique en proposant une plongée singulière dans leur ville. Rencontre avec Charlotte Hervot et Emmie Niard de l’association Hey Hey My Map et Sarah Bouchir, graphiste dans l’association Au 300.

Depuis sa création en 2005, le label Use-It (Belgique) propose des cartes touristiques alternatives en Europe. Pas moins de 40 cartes circulent déjà, chacune avec un graphisme propre, reflet de sa ville.

À l’initiative de la journaliste Charlotte Hervot, le projet Use-It Rennes prend forme en 2016 avec la création de l’association Hey Hey My Map. Rejoint par l’association de graphistes pluridisciplinaires Au 300, une dizaine de jeunes actifs travaille depuis d’arrache-pied afin d’offrir aux étrangers de passage et habitants de Rennes leur vision originale de leur ville bien-aimée. La naissance de la carte Use-it Rennes est imminente : elle sera disponible fin juin 2018 .

Use it Rennes carte gratuite par les locaux pour les voyageurs étrangers
De gauche à droite : Narjisse, Sarah Bouchir, Emmie Niard, Sarah et Charlotte Hervot. © Hey Hey My Map

Unidivers : Quel est le concept des cartes dépliantes Use-it ? Quelles sont les différences à noter avec les cartes ou des guides que l’on trouve actuellement ?

Charlotte Hervot : La mention « Free map made by locals for youngs travelers » (carte gratuite réalisée par les locaux pour les jeunes voyageurs) se trouve sur toutes les couvertures et définit parfaitement le concept. Les textes sont en anglais et s’adressent à une cible particulière, les jeunes. De ce fait, c’est une innovation dans le paysage rennais car encore rien existe dans ce domaine à Rennes… L’idée est d’avoir un habitant dans sa poche. Les touristes d’aujourd’hui préfèrent agir comme des locaux et aime aller boire un verre ou manger dans un restaurant sans avoir l’impression d’être dans un attrape-touriste. Pareil pour les boutiques qui vendent des objets ou souvenirs alors que Rennes regorge de boutiques de créateurs locaux.

À savoir également que c’est avant tout un format papier, mais elle reste disponible sur internet, à télécharger. L’application fonctionne en mode géolocalisation comme les applications Maps.me et Maspstr. Ce n’est pas une carte commerciale (NDLR : les commerçants ne peuvent pas acheter d’encarts publicitaires dedans). Tous les éléments mis en avant est le fruit d’un vécu ; ainsi nous parlons uniquement de restaurants qu’on a testés et appréciés.

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Plusieurs rubriques reviennent, comme l’histoire de la ville en une dizaine de dates dans « 5 minutes of History ». La rubrique « Act like a local » explique les particularités de Rennes : la pluie ou la passion des Bretons pour le beurre salé par exemple. Sans oublier les galettes saucisses avec un encart appelé Not a hot dog, parce qu’elles sont souvent comparées à un hot dog… pour un breton ce n’est pas du tout le cas !

Parallèlement, les touristes et étudiants trouveront des paragraphes propres à la ville comme Play palets like a breton (jouer au palet breton) ou Social kissing rules (les règles en matière d’échanges de bises à Rennes). L’habitude de faire deux, trois (voire quatre) bises va de soi pour ceux qui sont immergés dans notre environnement social, mais c’est une habitude typiquement française (les Anglais disent bonjour sans contact physique ou par un hug, une forme d’embrassade). En outre, beaucoup de festivals sont organisés à Rennes donc la carte comprend également un agenda. Les grands événements de la ville sont décrits en une ligne ou deux, à l’image des Transmusicales au mois de décembre.

Emmie Niard : Les sujets de l’alcool et de la cigarette à Rennes sont aussi abordés. Nous retraçons, par exemple, l’évolution de la rue de la soif. Avant de se déplacer rue Saint-Michel, elle se trouvait à l’origine rue Saint-Malo. Avec les transformations de la place Sainte-Anne, elle va encore se déplacer, mais personne ne peut dire encore où… C’est un cycle qui se répète (comme une tournée entre copains…). Vous trouverez également des lieux avec la mention « un verre et plus si affinités » : le genre de bar où l’on se retrouve entre amis à l’heure de l’apéro, mais un verre en amenant un autre, on finit par rester jusqu’à la fermeture (et enchaîner avec un bar ou boîte de nuit selon les préférences).

Bref,  la carte Use-it incarne une vision subjective de Rennes. Elle reste tout de même assez large dans ses intérêts afin de toucher tous les types de voyageurs.

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Unidivers : Quelle est votre vision de Rennes justement ? Quelles facettes  mettez-vous en en avant ?

Sarah Bouchir : L’objectif est de traduire l’âme de la ville et son atmosphère autant par les textes que par les illustrations. Nous avons commencé par faire une cartographie textuelle sur une grande feuille, avec Rennes écrit en son milieu. Chaque personne de l’association s’est demandé ce qu’était Rennes pour lui. Nous avons identifié deux univers bien distincts. D’un côté, le bouillonnement de projets de créateurs qui se développent à ciel ouvert ; de l’autre, le bouillonnement alternatif avec des activités plus underground. Nous avons tiré des notions de toutes ces visions de Rennes et avons construit des éléments graphiques à partir de ces idées.

Pour la construction de la carte, notre réflexion tourne autour de la notion de dualité : une même chose composée de plusieurs éléments peu ou prou contraires. La question d’irrégularité est beaucoup revenue aussi : dans l’architecture même de Rennes, les pavés, les maisons, etc.

Ainsi, quelques cartes déjà existantes ont été conçues à travers la dualité jour et la nuit, comme celle de Lille. La carte de Rennes a été pensée comme un objet et une expérience. Il y a une forte activité nocturne dans la ville, la moitié de mes bons souvenirs de Rennes se sont déroulés de nuit. On a intégré cet aspect en jouant la carte de la subtilité. La carte de nuit apparaîtra grâce aux couleurs et un jeu de pliage.

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U. : Votre carte se concentre-t-elle uniquement sur le centre-ville de Rennes ?

Emmie Niard : Au contraire, un des objectifs est de faire bouger les jeunes touristes loin de l’hypercentre. Comme elle est réactualisée chaque année, elle se construit en fonction des lieux qui ouvrent et qui ferment.

Sarah Bouchir : La carte se divisera en deux parties. Au recto, un zoom du centre-ville alors qu’au verso, il s’agit d’une vue d’ensemble, avec pas mal d’endroits assez éloignés comme les Étangs d’Apigné, les Ateliers du Vent ou la ferme de Quincé.

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U. : La carte est exclusivement en anglais. Cela ne peut-il pas être un frein pour certains ? Avez-vous pensé à l’éditer en français ?

Charlotte Hervot : L’un des critères pour avoir le label Use-it est précisément la rédaction en anglais. La ville de Rennes souhaiterait une version en français ou/et en breton, mais ce n’est pas prévu pour le moment. Certes, une carte franco-bretonne pourrait toucher les Rennais et les voyageurs francophones, mais tout est question de budget. Elle pourrait voir le jour si de nouvelles subventions nous sont allouées, mais le label Use-it n’y apparaîtra pas. Du reste, les textes sont rédigés dans un anglais simple car nous ne sommes pas non plus très à l’aise avec cette langue.

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U. : Où trouver ces cartes ? Pouvons-nous avoir un aperçu des lieux ou anecdotes qui seront dessus ?

Charlotte Hervot : La diffusion se trouvera concentrera dans les lieux qui connaissent beaucoup de passages tels que l’Office de tourisme ou les Champs Libres. Également dans les endroits qui apparaissent sur la carte.

Les anecdotes sont un prétexte pour redécouvrir la ville, même par les Rennais. Le restaurant Petite nature – situé place de la Rotonde – sert le midi des snacks végétariens alors que c’est une ancienne boucherie… Il y a aussi un pictogramme Odorico sur la carte qui indiquera où trouver les mosaïques dans la ville.

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Les personnes liront aussi des « locals tips », textes de locaux écrits à la première personne qui donnent un avis personnel sur un lieu. Par exemple, un Rennais raconte pourquoi il aime aller au jardin des Confluences ; une autre pourquoi elle va à L’heure du Jeu. Nous avons pris le parti d’intégrer l’avis de locaux qui ne font pas partie de nos deux associations afin de dresser une vision plus globale.

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À noter :

La free map use-it de Rennes est réalisée avec le soutien de la Ville de Rennes et un budget de 4500. Une campagne de crowdfunding sur Ulule a été mise en place jusqu’au 10 juin 2018. Une soirée est également organisée au Oans Pub le 31 mai à partir de 19 h. Une occasion de connaître ce label de tourisme alternatif et de rencontrer les acteurs à l’initiative du projet. (Au programme de la soirée, DJ SET : HALL 13 : 19h – 21h Juveniles : 21h -23h.) L’équipe sera sur place pour vous présenter le projet et répondre à toutes vos questions. Une cagnotte sera à disposition si vous souhaitez apporter votre contribution à la première carte touristique alternative de Rennes !

JEROME HOUYVET, LE PHOTOGRAPHE QUI S’ENVOIE EN L’AIR EN BRETAGNE

A bord de son paramoteur, le photographe normand Jérôme Houyvet a saisi, sous tous leurs angles, les côtes d’Ille-et-Vilaine et des Côtes-d’Armor. Il en a tiré un livre : Vol au-dessus du littéral de Bretagne.

« C’était les Caraïbes », se souvient Jérôme Houyvet. Sur les clichés du photographe normand, le vert de l’eau le dispute à la végétation des îles et îlots environnants ; la mer bleu azur qu’il surplombe est à peine plus sombre que ce ciel troublé par à peine quelques nuages blancs. « Il aime photographier les lagons », s’amuse l’historien finistérien Erwan Crouant.

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Archipel de Port-Blanc – Photo ©Jérôme Houyvet www.jeromehouyvet.com

Mais ces paysages ne sont pas ceux des Antilles, ou d’autres îles paradisiaques. L’archipel mentionné se situe au large de Port-Blanc, dans les… Côtes-d’Armor. Le photographe et l’historien publient ce mois de mai « Vol au-dessus du littoral de Bretagne » (Bid Red Editions), dont le premier volume survole les côtes d’Ille-et-Vilaine et des Côtes-d’Armor. Une manière d’inviter, à travers des clichés aériens, à redécouvrir ces paysages souvent bien connus, parfois plus discrets.

« J’ai toujours aimé photographier de manière différente », explique le Normand.  Passionné de sport de glisse, déjà, il ne voulait pas se cantonner à la plage comme les autres photographes. Alors il s’est jeté à l’eau, avec un caisson étanche, pour approcher au plus près les surfeurs et autres planchistes. Devenue sa deuxième maison, Hawaï semble encore influencer ses clichés, jusqu’aux eaux bretonnes… Photographe officiel, ensuite, de la sécurité civile, il a pu s’envoler sur leurs aéronefs pour prendre des clichés aériens.

jerome houyvet
Jérôme Houyvet – Photo ©Jérôme Houyvet www.jeromehouyvet.com

« Il y a onze ans, je cherchais le moyen de continuer à photographier en aérien », poursuit Jérôme Houyvet. Comme Nicolas Hulot avant lui, il découvre le paramoteur : une toile de parapente à laquelle sont fixés un siège et un moteur – une chaise volante, comme il le résume. Une solution contrainte pour le Normand, qui n’avait pas les moyens de louer un hélicoptère. Mais il en voit rapidement les côtés positifs. « Il y a un respect de l’environnement avec le paramoteur, détaille-t-il : c’est un engin qui consomme 3L par heure, qui ne fait pas beaucoup de bruit. »  Sous son aile, il peut approcher la faune locale, en ne conservant qu’une distance minimale de respect. Il peut approcher également, en volant à basse altitude, des scènes de la vie quotidienne, en contrebas.

Il pilote la toile comme un parapente classique, avec deux commandes. « On peut les lâcher, et dans ce cas-là, on se retrouve à l’équilibre, on vole droit, ce qui me laisse les mains libres pour photographier  » détaille le photographe normand. Dans ces cas-là, il lui suffit de basculer une jambe vers la gauche ou vers la droite pour effectuer un léger virage. Il ne conserve en main que l’accélérateur du paramoteur, pour maintenir sa vitesse et son altitude.

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Cap Fréhel – Photo ©Jérôme Houyvet www.jeromehouyvet.com

L’appareil détermine une autre façon de faire de la photographie. « Ce sont des photos très proches, prises avec un grand angle », décrit Jérôme Houyvet. À seulement 50 mètres du sol, il est encore entre ciel et terre… ou mer. « J’aime bien montrer de l’air, pour laisser les images respirer », ajoute-t-il. Et l’on voit souvent, sur ses clichés, les horizons azur sur lesquels se découpent les roches de la côte de granite rose ou des plus hautes falaises de Bretagne. Des horizons que ne peuvent guère capturer les photographes depuis les hélicoptères ou les avions, qui volent à une altitude trop élevée.

La vitesse elle aussi vient changer le travail du photographe. On pourrait, selon lui, se contenter de deux séances de deux heures dans un hélicoptère pour capturer tous les paysages qu’il a survolés. À 50 km/h, son rapport au territoire qui défile en contrebas change complètement. Il ne peut pas s’arrêter – sinon il perd de l’altitude. Mais il peut tourner sur place, revenir plusieurs fois, partir à la découverte. « C’est un travail de fourmi, c’est très lent », raconte le Normand.

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Phare de Men Ruz, à Ploumanach – Photo ©Jérôme Houyvet www.jeromehouyvet.com

À chaque fois, il revient donc plusieurs fois sur les lieux. « En aérien, on n’est jamais sur la même hauteur, jamais sur le même angle », et donc chaque cliché est toujours différent. Il survole donc, avec ses deux appareils photo, un même endroit trois à quatre fois, matin et soir, à marée haute ou basse, selon les saisons – pour à chaque fois trouver la bonne lumière, qui mettra le mieux en valeur le paysage qu’il survole. Au total, avec 50 à 70 heures de vol, il a pris entre 5 000 et 6 000 clichés, dont seulement 150 ont été conservés pour ce premier tome de « Vol au-dessus du littoral breton ».

Ce travail de fourmi est rendu plus délicat encore par les contraintes du paramoteur. La vitesse du vent double rapidement lorsqu’il monte en altitude, avec le risque de le déporter loin de la côte – ou contre un arbre, à l’instar de Nicolas Hulot. « À partir de 25 km/h de vent au sol, je ne peux plus voler », explique Jérôme Houyvet. Il s’aligne donc sur la météo pour prendre son envol : « dès qu’il y a un anticyclone sur la Bretagne, je prends ma tente et j’y vais pour quelques jours. » Sur place, ensuite, il compose avec la force du vent, pour parfois ne voler que deux heures par jour.

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Paimpol – Photo ©Jérôme Houyvet www.jeromehouyvet.com

« Il y a beaucoup de préparation pour chaque vol », décrit le photographe. Avant de déployer sa voile, il examine le terrain sur google earth, pour voir les points où il peut se poser, sur quels repères il faut se baser, quelles coordonnées GPS il doit noter pour prendre ses photos. « Le plus difficile, c’est quand je n’ai pas de point d’atterrissage en cas de problème, comme sur les îles ou au-dessus des villes », témoigne-t-il. Pour photographier Saint-Malo, il a fallu attendre la marée basse, pour s’élancer de la plage et s’y poser si besoin était.

Pour lui, le paramoteur enseigne l’humilité. « On ne peut pas voler quand on veut, il m’arrive de renoncer à un vol s’il y a des cumulonimbus, si le vent tourne pour venir de la terre », raconte-t-il.  Avec de préciser : « c’est toujours un soulagement quand ça décolle, même après dix ans de pratique ». Mais une fois en l’air, il profite pleinement de sa passion, malgré les basses températures d’altitude. « Il y a le privilège d’être seul à un endroit, et de pouvoir le partager par la photographie », explique Jérôme Houyvet.

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Falaises de Plouha – Photo ©Jérôme Houyvet www.jeromehouyvet.com

Avec ce premier tome de « Vol au-dessus du littoral breton » – deux autres suivront pour suivre la côte du Finistère  à la Loire Atlantique – c’est chose faite. Et pourquoi pas, plus tard, continuer à longer le littoral français, pour d’autres publications ? Son éditeur, en tout cas, semble approuver ce nouveau vol.

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Jérôme Houyvet, Vol au-dessus du littoral de Bretagne, Volume 1 : Ille-et-Vilaine – Côtes-d’Armor,  Big Red One Editions, 188 pages, mai 2018, 30€

L’ORACLE DELLA LUNA OU LE DESTIN MAUDIT DE GIOVANNI PAR FREDERIC LENOIR

Le cinquième et dernier tome de l’Oracle Della Luna, adaptation en bande dessinée du thriller historique éponyme écrit par le médiatique romancier et philosophe Frédéric Lenoir, est paru au mois de mars 2018. Il conclut une série captivante de 5 volumes mêlant apprentissage spirituel, aventures, et passions amoureuses d’un jeune homme nommé Giovanni Tratore, qui connaîtra un destin à la fois lumineux et tragique en Italie au 16e siècle.

ORACLE DELLA LUNA

Tout commence donc dans la campagne italienne en 1533 : Giovanni, fils de paysan, tombe amoureux d’Elena Contarini, séduisante jeune femme du même âge que lui, mais issue d’une riche et noble famille. Pour avoir osé l’approcher, Giovanni subira un châtiment corporel de vingt coups de fouet sur le dos qui le marqueront à vie. Elena, qui a assisté au supplice infligé sur la place publique, fera parvenir une lettre à Giovanni lui témoignant de son sentiment de culpabilité et de son questionnement quant aux raisons de la soudaine affectivité éprouvée pour elle. Avec une certaine inconscience Giovanni décidera alors de rejoindre Venise où réside Elena.

ORACLE DELLA LUNA

À travers un long périple semé de bonnes et mauvaises rencontres, de heureux hasards et de terribles coups du sort, Frédéric Lenoir imagine le cheminement d’un jeune homme issu d’une famille terrienne qui accédera à différents savoirs tels que la philosophie, les sciences et l’astrologie. Malgré cette érudition acquise, Giovanni ne peut échapper à ses origines, difficilement compatibles avec celles de sa bien-aimée, qui est la fille du gouverneur de Chypre et petite-fille du Doge de Venise. Ce n’est pas gagné, comme le lecteur le découvrira…
Avec des mises en situation très romancées, l’auteur du scénario fait vivre à son personnage une quête spirituelle à travers un terrible parcours initiatique. Frédéric Lenoir met l’accent sur différentes dualités tels que la confrontation entre la passion et la raison, le désir et l’ascèse, la recherche du divin ainsi que la liberté d’être, de devenir, ou bien la résignation à un destin déjà écrit. Il faut préciser que l’histoire concerne un jeune homme tout juste sorti de l’adolescence et se situe dans une Italie très religieuse en proie à de fortes superstitions, ainsi qu’à un ordre social et moral respectivement injuste et oppressant. Le climat ambiant est néanmoins beaucoup plus léger à Venise, dans les classes sociales dominantes, milieu que Giovanni côtoiera de façon passagère.

ORACLE DELLA LUNA

En parallèle à sa tentative de retrouver Elena, Giovanni sera chargé de remettre au pape à Rome, une lettre écrite par son ancien maître Lucius Constantini, savant qui lui a enseigné l’astrologie. Cette mission déclenchera une chasse à l’homme commanditée par des religieux fanatiques qui traqueront sans répit Giovanni, des Abruzzes à Alger, afin de s’emparer de cette missive au contenu secret. Notre jeune héros ne cessera durant plusieurs années de tenter, souvent vainement, d’accéder à ses idéaux. Les pérégrinations de Giovanni embarqueront le lecteur dans les riches demeures de La cité des Doges, puis dans un cadre nettement moins faste, à savoir les galères suite à une condamnation liée à un duel. Après un naufrage salvateur, Giovanni sera recueilli par des moines orthodoxes en Crête où Il étudiera les textes religieux, ainsi que l’art de peindre des icônes. Toujours hanté par le souvenir d’Elena, Giovanni décidera radicalement de s’isoler en ascète dans un monastère du Mont-Athos en Grèce. Des prises de conscience, ainsi que le doute en l’existence de Dieu le feront renoncer à cette vie austère et l’emporteront vers d’autres aventures.
Frédéric Lenoir brosse, à travers cette histoire, un paysage des différentes religions catholique, orthodoxe, musulmane et juive, et nous donne un aperçu de pratiques plus hermétiques comme l’astrologie ou la divination, dans l’Italie et le pourtour méditerranéen au 16° siècle. Cette dernière discipline plus ou moins crédible, mais très répandue dans l’Europe médiévale donne son nom à la BD : L’Oracle Della Luna…Qui est Luna ? Quel est son lien avec Giovanni ? Et que laissait présager cet oracle ? L’homme est-il totalement maître de son destin ? Ou bien les choses sont-elles pour certaines établies à l’avance ? Cette longue bande dessinée aux graphismes et couleurs agréables développe une réflexion autour de nombreuses questions existentielles, et embarque le lecteur dans une période de l’histoire qui est ici relatée de manière accessible et divertissante pour un public adulte et adolescents curieux.

BD L’Oracle Della Luna, Frédéric Lenoir, Griffo, Rodolphe, 5 tomes de 2012 à 2018, aux Éditions Glénat, 56 pages, 14,50 €. Paru le 07.03.2018

L’ Oracle della luna – Tome 5. Esther et Éléna

Scénariste Rodolphe
Dessinateur Griffo
D’après l’œuvre de Frédéric Lenoir
Genres : Thriller/Policier,Histoire
Collection : Caractère
Adulte

LA HOUSE DE S3A, « UN RISQUE, UNE MARQUE DE FABRIQUE, UNE VISION »

Natif de Rouen, Maxime connu sous le nom de S3A, est l’un des DJ producteurs les plus influents de la scène house française. De ses premiers mixs en 1996 à la sortie de ses premiers morceaux en 1999, il sample la house en tant que S3A depuis plus de sept ans. Rencontre avec cet amoureux de musique électronique.

S3A

Comment se sont passés vos débuts en tant que S3A ?
S3A : Assez naturellement. S3A existe depuis 2011. J’ai commencé à faire les premiers tracks en 2009 quand on avait le studio avec Sylvain de Zadig. J’ai signé en 2012 en résidence à Concrete. J’avais besoin de ce nouveau projet avec cette envie de notes et de groove. Avant, je faisais de la techno un peu plus énervée. J’ai toujours acheté du Masters at Work et quand j’ai voulu explorer de nouvelles choses, je m’y suis mis tout naturellement, j’ai fait les cinq premiers morceaux en trois jours. Je les ai ensuite proposé à Seuil et à Syncrophone Records, un distributeur à Paris.

Même si nous retrouvons dans le projet S3A des influences funk, disco, hip-hop, c’est surtout la house qui domine, vous avez toujours été attiré par ce courant ?
S3A : J’aime la musique électronique c’est sûr. J’ai toujours apprécié le côté futur et techno, je suis un gros geek. Les DJ’s qui jouent tout sauf de la house ou de la techno, ce n’est pas forcément mon truc. J’ai plutôt des références de musique électronique en général. Mon idéal se situe entre la musique à danser et à écouter. J’ai beaucoup aimé tout ce qui était hardcore français et anglais des années 1990 que j’écoute moins maintenant parce que j’ai un peu vieilli. Je ne pense pas qu’il faut que la musique rentre dans des cases. Quand on regarde les sets que je fais, généralement je pars en techno et je reviens en house. Je peux très bien passer du Masters at Work avec un disque de disco et un DJ Funk juste après. Le but est de faire vibrer les gens. Il faut être pluriel car la vie est trop courte pour être ultra spécialisé dans quelque chose. Par contre, il faut avoir un juste milieu et garder un certain dynamisme de la musique électronique et de la violence des machines.

Ce dynamisme dont vous parlez s’explique aussi par l’évolution d’un projet techno avec Friendship Connection vers un projet house avec S3A ?
S3A : J’ai toujours écouté beaucoup de choses. Friendship Connection est un projet commun que j’avais avec Zadig. Il y avait à la fois un côté hardcore et ambient. Tu ne peux pas être tout le temps dans le même truc sinon tu te lasses. Même quand je faisais de la techno je voulais quand même mettre des notes dedans. Aujourd’hui quand je fais mes morceaux il faut que ça soit un minimum violent. J’ai très peu de morceaux sans dynamique. Je n’aime pas les morceaux mono-tone. Ils sont peut-être très bien mixés car ils sont utiles pour un long mix ou pour installer quelque chose, mais ce n’est pas ce genre de morceau qui me fait kiffer.

Le sampling est votre marque de fabrique, vous avez crée votre propre label : Sampling As An Art Records en 2014, que vous apporte cette technique ?
S3A : Le sample m’apporte une matière première et tout ce que harmoniquement parlant je ne sais pas faire. Il me sert souvent pour le début de mon inspiration. Dans ce que j’écoute, il y a plein de moments où je me dis : « ce passage là dure 4 secondes ça serait bien de le bosser, de lui donner une seconde vie, de le changer complètement de son contexte et d’en faire un thème qui évolue d’une certaine manière ». J’aime bien sortir les choses de leur contexte et le sample me donne cette facilité. Après j’ai eu l’occasion de travailler avec des musiciens qui jouaient ce que je voulais pour les sampler après. C’est l’idéal car tu écris des choses relativement simples et eux partent en jam après. C’est une mine d’or pour toi puisqu’en 25 minutes ils ont bien plus d’idées que toi en quatre accords. Il faut être amoureux du sample pour l’écouter en boucle, trouver des choses intéressantes dessus, le faire vivre, bouger et le rendre contagieux.

S3A

Comment s’y prend-on pour choisir des samples ?
S3A : J’ai un peu varié sur les morceaux qui vont sortir cette année. Habituellement, je partais sur ce qui était mélodique et groove. Je piochais dans la funk fusion de 1974 à 1979 et dans tout ce qui était rythmique de support, c’est-à-dire ce que je ne faisais pas avec les boîtes à rythmes dans la disco de 1979 à 1983. Il y a truc que j’ai découvert au Red Bull l’année dernière et que j’aime bien faire, c’est me prendre un pack de vieux disques que je ne connais pas et bosser les samples comme une matière. Je retire tout l’affect qu’il y a sur les disques parce que le problème c’est que lorsque tu aimes un son, tu ne réussis par forcément à le sampler. Quand tu pars creuser dans un magasin pendant trois heures, tu achètes des disques que tu aimes et ça te bloque un peu parce que tu n’oses pas les sampler. Je n’ai jamais réussi à sampler des sons de Philip Glass ou de Don Blackman. J’ai toujours peu de salir le morceau ou de proposer une version moins intéressante. Des fois aussi les samples sont trop évidents et le but n’est pas de faire un édit comme tout le monde. Je ne dis pas que je vais jamais en faire, parce que c’est facile à jouer, ça se vend mieux et quand tu n’as pas d’inspiration c’est peut-être mieux de laisser les choses telles qu’elles sont, mais ce n’est pas ce qui m’intéresse en premier lieu.

S3A

Comment avez-vous l’habitude de travailler et avec quel matériel ?
S3A : Au début, je travaillais beaucoup avec ma MPC 3000 que j’ai laissé tomber. J’ai toujours fait des samples longs que j’avais besoin d’accorder, détuner, retuner et les MPC ne sont pas du tout faites pour ça, elles sont utiles pour des rythmes. Aujourd’hui, j’affectionne beaucoup les petits synthés de chez Roland, les 909, 707, 808. Je me sers d’Ableton pour lire les samples longs, qui nécessitent une architecture et permettent de retoucher un morceau à la milliseconde près. Après tout est analogique, tout sort dans une console, c’est mixé en dehors d’Ableton. Dans cette console, arrivent les boites à rythmes et les compresseurs pour mettre un peu de patate et changer le son. J’apporte un soin particulier à la couleur du son. Il m’est déjà arrivé de passer sept fois un sample dans ma chaîne audio.

Les collaborations vous ont permis d’avoir un nom sur la scène house ?
S3A : Je pense pas que ce sont les collaborations. J’en ai toujours fait parce que je m’entendais bien avec les gens. Je pense à celle avec Lazare Hoche, c’est parce que c’était un pote et qu’il me parlait de son projet. J’ai fait d’autres collaborations qui ne sont jamais sorti, comme celle avec Detroit Swindle. Le but est de partager des moments. S3A est un risque, une marque de fabrique et une vision. Logiquement ce qui connaissent bien ce que je fais, sont capables de me reconnaître en huit mesures. Je veux que ça reste, car le jour où je ferais de vraies collaborations, j’aimerais que l’on reconnaisse qui a inventé quoi.

En parlant de collaboration, pouvez-vous nous parler de votre rencontre avec Laurent Garnier ? La première fois c’était au Rex Club en 2014…
S3A : Laurent Garnier ça a toujours été un rêve. Pour la petite histoire, j’avais prêté ma 909 à Concrete. Brice m’appelle pour me dire : « ça serait bien que tu viennes la chercher tel jour » et je lui répond : « t’es chiant c’est un dimanche, c’est le jour où Laurent Garnier joue, il y aura plein de monde ». Il insiste, j’arrive là-bas, il me dit d’aller la chercher dans la régie. En sortant, il me sort : « attends je vais te présenter quelqu’un » et c’était Laurent Garnier. Il me sort : « tu te balades avec une 909 à Concrete t’es taré ». Je lui explique que je leur ai prêté. Ce soir là, Laurent Garnier me dit : « ça serait bien que tu me fasses écouter ce que tu fais ». Je lui ai donc envoyé un pack. Il m’a répondu : « c’est mortel, je trouve ça vachement original, il y a plein de notes, continue de m’envoyer des trucs ». Un mois après Laurent Garnier m’appelle en me disant : « j’aimerais bien que tu fasses un remix sur Musique Large, en plus tu es normand, ils viennent de Caen, ça serait marrant ». Notre relation s’est développée au-delà de la fanboy. Au début ça a été compliqué, j’ai dû lui expliquer que j’allais avoir du mal à être normal avec lui. La première fois que nous avons joué ensemble c’était effectivement au Rex Club en 2014, il m’avait invité pour sa soirée. C’était super cool, une de mes meilleures soirées, nous avions fini à 9h du mat. Il y avait eu un match retour à Concrete en 2015, à un after du Weather Festival. Ça s’était super bien passé parce que nous avions préparé le mix et appelé les lights en leur expliquant qu’il y aurait un passage d’acid et qu’il faudrait mettre Concrete dans le noir. Nous nous étions super bien entendu, c’était un B2B très fun, où nous étions à l’écoute. Maintenant nous entretenons une relation stable, nous essayons de se voir dès que possible. Je dis souvent que les longues relations instaurées sont les plus stables.

S’il y a un EP avec S3A que vous deviez retenir, ça serait lequel ?
S3A : C’est super compliqué. Le premier EP, j’en ai vendu pas mal, mais je dirais quand même le dernier EP parce que c’est le Quartet Series et il y avait Local Talk quand je l’ai fait. Ils ont mis un soin particulier pour que cet EP se différence de tous les autres. Le Mimesis EP sur Lazare Hoche m’a demandé aussi pas mal de travail. Il y a aussi pas mal d’EP’s qui vont arriver. J’ai pas mal travaillé fin 2017, début 2018. En 2017, j’ai surtout travaillé avec le label, nous avons fait pas mal de sorties. Cette année, pour 2018, je vais un peu plus penser à moi. Bien sûr, il y aura quand même des sorties avec le label mais un peu moins. Je vais sortir sur différents labels : Le Petit Zoo, le label que vient de faire Pablo Valentino. Il va aussi y avoir l’EP Eureca, un sous-label de Local Talk japonais qui va être en exclu Japon pendant un moment. Je vais être aussi sur pas mal de various comme l’anniversaire de Quintessentials. Je suis content ça marche bien.

Comment imaginez-vous la suite de votre carrière ?
S3A : Plus professionnaliser mes activités, arrêter de juste kiffer, jouer devant des gens et ne pas réfléchir à la stratégie. Musicalement, je pense avoir un penchant plus acoustique dans ce que je fais mais je ne vais pas abandonner la musique électronique. Aujourd’hui, si je devais faire un live band il y aurait forcément des boîtes électroniques dedans. Tous ceux qui font de la house ont tendance à se diriger vers du live band exclusif, comme si la musique électronique représentait ça, je ne pense pas. Depuis 2006, je ne vois pas d’évolution de la techno. Les seuls que je prends toujours autant de plaisir à écouter sont Antigone et Zadig. En techno c’est compliqué de trouver des sons vraiment cools et qui changent. J’essaye d’avoir des harmonies, des chapitres et des évolutions, mais ce n’est pas évident de garder une dynamique et une intensité. Dans tous les cas, je vais continuer à faire ce que je kiffe et je verrais pour la suite.

S3A sera en concert le 2 juin 2018 à La Terrasse de l’ECAM Festival à Lyon.

OPÉRA NORMA À RENNES, UN CERTAIN TRIOMPHE DU ROMANTISME

L’action de l’opéra Norma se déroule en Gaule transalpine occupée par les Romains, vers l’an 50 avant Jésus-Christ. La druidesse Norma a eu deux enfants de son amant Pollione, proconsul romain en Gaule. A voir ou revoir à l’opéra de Rennes les lundi 28 mai, 20h – mercredi 30 mai, 20h, vendredi 1er juin, 20h, dimanche 3 juin, 16h – mardi 5 juin, 20h.

Norma, grande prêtresse des druides est liée par un amour secret au romain Pollione,dont elle a eu deux enfants. Pour lui, elle retarde la guerre prête à éclater. Mais avec le temps, l’amour du guerrier s’est émoussé et ses regards se portent vers la jeune Adalgisa. Naïve, celle-ci évoque avec Norma les avances dont elle est l’objet. Notre grande prêtresse, qui n’a pas compris, au début, de qui il s’agissait, finit par découvrir la trahison. De rage, elle est prête à tuer ses enfants.Elle n’en fait rien. Pour respecter les traditions, Pollione doit être sacrifié aux dieux afin d’assurer la victoire. Norma lui propose d’oublier ce nouvel amour en échange de la vie sauve. Pollione reste inflexible et ce faisant impressionne Norma. Elle s’accuse de trahison et exige de prendre sa place. Cette noblesse de cœur, ravive les sentiments de Pollione, c’est ensemble qu’ils montent au bûcher !

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Quelle grandeur dans cet opéra en deux actes dont le livret, de Felice Romani, s’inspire de l’œuvre de l’académicien Louis Alexandre Soumet, « Norma ou l’infanticide ».L.A.Soumet, tombé dans l’oubli, fut pourtant en son époque un poète et un dramaturge très connu. Son inspiration a bien souvent puisée dans les épisodes héroïques de l’antiquité. A défaut d’être très originales, ses réalisations sont marquées par une réelle qualité d’écriture.

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C’est une véritable gageure à laquelle s’est livré le théâtre Suisse de Saint Gallen en produisant cette œuvre si fameuse, dont les grands airs ont été immortalisés par ce que l’art lyrique a connu de mieux. De Joan Sutherland, Renata Tebaldi, Montserrat Caballé, sans oublier les plus contemporaines René Fleming, Anna Netrebko, toutes les grandes voix se sont frottées à cette charmante cavatine qu’est « Casta diva», si faussement simple. Bien entendu, Maria Callas reste totalement hors norme et hors concours.

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Première approche proposée au public : le lever de rideau laisse apparaître ce qui semble être les ruines d’un château ou d’une maison bourgeoise. Des femmes lavent avec une douceur maternelle le corps sans vie d’un adolescent ensanglanté. Le décor de Andréa Belli, sombre et pourtant intime offre un écrin idéal au drame qui va se dérouler sous nos yeux.

Nicola Berloffa, le metteur en scène a choisi de transposer au XIXe siècle cette œuvre supposée se dérouler au moment de l’occupation romaine. Tous ces parti-pris fonctionnent plutôt bien et personne ne s’étonne de voir les membres des chœurs de l’opéra circuler sur scène en arborant crânement des couvre-chef emplumés dignes des bersagliers italiens.

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C’est Christophoros Stamboglis, dans le rôle de Oroveso, père de Norma, qui ouvre le bal avec une saine vigueur. Le gaillard est à n’en pas douter expérimenté et sa forte voix comme sa vigoureuse présence scénique placent, d’entrée de jeu, la barre assez haut. Il reçoit le soutien des chœurs, toujours solides et impeccables, laissant les travées de l’opéra de Rennes, prises d’assaut jusqu’au dernier strapontin pour cette soirée de première, frémissantes de plaisir.

Tous attendent, bien entendu, l’arrivée de Norma, en la personne de Daniella Schillaci, puisque le grand air de cet opéra se situe au premier acte. Lorsque la prêtresse des druides apparaît, c’est un silence religieux qui accueille les premières mesures du « Casta diva ». En empruntant une position très penchée vers l’avant au début de son interprétation, Daniella Schillaci nuit malheureusement à la bonne projection de sa voix. Ses prises de souffle un peu bruyantes et théâtrales nuisent à la nécessaire linéarité de ce grand air. Au moment des notes élevées et tenues, elle a tendance à beaucoup « pomper » ; ce qui facilite sans doute la tache mais n’est pas esthétiquement séduisant. Et elle est parfois obligée de puiser dans ses réserves et conduit sa voix aux limites de ses capacités, rendant certains aigus périlleux…

NORMA BELLINI

Heureusement, d’un point de vue théâtral, elle est remarquable : offrant à son personnage une palette de sentiments contrastés et une dimension psychologique transparente. Nouvelle Médée, elle ouvre toute grande, son âme torturée, aux regards d’un public subjugué.

Pollione, son amant aussi romain qu’infidèle, sera tenu par le bouillonnant Angello Villari qui donne du personnage, une interprétation solide et pleine de lumière transalpine. Il fait preuve à n’en pas douter d’une belle présence. Sur ce terrain, il est rejoint par Claudia Pavone, laquelle, servie par une voix fort bien dominée, propose une Adalgisa, sensible, fragile mais d’une grande force d’âme. Les trois nous offriront d’ailleurs en conclusion du premier acte une confrontation splendide et passionnée, même si à l’époque, elle fut modérément gouttée du public, car elle sortait des codes habituels de l’opéra. Dans un rôle plus modeste, bon travail également de Sophie Belloir en Clotilde, confidente de la prêtresse, qui avec adresse souligne l’intensité dramatique lors de la décision de Norma de tuer ses enfants pour en punir le père. Comment d’ailleurs ne pas craquer devant les tout jeunes Alix Diveu-Touchard et Léo Gravelat-Raymond qui interprètent, du haut de leurs 8 et 10 ans, ces deux rôles muets avec la grâce propre à leur âge.

opera norma

L’orchestre et les chœurs de l’opéra de Rennes offrent à cette coproduction une colonne vertébrale qui en assure la belle tenue. L’impression est globalement positive et les amateurs d’opéra devraient en tirer une certaine satisfaction. Beaux costumes, beaux éclairages, décors et mise en scène en adéquation, niveau vocal élevé, quelques menus réglages sont encore nécessaires, comme par exemple le curieux ballet – vraiment pas au point – qui ne rend pas hommage au travail du chorégraphe Emmanuel Gazquez. L’ensemble est plaisant, à certains endroits magique.

 

NORMA BELLINI
Opéra en deux actes sur un livret de Felice Romani,
d’après la tragédie d’Alexandre Soumet, Norma ou l’infanticide.
Musique de Vincenzo Bellini. Editions ricordi
1831

Mise en scène Nicola Berloffa
Scénographie Andrea Belli

Chorégraphie Emmanuel Gazquez

Costumes Valleria Donata Bettella
Lumières Marco Giusti

Orchestre Symphonique de Bretagne

Direction musicale Rudolf Piehlmayer

Chœur de l’Opéra de Rennes
Direction Gildas Pungier

Pollione Angelo Villari
Oroveso Christophoros Stamboglis
Norma Daniela Schillaci
Adalgisa Claudia Pavone
Clotilde Sophie Belloir
Flavio Florian Cafiero

Photos : Laurent Guizard

LA SÉRIE LES TROIS MOUSQUETAIRES DÉBOULE A RENNES

Mêler littérature, série télévisée et spectacle vivant en jouant du contexte architectural et politique d’une ville : c’est le pari que relève le Collectif 49 701 avec son adaptation du célèbre roman d’Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires en une série théâtrale. Après des représentations en Belgique, à Paris, Alençon ou encore à Guérande, le Collectif 49 701 pose ses valises à Rennes du 23 mai au 2 juin 2018 où elle jouera les trois premières « saisons » des Trois Mousquetaires au Collège Lycée Saint-Vincent Providence. Compte-rendu d’entretien avec Jade Herbulot et Clara Hédouin, auteures, comédiennes et metteuses en scène.

Le Collectif 49701, c’est d’abord une rencontre entre Jade Herbulot et Clara Hédouin à l’E.N.S de Lettres et Sciences humaines. Puis une proposition, celle de Jade à Clara, de la rejoindre pour se former en tant que comédienne au Studio-théâtre d’Asnières-Sur-Seine dont le code d’entrée était 49 701. Et enfin, une entente entre les élèves d’une promotion de comédiens atypique car composée à 70 % de garçons. Entreprendre une aventure collective, travailler sur le roman, faire une œuvre au long cours dans des lieux publics sont autant d’idées communes qui ont rassemblé les jeunes comédiens autour d’un même projet.

LA SERIE THEATRALE LES TROIS MOUSQUETAIRES ARRIVE A RENNES

Après une relecture du roman, adapter Les Trois Mousquetaires est apparu comme une évidence : le roman parle d’amitié, d’un collectif composé de personnages jeunes et principalement masculins qui persévèrent au fil des années dans une aventure commune. « Tout ce que nous avions envie de tester et d’expérimenter pouvait se faire avec ce roman » affirme Clara.

L’oeuvre d’Alexandre Dumas est d’abord parue dans un journal et prenait la forme de feuilletons. Le choix de découper la pièce en plusieurs saisons et d’adopter les codes de la série télévisuelle s’est donc imposé naturellement. Ce dispositif permet de tenir en haleine le spectateur sur plusieurs spectacles comme le précise Jade. Une même représentation se compose ainsi de trois à quatre épisodes qui durent entre vingt et trente minutes.

LA SERIE THEATRALE LES TROIS MOUSQUETAIRES ARRIVE A RENNES
© Gestuelle

L’objectif de la Compagnie 49 701 était de proposer un spectacle « pas complètement conventionnel » indique Clara. D’un épisode à un autre le dispositif scénique change : le public peut se retrouver en cercle ou en bifrontal, par exemple. Un bar itinérant propose, entre chaque épisode, boissons et alimentation aux noms des personnages comme le « sandwich de Portos ». Clara explique que « ces éléments permettent de désacraliser le rapport au spectacle, aux institutions et aux lieux dans lequel nous sommes ».

Les codes de la série sont présents tout au long des différentes saisons. De courts résumés permettent aux spectateurs de ne pas perdre le fil de l’histoire entre chacun d’entre elles. Des « cliffhanger », moments de suspens rythment la fin de chaque spectacle. Génériques de fin, pages de publicité intégrant des personnages du récit ne sont pas oubliés. Les fans de séries s’y retrouveront aisément.

LA SERIE THEATRALE LES TROIS MOUSQUETAIRES ARRIVE A RENNES
© Gestuelle

Le théâtre hors-les-murs ou contextuel — hors d’un théâtre classique —, que propose la Compagne 49 701 permet par les éléments naturels et leurs imprévus de « lier le passé fictionnel au présent du spectateur » déclare Jade. Ce dispositif offre également au spectateur la possibilité de se réapproprier un lieu de façon inhabituelle, de l’habiter « avec peut-être plus d’insolence que ce qui est prévu par les institutions elles-mêmes » confie la jeune femme. Clara ajoute : « C’est une manière d’avoir un rapport moins policé avec ces lieux, comme pour ensauvager le théâtre ». Les dipositifs théâtraux ont évolué au cours de l’histoire, du théâtre joué dans les rues aux salles de spectacles noires. Aujourd’hui, jouer dehors avec l’état d’urgence devient très compliqué : « c’est une lutte de chaque instant » indique la comédienne.

Le collectif souhaite jouer dans tout type de ville. S’imprégner de l’ambiance des lieux n’est pas difficile et cela se fait rapidement lors des temps de répétitions des artistes. Par contre, « tout ce qui est de l’ordre des relations diplomatiques » avec les villes et les habitants prend plus de temps. Clara estime que c’est une dimension qui au coeur de leur travail. Sans ces relations avec les habitants et les institutions de la ville, le spectacle ne pourrait pas exister. Mais, maintenant entré dans le système de production de festival ou de théâtre, le Collectif 49 701 ne peut rester plusieurs semaines sur les lieux du spectacle et consacre malheureusement moins de temps à ces « relations éphémères ».

LA SERIE THEATRALE LES TROIS MOUSQUETAIRES ARRIVE A RENNES

Les comédiens adaptent la pièce au contexte politique des villes où ils se représentent. Leur volonté est de rendre l’oeuvre d’Alexandre Dumas contemporaine et de traduire les problématiques du roman à celles d’aujourd’hui. En 2016, la compagnie de théâtre jouait près de la Place de la République à Paris pendant le mouvement Nuit Debout. Elle s’était emparée de la façon de parler pendant les assemblées, de la gestuelle adoptée pour l’intégrer au spectacle.

A Rennes, le collectif prend en considération le contexte politique avec l’actuelle grève des étudiants. Le collège et lycée Saint-Vincent et l’I.E.P sont aussi des lieux inspirants où les comédiens pourront jouer plus de 6h de spectacle. C’est la première fois que la compagnie jouera ses trois saisons dans une même ville et un même lieu. Clara en est enthousiaste : « C’est une manière de vivre le projet tel qu’on l’avait rêvé au départ : créer du feuilleton pour une ville, des habitants, dans un seul endroit, pendant un moment restreint. Il s’agit d’habiter la ville avec le roman ».

LA SERIE THEATRALE LES TROIS MOUSQUETAIRES ARRIVE A RENNES

Les Trois Mousquetaires, Compagnie 49 701. Du 23 mai au 2 juin 2018. Collège Lycée Saint-Vincent Providence et I.E.P, Rennes.

➜ Saison 1 « L’apprentissage » — Durée : 1h30
MER 23 MAI & JEU 24 MAI 2018 (20:30 > 22:00)
Collège Lycée Saint-Vincent Providence, rue de Paris, Rennes
Tarif : 12€ tarif normal, 10€ tarif réduit

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➜ Saison 2 « D’Artagnan se dessine » — Durée : 1h45
SAM 26 MAI (20:30 > 22:15) — DIM 27 MAI 2018 (16:00 > 17:45)
Collège Lycée Saint-Vincent Providence, rue de Paris, Rennes
Tarif : 12€ tarif normal, 10€ tarif réduit — DIM.27 : 10€

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➜ Saison 3 « Les Ferrets ou l’honneur de la reine » — Durée : 2h10
MER 30 MAI & JEU 31 MAI 2018 (20:30 > 22:40)
Collège Lycée Saint-Vincent Providence, rue de Paris, Rennes
Tarif : 12€ tarif normal, 10€ tarif réduit

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➜ Intégrale saison 1,2 et 3 — Durée : 5h20 + entracte
SAM 02 JUIN 2018 (16:00 > 23:00)
Collège Lycée Saint-Vincent Providence, rue de Paris, Rennes
Tarif : 20€ tarif normal, 16€ tarif réduit
Restauration sur place possible

Photo de couverture : © Mélodie Daumas

27 MAI, LA PARADE MODERNE INVESTIT LES RUES DE RENNES

Dans le cadre de Dimanche à Rennes et de l’exposition Sculpter (faire à l’atelier) en partenariat avec Les Tombées de la Nuit, les artistes plasticiens et performeurs Yvan Clédat et Coco Petitpierre présenteront La Parade Moderne, une déambulation de sculptures colorées accompagnée du Boléro de Ravel dans les rues de Rennes. Rendez-vous le 27 mai à 15h devant la Criée, place Honoré Commeurec.

Vous êtes sculpteurs, performeurs et metteurs en scène et, parallèlement, costumière et scénographe. Quelles sont vos principales créations ?

Nous avons longtemps fait des « sculptures à activer » qui étaient des objets sculpturaux comportant une partie costume. En français il n’y a qu’un seul mot pour dire tout ce qui recouvre le corps. C’est dommage, mais c’est comme ça. Nous évoluons dans un territoire qui était en général un volume en dur, laqué, d’assez grande dimension. C’était pour la partie vivante, performative et quand ce n’est pas le cas nous mettons des mannequins à l’intérieur des « costumes ». Il y a une partie dure qui peut être sculpturale avec un objet comme un coucou, une grande feuille de houx, un bout de glacier et deux créatures, deux êtres qui évoluent autour de cela. Dans ce cas-là, Coco et moi sommes à l’intérieur des costumes qui sont aussi des sculptures, mais en textile ou constitués de plein de matériaux qui nous recouvrent et font partie de l’objet complet. Quand nous ne sommes pas à l’intérieur, nous mettons ces costumes en situation. L’ensemble fait une sculpture composée d’une partie molle et d’une partie dure. Ces « sculptures à activer » ont été exposées dans les centres d’art, musées… Nous les avons également beaucoup proposées dans le cadre du spectacle vivant. Nous sommes vraiment à la frontière entre ces disciplines. Des lieux de spectacles vivants nous demandent de venir présenter ces objets dans leur version activée et vivante. Nous avons été deux santons suisses autour d’un gros coucou couleur chocolat, deux bonshommes de neige autour d’une décoration de bûche glacée, deux yétis hirsutes sur un bout de glacier, des espèces d’Adam et Ève qui seraient recouverts de cheveux dans une sorte d’Eden déglingué.

PARADE MODERNE A RENNES
Funny Game, sculpture à activer, 2014

Plus récemment, nous sommes revenus à ce que nous avions pratiqué auparavant, mais relativement peu : le spectacle sur scène, frontal avec une temporalité et une dramaturgie. Pour les « sculptures à activer », il n’y a pas de durée, de début, de fin, c’est une sorte de continuum. C’est de la sculpture augmentée d’une partie vivante, mais nous ne sommes pas dans le cadre d’une représentation. D’autant plus que cela ne se réalise pas sur une scène de théâtre.

La Parade Moderne qui est exposée à La Criée est un développement de « ces sculptures à activer » sauf qu’au lieu de mettre en scène l’idée du couple, c’est une œuvre que nous avons faite pour une vingtaine de participants et quelque chose qui est de l’ordre de la déambulation dans l’espace public. Les autres œuvres se destinent plutôt à l’espace muséal et intérieur. Encore que nous avons réalisé une pièce pour la danseur et chorégraphe Sylvain Prunenec où il est une espèce de créature marine à l’intérieur d’une grosse décoration d’aquarium agrandi. C’est quelque chose que nous faisons aussi en extérieur pour venir contredire ce que j’ai dit précédemment. La sculpture est toujours au centre de nos performances, spectacles et du vivant.

PARADE MODERNE A RENNES
L’ellipse de René Magritte, 1948

Chacune des sculptures de La Parade Moderne fait référence à un artiste célèbre du XXe siècle : Edvard Munch, Fernand Léger, Max Ersnt, René Magritte… Pourquoi s’être inspiré de ces peintures ?

Il y avait l’idée du Cri d’Edvard Munch et L’ellipse de René Magritte en tête de la parade où le personnage a un très long nez en forme de fusil. Nous voulions faire quelque chose d’un peu sexué. Nous avons eu une proposition pour faire une sculpture extérieure à la biennale d’art contemporain d’Anglet. Nous nous sommes dit que nous pouvions partir de la peinture et en faire un défilé, une parade. Nous nous sommes penchés sur une période de l’histoire pour ne pas embrasser une période trop longue et parce que l’art moderne est le moment où les artistes se sont intéressés à la transformation de la figure humaine. Cela aurait été plus compliqué de faire quelque chose à partir d’un Rembrandt. Nous avons recherché des tableaux susceptibles de pouvoir se métamorphoser en 3D tout en sachant que nous ne voulions pas faire une copie exacte, cela ne nous intéressait pas. C’était juste des répertoires formels et des sources d’inspiration. Malgré tout nous avons essayé de rester dans une intimité avec le tableau sauf que nous l’avons traité avec nos matériaux, nos techniques et en trois dimensions. Nous avons pris de grands artistes du XXe siècle, tous morts. Nous avons cherché chez ces grands artistes les tableaux propices à ce travail-là. Nous avons éliminé des artistes qui avaient beaucoup trop travaillé sur le volume comme Picasso. Il a tellement traité la figure en trois dimensions que nous nous serions retrouvés à faire un faux Picasso, ce que nous ne voulions pas. Mis à part Jean Arp qui a fait pas mal de volumes. Il y a trois Magritte dans La Parade Moderne car il y a un répertoire de formes qui se prête à cela et pour le coup Magritte n’a pas traité le volume.

PARADE MODERNE

La priorité est la qualité sculpturale de l’ensemble bien avant la praticabilité ou le confort des porteurs. Les sculptures sont lourdes, techniques. Cela n’a rien à voir avec un défilé de carnaval. Ce sont des sculptures à part entière portées par des participants lorsqu’elles ne sont pas exposées sur leur support.La Parade Moderne a ses dix figures sculpturales faites en partie en dure puisque dans nos sculptures l’homme fait tout ce qui est dur et la femme tout ce qui est mou. C’est très sexué malgré nous. Il y a une partie en tulle plissé que sont les jupes avec des kilomètres incroyables de tulle pour arriver à faire ces jupes plissées. Il y a une partie dure, de matériaux divers recouverts de laque automobile et vernie. C’est très coloré ce qui fait de cette parade un ensemble assez joyeux sauf qu’en tête de cortège une fanfare joue le thème du Boléro de Ravel en boucle. Les musiciens sont habillés tout en noir, ils ont une attitude un peu martiale comme lors d’une procession mortuaire. Le thème du Boléro de Ravel est assez grave, plombé en marchant extrêmement lentement. La Parade Moderne en version performative, activée est ce mélange entre un défilé de carnaval et une procession mortuaire. D’autant plus que tous les artistes représentés étant morts, ce sont des hommages que les gens ont sur leurs épaules.

Si on cherche des musiques connues à la fin du XIXe puisque l’artiste le plus ancien que nous avons choisi date de cette époque avec Le Cri de Munch, c’est très compliqué de trouver des œuvres musicales que tout le monde connaît. C’est le moment de la déconstruction, de dodécaphonisme (technique musicale fondée sur l’emploi des 12 sons de l’échelle musicale dite chromatique). Nous ne pouvons pas mettre du Schoenberg ou même du Stravinsky, car il n’y a pas de mélodie. Une des mélodies que tout le monde partage en France est le Boléro de Ravel. C’est aussi pour cela que nous l’avons choisi. C’est une sorte de tube et il vient démentir le côté coloré et joyeux de La Parade Moderne.

La Parade Moderne a défilé à Paris, Bordeaux, Singapour… la réception de votre œuvre artistique a-t-elle, pour le moment, été différente d’une ville ou d’un pays à un autre ?

PARADE MODERNE A RENNES

La réception est difficile à savoir. Il y a des attitudes différentes. Par exemple, en Italie, le public suit très facilement. Il y a une culture de la parade. Nous l’avons fait dans des contextes différents. A Singapour c’était sur la Marina Bay, un contexte très réduit, elle était visible tout le temps. Il y avait moins de déambulations avec la parade bien qu’il y en ait aussi eu. La chose qui est communément partagée est le plaisir des participants de porter les têtes. Nous sommes toujours un peu gênés, car certaines sont quand même très lourdes. Nous leur demandons un effort. Jusqu’à présent les participants et volontaires ont toujours été ravis de l’expérience. Lorsque nous sommes à l’intérieur, nous vivons beaucoup de choses. Coco et moi le savons, car nous avons l’habitude. Pour les porteurs, ce n’est pas forcément évident, mais quand nous sommes à l’intérieur, le public autour, la vision extrêmement réduite, les questions d’équilibre, le bruit qui parvient à l’intérieur des sculptures de façon très modifiée… nous vivons des choses assez plaisantes malgré la fatigue physique qui est réelle. Les enfants aiment beaucoup les grosses poupées qui passent ! Elle est très bien accueillie malgré les contextes différents. Cette œuvre a été acquise et appartient à un collectionneur avec lequel nous avons un arrangement tacite : il nous la met à disposition dès que nous la demandons pour la sortir. Norbert Fradin est un promoteur à Bordeaux. C’est une association unique : il accepte le risque de ces sorties et voyages. Nous avons cette chance d’avoir quelqu’un qui a acquis l’œuvre sachant qu’une de ses raisons d’être est d’être activée, de faire l’objet d’une parade. De cette façon, le côté très précieux des œuvres fait que les participants et les porteurs ont un sentiment de responsabilité. Ils sont contents d’avoir sur les épaules des objets aussi précieux et finis. Cela joue sur la réception de La Parade Moderne de la part des porteurs.

Qu’est-ce que La Parade Moderne nous dit-elle du rapport à la fête aujourd’hui ?

Nous ne voulons pas traiter de la fête. Ce n’est pas un thème qui nous intéresse. Dans la mesure où nous mettons le Boléro de Ravel, c’est une façon de démentir l’idée de fête. Ce qu’on fait est tout sauf triste, mais ce que nous faisons est de la sculpture. Si nous avions voulu être festifs, nous n’aurions pas dit aux musiciens de s’habiller en noir et de déambuler au ralenti. C’est tout sauf un rythme de carnaval. C’est plus émouvant que festif. S’il y a quelque chose qui s’adresse au public, il y a l’idée de faire un cours d’histoire de l’art en plein air, de trimballer de grands artistes célèbres et de les montrer en extérieur. Ce côté référence est vraiment important pour nous, mais c’est plus une référence à l’histoire de l’art que celle de la fête. A Rennes il va y avoir un relais, c’est la première fois que nous le faisons. Les sculptures vont être déposées au sol à différents endroits puis ré-endossées par un nouveau groupe de porteurs. Le départ et le retour se font à La Criée.

Dimanche 8 avril, de 15h à 16h45. La Criée centre d’art contemporain, Place Honoré Commeurec, Rennes. Gratuit.

MATTHIEU RIETZLER EST LE NOUVEAU DIRECTEUR DE L’OPERA DE RENNES

Ils n’étaient plus que six candidats à la direction de l’Opéra de Rennes. C’est finalement le projet de Matthieu Rietzler, secrétaire général de la Maison de la danse à Lyon depuis 2012, qui a séduit le jury constitué de représentants de la ville, de la métropole de Rennes, de la région Bretagne et de la Direction régionale aux affaires culturelles.

MATTHIEU RIETZLER
MATTHIEU RIETZLER, DIRECTEUR DE L’OPÉRA DE RENNES

Depuis le départ d’Alain Surrans pour Nantes l’opéra de Rennes se cherchait un nouveau directeur. Dans le contexte d’une coopération accrue, et non d’une fusion, entre les maisons d’opéra Rennaise et Nantaise, le choix de Matthieu Rietzler (37 ans) devra être le gage d’une collaboration fructueuse avec Alain Surrans. C’est d’égal à égal qu’il leur faudra initier une nouvelle dynamique lyrique entre Rennes Nantes et Angers.

Egalité des fonctions de direction mais pas égalité des budgets… Avec 10,5 millions d’euros pour l’opéra de Nantes et 4 millions d’euros pour celui de Rennes, il faudra que Matthieu Rietzler fasse preuve d’imagination et d’innovation pour que Rennes ne vive pas dans l’ombre de Nantes.

En complicité avec l’Orchestre symphonique de Bretagne, les ensembles en résidence (le Chœur Mélisme(s) et Le Banquet Céleste) et les équipements de la Ville, Matthieu Rietzler entend ainsi proposer une programmation ouverte à tous les répertoires, du baroque au contemporain. Cette diversité de registres s’incarnera aussi par des formes aux frontières du répertoire lyrique : spectacles musicaux, concerts chorégraphiques ou projets unissant cirque et musiques vocales et instrumentales.

Matthieu Rietzler s’appuiera sur les liens qui existent entre l’Opéra et les structures culturelles et s’inscrira dans la vitalité de la vie artistique rennaise pour continuer à faire de l’Opéra de Rennes une maison lyrique pour tous.

Dans une démarche de sensibilisation, l’éducation artistique et culturelle trouvera une place de choix au cœur de ce projet, et des projets participatifs proposés à tous, jeunes et adultes, amateurs ou publics éloignés de l’Opéra. Une stratégie ambitieuse de développement numérique permettra de soutenir le déploiement de ce projet qui continuera, notamment, à reposer sur Opéra sur écran(s).

Matthieu Rietzler prendra ses fonctions au démarrrage de la prochaine saison 2018-2019.

Pour mémoire les cinq autres candidats étaient : Alice Orange, Roland Auzet Jean-Jacques Groleau, Rozenn Chambard et Xavier Adenot.

A propos de Matthieu Rietzler
Matthieu Rietzler, 37 ans, est diplômé d’un master de l’ICN Business School de Nancy et d’un diplôme de 3ème cycle de management public. Actuellement secrétaire général de la Maison de la Danse à Lyon, il a été auparavant secrétaire général de l’Opéra de Lille, responsable du jeune public de l’Opéra national du Rhin, et avait débuté à l’Opéra national de Lorraine. Très attaché à la transmission, il a dirigé pendant une dizaine d’année des centres de vacances musicales, a été président de RESEO (réseau européen pour la sensibilisation à l’opéra et à la danse) et il intervient comme enseignant-vacataire à Sciences-Po Lille et Sciences-Po Lyon.

PUNCHLINES DES ADOS CHEZ LE PSY, COMPILATION MORDANTE PAR SAMUEL DOCK

Samuel Dock, psychologue, aime surprendre ses lecteurs. Une fois de plus, c’est plutôt réussi… Avec Punchlines des ados chez le psy, le jeune trentenaire parfois adulescent propose deux cents pages d’instantanés, de petites anecdotes qui forment son quotidien de thérapeute auprès d’adolescents, de réflexions entre le patient et leur accompagnant. Et cela ne manque ni de sel ni d’humour !

Punchlines des ados chez le psy

Il est de bon ton pour certains adultes, qui ont oublié la période complexe de l’adolescence – transition entre le monde de l’enfance et le monde « dit adulte » -, le temps des questions quant à l’existence, quant au quotidien, quant aux relations avec les parents, les référents que l’on se choisit ou que l’on choisit pour vous, quant à la quête d’identité, de noter que c’est un passage pénible, que les ados sont souvent en révolte, sont insupportables tellement troublés par leurs hormones, par leur inclination à affirmer leur caractère… N’entend-on pas des expressions telles que : « tuer le père », « devenir adulte », « j’ai le droit », et j’en passe.

PUNCHLINES

En rafale comme la punchline : la période de transformation du corps, des premières amours, l’obsession de ne pas prendre de poids sinon de dessiner ses muscles, la surveillance accrue de l’apparition des premières formes pour les filles, les poussées d’acné qui défigurent quelquefois, les érections incontrôlées, les moments intimes de découverte du fonctionnement de son propre corps, l’appréhension de plaire ou de déplaire à l’autre sexe, les moqueries pour ne pas dire les vacheries de son propre sexe, la question du genre, des genres, l’acceptation de l’autorité parentale que l’on combat pourtant.

Tout y passe dans ces quelque cent tableaux réalisés par l’auteur au fil de ses séances d’écoute auprès des jeunes. Les adultes qui veulent gommer d’un trait ce passage nourrissent lâchement des mots durs à l’endroit de leur propre progéniture : il ou elle doit entrer dans le cadre défini et s’y tenir tout comme l’École qui n’aime pas que les ados sortent le cadre défini par des textes souvent aux antipodes du temps présent. (c’est pourtant un des hauts lieux où l’on se doit de les aider à développer leur libre arbitre).

Samuel Dock
Samuel Dock

Samuel Dock, par l’espace de dialogue sans jugement hâtif, qu’il réserve, entre les murs de son cabinet, à l’hôpital, réussit à laisser s’exprimer ces ados qui ne manquent souvent pas d’à propos, de réflexions nourries, de questionnements ô combien intéressants et qui nous renvoient à nos propres interrogations passées et parfois non résolues. Avec un humour décapant, ce qui ne n’est pas pour déplaire. Les jeunes qu’il observe, dont il rapporte avec une sincérité franche les expressions, le vocabulaire aux teintes multiples, nous livrent ce qu’ils sont. On leur doit un respect profond, car les jeunes gens ne manquent pas de bon sens, d’humanité, de force, de vérité, tout ce qui forme et formera leur propre caractère, leur propre identité. Et quand on entend que la jeunesse d’hier était plus aboutie que celle d’aujourd’hui, on se pince pour ne pas pleurer, on grogne pour ne pas hurler que ce n’était pas nécessairement mieux avant. Au temps venu de la génération Y et demain la génération Z, les futurs adultes sont souvent plus matures qu’on ne le croie, en phase ou en rébellion avec une société rapide, numérique, qui ne tolère pas l’échec, le manque de performances, le besoin de prendre son temps pour apprendre à grandir encore un peu.

Punchlines, ce sont ces petites phrases-choc, ces petites réactions qui font mouche quand elles ne laissent pas souriant; ce sont des réflexions auxquelles nous devons porter intérêt et bienveillance, car les jeunes savent faire preuve de discernement et de prise de conscience avec leurs maux et leurs mots à eux.

C’est « frais », comme disent nos ados. C’est beau et vivifiant. C’est vivant et c’est heureux ! Et c’est tellement juste !

Punchlines, des ados chez le psy. Éditions First. 200 pages. Parution : mai 2018. Prix : 15,95€

Samuel Dock

FEMMES NOIRES, SEXISME, RACISME ET AFROFEMINISME

L’afroféminisme nait aux États-Unis durant la vague d’émancipation féministe des années 1970 dans le creuset du Black Feminism (féminisme noir). L’afroféminisme attache une attention particulière aux enjeux qui découlent de l’histoire de la diaspora afropéenne durant la colonisation et aux discriminations spécifiques auxquelles font face les femmes afros. L’afroféminisme s’inscrit dans le champ de l’intersectionnalité et sa dimension militante France est très active sur les réseaux sociaux, blogs et cybermouvements. Voilà son actualité à Rennes en trois volets sonores.

afrofeminisme

Episode 1 : Diane
Femmes Noires, une lutte, épisode 1, réalisé par Perrine Juan et Nina Pareja.

Diane, étudiante, femme noire, raconte son activité militante, principalement sur les réseaux sociaux et tente de sensibiliser à l’afroféminisme en partant de son expérience personnelle. Exemple, elle se fait régulièrement toucher les cheveux sans son consentement. Dans la Série, elle nous explique pourquoi cela est problématique.

afrofeminisme
04 Jul 1974, Raleigh, North Carolina, USA Radical political activist Angela Davis speaks at a street rally in Raleigh. Image by © Bettmann/CORBIS

Episode 2 : Ouvrir La Voix

Femmes Noires, une lutte, épisode 2, réalisé par Maureen Wilson et Nina Pareja.

Jeudi 17 mai dernier, le cinéma l’Arvor diffusait le documentaire « Ouvrir La Voix » en présence de sa réalisatrice Amandine Gay. Avec la voix des 24 participantes, la réalisatrice soulève l’enjeu des discriminations spécifiques subies par les femmes noires. Pour la Série, elle revient sur la production du documentaire, les raisons qui l’y ont incité…

Episode 3 : Aurélia Décordé
Femmes Noires, une lutte, épisode 3, réalisé par Maureen Wilson.

Aurélia Décordé est une femme noire. De la lutte contre les violences sexistes et racistes qu’elle subit, elle a fait son engagement en lançant l’association rennaise Déconstruire. Il s’agit d’une structure qui travaille a déconstruire les deux systèmes de domination. Pour Canal B, elle revient sur son parcours, sur sa définition de l’afroféminisme, son travail militant…

aurélia decordé
Aurélia Decordé

RENNES. Le Marché à Manger dimanche 2 septembre 2018

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Dimanche à Rennes présente : Le Marché à Manger dimanche 2 septembre 2018

MAM – Marché à Manger Le Marché à Manger La Criée Marché central 11h à 17h Entrée gratuite. Organisé par MAM – Le Marché à Manger Le Marché à Manger de septembre mettra à l’honneur les femmes chefs !

 

Adresse
La Criée Marché central
Place Honoré Commeurec

Le Marché à Manger

AKANE GALERIE VÉGÉTALE, LE CABINET DE CURIOSITÉ FLORISSANT DE RENNES

Chez Akane, galerie végétale située au 37 rue Poullain-Duparc à Rennes, les plantes reflètent un état d’esprit, entre douceur et bien-être. Les propriétaires, Françoise et Pascale, proposent de redécouvrir le sens des fleurs à travers les traditions florales japonaises. Présentation d’une boutique au charme et à l’originalité indiscutable.

akane galerie vegetale rennes

Qui n’a jamais entendu parler du bonsaï, pour le plus célèbre des arts traditionnels japonais, cet arbre miniature dont les formes évoquent ceux que l’on trouve dans la nature. Encore peu connus en France, les arts floraux japonais se sont façonnés un nid douillet au sein de la galerie végétale Akane. Ouverte depuis décembre 2016, le végétal règne en maître dans cette boutique qui respire le charme et la spiritualité dés l’entrée.

akane galerie vegetale rennes

Avec un nom aux multiples traductions françaises – plante, teinte rouge ou Garance, le prénom de sa fille – l’histoire de cette galerie atypique commence avec deux sœurs, Françoise, fleuriste depuis 15 ans, et Pascale, commerciale et ingénieure en biotechnique.

akane galerie vegetale rennes

Qu’elles soient en pot, suspendues, rampantes ou à même le sol, Françoise propose une nouvelle vision des plantes. À la fois originales et personnelles, ses compositions relèvent d’une formation acquise en Allemagne et de techniques apprises au pays du soleil levant. « J’avais besoin de me nourrir de nouvelles pratiques. Je suis sensible à l’Ikebana depuis longtemps, une technique japonaise – explique t-elle – j’ai voulu voir ce qu’il en était sur place, au Japon ».

De retour en France après six mois de voyage, elles ouvrent leur galerie végétale en plein centre de Rennes, un cocon familial original. Terrarium, Ikebana (la voie des fleurs), Kokedama (boule de mousse) et ateliers de graff végétal, un petit cabinet de curiosité florale s’ouvre devant vos yeux dés les premiers pas à l’intérieur. Françoise met en scène le végétal et le magnifie . Chaque composition correspond à une tradition et une symbolique basée sur l’harmonie linéaire, de rythme et de couleurs. Une esthétique japonaise très importante pour la fleuriste.

Comme un complément en adéquation avec leur démarche créative, un espace est réservé aux créateurs indépendants, pour le côté brocante. Les bijoux à base de plumes de paons de Kakak’s Splendor, les couteaux en laiton et lame en acier carbone de Hogonokami ou encore les bijoux délicats de Richad Kala sont paisiblement installés sur les étagères en bois, entourés de compositions à base de feuilles et fleurs fournis par les producteurs locaux.

« Pascale s’occupe de la partie brocante et décoration pour valoriser le travail de créateurs locaux. Pour ma part, j’essaie au maximum de collaborer avec des fournisseurs locaux comme à Paimpont par exemple. C’est difficile d’être originale et de trouver des fleurs de qualité avec les fournisseurs hollandais » précise t-elle alors qu’elle s’affaire à accrocher les décorations artisanales en céramique de Marie-Michèle Hamon, créatrice indépendante avec qui elle travaille. « Ma spécialité, travailler avec peu de fleurs, mais beaucoup de feuilles ».

INFOS PRATIQUES

Akane
37 rue Poullain-Duparc
35000 Rennes

Horaires :
Du mardi au samedi : 10h – 13h30, 14h30 – 19h
Fermé le dimanche et lundi

Ateliers adultes et enfants.
Renseignements au 02 90 09 75 70

LA GRENOUILLE À GRANDE BOUCHE DE RENNES, MENU DÉCOUVERTE ET SOLIDARITÉ

Du 12 au 30 juin 2018, rendez-vous chaque midi au Triangle de Rennes pour partager les repas de la Grenouille à Grande Bouche. Après une première expérimentation du 3 au 10 mars 2018, le trio de la Grenouille à Grande Bouche continue à expérimenter un modèle d’économie solidaire à travers son restaurant temporaire à Rennes. Aux côtés d’une équipe professionnelle, des bénévoles aident en cuisine ou au service afin de permettre à l’entreprise de reverser ses bénéfices à des associations.

Lundi 5 mars 2018, quartier du Blosne, Rennes. « On dirait une odeur de canalisation… » L’étudiante espagnole referme rapidement son pot et le repose sur la table de bois, aux côtés d’autres pots similaires. Les sept autres participants de l’atelier d’écriture n’osent pas porter leur nez plus près. Sur sa feuille, l’étudiante a décrit un décor de vieille salle de bain, que lui inspirait l’odeur. On comprend aisément pourquoi lorsqu’on respire ces fragrances de moisissure. Encore heureux qu’elle n’ait pas poussé l’exercice jusqu’à la description d’un siphon bouché.

L’ambiance est bon enfant, au rez-de-chaussée de l’immeuble Samara, quartier du Blosne. Sur les murs, des pages jaunies sont accrochées. Posés sur une table, à côté d’une théière, quelques carrés de chocolat noir attirent déjà l’œil.

« C’était une odeur de maroilles », précise finalement Fanny Armand. Spécialiste dans l’éveil au goût, elle co-anime l’atelier de cette soirée avec Louise Katz, enseignante-chercheuse en littérature néolatine. Cela fait plus d’un an qu’elles s’investissent dans le projet de la Grenouille à Grande Bouche, aux côtés de Nathanaël Simon, ancien journaliste radio local.

grenouille à grand bouche

« Au départ, on voulait créer une maison des goûts et des écritures », se rappelle ce dernier. Une idée que les trois amis ont eue, progressivement, au fil de discussions à la fin de repas communs. « On avait envie de créer un lieu où l’on puisse bien manger et où on puisse raconter des histoires », détaille-t-il. Le nom du projet fait écho à ces ambitions. « La grenouille a grande bouche, c’est l’histoire d’une grenouille qui raconte des histoires et qui nous demande ce qu’on mange », explique Nathanaël Simon. « Et donc ça nous parlait, d’autant plus que ça interpelle ! »

grenouille à grand bouche

Depuis, leur idée a évolué, pour se concrétiser progressivement. Du 28 février au 10 mars, le trio a ouvert un restaurant temporaire, qui propose en parallèle des ateliers d’écriture et d’ouverture au goût. Pendant ces deux semaines, ces trois passionnés du goût pourront vérifier si le modèle choisi est viable économiquement, et quels ajustements ils doivent lui apporter.

C’est qu’ils n’ont pas voulu faire les choses comme tout le monde. « On a voulu créer une entreprise avec un fonctionnement démocratique », raconte l’ancien journaliste radio. Chaque salarié aura, s’il le souhaite, un droit de vote, pour décider des orientations de l’entreprise. Sur le plan juridique, ce qui est encore une association prendra la forme d’une Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC). En d’autres termes, d’autres acteurs peuvent se joindre aux salariés de la coopérative pour porter ce projet et y participer. « On aimerait fédérer des collectifs d’écrivains, de producteurs, d’usagers, qui pourraient participer à la gouvernance », explicite Nathanaël Simon.

grenouille à grand bouche

Mais l’ambition va bien au-delà de l’entrée de mécanismes démocratiques dans l’entreprise. « On voudrait redistribuer tous les bénéfices, du restaurant comme des ateliers, à des associations qui ont du sens pour le territoire », poursuit l’ancien journaliste. Pour rendre cela possible, le trio demande une participation particulière aux clients du restaurant. « On demande à des personnes de nous aider bénévolement, soit en cuisine, soit au service », continue-t-il. Une inspiration qui leur vient du Québec. Le trio avait ainsi testé cette recette dans un restaurant, les Robins des bois, qui appliquait ces mêmes principes.

grenouille à grand bouche

Derrière les fourneaux, c’est bien un cuisinier qui prépare les plats du jour. Mais à ses côtés, deux bénévoles l’assistent. Ce jour-là, ils ont ainsi préparé le dessert, et aidé pour les entrées.  « Ils vont avoir leur propre rythme, parce qu’ils sont bénévoles, il n’y a pas d’obligations de résultat », précise Nathanaël Simon. Certains viennent pour défendre ce projet, d’autre parce qu’ils ont envie d’apprendre des techniques, des recettes, aux côtés d’un cuisinier professionnel.

En salle, trois bénévoles font le service. Quand on les voit s’empresser à une table, échanger entre eux, on sent pointer l’anxiété sous leur bonne volonté. Ils se précipitent vers l’entrée au moindre bruit de porte, viennent par deux à une table pour être sûrs de bien prendre la commande. À l’intérieur de la salle, sous les guirlandes de vieilles pages, il n’y a plus qu’une table vide. En sueur, Nathanaël Simon fait le pont entre ces bénévoles qu’il encadre et la cuisine.

grenouille à grand bouche

« Cet engagement éphémère donne une autre énergie, et permet de belles rencontres », se félicite-t-il. La veille, il faisait le service aux côtés d’un homme de 30 ans, d’une femme de 60 ans et d’une autre de 40 ans. Des personnes qu’il n’aurait pas rencontrées autrement.  « Ça crée des échanges, c’est super sympa, et en même temps, il faut tenir le rythme, et donc on s’entraide, il y a une vraie dynamique de groupe », se félicite-t-il. Face à l’anxiété de certains bénévoles, les clients du restaurant se montrent compréhensifs.

« Pour l’instant, on va au-delà de nos espoirs », constate Nathanaël Simon. Les deux premiers jours de l’ouverture, il a même fallu rajouter des couverts dans la salle. Habitants du quartier, travailleurs des bureaux voisins ou même touristes de passage viennent profiter d’un des rares lieux de restauration proche. La fermeture pendant les vacances de la boulangerie voisine donne un petit coup de pouce inattendu au trio.

« On a bon espoir de pouvoir redistribuer des bénéfices », note l’ancien journaliste. Ceux-ci iront à l’association Le P’tit Blosneur, une association qui veut créer du lien social dans le quartier du Blosne à travers notamment une conciergerie. « C’est un projet qui nous parle », précise-t-il. C’est que le P’tit Blosneur comme la Grenouille à Grande Bouche s’ancrent dans les réseaux rennais de l’économie sociale et solidaire.

grenouille à grand bouche

Tous deux se sont lancés avec le soutien de Tag35, un propulseur local de « l’entrepreneuriat collectif ». Les personnes intéressées par l’économie sociale et solidaire y reçoivent conseils et formations pour préparer leur projet d’association ou d’entreprise. L’équipe de la Grenouille à Grande Bouche a ainsi pu se former au marketing, au financement d’entreprise, à la gouvernance, à la gestion des ressources humaines… et tisser des liens. Séparés de quelques dizaines de mètres, le restaurant temporaire de la Grenouille à Grande Bouche et la conciergerie du p’tit Blosneur sont aussi reliés par des liens d’amitié.

Le lien entre les deux équipes persistera, quel que soit le lieu final retenu pour le restaurant de la Grenouille à Grande Bouche. Après ce 10 mars, l’équipe prendra deux semaines pour faire le bilan de son expérimentation, et cherchera un autre endroit pour poser ses plats et ses ateliers. « On recherche un espace de 250 m² », précise Nathanaël Simon. Il espère ouvrir les portes de la Grenouille à Grande Bouche au mois de septembre prochain. De manière définitive, cette fois.

Page Facebook La Grenouille à Grande Bouche

MAJ 2019 : La Grenouille a trouvé un local pour son restaurant . Celui-ci s’installe dans l’ancienne boucherie du centre commercial Torigné, sur le quartier du Blosne.
Et qui dit installation, dit travaux et qui dit travaux, dit CHANTIER PARTICIPATIF.
Le chantier se déroulera du samedi 21 septembre au vendredi 4 octobre tous les jours, y compris les samedis et les dimanches.
Pour en savoir plus et vous inscrire 📞 : 06 19 77 45 87

grenouille à grand bouche

HALLES CENTRALES DE RENNES,  BIENVENUE À LA CRIÉE MARCHÉ CENTRAL !

Bienvenue à La Criée Marché central de Rennes ! Après les nouveaux horaires mis en place en 2017, la ville de Rennes et l’association des commerçants des Halles Centrales poursuivent la redynamisation du lieu en conférant une dimension événementielle à ce bâtiment du début du XXe siècle dessiné par l’architecte Emmanuel Le Ray.

Mercredi 23 mai 2018 – au carrefour du boulevard de la Liberté, de la rue Jules Simon, de la rue de Nemours et de la place Honoré Commeurec – les commerçants des Halles Centrales, l’association MaM Event et la Ville de Rennes ont dévoilé en primeur la nouvelle identité visuelle et la première programmation de La Criée Marché central qu’ils ont développées de conserve.

halles centrales nouvelle identité La Criée Marché central rennes
Présentation de la nouvelle identité des Halles Centrales en présence de Olivier Marie et François Maciag de l’association MaM Event ; Marc Hervé, adjoint à la Maire de Rennes, délégué aux relations économique au commerce et à l’artisanat ; Michel Siroit, le coprésident de l’association des commerçants des Halles ; Céline Elluard de la Boulangerie Elluard et Christophe Mauger, de Le Primeur des Halles.

« Certains Rennais ne connaissent pas les Halles, nous manquons peut-être de notoriété. Peut-être est-ce aussi parce que le centre-ville a évolué. À nous commerçants de s’adapter et d’attirer une nouvelle clientèle » souligne Christophe Mauger, commerçant Le primeur des Halles depuis cinq ans.

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Avec ses vingt-huit commerçants de bouche – poissonniers, fromagers, bouchers-charcutiers, primeurs, boulangers, traiteurs et plats cuisinés qui bénéficient de loyers municipaux très modérés –, les Halles Centrales proposent depuis plusieurs années un marché couvert doté de produits diversifiés et de qualité. Cependant, l’ombre du Marché des Lices (avec ses Halles Martenot) plane toujours au-dessus de ce chapiteau Art-Déco pourtant bien identifié dans le paysage rennais. Une ombre renforcée par une atmosphère générale un peu froide, un tropisme de fait pour les personnes âgées et des tarifs réputés élevés, voire excessifs en période de fêtes. Bref, pas trop les ingrédients de la recette tendance…

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« Deux objectifs dans cette nouvelle identité : le premier relève du futur mobilier mis en place – précise Marc Hervé, adjoint à la Maire de Rennes – des “manges-debout” vont par exemple être installés la semaine prochaine à l’intérieur du bâtiment pour pouvoir manger sur place. Le second concerne l’animation et la communication autour du lieu ».

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Nouveau nom, nouvelle identité visuelle 

À partir du 1er juin 2018, terminé la pluralité des « Halles Centrales », elles reprennent possession d’un des noms inscrits sur le bâtiment et se forge une identité singulière : La Criée Marché central. Avec ce nouveau nom et un visuel de qualité sans être premium, les commerçants se lancent dans une nouvelle aventure. Objectif : atteindre le coeur (et le portefeuille) de nouveaux Rennais (notamment les jeunes actifs) en intégrant le projet urbain Rennes 2030. À la fois environnement culinaire et lieu patrimonial, convivialité et chaleur humaine seront les maîtres-mots pour « un lieu gourmand et chaleureux. Un lieu de vie qui peut-être investi par divers acteurs culturels pour que les Rennais s’approprient ce lieu » précise Marc Hervé.

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Les Snackés : « des tapas à la française »

Avec ce nouveau concept signé MaM Event, le moment de l’apéritif est revisité pour un moment convivial autour de produits de qualité. Après l’achat de produits dans les Halles, les visiteurs pourront profiter de planchas mises à disposition en libre accès. « L’idée était de pouvoir consommer sur place. Se fixer à un endroit pour faire vivre le lieu » renchérit l’adjoint délégué aux finances, aux relations économiques, au commerce et à l’artisanat. En sus de ces apéros plancha (chaque 3e vendredi du mois) un food truck présent chaque jour à l’heure du déjeuner renouvellera chaque mois son menu.

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Le Marché à Manger revient tous les mois 

« Le marché à manger fait maintenant partie intégrante des Halles », explique Christophe Mauger. Le food market préféré des Rennais, proposé par MaM Event, a dorénavant une place de choix dans le calendrier de La Criée. Tous les premiers dimanches du mois – exactement 10 par an – une dizaine de chefs viendront proposer leurs plats pour la modique somme de 6 €, contre 8 € les éditions précédentes. La conjonction de cette baisse (qui ne manquera pas de réjouir le portefeuille notamment des familles…) et de la gratuité des principaux établissements culturels de Rennes chaque premier dimanche constitue un argument attractif, voire décisif, en faveur de ce nouveau rendez-vous.

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« La Criée en fête ! » : un lancement sous le signe de la fête

Pour lancer ce nouveau « positionnement » de « La Criée Marché central », un week-end festif est organisé du vendredi 1er juin au dimanche 3 juin 2018. L’événementiel rencontre le patrimonial dans ce rendez-vous exceptionnel : les commerçants ouvriront jusqu’à 22h afin de rencontrer leur future nouvelle clientèle.

Au programme : animations, dégustations, tirages au sort, concerts, marché à manger et un nouveau rendez-vous du vendredi soir. Une occasion de découvrir le nouveau visage des Halles Centrales ou, plutôt, de La Criée Marché central !

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Samedi 2 juin : 17 h : Concert de Mazen Kerba

INFOS PRATIQUES

La Criée – Marché Central 23, rue Jules Simon 35000 Rennes

Horaires :
Du lundi au samedi de 9 h à 14 h et de 16 à 19 h (jusqu’à 19 h 30 le vendredi)
Dimanche : 8 h – 13 h

dimanche 08:00–13:00
lundi 09:00–19:00
mardi 09:00–19:00
mercredi 09:00–19:00
jeudi 09:00–19:00
vendredi 09:00–19:30
samedi 09:00–19:00
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MORT SANS NOBEL DE PHILIP ROTH

Philip Roth est mort le 22 mai 2018 à Manhattan, New York. Illustre écrivain américain, il est né le 19 mars 1933 à Newark dans le New Jersey.

philip roth
Philip Roth

Philip Roth accède à la reconnaissance internationale avec le recueil de nouvelles Goodbye, Columbus, qui remporte le National Book Award en 1960, et grâce à son best-seller Portnoy et son complexe (Portnoy’s Complaint), paru en 1969. Son œuvre est notamment dédiée à son personnage et alter ego Nathan Zuckerman, dont le cycle débute avec L’Écrivain des ombres (Ghost Writer, 1979) et s’achève avec Exit le fantôme en 2007. Les romans de Zuckerman comptent neuf volumes, notamment les trois romans universellement célébrés de la « trilogie américaine » : Pastorale américaine (American Pastoral, 1997) qui remporte le prix Pulitzer ; J’ai épousé un communiste (I Married a Communist, 1998) ; et La Tache (The Human Stain, 2000), couronné du PEN/Faulkner Award. Auteur de vingt-huit romans, Philip Roth a également été acclamé pour Opération Shylock (Operation Shylock, 1993) et Le Complot contre l’Amérique (The Plot Against America, 2004).

La réflexion de Roth sur l’identité américaine, notamment à travers l’histoire des années 1940 à 1960, nourrit ses œuvres les plus récentes (Pastorale américaine, Le Complot contre l’Amérique). Philip Roth est souvent cité parmi les favoris du prix Nobel de littérature, mais ne l’a pas reçu de son vivant, fait qualifié d’anomalie par diverses autorités comme le New York Times ou encore Toni Morrison, dernier lauréat américain. Philip Roth est enfin le seul auteur américain vivant à voir son œuvre faire l’objet d’une édition par la Library of America (en), ce qui n’est arrivé que deux fois par le passé, avec Eudora Welty et Saul Bellow ; la publication des huit volumes devrait s’achever à l’occasion du quatre-vingtième anniversaire de l’écrivain, en 2013.

philip roth

Œuvres principales
Portnoy et son complexe (1969)
Ma vie d’homme (1976)
La Contrevie (1989)
Le Théâtre de Sabbath (1997)
Pastorale américaine (1999)
La Tache (2002)
Un homme (2007)

LE PIRATAGE COGNITIF OU COMMENT LE MARKETING NOUS HYPNOTISE

Parler du piratage éveille habituellement des images de hackers cagoulés et masqués tentant à distance de contrôler votre matériel informatique afin de vous rançonner ou vous soustraire des informations ou des données. Or aujourd’hui, le piratage le plus dissimulé n’est pas matériel mais cognitif. Quels seraient ce piratage et ses leviers ? Dans quels buts de telles manœuvres ? Ne sommes-nous pas en train de laisser glisser l’Humanité sournoisement vers une nouvelle ère de relations standardisées et marchandisées ?

MARKETING APPLE
File d’attente pour le nouvel Iphone

Les bases du piratage cognitif : « Aie confiance, crois en moi, que je puisse veiller sur toi…».

Sous un air débonnaire et bienveillant, nos smartphones ressemblent à de super assistants personnalisés nous simplifiant le quotidien et nous secourant dans nos vies d’hyperactifs connectés. Or sous ces respectueuses apparences de loyauté prodiguée, nos adjoints technologiques usent de mécanismes psychologiques et biais cognitifs proches de ceux employés par Kaa, le python affamé du Livre de la Jungle, qui hypnotise le petit d’homme Mowgli. « Aie confiance, crois-en moi, que je puisse, veiller sur toi… »*. Le premier levier est la confiance, dans le progrès et la technologie. La confiance un princeps majeur des relations humaines. Dans cette coopération dissymétrique proche de l’idolâtrie technologique, on accepte de se lier et con-fier à ce lien de dépendance, sous couvert de bienveillance et de « bonne foi » de la voix du progrès. Ensuite le deuxième levier est la croyance, ou le fait d’être intimement convaincu de la réalité d’un besoin et/ou de la valeur intrinsèque de l’objet. À grand renfort de matraquage publicitaire et du levier marketing mix de perception de rareté bien orchestrée (il n’y en aura pas pour tout le monde), l’objet devient objet de désir, comme un prolongement de notre moi idéal. Une narcissisation technologique augmentée de masse. Si j’ai tel objet, je serai meilleur, plus heureux, plus branché. Une sorte d’accomplissement social** via l’estime procurée par détention d’un objet. Selon Gustave Le Bon***, la « foule psychologique » crée « l’évanouissement de la personnalité consciente et l’orientation des sentiments et des pensées dans un sens déterminé ». Pour maintenir la stabilité des foules, il faut leur transmettre des idées simples, répétitives et émotionnellement chargées tout en les éblouissant d’illusions. Pour Le Bon «l’illusion est plus importante que la réalité (…). Les foules ne sont pas influençables par des raisonnements. Les foules sont frappées surtout par le côté merveilleux des choses. Elles pensent par images, et ces images se succèdent sans aucun lien. » « Aie confiance, crois en moi, que je puisse veiller sur toi » tel seraient la berceuse de nos smartdoudous.

PIRATAGE COGNITIF

Le temps de l’hypnose : « Fais un somme, Sans méfiance, je suis lààà, aie confiance… » 

Une fois la confiance établie, la deuxième étape du piratage cognitif se situe dans les mécanismes profonds et inconscients de nos comportements qui vont être à l’œuvre face à l’objet. Comme aimantés par nos écrans, nous fixons souvent d’un air stupide, sans en plus vraiment comprendre pourquoi, le rectangle de notre doudou smart-ordi-phone. Cette attention focalisée sur un point fixe sans que le regard puisse balayer l’environnement autour provoque chez beaucoup de sujets un état de fascination, flottement ou rêverie. Nous sommes comme captivés, absorbés, comme sous hypnose. Voilà le mot est lâché : SOUS HYPNOSE. D’ailleurs les méthodes de fixation du regard, soit sur un objet distant, soit sur le regard de l’hypnotiseur sont très souvent utilisées comme méthode d’induction pour faire glisser les cobayes en transe. Pour M.E. Faymonville, médecin anesthésiste-réanimateur pionnier des chirurgies sous hypnose à Liège, tous les écrans favorisent cet état d’hypnose plus ou moins profond selon les individus, état amenant un sentiment de distorsion temporelle et spatiale. De même chez les très jeunes enfants restant longtemps devant la télé ou les tablettes. Dans cette situation d’hyper-réceptivité et suggestibilité, qui peut être bénéfique dans un cadre de changement en thérapie, notre cerveau enregistre profondément les messages et prend tout littéralement. Pour Gustave Le Bon, « la foule se trouve le plus souvent dans cet état d’attention expectante qui rend la suggestion facile. La première suggestion formulée qui surgit s’impose immédiatement par contagion à tous les cerveaux, et aussitôt l’orientation s’établit ». Or force est de constater que les messages que nous présentent nos smart-ordi-phones sont rarement des messages de libération ou de bien-être personnel.

L’activation du circuit du plaisir :

Le silence propice te berce, souris et sois complice, laisse-toi glisser vers ces délices tentatrices… »

Une lumière qui s’allume, un son de cloche, un dessin. Lorsqu’il perçoit le stimulus, il est censé présenter la réaction attendue. Dans les meilleur des cas, il sera récompensé ou gratifié ; dans le moins bon, il sera puni ou abandonné. A force d’être répété, il est conditionné. Il se comporte comme un jouet mécanique à ressort bien tendu. Toute réaction émotionnelle ou autre est bannie. Ce singulier passage vous fait penser à quelque chose ? C’est normal car de nombreux réseaux sociaux ou applications ont construit leurs architectures et fonctionnements sur l’éthologie, ou l’étude comportementale animale. Ce passage relate ainsi les expériences dans un laboratoire de psychologie animale. De ce fait la troisième étape de la recette du piratage cognitif s’appuie sur nos comportements conditionnés via les effets biochimiques de notre cerveau. Les stimuli – diode lumineuse, fenêtre ou jingle de notification, vibreur, …- vont nous maintenir dans un état d’attente de satisfaction. Tel le chien de Pavlov salivant à l’avance, nous allons guetter les notification éventuelles, voire les halluciner si nécessaire. Puis un « environnement » va favoriser les « bons comportements » permettant de bien ancrer profondément notre comportement jusqu’à en devenir addicts, grâce à l’activation du circuit du plaisir. Vérifiant sans arrêt par réflexe notre écran, ce système nous met sous tension tel des automates. Car nous savons que ces signaux sont le signe d’une gratification. Quelqu’un ou quelque chose pense à nous et nous envoie des contenus « gratuits » intéressants ou percutants nous donnant un sentiment d’engagement et d’appartenance.

PIRATAGE COGNITIF

Les créateurs des réseaux sociaux, par exemple Facebook ou Linkedin, ont bien identifié qu’une « interaction attentive », soit une réponse rapide mais cependant aléatoire, améliorait les performances. Alors des générateurs automatiques de « Faux Likes » ou de notifications automatiques s’appuyant sur nos profils utilisateurs permettent de nous donner l’illusion d’une réciprocité active et de nous maintenir dans cette tension-gratification court-circuitant nos fonctions de réflexion. Tout est fait pour nous faire devenir des addicts automates dans cette dictature de la connexion. Il y a quelque chose de menaçant tout de même, de l’ordre de la perte de contrôle. On voit d’ailleurs apparaître de nouvelles pathologies ou troubles : nomophobie (peur de sortir sans son portable), addiction digitale, troubles cognitifs et de l’attention, trouble du sentiment de l’intimité…

Les neuro-esclaves du commerce de l’information

Si c’est gratuit, c’est que c’est toi le produit !

La coopération consciente ou inconsciente de l’individu est acquise et les perspectives commerciales sont nombreuses dans les domaine psychologiques, sociaux et comportementaux. Un conditionnement collectif source d’un nouveau business : l’Économie de l’Information. Avec le développement des Big Data et de l’I.A., la course folle à l’extraction des données est lancée. Le modèle économique des réseaux sociaux est basé sur la récolte de tous nos comportements pour les revendre à des annonceurs ou autres. Sans ce capital d’informations nécessaire à la bête affamée, point de puissance de calculs. Les algorithmes sont comme les nouveaux remèdes magiques qui simulent, séquentiellement et linéairement, la logique évolutive d’un processus vital, et surtout commercial. Sur une plateforme de vente en ligne Bigm-A, sur les sites d’e-commerce, sur les réseaux sociaux personnels et professionnels, sur les moteurs de recherche, toutes nos déambulations, tous nos déplacements via la géolocalisation, tous nos faits, gestes, opinions, échanges sont enregistrés sous la forme d’un profil consommateur alimenté constamment de données traitables informatiquement et revendables. Mais quel serait donc le but de ce nouveau marché émergent ? Sans aucun doute, exploiter ces données afin de vendre à encore plus de monde, toujours plus de marchandise (souvent non nécessaires), toujours plus chères.

PIRATAGE COGNITIF

Certains marchands du temple vont argumenter que l’I.A. (Intelligence Artificielle, un bien grand mot pour souvent beaucoup d’automatisation, quelques dizaines d’algorithmes différents tout au plus, dans le traitements de calculs de masses), c’est du service sur mesure afin de pouvoir vous proposer ce qui vous correspond parfaitement. Déjà, chaque fan ou «ami» de votre page Facebook ne verra pas forcément le même contenu. Les algorithmes Facebook vont délivrer exclusivement les informations dites pertinentes sur le mur de l’utilisateur selon son « profil identifié et algorithmé » lui aussi. Récemment le scandale de Cambridge Analytica a dévoilé que ces informations n’étaient pas uniquement cloisonnées à la sphère privée contrairement à ce que l’on veut bien nous faire croire. Et pourquoi Workplace, la filiale entreprise de Facebook, souhaitant devenir dès demain l’endroit où le travail se fera**** (échanges de dossiers, contrats, échanges de communautés autour d’un projet… ) ne récupèrerait-t-il pas, lui aussi comme son petit frère dans le monde personnel, les données des entreprises qui s’y inscrivent ? Tout est bien scanné, analysé pour être mieux référencé, archivé et donc retrouvé par les usagers ? Ceci s’apparenterait à du piratage industriel et économique pur et simple ? Consenti ou presque, car lorsque vous signez la charte vous autorisez la communication de vos données à des entreprises collaboratrices… Peut-être le prochain scandale Facebook ? Rien n’aurait jamais été aussi simple pour surveiller ou récupérer des informations sensibles ou des secrets industriels innovants. De même, certains sites marchands vont vous proposer un « prix dynamique », plus (ou moins) à la hausse selon vos consommations antérieures et habituelles. Bref «La bête» se nourrit de «nos informations», nouveau capital de cette nouvelle économie virtuelle, les revend et nous facture à la hausse si elle sait que nous avons des automatismes d’achats. On a beau nous rappeler que « si c’est gratuit, c’est que c’est toi le produit ». Nous sommes tous devenus des esclaves de l’IA, sans le savoir, à chaque fois que nous cliquons. Nos clics génèrent un business sur notre vie. Pour exemple les captcha que nous remplissons, avec soin souvent, servent à remplir les bibliothèques des Big Data afin que les algorithmes sachent « reconnaître » des routes, des panneaux, magasins…Nous sommes devenus des digital-labour sans le savoir !

Arrivés dans nos vies depuis à peine quinze ans, le smart-ordi-phone, cet outil technologique informatique miniaturisé que l’on peut mettre dans une poche, a complètement révolutionné nos habitudes quotidiennes, nos comportements, nos émotions, notre mémoire, notre vie sociale et nos interactions avec nos semblables. Les chatbots logiciels programmés pour simuler une conversation avec un « agent conversationnel virtuel et robotisé » automatiseront certainement encore plus les échanges. On ne peut que s’interroger sur la signification de cette vie humaine et ses échanges avec le monde réduits à une pensée algorithmique surtout quand la finalité est majoritairement financière ? Or le comportement humain est rarement rationnel. Et le monde réel n’est ni binaire, ni linéaire, ni programmable, ni séquentiel. La carte n’est pas le territoire. Des voix de scientifiques, philosophes, psychologues humanistes commencent à l’élever contre le développement massif du piratage cognitif et l’accélération de ces mécaniques perverses de marchandisation de l’humain pour nous faire devenir les automates des automates. Restons vigilants car contrairement à ce que l’on voudrait nous faire concevoir, « il y a une différence entre connaître le chemin, et arpenter le chemin. »

Pour illustrer, la chanson de Kaa le serpent, Walt Disney Pictures « Le livre de la jungle », 1967. « Aie confiance
crois en moi
que je puisse
veiller sur toi…
Fais un somme
Sans méfiance
Je suis Lààà
Aie confiance…
Le silence propice te berce
Souris et sois complice
Laisse tes sens glisser vers ces délices « tentatrices* »

[II] La Pyramide des besoins, Abraham Maslow (1908-1970).

[III] Gustave Le Bon (1841-1931), Psychologie des foules, 1895.

[IV] « Nous voulons être l’endroit où le travail se réalise» a déclaré Julien Cordorniou, vice-président de Workplace, à ZDNet ; http://www.zdnet.fr/actualites/facebook-tente-de-pousser-workplace-au-dela-du-collaboratif-39867708.htm, article consulté le 5 mai 2018

[1]Citation du personnage Morphéus dans le film « Matrix »

Cecilia Jourt-Pineau

QUAND LE CORPS DEVIENT FEMINISME SUR LES RESEAUX

Le 15 mai 2018, dans le cadre d’une conférence Pint of Science au bar La Bascule, la doctorante en Information et Communication Sophie Barel a présenté son étude sur le lien entre féminisme, expression du corps et réseaux sociaux. Retour sur ses recherches.

Expression du corps de la femme et féminisme ? Les Femen s’imposent rapidement à l’esprit. Sophie Barel s’intéresse cependant à madame tout le monde, à ces femmes qui n’ont pas forcément l’habitude de s’exprimer en dehors des réseaux sociaux. A ces femmes pour lesquelles ces plateformes deviennent le point de départ d’une lutte susceptible de les porter jusqu’à la rue.

Cette présence féminine revendicatrice sur la toile n’est pas récente malgré la tendance à penser le contraire affichée par la plupart des médias, qui voient en #MeToo le commencement d’une grande révolte féministe.

“Non, l’affaire Weinstein n’a pas libéré la parole des femmes. #BalanceTonPorc, n’est ni un début, ni une fin en soi,” s’indigne la doctorante.

Cette libération est présente depuis des années, en témoignent les recherches de Sophie Barel.

feminisme

Le corps : un combat en héritage, s’inscrivant dans l’histoire de la lutte féministe

Alors qu’entre la fin du XIXe et le milieu du XXe siècle, la première vague du féminisme luttait pour le droit de vote des femmes, la deuxième, dans les années 60, défendait leur droit à disposer de leur corps. Dans les années 80, la troisième vague prenait une dimension intersectionnelle en ciblant les droits des minorités et leur représentation au sein des mouvements. La quatrième, depuis les années 2000, serait caractérisée par le lien accru entre combat féministe et nouvelles technologies.

Dans les années 90, le collectif artistique australien VNS Matrix fait le pont entre féminisme et pop culture et diffuse ses événements, affiches et panneaux sur Internet. Se revendiquant dans leur manifeste comme le “virus du nouveau désordre mondial” ou les “terminators des codes moraux”, les quatre fondatrices basent leur démarche sur l’hypersexualisation du corps de la femme et le questionnement des pratiques de domination masculine dans l’espace cybernétique. Elles font ainsi partie des premières artistes à utiliser le terme “cyberféministes”. Au fil des années, la contestation prend une dimension globale et va outre les frontières de la performance artistique.

Publicisation et politicisation de l’intime en quelques dates

2010 – Cette année marque l’avènement du blog, permettant une -plus ou moins- totale liberté d’expression, mais donnant surtout l’opportunité à une femme lambda de conter ses difficultés quotidiennes.“Une photo publiée sans arrières-pensées réelles devient peu à peu revendicatrice,” affirme Sophie Barel. On assiste dès lors à la construction d’un véritable discours du corps, un corps qui se raconte, qu’on raconte. Alors que l’on enseigne aux jeunes femmes l’art de ne pas choisir d’avatar féminin sur les forums ou sites de jeu en ligne, montrer son visage à travers une simple photo devient un engagement politique, une façon de “montrer qu’on est une femme et qu’on a le droit d’exister dans un monde de l’informatique dominé par le masculin”. Le corps féminin est représenté dans toute sa complexité, ses spécificités, mais également ses impuretés. De nombreux projets naissent ensuite en se centrant sur une partie du corps en particulier, les cheveux afro, le corps post-grossesse…

2012 – Dans Femmes de la rue, Sofie Peeters filme et se fait filmer dans les rues de Bruxelles, étant quotidiennement victime d’insultes ou de propositions déplacées. A défaut d’y mettre terme, “c’est avec cette vidéo qu’on a mis un terme sur le harcèlement de rue”, explique Sophie Barel. En sus de lancer un débat dans la sphère publique, le film a également accentué l’usage de la caméra cachée pour rendre compte du harcèlement de tout type sur les réseaux.

2014 – Lors de l’Affaire Jacqueline Sauvage, la passivité des forces de l’ordre et les non-dits sur les violences familiales donnent un nouveau souffle aux revendications féministes. Tweets et posts Facebook permettent l’afflux de témoignages, qui font nombre et sens.

Les façons de représenter le corps – réalité concrète – sur un espace virtuel sont multiples.  Aux photos s’ajoutent les hashtags qui deviennent une caractéristique partagée par la majorité des combats féministes et sociaux actuels: harcèlement de rue ou au travail, agressions sexuelles, fat-shaming…

Une communauté fictive ?

En quelques clics, un destin particulier se transforme en cause commune. Le web donne naissance à une communauté en ligne, se transforme en plateforme d’échange, offre conseils personnalisés et forums réservés. “Il devient assez automatique de traduire le contenu pour qu’il ne se cantonne pas à un seul pays. Les soutiens transfrontaliers sont aussi rendus possibles à travers les médias sociaux,” explique Sophie Barel. Alors que les révolutions du printemps arabe sont nées sur Facebook, Twitter ou Whatsapp, la révolution féministe arabe est aussi en marche sur ces derniers, qui permettent de créer une voix commune et une visibilité. Le hashtag #nousommesleursvoix montre ainsi le soutien international apporté aux femmes iraniennes luttant contre la rigidité du régime islamique des Ayatollahs.

“Le cheminement de pensée féministe nait et se développe sur Internet, c’est seulement après que les médias s’en saisissent.” La contestation prend ensuite une forme physique dans l’espace public et les médias traditionnels, dépassant alors les seules frontières du web. Il est essentiel d’appréhender Internet en allant outre la définition binaire que l’on tend à voir entre “on-line” et “off-line”. La dénonciation du “slacktivisme”, militantisme “paresseux” (“slack”) à base de partages Facebook ou changements de photos de profil et se substituant potentiellement à un militantisme sur le terrain, est à nuancer.

feminisme

Des médias sociaux aux médias traditionnels

Le virtuel se tatoue ensuite sur les peaux. Il est aujourd’hui très fréquent de voir les femmes manifester en réutilisant les hashtags inondant le net, souligne Sophie Barel. Cela devient même presque “un réflexe de communication”. Cet outil, servant initialement au référencement d’une thématique commune sur internet, devient un signe de ralliement. Communauté numérique et réelle ne font qu’une.

En outre, plusieurs créatrices de séries télévisées, féministes progressistes, sont issues du web. Rachel Bloom, créatrice de Crazy Ex Girlfriend et découverte sur Youtube en est un exemple. Par leur intermédiaire, les revendications féministes formulées sur internet entrent peu à peu dans les programmes télévisés, note Sophie Barel.

Quand les réseaux sociaux deviennent des ennemis, contrer la censure de la nudité

La facilité d’accès aux réseaux sociaux est néanmoins à double-tranchant. Le cyber-harcèlement et la censure poussent les femmes à user de nouveaux stratagèmes pour détourner le fonctionnement parfois hypocrite de leurs instances de contrôle. En 2015, l’instagrammeuse canadienne Rupi Kaur fait polémique en postant une photo d’elle habillée, de dos, une tache de sang synonyme de menstruations sur le jogging. Les règles étant habituellement évoquées comme une tache bleue sur un coton blanc, la jeune femme souhaite briser le tabou entourant cette réalité. Instagram supprime la publication à deux reprises, jugeant qu’elle enfreint son règlement communautaire. L’auteure répond plus tard sur la même page: « Je ne m’excuserai pas de ne pas nourrir l’égo et la fierté d’une société misogyne qui voudrait mon corps en sous-vêtements mais qui n’est pas à l’aise avec l’idée d’une petite fuite alors que vos pages sont remplies d’innombrables photos/comptes de femmes (dont beaucoup sont mineures) objectifiées, pornographisées et traitées comme moins que des humains.”

Sur les réseaux sociaux, la nudité est en outre utilisée au service de la communication. La jeune féministe libertaire et performeuse Misungui assume se servir de son corps comme véhicule d’un message. Maitresse de l’utilisation qu’elle en fait, elle se voit contrainte de recréer des comptes Facebook régulièrement, le caractère trash de ses publications n’étant pas du goût de tout le monde. Alors que des photos de gâteaux représentant un téton féminin sont supprimées, les militantes féministes montrent l’hypocrisie de l’acceptation de la nudité, à condition que le téton soit caché, en détournant des tétons d’homme puis en le plaçant sur les corps de femmes. Les mentalités changent peu à peu. Instagram s’est depuis publiquement excusé auprès de l’instagrammeuse Rupi Kaur. « On commence enfin à voir une acceptation de la réalité du féminin dans la sphère publique,” s’enthousiasme Sophie Barel.

MAI 68, LES AVENTURES DE MAI DE PATRICK RAMBAUD

Les Aventures de Mai : initialement publié en 1998 aux éditions Grasset et dans le journal Le Monde sous la forme de 24 épisodes, cet écrit du romancier et satiriste Patrick Rambaud a été réédité en avril 2018 à l’occasion du cinquantenaire des événements de mai 1968.

LES AVENTURES DE MAI 68

En prenant la forme d’un documentaire historique dont chaque court chapitre relate les aventures et mésaventures des acteurs de ce tumultueux printemps, jour après jour à compter du samedi 4 mai 1968 jusqu’au jeudi 30 du même mois, Patrick Rambaud nous embarque sur un ton humoristique et sans réel parti pris politique dans une analyse détaillée des événements de cette fameuse période. Centrée autour d’un groupe d’étudiants aux identités imaginées et dont les figures principales sont incarnées par Roland Portallier et son ami Corbière, tous deux inscrits à la faculté de Nanterre et issus de milieux aisés, la narration des faits nous fait redécouvrir avec plaisir les acteurs majeurs des différents camps concernés par ce conflit social.

KRASUKI
Henri Krasuki (1924-2003)

Le paysage politique, syndical, estudiantin et social de ladite époque est effectivement riche et bigarré ! On y croise le sympathique Henri Krasucki en secrétaire général de la CGT « nez au bec de toucan, crâne désolé et un air triste pour l’éternité », l’impétueux Jacques Chirac, secrétaire d’État à l’Emploi, fidèle du premier ministre Pompidou « Walter, alias Chirac s’enfourna dans une peugeot noire banalisée, il avait un revolver en poche, car ce rendez-vous ne lui disait rien de bon, la porte du troisième était entrouverte, il y avait une chaise libre, il s’y assit. Krasucki avait gardé sa casquette : nous avons des revendications définies, dit-il », le radical Alain Madelin à la tête du mouvement d’extrême-droite anti-communiste nommé Occident « Ce fatal vendredi, les guerriers d’Occident avaient défilé pour en découdre… le jeune Alain Madelin en tête… ils allaient écraser la vermine bolchévique », le perturbateur Daniel Cohn-Bendit « J’ai été expulsé pour avoir troublé l’ordre public mais en appelant les flics à la Sorbonne et au quartier latin, le recteur et le ministre de l’Intérieur ont plus gravement troublé l’ordre public. Je propose qu’on les expulse ! », L’autoritaire général De Gaulle « Joxe, lui dit le général, que signifie cette pagaille ? Si ces jeunes gens sont excités, qu’on leur distribue du bromure ».

MAI 68
D’autres personnages imaginés mais représentatifs de la société de cette époque sont également hauts en couleur. On rencontrera entre autre le malheureux policier Misson se réconfortant devant Télé soir présenté par Léon Zitrone après s’être péniblement opposé aux affronts quotidiens des étudiants. Madame Jurieu aussi, femme de député évoluant dans un milieu bourgeois qui aura à la fois un penchant pour la boisson et pour le jeune révolté Portallier. Patrick Rambaud illustre bien entendu le fossé entre classe dominante et prolétariat en évoquant par exemple les réactions de la mère de Roland Portallier, épouse d’un chirurgien, face aux pénuries de vivres dans les magasins « huile, sucre, pâtes disait la bonne en rangeant dans le placard… Nous détestons les petits pois en conserves ! répliqua Madame Portallier. On sonne à la porte. Eh bien allez voir, Amalia ! dit Madame Portallier, effondrée sur une chaise devant les paquets de coquillettes et les cartons de sucre ».

grève mai 68

Le milieu ouvrier associé à la contestation étudiante avait aussi à cette époque ses revendications : « À Billancourt, la détermination des ouvriers ne flanchait pas, leurs désirs étaient clairement affichés sur un panneau place Jules Guesde : nos revendications au départ : 40 heures de travail hebdomadaire, 1000 francs de salaire minimum, la retraite à 60 ans, la 5e semaine de congés payés pour les jeunes travailleurs, liberté syndicale ».
La contestation d’il y a 50 ans se base sur divers éléments, allant de la rébellion contre la chape de plomb maintenue par la trop longue et conservative présidence de De Gaulle, le puritanisme, l’ordre moral ainsi que l’utopie hippie importée des USA avec sa nouvelle culture spirituelle, musicale et anti patriarcale. Le soutien aux opposants à la guerre du Vietnam également, ainsi que l’adhésion à l’idéologie communiste, qui a cette époque, contrairement à celle d’aujourd’hui était bel et bien vivante en Chine et en URSS notamment.

Dans le dernier chapitre, Roland Portallier lit à Madame Jurieu un passage du Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations, livre écrit par Raoul Vaneigem : « Le système des échanges commerciaux finit par gouverner les relations quotidiennes de l’homme avec lui-même et avec ses semblables. Sur l’ensemble de la vie publique et privée, le quantitatif règne… « Vous me traduisez Roland ? » demande Madame Jurieu. Portallier répond : « La politique se soumet à l’économie, or, pour nous, la vie prime sur l’économie. Nous choisissons la qualité contre la quantité ». Toujours d’actualité et même point de départ des mouvements de mai 2018 : la qualité de vie des uns par rapport à celles des autres.

Les aventures de Mai de Patrick Rambaud, Éditions Grasset. Parution :11/04/2018, 216 pages, 18.00 €.

MAI 68
Édition originale de 1998

Parution : 27/05/1998, 216 pages, 17.90 €

BD CE N’EST PAS TOI QUE J’ATTENDAIS DE FABIEN TOULMÉ

La vie est faite d’imprévus. Heureux ou malheureux. La naissance d’un enfant trisomique est à classer dans la seconde catégorie. A priori. Fabien Toulmé dans un magnifique récit autobiographique raconte le glissement d’un malheur vers le bonheur. Séance de rattrapage pour une BD intemporelle.

BD FABIEN TOULME

Le bébé vient de naître. Il crie sa joie, ou sa crainte, de découvrir le monde. C’est un des plus beaux moments d’une vie d’adultes. Fabien Toulmé et son épouse Patricia ont déjà connu ce bonheur avec la naissance de Louise. Mais quand le papa se penche pour la première fois sur le berceau de sa fille, son corps reçoit une véritable décharge électrique qui lui coupe les jambes. Julia ressemble à une « paupiette », ses yeux sont bridés en forme d’amande, sa nuque est raide et droite. Sa crainte, mille fois exprimée lors de la grossesse, se concrétise : il va être le papa d’une enfant trisomique. Les choses sont ainsi dîtes, crûment, rapidement, sans filtre et l’auteur se montre d’une totale transparence envers les sentiments qui le traversent, songeant même à évoquer un décès salvateur quand une malformation cardiaque est révélée. Le lecteur n’est pas en position de juger car la sincérité de Fabien Toulmé nous place en situation de mère ou de père face à un tel événement. Chacun s’interroge sur sa propre et possible réaction. Et l’évidence n’est pas de mise.

BD FABIEN TOULME

Le récit chronologique précis établit un lourd constat vis à vis du monde médical, de l’énorme machinerie administrative et technologique impuissante pourtant à déceler une anomalie flagrante. Alors il suffit parfois d’une rencontre avec un professeur plus à l’écoute pour que l’horreur primaire se transforme peu à peu en une compréhension, en une acceptation. Le passage de ce « monde parallèle » fait de souffrances et de rendez-vous médicaux à celui de l’acceptation et de l’amour est magnifiquement montré. Rien n’est caché des difficultés et des pensées secrètes mais l’enfant « anormal » devient peu à peu un enfant à part entière, même si le regard des gens rend cette transition plus difficile. Fabien Toulmé décrit avec justesse et une économie de moyens la transition qui lui permet de faire prendre le bain de Julia, moment de tendresse et de proximité, dont il était incapable les premiers jours.

BD FABIEN TOULME

Le graphisme est simple, pour aller à l’essentiel et l’on retrouve le trait, le découpage et la mise en couleurs monochrome, très proches de l’univers graphique de Riad Sattouf notamment et de son « Arabe du Futur ». C’est une histoire qui nous est racontée, sans fioritures, sans esthétisme, sans grandiloquence, ni dans les mots, ni dans les dessins.

BD FABIEN TOULME

« Ce n’est pas toi que j’attendais » dit la couverture de la BD. Certes mais le rabat de la couverture précise « mais je suis quand même content que tu soies venue ». Une précision que deux cent cinquante pages de la BD expliquent dans une magnifique leçon de vie et d’optimisme pour un ouvrage digne de figurer dans tout fond de bibliothèque.

BD Ce n’est pas toi que j’attendais de Fabien Toulmé. Éditions Delcourt. 250 pages. 18.95 €. Date de parution : 08/10/2014. ISBN: 978 2 7560 3550 5.

Scénariste : TOULMÉ Fabien
Illustrateur : TOULMÉ Fabien
Coloriste : TOULMÉ Fabien, BLATTE Mista
Série : CE N’EST PAS TOI QUE J’ATTENDAIS
Collection : ENCRAGES

Cette BD a reçu le Prix du Truc d’Or 2015 à Lyon, Le Prix Esprit Libre à Montargis, le Prix Arouet à Ferney Voltaire, le Prix Entre les Bulles dans le département du Pas de Calais.