Les Premiers Jours d’Été 2026 : le cinéma documentaire prend le large à Port-Bail-sur-Mer

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Les Premiers Jours d’Été

Du vendredi 26 au dimanche 28 juin 2026, le festival Les Premiers Jours d’Été installera sa troisième édition au cœur du bourg de Saint-Lô-d’Ourville, à Port-Bail-sur-Mer, dans la Manche. Documentaires, courts-métrages, rencontres avec les cinéastes, ateliers pour la jeunesse, concerts et cabaret composeront trois journées de cinéma et de convivialité à taille humaine.

Pendant trois jours, les films se glissent dans les salles, sous les chapiteaux et au milieu des habitants d’un bourg du Cotentin. Les spectateurs de Les Premiers Jours d’Été passent d’une projection à un concert, d’un documentaire historique à un court-métrage fantastique, d’un débat avec un réalisateur à un verre partagé au Bar’Roc.

Créé en 2023, ce micro-festival de documentaires et de courts-métrages revendique un ancrage territorial affirmé sans se laisser enfermer dans une programmation exclusivement régionale. Les œuvres normandes y côtoient des films venus du reste de la France et de l’étranger, avec une même ambition : montrer des récits capables d’interroger le présent, de transmettre des mémoires, de déplacer les regards ou, plus simplement, de réunir les publics.

Un festival de cinéma au cœur d’un village du Cotentin

Pour cette troisième édition, les projections seront réparties entre la salle Émile-Jeanne, le chapiteau rouge et le chapiteau bleu. Deux petites salles gratuites diffuseront également des formats courts sur le site du festival.

Cette organisation contribue à l’identité particulière des Premiers Jours d’Été. Le festival ne se contente pas de présenter une succession de séances : il transforme provisoirement le centre du village en espace commun. Les projections sont suivies, lorsque cela est possible, d’un échange avec les réalisateurs ou les réalisatrices. Des concerts en plein air, une buvette, une restauration sur place et plusieurs animations prolongent les discussions bien après la fin des films.

L’événement cherche ainsi à faire circuler les publics entre cinéma d’auteur, création régionale et formes populaires. Habitants, visiteurs, professionnels du cinéma, familles et jeunes spectateurs sont invités à se rencontrer sans le cérémonial parfois intimidant des grands rendez-vous cinématographiques.

Naître des ruines, mémoire filmée de la reconstruction normande

Le festival s’ouvrira vendredi soir avec Naître des ruines, documentaire de Stéphane Miquel et Marc Pottier. Le film rassemble des images tournées entre 1945 et 1960 par plusieurs dizaines de Normands, au lendemain des destructions de la Seconde Guerre mondiale.

Ces archives amateurs ne montrent pas seulement des villes éventrées, des chantiers et des bâtiments reconstruits. Elles racontent la manière dont une population tente de réapprendre à vivre après la catastrophe. Derrière les pierres relevées apparaissent les fêtes, les gestes familiaux, les loisirs et le désir collectif de réenchanter un territoire durablement marqué par la guerre.

En choisissant ce documentaire comme film d’ouverture, Les Premiers Jours d’Été place d’emblée l’édition 2026 sous le signe de la mémoire vivante : une mémoire qui ne se réduit pas à la commémoration, mais interroge la manière dont les individus et les sociétés se reconstruisent après un traumatisme.

Du nucléaire à la Méditerranée : un cinéma attentif aux fractures contemporaines

La programmation documentaire aborde plusieurs grandes questions politiques et sociales contemporaines. Une « Matinée de l’atome » réunira notamment deux films consacrés au nucléaire.

Dans Peur à fleur de peau, Franck Sanson met en regard Fukushima, au Japon, et le territoire de La Hague, en Normandie. Le documentaire observe la manière dont la peur nucléaire s’inscrit dans les corps et dans les paysages : catastrophe devenue réalité pour les uns, menace diffuse ou refoulée pour les autres.

Encore de l’énergie, de Laurent Pannier, revient pour sa part sur la mobilisation de 20 000 personnes contre le projet d’EPR de Flamanville en 2006. Vingt ans plus tard, alors que le nucléaire connaît un regain de légitimité dans le débat public français, le film questionne l’évolution des opinions, l’effacement progressif de certaines résistances et la mémoire des luttes environnementales.

Autre temps fort, Save Our Souls, de Jean-Baptiste Bonnet, accompagne les opérations de sauvetage menées en Méditerranée par l’Ocean Viking, navire de l’association SOS Méditerranée. À bord, les personnes rescapées racontent leur traversée et tentent de retrouver, après l’expérience de la violence et de la mort, une place parmi les vivants.

L’avortement clandestin raconté par celles qui l’ont vécu

Le documentaire de Sonia Gonzalez produit avec l’Institut national de l’audiovisuel, Il suffit d’écouter les femmes, donnera à entendre les récits de femmes confrontées à l’avortement clandestin avant la loi Veil de 1975.

À partir de témoignages et d’archives, le film rappelle les souffrances physiques, les humiliations, les stratégies de survie et les solidarités féminines qui entouraient les interruptions clandestines de grossesse. Les paroles d’Annie Ernaux et de Christiane Taubira contribuent à replacer ces expériences individuelles dans une histoire politique et collective.

À une époque où le droit à l’avortement continue d’être remis en cause dans plusieurs pays, le documentaire rappelle que les conquêtes juridiques trouvent leur origine dans des vies concrètes, longtemps condamnées au silence.

Aidants, maladie et transmission familiale

Plusieurs films s’attachent aux liens familiaux fragilisés ou transformés par la maladie. Dans Nos vies suspendues, Julie Scheibling et Olivia Fégar racontent l’histoire de Christian, qui a filmé pendant des années ses filles au caméscope. Atteint à 65 ans d’une maladie neurodégénérative, il devient à son tour le sujet des images enregistrées par sa fille aînée.

Le renversement de la caméra accompagne celui des rôles familiaux. L’enfant devient aidante, la mémoire filmée devient un moyen de retenir ce qui disparaît, tandis que le cinéma familial acquiert une valeur nouvelle : celle d’une résistance intime contre l’effacement.

Je ne suis pas Superman, de David Vallet, s’intéresse aux millions de personnes qui accompagnent quotidiennement un proche malade, âgé ou en situation de handicap. Dans la Manche, la Pause Café des aidants constitue un lieu où ces personnes souvent invisibles peuvent déposer leur fatigue, rompre leur isolement et retrouver une forme de solidarité.

Une Normandie racontée par ses langues, ses ports et ses habitants

L’ancrage normand du festival apparaît également dans plusieurs portraits de territoires. Avec Ma langue natale, Rémi Mauger part à la recherche des dialectes normands. Le film demande si le « patois » des générations anciennes a réellement disparu ou s’il continue de vivre à travers des locuteurs, des expressions, des accents et des pratiques transmis parfois discrètement.

Dans Soren & Karving en eaux libres, Fanny Gadan suit deux adolescents de 14 ans vivant au Havre. En difficulté scolaire et en conflit avec l’autorité, les deux amis trouvent dans la pêche un territoire d’autonomie. Le port et la mer deviennent les lieux d’un apprentissage parallèle, hors des cadres institutionnels où ils peinent à trouver leur place.

Les Sirènes de Dieppe, de Nicolas Engel et Nicolas Birkenstock, plonge dans un cabaret burlesque apparu dans la ville portuaire. Derrière les paillettes, les numéros et l’humour se dessinent des luttes sociales, des formes de résistance et une communauté qui fait du spectacle un espace d’affirmation.

David Lynch, la vie sauvage et les fantômes de l’histoire

Le programme élargit encore ses horizons avec David Lynch, une énigme à Hollywood, portrait du réalisateur américain signé Stéphane Ghez. Le documentaire revient sur une œuvre construite à la frontière du rêve, du cinéma noir, de l’inconscient et de l’expérimentation formelle.

Dans Prélude à la vie sauvage, Baptiste Magontier suit Alexis Albert, détenteur de savoir-faire ancestraux qui souhaite se soustraire aux contraintes de la modernité. Freiné par la législation française, il envisage de quitter le pays avec sa famille afin de concrétiser son projet de vie sauvage. Le film met à l’épreuve les rêves contemporains d’autonomie et de retour à la nature.

8 Sekunden, de Jean-Marie Vinclair, explore quant à lui un secret familial lié à la Seconde Guerre mondiale. En découvrant qu’un aïeul mort en martyr en Allemagne demeure presque inconnu de ses propres descendants, le réalisateur enquête sur les silences, les ruptures de transmission et la fabrication de la mémoire familiale.

Enfin, En plein désert, il y avait un puits, de Chris Pellerin, donne la parole à Jean, 84 ans, confronté aux photographies de son passé en Algérie. Son désir paradoxal de « revivre pour oublier » condense la difficulté à se libérer d’une histoire qui continue de travailler les mémoires françaises et algériennes.

Des courts-métrages pour tous les âges

Les courts-métrages occuperont une place majeure dans cette édition. Plusieurs séances seront destinées aux enfants et aux adolescents, avec notamment Ma grand-mère bien aimée d’Inès Hannoy, Nuit inuit de Gamzé Sambur, L’Été bleu de Camille Tardieu, La Leucémie de Mika de Bruno Romy ou encore Le Procès du pantalon de Maxime Chefdeville.

Le programme « Créatures en folie » réunira des films jouant avec le fantastique, l’animalité, l’étrangeté et l’humour noir. La séance « Seuls avec du monde autour » s’intéressera davantage à l’isolement, au sentiment de marginalité et aux relations qui se nouent dans des environnements urbains ou familiaux parfois oppressants.

Le festival présentera également une trilogie du réalisateur Claude Duty — La Peinture à l’huile, La Musique à l’eau et Les Cahiers au feu — ainsi qu’une carte blanche à Short Up, anciennement This Is England, consacrée à plusieurs courts-métrages britanniques présentés en version originale sous-titrée.

Des ateliers destinés à la jeunesse seront par ailleurs organisés le samedi 27 juin dans l’après-midi.

Jazz, chants de marins et cabaret sous le chapiteau

Les Premiers Jours d’Été ne seront pas uniquement cinématographiques. Le vendredi 26 juin à 19h, le duo B2 Swing proposera un concert gratuit mêlant jazz, blues et funk, en partenariat avec Les Arches en Jazz.

Le samedi 27 juin à 19h30, le Chœur des Marins du Cotentin interprétera ses chants marins traditionnels sur la scène extérieure du village du festival.

La soirée se poursuivra à 21h30 sous le chapiteau rouge avec La Sirène à Barbe. Ce cabaret mêlera drag-show, performances musicales, cirque et humour. Un dîner avec service à table sera proposé à partir de 20h30 avant le spectacle.

Programme des Premiers Jours d’Été 2026

Vendredi 26 juin

  • 9h30 : programme de courts-métrages jeunesse, salle Émile-Jeanne
  • 10h30 : Amants d’amer et Soren & Karving en eaux libres, salle Émile-Jeanne
  • 14h : La Fuite de Varennes et Ma langue natale, salle Émile-Jeanne
  • 14h : réunion de travail de Normandie Images, sur invitation, chapiteau rouge
  • 14h : programme de courts-métrages jeunesse, chapiteau bleu
  • 15h30 : programme de courts-métrages adolescents, salle Émile-Jeanne
  • 17h : programme « Seuls avec du monde autour », chapiteau rouge
  • 18h : quiz des Premiers Jours d’Été au Bar’Roc, gratuit
  • 19h : concert B2 Swing Duo, gratuit
  • 20h45 : Naître des ruines, film d’ouverture, chapiteau rouge
  • 21h : Le Cinéma, Monique et moi, salle Émile-Jeanne
  • 22h20 : La Comédie de la vie, chapiteau rouge

Samedi 27 juin

  • 9h40 : Je ne suis pas Superman, chapiteau bleu
  • 10h : Soren & Karving en eaux libres, salle Émile-Jeanne
  • 10h : Peur à fleur de peau, chapiteau rouge
  • 11h05 : Encore de l’énergie, chapiteau rouge
  • 11h15 : David Lynch, une énigme à Hollywood, chapiteau bleu
  • 11h35 : Save Our Souls, salle Émile-Jeanne
  • 12h50 : programme « Créatures en folie », chapiteau rouge
  • 13h : Prélude à la vie sauvage, chapiteau bleu
  • 13h35 : Il suffit d’écouter les femmes, salle Émile-Jeanne
  • 14h35 : programme de courts-métrages jeunesse, chapiteau bleu
  • 14h50 : En plein désert, il y avait un puits, chapiteau rouge
  • 15h50 : 8 Sekunden, salle Émile-Jeanne
  • 15h50 : carte blanche Short Up, chapiteau bleu
  • 16h10 : Maman chanteuse, chapiteau rouge
  • 17h45 : trilogie Claude Duty, salle Émile-Jeanne
  • 17h45 : Les Sirènes de Dieppe, chapiteau rouge
  • 17h50 : Nos vies suspendues, chapiteau bleu
  • 19h30 : concert du Chœur des Marins du Cotentin, gratuit
  • 20h30 : dîner du cabaret, service à table
  • 21h : Prélude à la vie sauvage, salle Émile-Jeanne
  • 21h30 : cabaret La Sirène à Barbe, chapiteau rouge
  • 22h10 : programme « Seuls avec du monde autour », salle Émile-Jeanne

Dimanche 28 juin

  • 10h : programme « Créatures en folie », chapiteau rouge
  • 13h15 : film surprise, chapiteau rouge

Informations pratiques

Festival Les Premiers Jours d’Été
Vendredi 26, samedi 27 et dimanche 28 juin 2026
Bourg de Saint-Lô-d’Ourville
Port-Bail-sur-Mer, Manche

Tarifs :
Séance à l’unité : 4 € ; tarif réduit : 3 €
Pass festival : 20 € ; tarif réduit : 10 €
Soirée cabaret : 15 € ; tarif réduit : 10 €

Billets disponibles à l’office de tourisme du Cotentin, sur place pendant le festival et en ligne sur les sites des Premiers Jours d’Été, d’Attitude Manche et de HelloAsso.

Restauration et buvette sur place. Les concerts ont lieu en plein air. Deux mini-salles gratuites diffusent également des courts-métrages pendant le festival.