Du 16 au 23 février 2027, le festival de cinéma Travelling revient à Rennes Métropole pour une 38e édition placée sous le signe de Naples.
Après avoir exploré, au fil de son histoire, de nombreuses villes du monde à travers leurs imaginaires cinématographiques, le festival porté par Clair Obscur mettra le cap sur la capitale de la Campanie : une ville-monde dominée par le Vésuve, traversée par les mythes, les luttes sociales, la musique, la comédie, la violence politique, les marges et les métamorphoses.
Chaque édition de Travelling repose sur une idée simple et féconde : regarder une ville non comme un décor, mais comme un personnage de cinéma. En 2027, ce personnage aura pour nom Naples. Ville populaire et aristocratique, solaire et souterraine, monumentale et chaotique, Naples appartient à cette catégorie rare des cités qui excèdent toujours leur représentation. Elle est à la fois paysage, théâtre, mémoire, cliché, contre-cliché, matrice musicale, corps social et laboratoire politique.
Le festival rennais proposera donc une exploration cinématographique de Naples, de ses images anciennes à ses formes contemporaines. Car la ville italienne n’est pas seulement un motif récurrent du cinéma européen : elle a produit ses propres gestes, ses propres récits, ses propres visages. Elle a donné au cinéma italien des cinéastes, des acteurs, des actrices, des chanteurs, des corps, des voix, des rues, des dialectes, des contrastes sociaux et une dramaturgie singulière où le tragique et la farce semblent constamment se répondre.
Naples, une ville au cinéma
Travelling 2027 entend restituer la complexité d’une ville trop souvent enfermée dans ses représentations les plus immédiates : folklore, pauvreté, Camorra, superstition, exubérance, religion populaire, chaos urbain. Le cinéma napolitain, rappelle Clair Obscur, a toujours entretenu un rapport ambivalent avec ces stéréotypes. Il les a parfois embrassés, parfois retournés, parfois déconstruits, parfois dynamités de l’intérieur.
Cette histoire commence très tôt. Naples fut l’un des foyers majeurs du cinéma muet italien, notamment grâce à Elvira Notari, pionnière longtemps sous-estimée, dont l’œuvre mêlait mélodrame populaire, scènes de rue, réalisme social et puissance émotionnelle. Ses films, dont une infime partie seulement a survécu, témoignent d’un cinéma proche des corps, des quartiers, des passions et des formes populaires de représentation.
Le festival s’intéressera aussi aux formes longtemps considérées comme mineures : mélodrames, musicarelli des années 1950-1960, cinéma populaire, films de genre ou productions de série B liées aux imaginaires de la Camorra. Ces œuvres, souvent rejetées au nom d’une hiérarchie entre « grand » et « petit » cinéma, constituent pourtant une archive précieuse des sensibilités collectives, des peurs, des désirs et des représentations sociales d’une époque.
À l’autre extrémité du spectre, Naples a nourri l’un des grands cinémas d’auteur italiens. De Roberto Rossellini à Vittorio De Sica, de Francesco Rosi à Mario Martone, de Eduardo De Filippo à Paolo Sorrentino, la ville apparaît comme un espace de tensions : entre beauté et corruption, mémoire et modernité, théâtre et politique, intériorité et espace public. Chez Rosi, Naples devient un terrain d’analyse des pouvoirs. Chez De Sica, elle est traversée par la comédie humaine. Chez Sorrentino, elle se charge d’une mélancolie baroque, parfois funèbre, souvent hantée par la beauté impossible.
Du stéréotype au contre-stéréotype
L’un des enjeux de cette édition sera donc de montrer comment le cinéma napolitain a travaillé ses propres clichés. Les figures de Totò, de Peppino De Filippo, de Massimo Troisi ou de Luciano De Crescenzo ont souvent joué avec l’image attendue de Naples pour en faire une arme comique, sociale ou philosophique. La comédie napolitaine n’est jamais une simple légèreté : elle porte une lucidité amère, un art du décalage, une façon de dire la dureté du monde sans renoncer à la parole vive.
Le parcours permettra également de retrouver les grandes actrices et les grandes silhouettes du cinéma italien liées à Naples, à commencer par Sophia Loren, dont la présence dans L’Or de Naples, Mariage à l’italienne ou Hier, aujourd’hui et demain a contribué à fixer une image devenue mythique : celle d’une ville incarnée, sensuelle, drôle, tragique, populaire, indomptable.
Mais Travelling ne devrait pas se limiter à la nostalgie des classiques. Naples est aussi une ville du cinéma contemporain, traversée par le documentaire, les récits urbains, les écritures politiques et les formes hybrides. Le communiqué évoque ainsi Leonardo Di Costanzo, Gianfranco Rosi ou Maurizio Braucci, autant de noms associés à un regard attentif aux fractures sociales, aux marges, aux institutions, aux vies invisibles et aux contradictions de la modernité italienne.
Musique, cinéma et créations en direct
Comme chaque année, Travelling ne sera pas seulement un festival de projections. Il proposera aussi des rencontres, des avant-premières, des spectacles, des expositions et des créations musicales. La section Musique & Cinéma occupera une place importante dans cette 38e édition, avec plusieurs propositions conçues en partenariat avec des structures culturelles du territoire rennais.
Parmi les créations annoncées figure Grand Sunshine, projet musical et visuel de Florian Mona et Yoann Buffeteau, présenté comme un spectacle musical spectral autour de l’univers des phares. À la croisée de la composition, de la production sonore et de l’image, cette création associera Patchrock, Clair Obscur / festival Travelling et La Carène à Brest.
Autre proposition : Habiter les nuits, ciné-spectacle documentaire et musical accessible à partir de 7 ans, signé Élie Blanchard, Victoria Follonier et Erwan Raguenes. Le projet croisera documentaire, musique, illustration et dispositifs numériques pour explorer les heures nocturnes, de la tombée du jour aux premières lumières de l’aube, à la rencontre de celles et ceux — humains et autres vivants — qui traversent, peuplent et racontent la nuit.
Un moment particulièrement attendu devrait être le ciné-concert inédit en France autour de À Santanotte, film muet réalisé en 1922 par Elvira Notari. La musique originale de Michele Signore sera interprétée sur scène par un ensemble réunissant violon, mandoloncelle, mandoline, guitare, flûte, clarinette, chant et accordéon. Cette proposition permettra de redonner corps à l’une des rares œuvres subsistantes de la première cinéaste italienne, figure essentielle pour comprendre l’histoire populaire et mélodramatique du cinéma napolitain.
Festival Travelling — 38e édition
Du 16 au 23 février 2027
Ville invitée : Naples
Dans de nombreux lieux partenaires de Rennes Métropole
Informations : travelling.clairobscur.info
