Du 26 au 28 juin 2026, le festival Les Premiers Jours d’Été revient à Port-Bail-sur-Mer pour une troisième édition consacrée au documentaire, au court-métrage, aux concerts et aux rencontres. Dans le bourg de Saint-Lô-d’Ourville, trois salles, un village de festival, des projections suivies d’échanges, une matinée autour du nucléaire, un cabaret burlesque et des concerts gratuits composent une manifestation à taille humaine, ouverte sur la mer, les mémoires normandes et les grands récits du monde contemporain.
Les Premiers Jours d’Été est festival en forme de rendez-vous de bord de mer, sensible et curieux, où l’on vient voir des films comme on ouvre une fenêtre. À Port-Bail-sur-Mer, dans le bourg de Saint-Lô-d’Ourville, la troisième édition du festival installe du 26 au 28 juin 2026 ses écrans, ses chapiteaux, ses concerts et sa buvette dans une atmosphère de début d’été, entre documentaire, courts-métrages, cabaret et conversation avec les réalisateurs.
Le festival assume une promesse simple, presque idéale pour une fin juin normande. Trois jours « les pieds dans le sable et les yeux grands ouverts ». Derrière la formule se dessine une programmation dense, où les films interrogent la mémoire, les blessures collectives, les libertés intimes, les vies modestes et les grands débats contemporains. Reconstruction après-guerre, avortement clandestin, nucléaire, exil, handicap, langage normand, adolescence, cabaret, pêche, cinéma abandonné, migration en Méditerranée. Le programme circule d’un monde à l’autre, sans hiérarchie pesante, avec cette conviction que le documentaire peut être à la fois un art de la preuve, du récit et de la présence.
Un film d’ouverture tourné vers la mémoire normande
La soirée d’ouverture, vendredi 26 juin à 20h45 sous le chapiteau rouge, sera confiée à Naître des ruines de Stéphane Miquel et Marc Pottier. Le film revient sur les années 1945-1960, lorsque des dizaines de Normands ont filmé la reconstruction d’une région dévastée et le quotidien de celles et ceux qui tentaient de revivre. Le sujet touche au cœur de l’identité régionale. Il ne s’agit pas seulement de reconstruire des murs, mais de saisir une génération qui, après la guerre, a voulu réparer ses paysages, ses gestes, ses maisons, peut-être aussi son rapport à la vie.
Ce choix d’ouverture donne la tonalité du festival. Les Premiers Jours d’Été ne se contentent pas de montrer des films. Ils fabriquent un espace de mémoire partagée, où l’image documentaire devient un lieu de transmission. En Normandie, cette question a une résonance particulière. Les ruines de l’après-guerre ne sont pas seulement un sujet d’archives. Elles demeurent dans les villes, les récits familiaux, les silences et les paysages reconstruits.

Documentaires, grands sujets et existences singulières
La sélection documentaire fait alterner films d’histoire, portraits intimes et enquêtes de société. David Lynch, une énigme à Hollywood de Stéphane Ghez, programmé samedi 27 juin à 11h15 sous le chapiteau bleu, s’attache à l’un des cinéastes les plus libres et les plus insaisissables du cinéma américain, entre rêve, cauchemar, étrangeté et énigme. À l’autre bout du spectre, Soren & Karving, en eaux libres de Fanny Gadan suit deux adolescents havrais de 14 ans, passionnés de pêche, pour lesquels la mer devient un espace de respiration au milieu des difficultés scolaires et du rapport compliqué à l’autorité.
Plusieurs films regardent la société depuis ses angles morts. Je ne suis pas Superman de David Vallet s’intéresse aux aidants, ces millions de personnes qui accompagnent un proche malade ou en situation de handicap. Dans la Manche, la Pause Café des aidants devient un refuge, un lieu où la parole circule et où les solitudes se reconnaissent. Nos vies suspendues de Julie Scheibling et Olivia Fégar aborde, lui aussi, la maladie et le soin, mais à travers une histoire familiale. Un père a filmé ses filles toute sa vie ; lorsqu’une maladie neurodégénérative l’atteint, sa fille aînée prend à son tour la caméra.
Le festival regarde également vers les mémoires enfouies. 8 Sekunden de Jean-Marie Vinclair part de la découverte d’un aïeul mort en Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale, héros inconnu de sa propre famille. En plein désert, il y avait un puits de Chris Pellerin revient, par les photographies, sur un passé algérien. Ma langue natale de Rémi Mauger interroge les dialectes normands, leur disparition supposée, leurs derniers locuteurs et leurs héritiers.
Une matinée de l’atome, entre Fukushima, La Hague et Flamanville
L’un des temps forts de la programmation prendra la forme d’une « matinée de l’atome », samedi 27 juin sous le chapiteau rouge. À 10h, Peur à fleur de peau de Franck Sanson met en regard Fukushima au Japon et La Hague en France, deux territoires liés par la peur du nucléaire, qu’elle soit devenue catastrophe vécue ou inquiétude quotidienne. À 11h05, Encore de l’énergie de Laurent Pannier revient sur la mobilisation de Cherbourg en 2006, lorsque 20 000 personnes s’étaient rassemblées contre le projet d’EPR de Flamanville, puis interroge ce qu’il reste, vingt ans plus tard, de cette défiance et de ce débat public.
Dans un Cotentin marqué par la présence de la filière nucléaire, cette programmation prend une portée particulière. Elle ne transforme pas le festival en tribune militante, mais ouvre un espace de regard et de discussion. La force du documentaire tient souvent à cela. Il ne tranche pas toujours à la place du spectateur. Il déplace son attention, donne à entendre des voix, replace les décisions techniques dans des vies, des territoires, des peurs et des mémoires.

Femmes, corps, libertés
Samedi 27 juin à 13h35, dans la salle Émile Jeanne, Il suffit d’écouter les femmes de Sonia Gonzalez, proposé en partenariat avec l’INA, revient sur l’avortement clandestin avant 1975. À travers témoignages et archives, le film rappelle la violence, la débrouille, les souffrances et le courage de toute une génération de femmes avant la loi Veil. Les récits d’Annie Ernaux et de Christiane Taubira y résonnent comme des points d’appui dans une histoire collective encore brûlante.
Cette attention aux libertés traverse aussi Les Sirènes de Dieppe de Nicolas Engel et Nicolas Birkenstock, présenté samedi 27 juin à 17h45 sous le chapiteau rouge. Le film suit l’apparition d’un cabaret burlesque dans la ville portuaire de Dieppe. Derrière les paillettes, la fête et le spectacle, grondent des luttes et des résistances. Le soir même, à 21h30, le cabaret La Sirène à Barbe prendra possession du chapiteau rouge avec un drag-show mêlant musique, humour et cirque. Le cinéma déborde alors sur la scène. Ce que le documentaire raconte, le spectacle le prolonge dans les corps, les voix, les costumes, l’excès et la joie.
Le court-métrage comme laboratoire
Les Premiers Jours d’Été consacrent une place importante aux courts-métrages. Le programme jeunesse, accessible dès le plus jeune âge, réunit notamment Ma grand-mère bien aimée d’Inès Hannoy, Nuit inuit de Gamzé Sambur, L’été bleu de Camille Tardieu, La leucémie de Mika de Bruno Romy et Amants d’amer d’Amélie Voisin. Un programme ados rassemble des films plus électriques, dont J’ai avalé une chenille de Basile Khatir, Le Procès du pantalon de Maxime Chefdeville, Palme de Mathilde Aplincourt, La leucémie de Mika et SI de Mariam Kabore.
Le festival propose aussi Créatures en folie, bestiaire animé et fantastique, avec notamment Better With Colors, The Moldy Collector, Flush, J’ai tué votre chat, Poussin cherche Girafe, Le Mouton mort dans le champ, Olympic Trash et L’appel de l’eau. Le programme Seuls avec du monde autour explore l’isolement et le lien à travers plusieurs films, parmi lesquels La plus belle fille du Havre, Rives, Wonderwall, En dehors de vos murs, Petit Pont et Détresse.
Une trilogie de Claude Duty sera également proposée, avec La peinture à l’huile, La musique à l’eau et Les cahiers au feu. Enfin, une carte blanche au festival Short Up, anciennement This is England, offrira un aperçu du meilleur du court-métrage britannique en version originale sous-titrée, avec Friday is Mushroom Soup, Toad in the Hole, Hustle and Run, Hopes and Beans, Undeletable et Ovary Acting.
Concerts gratuits, chants marins et village de festival
Le festival ne se limite pas aux salles de projection. Le village accueillera aussi des concerts gratuits en plein air. Vendredi 26 juin à 19h, B2 Swing Duo, en partenariat avec le festival Les Arches en Jazz, revisitera un répertoire jazz, blues et funk. Samedi 27 juin à 19h30, Le Chœur des Marins du Cotentin fera entendre des chants marins traditionnels, dans une énergie conviviale et pleinement normande.
Le programme annonce également deux mini-salles de projection gratuites proposant des formats courts sur le lieu du festival, ainsi que des ateliers jeunesse samedi 27 juin après-midi. Restauration et buvette seront disponibles sur place. Cette dimension de village compte beaucoup. Elle fait des Premiers Jours d’Été autre chose qu’une simple succession de séances. Le festival crée une halte, une petite communauté temporaire, un lieu où l’on passe du film à la discussion, de la discussion au concert, du concert à la mer.
Informations pratiques
- Festival : Les Premiers Jours d’Été, 3e édition
- Dates : vendredi 26, samedi 27 et dimanche 28 juin 2026
- Lieu : bourg de Saint-Lô-d’Ourville, Port-Bail-sur-Mer, 50580
- Salles : salle Émile Jeanne, chapiteau rouge, chapiteau bleu, Bar’Roc
- Tarifs : séance unitaire 4 €, tarif réduit 3 € ; pass festival 20 €, tarif réduit 10 € ; soirée cabaret 15 €, tarif réduit 10 €
- Concerts : B2 Swing Duo, vendredi 26 juin à 19h ; Le Chœur des Marins du Cotentin, samedi 27 juin à 19h30, concerts gratuits sur la scène du village
- Cabaret : La Sirène à Barbe, samedi 27 juin à 21h30 sous le chapiteau rouge
- Billetterie : Office de tourisme du Cotentin, sur place pendant le festival, HelloAsso, premiersjoursdete.com et encotentin.fr
- Contact : premiersjoursdete@gmail.com
Retrouvez l’agenda de Port-Bail-sur-Mer sur Unidivers.
