Loustal expose à Pleyber-Christ. Un été de voyages, d’encres et de couleurs

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Du 1er juillet au 31 août 2026, la Salle Anne de Bretagne, à Pleyber-Christ, consacre une exposition à Jacques de Loustal, figure majeure de l’illustration contemporaine. Près de quarante œuvres, entre huiles sur toile, fusains, encres de Chine et aquarelles, composent un parcours sensible dans l’univers d’un artiste pour qui le voyage, la lumière et le cinéma intérieur des paysages demeurent des matrices essentielles.

Loustal aime suspendre le temps. Une façade blanche sous un ciel trop bleu. Un phare découpé dans la lumière. Une silhouette arrêtée au bord d’une piscine, d’une terrasse, d’une route ou d’un port. Une architecture muette, une voiture immobile, un horizon qui semble attendre quelque chose. Ses images paraissent simples au premier regard, presque évidentes. Elles ouvrent pourtant sur une profondeur romanesque. Elles racontent moins une action qu’un climat. Moins une anecdote qu’un état du monde.

À Pleyber-Christ, l’exposition Loustal, un été de voyages et de couleurs invite à parcourir cette œuvre aux frontières de la bande dessinée, de l’illustration, de la peinture et du carnet de voyage. Imaginée en partenariat avec la Galerie Huberty & Breyne, elle réunit une quarantaine de pièces et permet d’approcher plusieurs facettes d’un travail développé depuis plus de quarante ans.

Un fixeur des atmosphères

Né en 1956, Jacques de Loustal commence à publier à la fin des années 1970, alors qu’il est encore étudiant en architecture. Cette formation n’est pas anecdotique. Elle marque durablement son regard. Chez lui, les lieux ne sont jamais de simples décors. Ils structurent l’image, en organisent le silence, la perspective, la densité. Murs, escaliers, façades, balcons, routes, hôtels, ports ou bâtiments isolés composent une géographie mentale où chaque ligne semble chargée de mémoire.

Ses premières illustrations paraissent dans Rock & Folk, où il rencontre le scénariste Philippe Paringaux. Leur collaboration donnera naissance à plusieurs bandes dessinées publiées dans Métal Hurlant puis dans (À suivre). Ensemble, ils signent notamment Barney et la note bleue, Cœurs de sable, Kid Congo ou Le Sang des voyous. Ces titres disent déjà quelque chose de l’univers Loustal, peuplé d’échos musicaux, de tropiques mélancoliques, de polars intérieurs, de sensualité retenue et de dérives existentielles.

Au fil du temps, Loustal impose une esthétique à part. Il ne cherche ni l’hyperréalisme ni la virtuosité démonstrative. Il travaille plutôt la présence, la couleur, l’ellipse, l’atmosphère. Son art semble venir du cinéma, mais d’un cinéma ralenti, arrêté juste avant ou juste après l’événement. Il y a dans ses images quelque chose d’Edward Hopper, pour le silence des figures et des architectures, quelque chose du roman noir, pour les situations latentes, et quelque chose du carnet de voyage, pour la capture presque physique de la lumière.

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Peinture, illustration, bande dessinée, carnet de voyage

L’exposition de Pleyber-Christ a le mérite de ne pas réduire Loustal à une seule identité. Elle montre au contraire l’ampleur d’une œuvre qui circule entre plusieurs pratiques sans jamais perdre son unité. Les huiles sur toile révèlent des paysages aux couleurs profondes, construits comme des plans de cinéma. Les encres de Chine rappellent la force du trait, le goût du contraste, l’héritage de la bande dessinée et de l’illustration narrative. Les fusains donnent à l’architecture et aux paysages une puissance plus sombre, plus minérale. Les aquarelles, souvent liées à l’esprit du carnet de voyage, témoignent de l’importance de l’observation directe, du déplacement et de la mémoire visuelle.

Cette diversité technique ne produit pas une dispersion, mais une variation autour d’une même question. Comment faire tenir dans une image une lumière, un lieu, une attente, parfois une histoire entière ? Loustal ne surcharge pas. Il dispose. Il isole. Il cadre. Il laisse respirer. Dans ses compositions, le vide n’est jamais vide. Il contient la chaleur, la nostalgie, le désir, le départ possible, parfois la menace.

L’artiste a souvent rappelé combien le voyage nourrit son imaginaire. Le dossier de presse de l’exposition cite cette formule limpide : « Le voyage est souvent le point de départ de mes images. » La phrase pourrait servir de clé, à condition de ne pas l’entendre trop vite. Chez Loustal, voyager ne signifie pas seulement accumuler des motifs exotiques ou des souvenirs de lieux. Voyager, c’est déplacer le regard, éprouver une lumière inconnue, saisir une couleur qui n’appartient pas au quotidien, trouver dans un paysage extérieur la projection d’un récit intérieur.

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Une œuvre nourrie par la littérature et la presse

Jacques de Loustal a également collaboré avec de nombreux écrivains, parmi lesquels Jérôme Charyn, Jean-Luc Coatalem, Dennis Lehane ou Tonino Benacquista. Ces compagnonnages littéraires disent la porosité de son œuvre avec le récit. Ses images ne sont jamais seulement décoratives. Elles portent une tension narrative. Elles semblent contenir une nouvelle, une confession, un souvenir ou un roman condensé dans le silence d’un plan.

Parallèlement à la bande dessinée, Loustal mène une importante activité d’illustrateur pour l’édition, notamment autour de Georges Simenon, pour la presse internationale, dont The New Yorker, ainsi que pour la publicité. Là encore, l’artiste n’abandonne pas son langage propre. Qu’il travaille pour un livre, un journal, un album ou une galerie, il conserve cette manière de faire surgir un monde en quelques masses colorées, quelques lignes fermes, quelques silences bien placés.

Ses carnets publiés aux éditions de La Table Ronde, parmi lesquels Dessins d’ailleurs, Esprits d’ailleurs et Aux antipodes, prolongent cette dimension nomade. Plus récemment, Les Cahiers Dessinés ont consacré un ouvrage à ses peintures, confirmant l’importance de son œuvre picturale, parfois moins connue du grand public que ses albums ou ses illustrations.

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Infos pratiques

Loustal, un été de voyages et de couleurs
Peintures, fusains, encres de Chine et aquarelles
Du 1er juillet au 31 août 2026
Salle Anne de Bretagne, Pleyber-Christ, Finistère

Vernissage
Samedi 27 juin 2026 à 18 h 30, en présence de Jacques de Loustal
Ouvert à toutes et à tous

Horaires
Ouvert tous les jours
Fermé le dimanche matin
10 h à 12 h et 14 h à 18 h

Tarif
Entrée gratuite
Accessible PMR

Contact
Salle Anne de Bretagne
salleannedebretagne@pleyber-christ.fr
06 14 99 55 93 / 02 98 78 53 15

Site
www.expositions-pleyberchrist.fr

Marjolaine Tanguy
Marjolaine Tanguy est correspondante de presse dans le Finistère