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La Première Guerre mondiale en BD : comprendre la Grande Guerre et ses conséquences

Après avoir exploré le conflit de 1939-1945, Arnaud de la Croix et Vicente Cifuentes racontent avec justesse le premier conflit mondial du XXe siècle : la Grande Guerre. Un véritable plaisir de lecture, aussi accessible qu’érudit, consacré à un moment crucial de l’histoire de l’humanité.

L’un des enjeux majeurs des ouvrages de vulgarisation consiste à trouver le juste niveau d’information, entre simplification extrême et érudition pure. Les éditions Le Lombard avaient réussi ce pari avec l’album La Seconde Guerre mondiale en BD, paru en 2024. Arnaud de la Croix au scénario et Vicente Cifuentes au dessin signaient alors un livre remarqué, qui avait rencontré le succès. Forts de cette expérience, ils relèvent ici logiquement le même défi avec la guerre de 1914-1918, premier conflit à véritablement embrasser l’échelle mondiale. Couverture similaire et chapitrage comparable témoignent d’une continuité éditoriale convaincante.

Première Guerre mondiale en BD

Dans leur premier ouvrage, Arnaud de la Croix, « philosophe de formation et historien par passion », accordait une place importante aux origines du conflit, souvent délaissées au profit d’une description événementielle et chronologique de la guerre. Il renouvelle ici ce choix essentiel, n’hésitant pas à faire commencer son récit en 1884, trente ans avant le déclenchement des hostilités, afin de développer le rôle déterminant de l’Allemagne récemment unifiée, en quête d’une place majeure en Europe et dans le monde, notamment sous l’autorité du jeune et arrogant empereur Guillaume II.

Première Guerre mondiale en BD

Les ambitions coloniales des grandes puissances, les nationalismes exacerbés, la course aux armements et la volonté de chaque État d’accroître son influence géopolitique vont contribuer à provoquer ce conflit inédit, qui concerne bientôt une grande partie de la planète. La révolution russe, l’intervention des États-Unis et l’effondrement de plusieurs empires annoncent déjà le nouvel ordre mondial qui se dessinera au lendemain de la guerre.

Le travail de synthèse est remarquable. L’auteur apporte au récit habituel des éléments souvent méconnus du grand public, tout en conservant une forme concise et plaisante à lire. Chacun des vingt chapitres s’achève par un texte introduisant le suivant, constituant ainsi un repère chronologique précieux pour comprendre l’enchaînement et le déroulement des événements.

Première Guerre mondiale en BD

Les auteurs racontent une histoire internationale riche, qui porte en germe la plupart des guerres et des tensions du XXe siècle. Ainsi, le livre ne s’achève pas avec l’armistice du 11 novembre 1918, mais le 12 septembre 1919, lorsqu’un simple caporal devenu informateur pour l’armée allemande assiste à une réunion d’un minuscule parti d’extrême droite. Grâce à ses qualités d’orateur, il va rapidement s’y imposer. Il s’appelle Adolf Hitler. Cet illustre inconnu rejoint alors le Deutsche Arbeiterpartei, le Parti ouvrier allemand, appelé à devenir le Parti national-socialiste des travailleurs allemands, le NSDAP. La suite, nous la connaissons.

Le trait du dessinateur espagnol Vicente Cifuentes s’adapte parfaitement au caractère documentaire de l’ouvrage. Réaliste et manifestement nourri par une importante recherche iconographique, il demeure volontairement en retrait et privilégie l’accompagnement du texte. Aucune fioriture ni aucun effet de style inutile dans ce récit en noir et blanc, qui entend avant tout rester fidèle à la réalité historique reconstituée.

Première Guerre mondiale en BD

Pétain, Gallieni, Joffre, Lénine ou Wilson sont au cœur d’un récit qui privilégie le rôle des chefs d’État, des responsables militaires, des négociations diplomatiques et des stratégies. Les soldats massacrés, réduits à l’état de véritable chair à canon, ne sont toutefois pas oubliés. Le livre évoque notamment les tentatives spontanées de fraternisation et de trêve pendant les fêtes de Noël 1914, rapidement réprimées par les états-majors.

L’ouvrage constitue bien entendu une excellente occasion pour les collégiens et les lycéens d’apprendre de manière vivante l’un des événements fondateurs de notre histoire contemporaine. Il serait cependant dommage de réserver ces deux livres, appelés à devenir des références, au seul public scolaire. La transposition en bande dessinée permet de transmettre ces connaissances à un lectorat beaucoup plus large, à propos d’un conflit qui a perdu ses derniers témoins directs et dont l’évocation se limite encore trop souvent à la bataille de Verdun, aux poilus et aux tranchées.

Première Guerre mondiale en BD

En prenant de la hauteur, le livre restitue à la Première Guerre mondiale sa dimension géopolitique majeure. Les revendications territoriales, les rivalités entre puissances et les aspirations nationales vont bientôt laisser place à de nouveaux affrontements, davantage idéologiques, entre fascisme, communisme et démocraties libérales.

Celle qui devait être la « Der des Ders » ne fut finalement que le prélude à un bouleversement mondial total. Avec cette bande dessinée, les auteurs offrent à toutes et à tous des clés précieuses pour comprendre les tragédies qui allaient façonner le reste du XXe siècle.

Première Guerre mondiale en BD

Éric Rubert

La Première Guerre mondiale en BD.
Scénario : Arnaud de la Croix.
Dessin : Vicente Cifuentes Martínez.
Éditions Le Lombard.
296 pages. 29,90 €.

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L’auteur

Eric Rubert

Le duel Anquetil Poulidor sur les pentes du Puy-de-Dôme en 1964, les photos de Gilles Caron dans le Quartier latin en Mai 68, la peur des images des Sept boules de cristal de Hergé, les Nus bleus de Matisse sur un timbre poste, Voyage au bout de la Nuit de Céline ont façonné mon enfance et mon amour du vélo, de la peinture, de la littérature, de la BD et de la photographie. Toutes ces passions furent réunies, pendant douze années, dans le cadre d’un poste de rédacteur puis rédacteur en chef de la revue de la Fédération française de Cyclotourisme.