Du 19 juin au 26 juillet 2026, l’ancienne prison Jacques-Cartier, située 56 boulevard Jacques-Cartier à Rennes, connaîtra une nouvelle étape de sa reconversion. Pour la première fois, ce site patrimonial longtemps fermé au public ouvrira sur une période prolongée, les vendredis, samedis et dimanches après-midi, avec expositions, animations, visites, soirées musicales, performances et espaces de convivialité.
Entre Bréquigny et Sud-Gare, l’ancienne prison Jacques-Cartier demeure l’un de ces lieux rennais chargés d’histoire dont la seule silhouette suffit à rappeler un passé d’enfermement. Construite en 1903, rachetée par Rennes Métropole en 2021, elle fait aujourd’hui l’objet d’une réactivation progressive, culturelle et citoyenne. Depuis 2023, Rennes Métropole travaille avec les habitants, les associations et les acteurs culturels à imaginer l’avenir de ce vaste ensemble urbain, appelé à devenir un lieu ouvert, vivant, partagé, sans effacer pour autant la mémoire carcérale qui l’habite encore.
Jusqu’ici, le public n’avait pu y entrer que ponctuellement, lors des Journées européennes du matrimoine et du patrimoine, de visites patrimoniales, d’événements sportifs ou de rendez-vous exceptionnels. L’été 2026 marque donc un tournant. Du vendredi 19 juin au dimanche 26 juillet, la prison désaffectée ouvrira régulièrement ses portes. Les vendredis et samedis, le site sera accessible de 15h à 21h ; les dimanches, de 15h à 19h. Les expositions et animations seront gratuites et sans réservation, hors soirées spéciales et visites guidées.
D’un lieu d’enfermement à un lieu commun
La transformation de l’ancienne prison Jacques-Cartier ne relève pas seulement d’un changement d’usage. Elle engage une réflexion plus profonde sur la manière dont une ville peut reprendre possession d’un lieu clos, marqué par la contrainte, la séparation et la surveillance. Ouvrir les portes, y faire entrer des habitants, des enfants, des artistes, des jardiniers, des spectateurs, ce n’est pas effacer l’histoire. C’est au contraire la remettre en circulation.
Le site s’invente désormais comme un « morceau de ville » en devenir. Sous l’égide de Rennes Métropole, propriétaire et gestionnaire des lieux, l’ancienne prison entre dans une phase nouvelle, moins confidentielle, plus hospitalière. La cour, les murs, les bâtiments, les traces du passé pénitentiaire deviennent les supports d’expériences culturelles, mémorielles, écologiques et collectives.
Cette reconversion progressive prendra aussi une forme plus durable à partir de l’automne 2026 avec l’installation du collectif artistique nomade Les Circaciers, choisi dans le cadre de l’appel à manifestation d’intérêt lancé par Rennes Métropole en décembre 2024. Le collectif occupera temporairement une partie du site pour une durée de cinq ans, avec l’ambition d’y développer des espaces de travail pour artistes, artisans d’art et créateurs.
Une prison qui reverdit
L’ouverture estivale permettra également de découvrir les premiers aménagements végétalisés du site. En mars 2026, une journée participative a réuni cinq classes de CE2, CM1 et CM2 de l’école Clémenceau, ainsi que des habitants volontaires du quartier. En amont, l’association Cœur et Canopée, spécialisée dans la revégétalisation durable des villes et la transition écologique, avait mené un travail de sensibilisation auprès des groupes scolaires.
Au total, 400 végétaux ont été plantés. Jeunes plants forestiers, baliveaux, arbustes, vivaces et semis composent désormais une nouvelle strate végétale dans ce lieu minéral. Les essences choisies, parmi lesquelles le pin sylvestre, le robinier faux-acacia, les genêts ou les immortelles, ont été sélectionnées pour leur robustesse, leur adaptation à des sols pauvres et leur résistance à un climat plus sec.
Dans la cour Est, 330 m² ont été végétalisés, soit 19 % de sa surface. À l’angle nord-est, 22 m² supplémentaires seront plantés sur un espace déjà enherbé de 280 m². Cette reconquête végétale porte une dimension symbolique évidente. Dans un lieu longtemps associé à l’enfermement, la nature revient non comme décor, mais comme outil de régénération. Elle contribue à désimperméabiliser les sols, à réduire les îlots de chaleur et à introduire une autre respiration dans l’enceinte de la prison.
Collection 13, l’art contemporain entre les murs
Dans le cadre d’Exporama, le rendez-vous annuel d’art contemporain organisé par Rennes Ville et Métropole, le bâtiment historique accueillera l’exposition Collection 13. Elle réunit les œuvres acquises par le Fonds communal d’art contemporain de la Ville de Rennes en 2024 et 2025 auprès de vingt artistes vivant et travaillant à Rennes.
Peinture, dessin, photographie, vidéo, sculpture, design d’objet composent un panorama volontairement large de la création contemporaine locale. La présence de ces œuvres dans l’ancienne prison Jacques-Cartier ajoute une tension particulière à l’exposition. L’art y entre dans un espace qui fut longtemps séparé du monde ordinaire. Il y déplace les regards, y fait circuler les formes, y rend perceptible la vitalité d’une scène artistique rennaise diverse, active, souvent discrète, mais essentielle à la vie culturelle métropolitaine.
Un été de contes, d’ateliers, de sport, de mémoire et de musique
En parallèle de Collection 13, la grande cour extérieure accueillera une programmation renouvelée chaque semaine. Inscrite dans l’agenda de Cet été à Rennes, elle a été co-construite avec « l’Équipage Jacques-Cartier », qui réunit associations de culture, de mémoire, de sport, de nature, ainsi que des habitants du quartier et de la métropole. Ce collectif accompagne depuis 2023 la réactivation culturelle et citoyenne du site.
Le programme mêlera contes, conférences au jardin, ateliers artistiques, démonstrations sportives, performances théâtrales et dansées, visites mémorielles et moments conviviaux. Un espace dédié au pique-nique et aux enfants, avec des jeux, sera installé durant l’été. Une buvette et de la petite restauration seront proposées selon les animations.
L’ancienne prison Jacques-Cartier ne deviendra donc pas seulement un décor spectaculaire. Elle sera, pendant plusieurs semaines, un lieu d’expériences partagées. C’est là toute la délicatesse du projet. Il s’agit de faire vivre le site sans le banaliser, de l’ouvrir sans l’aplatir, de permettre à chacun d’y entrer sans oublier ce que signifiaient autrefois ces murs.
Les soirées spéciales de l’été
La première grande soirée aura lieu le samedi 20 juin, de 15h à 22h. Intitulée La Toubien, elle permettra au public de rencontrer Les Circaciers, futurs occupants temporaires du site. Au programme figurent des concerts avec Beating Odessa, entre synthwave et électrorock, et Ritournelle, duo violon-batterie, puis des DJ sets et lives électroniques avec Computr et Kiwi. Le Livre à l’Ouvrage proposera une démonstration participative d’imprimerie traditionnelle. Le public pourra aussi découvrir Le Mikhamac Hôtel de Franck Cardinal, structure de hamacs à partager. La soirée sera proposée à prix libre, avec buvette associative et restauration par le restaurant Dibar.
Le samedi 27 juin, de 18h à 22h, la soirée musicale La Maison qui danse prendra le relais. Elle sera gratuite et sans réservation.
Les jeudi 2, vendredi 3 et samedi 4 juillet, à 22h45, Les Tombées de la Nuit proposeront Colorer la taule, une création sonore et visuelle imaginée en partenariat avec Teenage Kicks et Spectaculaires. Enfin, le samedi 25 juillet, de 15h à 22h, la Bloc-party Jackolaa fera résonner hip-hop, funk, house, skateboard et graffiti dans la cour de l’ancienne prison. Cette dernière soirée sera gratuite et sans réservation.
Colorer la taule, une performance entre mémoire et nuit
Parmi les propositions les plus attendues, Colorer la taule prolongera le projet Seconde pot, présenté en juin 2025 par Teenage Kicks et Rennes Ville et Métropole. L’an dernier, de vieux fonds de pots de peinture avaient été collectés auprès des habitants du quartier afin de créer une fresque murale par l’artiste Germain Ipin. En parallèle, l’artiste sonore Marc-Antoine Granier avait recueilli les récits des visiteurs et de personnes liées à l’histoire de la prison pour composer une création documentaire sonore.
En 2026, Colorer la taule viendra réinterpréter cette matière au crépuscule. Présentée « entre chien et loup » dans le cadre du festival Les Tombées de la Nuit, la performance durera près de cinquante minutes. Elle invitera les spectateurs à plonger dans un univers immersif, visuel et sonore, où la mémoire du lieu, les couleurs, les voix et les murs se répondront.
Dans cette ancienne prison devenue lieu commun en devenir, la proposition interrogera notre rapport à l’enfermement, à la privation de liberté et à la manière dont une société regarde les lieux qu’elle a longtemps tenus à distance. Le tarif sera de 5 €, ou 2 € pour les bénéficiaires de la carte Sortir ! La billetterie sera disponible sur le site des Tombées de la Nuit.
Les Circaciers, du cirque, de l’acier et du commun
L’arrivée des Circaciers à l’automne 2026 donnera une nouvelle épaisseur au projet. Le collectif artistique nomade s’est d’abord constitué autour des arts du métal. Son nom résume son origine avec malice, « du cirque, de l’acier, ça fait Circaciers ». Mais son champ d’action dépasse aujourd’hui largement cette première identité.
Les Circaciers soutiennent les pratiques créatives, artistiques, culturelles et artisanales, en les inscrivant dans des démarches de transition. Réemploi, matières naturelles, low-tech, croisements entre artistes, artisans et publics forment les axes de leur projet. Leur installation temporaire à Jacques-Cartier répondra aussi à un besoin très concret dans la métropole rennaise, celui d’espaces de travail pour les professionnels de la création et de l’artisanat d’art.
À Rennes, l’ancienne prison Jacques-Cartier commence ainsi à changer de régime. Elle ne se contente plus d’être un patrimoine à visiter. Elle devient un laboratoire urbain, culturel et écologique, où s’expérimente une autre manière d’habiter les traces du passé. Cet été, ses portes s’ouvrent plus largement. À chacun désormais d’y entrer avec attention, curiosité et mémoire.
Informations pratiques
- Lieu : ancienne prison Jacques-Cartier, 56 boulevard Jacques-Cartier, Rennes
- Dates : du 19 juin au 26 juillet 2026
- Horaires : vendredis et samedis de 15h à 21h, dimanches de 15h à 19h
- Accès : expositions et animations gratuites, sans réservation
- Soirées spéciales : horaires et conditions spécifiques selon les événements
- Visites guidées : samedis et dimanches à 15h30 avec Destination Rennes, sur réservation payante
- Programme complet : ete.rennes.fr
