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UNIDIVERSLE MÉDIAVERS CULTUREL
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BD Jusqu’à la tombe : il était une fois dans les Pouilles

Vengeance, haine, violence sont les ingrédients majeurs de cette bande dessinée qui emprunte les codes du western pour les transposer dans l’Italie de 1863. Du Cinémascope en noir et blanc. Cela ressemble à un western.

Les personnages sont armés de colts et de revolvers. Ils masquent leur visage derrière des foulards. Ils portent de longs manteaux. Ils vont à cheval. Leur chef arbore une plume sur son chapeau. Ils sèment la terreur partout où ils passent. Mais nous ne sommes pas dans l’Ouest américain.

Nous sommes en Italie. En 1863. Cela n’est donc pas un western. Alors que, de l’autre côté de l’Atlantique, la guerre de Sécession bat son plein, une autre période troublée agite un pays unifié depuis deux ans à peine. La rivalité entre le Nord et le Sud, omniprésente, trouve dans cette unité de façade l’occasion d’exacerber les haines et les rancœurs entre les « riches » et les « pauvres », les bourgeois et les paysans. Tout est confus, chaotique. Sous le soleil écrasant des Pouilles, les ennemis sont partout : émissaires du Nord, armée piémontaise, brigands. Les paysans se méfient des potentats locaux comme de ces luttes politiques qui les dépassent. Chaque voisin peut devenir un ennemi.

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C’est dans ce climat délétère que la jeune Filomena et le fougueux berger Carmine tombent amoureux. Lorsque ce dernier revient de l’estive, le puissant baron Don Michele, potentat omnipotent protégé par ses fils qui lui servent d’hommes de main, impose à la jeune femme de l’épouser. Ce coup de force bouleverse l’ordre des choses et l’ordonnancement du récit. Le manichéisme entre « bons » et « méchants », entrevu dès les premières pages, va se fracasser contre la volonté de Carmine de se venger et de devenir à son tour un bandit de grand chemin, désireux de briser l’ordre social. A priori, il souhaite défendre le pauvre et l’orphelin, mais bien vite la force et l’argent transforment l’amant éconduit en homme brutal. Le héros pressenti des premières pages abandonne ses pauvres habits de victime pour revêtir ceux de la haine et de la puissance. Une métamorphose perceptible jusque dans la silhouette et le visage de l’homme amoureux devenu cynique et odieux.

Cette bascule, les auteurs, tous deux nés à Foggia, l’avaient déjà traitée dans leur précédent album commun, Les Assiégés(Sarbacane), un thriller contemporain à tiroirs dans lequel de nombreux destins s’entrecroisaient. Ici encore, le récit est tortueux à souhait. Entre prédictions, divinations, événements et contexte historique, nous cheminons dans un roman choral dont les ramifications demandent une lecture attentive. Les ennemis, parfois interchangeables, s’entrecroisent et se poursuivent. Le lecteur passe alors de séquence en séquence dans une descente aux enfers où la raison n’a plus sa place, même face à l’innocence d’un nourrisson.

Dans l’album Albertine a disparu (voir notre chronique), Bizzarri avait illustré un fait divers tout en douceur, nuances et arrondis. Cette fois-ci, il change totalement de prisme en utilisant un noir et blanc frontal — plus noir que blanc, d’ailleurs — où la férocité et la violence explosent à chaque page. Les dessins rappellent les films de Sergio Leone : gros plans sur des trognes improbables, plongées et contre-plongées, pieds de pendu dans le vide. La fin évoque étrangement la scène du cimetière dans Le Bon, la Brute et le Truand. Même la couverture entretient la confusion entre les genres. Il ne manque que la musique d’Ennio Morricone.

Finalement, les Pouilles italiennes de 1863 ne sont peut-être pas si éloignées que cela du désert de l’Arizona. Et Jusqu’à la tombe ressemble bien à un western. Une sorte de « Il était une fois en… Italie », un film-BD dans lequel chacun pourra chercher les liens avec le cinéma et les westerns spaghetti.

Jusqu’à la tombe, de Vincenzo Bizzarri et Stefano Nardella. Éditions Sarbacane. 184 pages, noir et blanc. 25 €.

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L’auteur

Eric Rubert

Le duel Anquetil Poulidor sur les pentes du Puy-de-Dôme en 1964, les photos de Gilles Caron dans le Quartier latin en Mai 68, la peur des images des Sept boules de cristal de Hergé, les Nus bleus de Matisse sur un timbre poste, Voyage au bout de la Nuit de Céline ont façonné mon enfance et mon amour du vélo, de la peinture, de la littérature, de la BD et de la photographie. Toutes ces passions furent réunies, pendant douze années, dans le cadre d’un poste de rédacteur puis rédacteur en chef de la revue de la Fédération française de Cyclotourisme.