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BD Le soleil va se lever : apprivoiser la mort pour mieux aimer la vie

En rencontrant des accompagnateurs de fin de vie, l’auteur connu sousl e niom de L’homme étoilé livre avec la BD Le soleil va se lever un témoignage paradoxalement lumineux. Quand la mort raconte un chemin commun à tous.

Je vous en prie. Poursuivez la lecture de cette modeste chronique. Ce n’est pas parce que le mot « mort » figure dans le « chapô » que la BD présentée se révélera sinistre. Certes, la fin de l’existence est le sujet du livre mais, comme son titre l’indique, l’ouvrage est avant tout un hymne à la vie. A priori, difficile de le croire. Même L’Homme étoilé, étrange nom d’auteur — il a trois étoiles tatouées sur son coude gauche —, raconte combien il a été difficile de convaincre son éditeur, qui s’enfonçait progressivement dans son fauteuil au fur et à mesure de la présentation du projet, quelque part entre l’attaque d’apoplexie et l’évanouissement : « Xavier… j’ai peur qu’on prenne une mauvaise direction… et que ton anthologie du deuil soit reçue comme une anthologie du plombant et du glauque… » Voilà, c’est dit et écrit.

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Il ne lâche rien pourtant, le dessinateur. Il a des arguments de choc. Celui de sa profession d’abord, puisqu’il est infirmier en soins palliatifs. Il peut aussi invoquer le fait qu’il a déjà dessiné plusieurs ouvrages consacrés à son métier : « À la vie », « Je serai là », « Je suis au-delà de la mort », des titres optimistes qui confirment la capacité de Xavier à dédiaboliser ces instants inexorables de fin de vie. Dans ces trois ouvrages, il abordait le deuil « sous l’angle de ceux qui vont partir et de ceux qui restent », en évoquant son propre parcours professionnel.

BD Le soleil va se lever

Cette fois-ci, il se propose de montrer le point de vue des professionnels qui entourent la fin de vie, ces facilitateurs du deuil. Dire leur engagement, leur quotidien, eux qui disparaissent habituellement du récit des proches, tout entier occupé par la souffrance de l’instant. Ils sont cinq que l’auteur rencontre : un psychiatre, une médium, une « thanadoula » qui assiste les proches lors du décès, une thanatopractrice qui effectue les derniers soins de conservation et, enfin, la fondatrice de Happy End, une association où l’on parle librement de la mort. Cela peut sembler étrange mais ces personnes ont toutes le sourire et paraissent posséder une rare force de vie, comme si la proximité quotidienne de la mort rendait l’existence plus nécessaire et plus joyeuse. Toutes partagent une forme de foi dans leur engagement. Si le deuil est essentiellement fait de tristesse et de souffrance, elles expliquent combien le décès d’un proche peut aussi devenir un moment où il est possible de porter un regard différent sur l’existence et d’en tirer des enseignements positifs.

BD Le soleil va se lever

L’ouvrage n’est pas pour autant une simple succession d’interviews mises en images. À la manière d’Étienne Davodeau et de sa récente BD « Là où tu vas », Xavier se raconte aussi et explique indirectement les circonstances familiales qui ont conduit son métier à occuper une si grande place dans sa vie. La perte de sa sœur jumelle traverse l’album tel un fil conducteur, empêchant le récit de se réduire à un simple documentaire. Par l’évocation de son histoire personnelle, l’auteur montre comment le deuil nous traverse toutes et tous, de manière consciente ou non.

BD Le soleil va se lever

« Le deuil, on connaît tout ça, car ça ne concerne pas que la perte d’un être cher. On peut faire le deuil d’un parent comme d’un ami, d’un emploi ou d’un animal de compagnie, d’un logement ou d’une relation sentimentale… La vie, ce n’est que ça : un long chemin, pavé de gains et de pertes… Une succession de déséquilibres et la volonté farouche de tenir debout et d’avancer, toujours. »

Le dessin de Xavier, mis en couleur par Helia, est lumineux, y compris dans les situations les plus sombres et difficiles. Il apporte une forme de légèreté qui donne envie d’ouvrir la fenêtre, de regarder le ciel bleu, de respirer et, tout simplement, de vivre.

BD Le soleil va se lever

Ayant finalement réussi à convaincre son éditeur, il semble très probable que Xavier reprenne rendez-vous avec lui. Sur son carnet, à la suite des coordonnées des cinq personnes rencontrées, cinq autres noms attendent, dont « une dame qui chante aux enterrements » ou une « accompagnante du deuil animalier ». Une dernière page comme une invitation à donner une suite à ce premier album réussi. Et finalement vivant.

Le soleil va se lever, L’Homme étoilé. Éditions Le Lombard. 248 pages. 26,95 €.

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L’auteur

Eric Rubert

Le duel Anquetil Poulidor sur les pentes du Puy-de-Dôme en 1964, les photos de Gilles Caron dans le Quartier latin en Mai 68, la peur des images des Sept boules de cristal de Hergé, les Nus bleus de Matisse sur un timbre poste, Voyage au bout de la Nuit de Céline ont façonné mon enfance et mon amour du vélo, de la peinture, de la littérature, de la BD et de la photographie. Toutes ces passions furent réunies, pendant douze années, dans le cadre d’un poste de rédacteur puis rédacteur en chef de la revue de la Fédération française de Cyclotourisme.