Daniel Cueff est, à n’en pas douter, un homme de conviction*. L’ouvrage paru voilà quelques jours aux éditions Apogée le démontre. Brèves de vie et engagements s’y trouvent rassemblés. Breton, mais aussi citoyen d’Europe et du monde, Daniel Cueff y raconte ses apprentissages, ses rencontres, ses combats et les repères autour desquels il s’est construit. Beaucoup d’entre eux nous rassemblent, vous et moi. Et ses mots sont forts.
« Je crois que la politique sans lutte devient gestion. Et la lutte sans politique devient désespoir […]. Ce que j’ai appris, au fil du temps, c’est que les luttes doivent s’inscrire dans une méthode. Il ne suffit pas de s’opposer. Il faut aussi proposer. Il faut transformer l’énergie contestataire en capacité d’action. Cela demande du temps, de l’écoute, de la rigueur. Mais c’est possible. Je l’ai vu. Je l’ai vécu. » p. 45
Daniel Cueff se tient à distance des slogans moralisateurs et des mots d’ordre radicaux. « Mais comment peut-on penser que le changement est possible si l’on commence par humilier les gens ? Par les assigner à la culpabilité ? Par nier leur existence, leur fierté, leur histoire, leur savoir-faire ? » p. 60
Parmi ses initiatives collectives figure BRUDED, Bretagne rurale et urbaine pour un développement durable, lancée avec les maires de Silfiac et de Saint-Brieuc-de-Mauron. Le réseau réunit aujourd’hui 280 communes. Il constitue un espace vivant où chacun apprend, tente, échoue ou réussit, mais surtout partage et donne sens à l’action. p. 71
« Je n’ai jamais cru aux miracles. Encore moins aux coups d’éclat. Ce qui m’intéresse, c’est la durée. La transformation lente. Le travail patient. Celui qui ne fait pas les gros titres mais qui change la structure d’un territoire profondément, durablement. » p. 79
« Je suis Breton. […] Je le dis parce que c’est une réalité vivante, qui irrigue ma manière de penser, de parler, d’agir. Ma culture, mes paysages, mes références, mes colères… » p. 88
Daniel Cueff affirme également la nécessité de réinvestir l’idée européenne, non comme abstraction institutionnelle, mais comme pratique concrète. « Il faut réinvestir l’Europe. Pas seulement dans les institutions. Mais dans les pratiques. Dans les réseaux de maires, dans les universités populaires, dans les mouvements citoyens transnationaux. Il faut faire circuler les idées, les expériences, les résistances. Il faut construire des convergences concrètes. » p. 102
Daniel Cueff défend aussi la « démocratie d’implication », qu’il présente comme un vrai changement de paradigme dans l’action politique, même si cette méthode dérange et peut retarder la réalisation des projets. « Et c’est tant mieux. Parce que c’est là que commence la vraie démocratie. […] Accepter l’incertitude. Redonner du sens à l’action publique. Et cela passe par une implication sincère des citoyens. » La convention citoyenne régionale qu’il propose, pensée comme une « instance de dialogue, de controverse, de proposition », peut-elle combler le vide démocratique qui s’est creusé entre citoyens et décisionnaires ? p. 107
Si vous avez besoin d’un grand bol d’air démocratique, n’hésitez pas à lire ce livre. Il fera sans doute grincer quelques dents, mais qu’il est salutaire de voir s’ouvrir une fenêtre dans le bruit ambiant, d’entendre cette petite musique du bien commun, du dialogue, de l’implication de chacune et de chacun. À son échelle, certes, individuelle et collective, locale et régionale, à hauteur d’hommes et de femmes, en somme. Il y a de l’utopie, bien sûr, dans les propos de Daniel Cueff, mais il y a surtout la démonstration que le vivre-ensemble est possible et que nous pouvons construire demain ensemble. Un message fort, dont il apporte la preuve par l’exemple.
Daniel Cueff, Le politique à hauteur d’homme, préface de Jean-Yves Le Drian, éditions Apogée, 136 pages, mai 2026, 12 €.
* Ancien maire de Langouët, une petite commune de Bretagne, Daniel Cueff s’est fait connaître pour son arrêté d’interdiction des pesticides en 2019, mais aussi pour avoir initié une cantine 100 % bio et locale dès 2004, ainsi que la construction de logements sociaux à faible consommation d’énergie. Il est aujourd’hui vice-président du Conseil régional de Bretagne, en charge de la mission Mer-Littoral.
