Depuis le 5 juin 2026, une nouvelle œuvre de Jérôme Mesnager est visible rue d’Échange à Rennes. Longue de 30 mètres, la fresque déploie la célèbre silhouette blanche de l’artiste dans une ronde graphique inspirée par l’univers du livre.
Depuis le 5 juin 2026, Jérôme Mesnager a fait surgir rue d’Échange, au pied du Couvent des Jacobins, son fameux Corps blanc, cette silhouette vive, désossée, presque dansante, qui traverse depuis plus de quarante ans les villes, les ruines, les friches, les façades et les mémoires urbaines.
Après une intervention rue Vasselot en 2025, l’artiste revient à Rennes avec une œuvre monumentale de 30 mètres de long. Sur le fond noir du mur d’enceinte du centre des congrès, ses personnages blancs semblent courir, lire, s’étirer, se transmettre des signes et former une chaîne humaine à la fois joyeuse et fragile. Le trait est simple, presque enfantin, mais l’effet est immédiat. Le mur devient page, frise, partition, procession.
Le Corps blanc, une silhouette née en 1983
Jérôme Mesnager fait partie des figures historiques de l’art urbain français. Le 16 janvier 1983, il peint pour la première fois sa silhouette blanche sur un mur de la Petite Ceinture, à Paris. Il la définit lui-même comme « un symbole de lumière, de force et de paix ». Depuis, ce personnage reconnaissable entre tous a essaimé sur les murs du monde entier, de Ménilmontant à Moscou, de la muraille de Chine aux catacombes de Paris.
À Rennes, cette présence prend une couleur particulière. Le Corps blanc ne vient pas seulement signer un mur. Il accompagne un lieu de passage, de savoir et de rencontres. Le Couvent des Jacobins, ancien édifice religieux devenu centre des congrès de Rennes Métropole, accueille tout au long de l’année des événements professionnels, culturels et scientifiques. L’intervention de Jérôme Mesnager y installe un contrepoint sensible, visible par tous, librement accessible depuis l’espace public.

Une fresque en écho au monde du livre
L’œuvre a été imaginée en résonance avec deux grands rendez-vous professionnels organisés en juin 2026 au Couvent des Jacobins. Les Rencontres nationales de la librairie française se tiennent les 7 et 8 juin, tandis que le Congrès de l’Association des bibliothécaires de France se déroule du 17 au 19 juin. Ensemble, ces événements représentent près de 2 200 congressistes accueillis dans la capitale bretonne.
Le choix du livre comme motif n’est donc pas décoratif. Dans la fresque, des volumes ouverts apparaissent autour des silhouettes. Ils flottent comme des oiseaux, circulent comme des messages, s’inscrivent dans la même chorégraphie que les corps. La lecture devient mouvement. Le livre n’est plus seulement un objet tenu dans les mains, mais une énergie collective, une transmission, une manière d’habiter la ville.
Cette dimension correspond bien à l’univers de Jérôme Mesnager, dont le personnage blanc semble toujours pris entre apparition et disparition. Il surgit, il passe, il laisse une trace. Ici, au pied d’un centre des congrès où se rencontrent libraires, bibliothécaires, éditeurs, médiateurs et professionnels du livre, il rappelle que la culture ne se réduit pas aux lieux clos. Elle circule aussi dehors, sur les murs, dans les rues, à hauteur de passant.
Le mur de la rue d’Échange, une vitrine d’art urbain
Depuis 2023, Destination Rennes et l’association M.U.R Rennes assurent ensemble la direction artistique du mur de la rue d’Échange, dédié à l’art urbain. Cette nouvelle intervention s’inscrit dans cette volonté de faire du Couvent des Jacobins un lieu capable de dialoguer avec la ville, au-delà de sa seule fonction de centre des congrès.
Au plan urbain, le dispositif est intéressant. L’œuvre n’est pas placée à l’intérieur du bâtiment, réservée aux congressistes ou aux invités. Elle est offerte à la rue. Les Rennais, les visiteurs, les passants et les curieux peuvent la découvrir librement. Le centre des congrès affirme ainsi une présence moins institutionnelle, plus poreuse, plus vivante, en laissant une place à l’imaginaire graphique dans l’espace quotidien.
Avec Jérôme Mesnager, ce mur noir devient une scène claire. Les corps blancs y avancent comme une farandole de lecteurs, d’acrobates et de messagers. Une manière simple et efficace de rappeler qu’un livre, comme une silhouette peinte sur un mur, ne vit pleinement que lorsqu’il circule.
Crédit photos. Julien Mignot.
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