Le mercredi 24 juin 2026 à 18 h 30, Guingamp accueille le vernissage de deux expositions parallèles portées par le Centre d’art GwinZegal. Au centre d’art, Nous autres réunit la photographe américaine Donna Gottschalk et l’écrivaine Hélène Giannecchini autour d’une archive queer patiemment sauvée de l’oubli. À la salle Avalon de l’INSEAC, Les yeux ouverts 2025-2026 présente les travaux réalisés dans le cadre des ateliers d’éducation artistique et culturelle menés entre septembre 2025 et juin 2026.
Deux expositions, deux lieux, une même question : que peut une image lorsqu’elle ne se contente pas d’être vue ? À Guingamp, le Centre d’art GwinZegal propose, à partir du 25 juin 2026, un double parcours consacré à la photographie comme forme de mémoire, d’attention et de transmission. D’un côté, Nous autres, exposition conçue autour des archives de Donna Gottschalk, photographe américaine née en 1949 à New York. De l’autre, Les yeux ouverts 2025-2026, restitution des ateliers d’éducation artistique et culturelle conduits avec de nombreux établissements et structures partenaires.
Le rapprochement n’a rien d’artificiel. Dans les deux cas, il s’agit d’apprendre à regarder autrement. Regarder celles et ceux que l’histoire dominante a longtemps laissés hors champ. Regarder les images non comme de simples surfaces, mais comme des lieux de présence. Regarder enfin les productions issues d’ateliers non comme des exercices secondaires, mais comme les traces d’une véritable expérience artistique, pédagogique et collective.
Nous autres : Donna Gottschalk, une archive contre l’oubli
Présentée au Centre d’art GwinZegal du 25 juin au 11 octobre 2026, Nous autres est le fruit de la rencontre entre Donna Gottschalk, photographe, et Hélène Giannecchini, écrivaine et théoricienne de l’art. L’exposition, dont le commissariat est assuré par Hélène Giannecchini et Julie Héraut, a été conçue par Le BAL et coproduite par Le BAL, The Photographers’ Gallery et le Centre d’art GwinZegal.
Donna Gottschalk naît en 1949 à New York, dans le quartier populaire d’Alphabet City. Depuis la fin des années 1960, elle photographie les personnes avec qui elle vit, milite, travaille, aime. Engagée dans les mouvements naissants pour les droits LGBT+, elle comprend très tôt la nécessité de préserver la trace de ces vies situées aux marges de la société. Ses images rassemblent des proches, des amies, des amantes, des camarades de lutte. Elles composent une archive intime et politique, une archive contre l’effacement.
Inspirée à ses débuts par Diane Arbus, dont elle découvre le travail au MoMA en 1967, Donna Gottschalk choisit elle aussi de photographier des êtres en marge. Mais son regard se distingue radicalement par sa position : elle ne photographie pas la marge depuis l’extérieur. Elle photographie depuis la marge qui est aussi la sienne. Son œuvre naît dans la proximité, la confiance, la communauté. Ses modèles ne sont pas des objets d’étude. Ce sont des présences aimées, reconnues, complices.

Stonewall, le Gay Liberation Front et la politique de l’intime
Le regard de Donna Gottschalk se construit dans un moment historique décisif. À la fin des années 1960, les rapports homosexuels demeurent illégaux dans une grande partie des États-Unis. Le 28 juin 1969, une descente de police au Stonewall Inn, bar gay de Greenwich Village, déclenche une révolte. Pendant trois jours, les personnes présentes s’opposent à la violence policière. L’événement devient l’un des actes fondateurs des mouvements contemporains de libération LGBT+.
Donna Gottschalk rejoint alors le Gay Liberation Front, l’une des organisations qui revendiquent publiquement des droits pour les personnes LGBTQ+. Pourtant, son travail photographique ne s’inscrit pas dans une esthétique militante démonstrative. À rebours des écritures visuelles dominantes dans les cercles activistes et les avant-gardes new-yorkaises des années 1970, ses images circulent longtemps hors des circuits officiels.
Lorsque son engagement dans l’activisme décline au milieu des années 1970, et que la nécessité de subvenir à ses besoins et à ceux de ses jeunes frères et sœurs s’impose, Donna Gottschalk retourne davantage son objectif vers sa vie intime. Mais cet intime n’a rien d’un repli. Il demeure profondément politique. Comme l’écrit Hélène Giannecchini, Donna Gottschalk dévoile des trajectoires, au sens sociologique du terme : des individus pris dans leur époque, dans leur destin de classe, qui évoluent, se transforment et s’affirment.
Une famille d’élection
Les personnes qui posent pour Donna Gottschalk, souvent dans son appartement, embrassent pleinement leur liberté et leur identité. Elles apparaissent au travail, dans des gestes quotidiens, dans des moments d’affection, de repos, de confidence. Peu à peu, les photographies dessinent un album de famille. Non pas la famille imposée par l’état civil, mais une famille d’élection, une constellation d’amitiés, d’amours, de solidarités et de résistances.
Chaque image affirme une présence. Chaque regard, chaque posture semble dire : nous sommes là, ensemble, visibles, solidaires. Ce « nous » donne son titre à l’exposition. Il ne renvoie pas à une identité fermée, mais à une alliance. Il désigne une communauté fragile, exposée, mais aussi capable de se reconnaître elle-même, de se soutenir, de produire ses propres archives.
Longtemps, ces photographies sont restées discrètes, conservées dans un espace de confiance. Il aura fallu des décennies pour qu’elles nous parviennent pleinement. Elles sont aujourd’hui des preuves d’existence, des gestes d’amour, des formes de résistance. Elles ne demandent pas seulement à être regardées. Elles engagent celles et ceux qui les regardent.

Hélène Giannecchini : réactiver les images manquantes
La rencontre avec Hélène Giannecchini donne à ces archives une nouvelle portée. Née en 1987 à Paris, écrivaine et théoricienne de l’art, elle consacre une grande partie de sa recherche aux mémoires queer et aux archives minoritaires de la seconde moitié du XXe siècle. Attentive aux paroles absentes et aux images manquantes, elle entre dans les archives de Donna Gottschalk non pour les refermer dans un savoir définitif, mais pour les remettre en mouvement.
Immergée dans plus de cinquante années de pratique photographique, Hélène Giannecchini explore, relie, recompose. Les photographies deviennent des fragments d’histoire à réactiver. À l’intersection des luttes passées et présentes, la rencontre entre les deux femmes provoque un déplacement des récits. Une autre histoire reste à écrire, ensemble : une histoire des vies minorées, des existences communes, des gestes minuscules que quelques phrases, arrachées à l’oubli, peuvent faire scintiller.
La référence à Michel Foucault et à La vie des hommes infâmes éclaire ce geste. Il ne s’agit pas de monumentaliser des destins, mais de reconnaître la puissance de vies qui n’ont pas toujours laissé de traces dans les grands récits. Chez Donna Gottschalk et Hélène Giannecchini, l’archive n’est pas un tombeau. Elle est une adresse au présent.
Les yeux ouverts 2025-2026 : l’éducation artistique comme expérience du regard
En parallèle, la salle Avalon de l’Institut national supérieur de l’éducation artistique et culturelle accueille Les yeux ouverts 2025-2026, exposition visible du 25 juin au 30 août 2026. Elle présente les travaux réalisés dans le cadre des ateliers d’éducation artistique et culturelle menés entre septembre 2025 et juin 2026.
Là encore, le titre est programmatique. Ouvrir les yeux ne signifie pas accumuler des images. Cela suppose d’apprendre à les lire, à les interroger, à comprendre leur contexte de production, leur cadrage, leurs silences, leur pouvoir de révélation. L’éducation artistique et culturelle apparaît ici comme une véritable pédagogie de l’attention.
À l’heure où les images circulent vite, se consomment vite et s’oublient vite, ces ateliers proposent un contretemps. Ils invitent à ralentir. À fabriquer, regarder, comparer, douter, reprendre. Les travaux présentés à la salle Avalon témoignent moins d’un résultat figé que d’un processus : celui par lequel des élèves, des étudiants, des adultes, des personnes accompagnées par différentes structures sociales, éducatives ou médico-sociales ont rencontré des artistes et expérimenté des formes.
Un vaste réseau de partenaires
Les yeux ouverts 2025-2026 rend visible l’ampleur du travail de terrain mené par GwinZegal avec ses partenaires. Les ateliers ont associé des écoles, collèges, lycées, organismes de formation, associations, structures d’accueil et établissements de soin ou d’accompagnement. Parmi eux : l’école La Madeleine et l’école François-Leizour à Guingamp ; les collèges Skolaj Diwan Bro-Dreger à Plésidy, de l’Immaculée-Conception à Créhen, François-Clec’h à Bégard, Charles-Le-Goffic à Lannion, Jacques-Prévert à Guingamp, Albert-Camus à Grâces ; le collège et lycée Saint-Joseph-Bossuet à Lannion ; le lycée agricole de Kernilien à Grâces ; le lycée Émile-Zola à Rennes ; le lycée Notre-Dame à Guingamp ; le lycée professionnel du Restmeur à Pabu ; le lycée Sacré-Cœur à Saint-Brieuc ; le lycée général Auguste-Pavie à Guingamp ; l’INSEAC ; le Greta des Côtes-d’Armor ; l’association GEM ; le service d’accueil et de travail adapté Ty Plouz à Plouisy ; Itinérance 22 ; le foyer de vie Résidence Henri-Terret à Lanvollon ; ou encore l’hôpital de jour de Pabu.
Cette diversité dit beaucoup du projet. L’éducation artistique ne s’adresse pas à un public homogène. Elle traverse les âges, les milieux, les situations scolaires, sociales et personnelles. Elle crée des espaces où l’on peut produire une image, recevoir celle d’un autre, construire un récit, éprouver une forme de présence. Elle fait de la photographie non seulement un art, mais une pratique de relation.
Les artistes intervenant·es — Laura Ben Hayoun, Alexandra Catiere, Samuel Gratacap, Lilian Héliot, Lou le Jard, Anne-Lise King, Nina Médioni, Maxence Rifflet, Antoine Seiter, Alexandra Serrano et Jeanne Verlhac — ont accompagné ces expériences. Leur présence rappelle que transmettre l’art ne consiste pas à simplifier les œuvres, mais à ouvrir des méthodes, des gestes, des chemins d’accès.
Deux expositions, une même politique de l’attention
Entre Nous autres et Les yeux ouverts, le lien profond tient à cette politique de l’attention. Donna Gottschalk photographie des vies qui auraient pu disparaître des archives collectives. Hélène Giannecchini écrit pour réactiver les images manquantes. Les ateliers d’éducation artistique apprennent, eux, à de nouveaux regards à se former. Dans les trois cas, il s’agit de résister à l’effacement.
Guingamp devient ainsi, le temps de ce double rendez-vous, un lieu où la photographie interroge sa propre responsabilité. Que garde-t-on ? Qui regarde-t-on ? Qui a le droit d’apparaître ? Comment une image peut-elle devenir un geste de soin, de mémoire, de lutte ou de transmission ? Ces questions donnent aux deux expositions leur cohérence et leur force.
À GwinZegal comme à l’INSEAC, il ne s’agit donc pas simplement de regarder des photographies ou des travaux d’ateliers. Il s’agit d’entrer dans une expérience du regard. Une expérience qui rappelle que voir est un acte, et que certaines images, lorsqu’elles reviennent jusqu’à nous, modifient notre manière d’habiter le présent.
Informations pratiques
Nous autres
Lieu : Centre d’art GwinZegal
4 rue Auguste Pavie, 22200 Guingamp
Vernissage : mercredi 24 juin 2026 à 18 h 30
Exposition : du 25 juin au 11 octobre 2026
Horaires d’été jusqu’au 30 août : ouvert du lundi au dimanche, de 14 h à 18 h 30.
À partir du 31 août : ouvert du mercredi au dimanche, de 14 h à 18 h 30.
Entrée libre et gratuite.
Fermé les jours fériés, sauf le 15 août.
Site : www.gwinzegal.com
Commissaires de l’exposition : Hélène Giannecchini et Julie Héraut.
Exposition conçue par Le BAL et coproduite par Le BAL, The Photographers’ Gallery et le Centre d’art GwinZegal.
Visuel : Donna Gottschalk, Oak, Robin, Binky, Chris et moi, Bébés Gouines, E. 9th Street, New York, 1969. © Donna Gottschalk. Courtesy de l’artiste et de Marcelle Alix.
Les yeux ouverts 2025-2026
Lieu : Salle Avalon, Institut national supérieur de l’éducation artistique et culturelle, Guingamp.
Vernissage : mercredi 24 juin 2026 à 18 h 30
Exposition : du 25 juin au 30 août 2026
Horaires : ouvert tous les jours de 14 h à 18 h 30.
Fermé les jours fériés, sauf le 15 août.
