Du 6 juillet au 4 octobre 2026, Les Rencontres d’Arles reviennent avec une 57e édition intitulée Des mondes à relire.
Entre continent africain, Méditerranée, archives réactivées, grandes figures de la photographie, scènes émergentes et explorations du vivant, le festival transforme une nouvelle fois Arles en capitale internationale de l’image.
À Arles, la photographie n’est jamais seulement une image accrochée à un mur. Elle devient une façon d’habiter la ville, de traverser les lieux, de relire les pierres, les mémoires, les visages, les blessures et les paysages. Chaque été, Les Rencontres d’Arles font de la cité provençale un immense laboratoire du regard. En 2026, ce laboratoire prend une ampleur particulière avec une édition prolongée jusqu’au 4 octobre et placée sous un titre aussi simple qu’ambitieux : Des mondes à relire.
L’expression donne la clef de cette 57e édition. Relire, ce n’est pas répéter. C’est revenir sur ce que l’on croyait savoir, déplacer les cadres, défaire les images toutes faites, ouvrir les archives, entendre les voix oubliées, comprendre que toute photographie porte avec elle une histoire de pouvoir, de regard et de transmission. Le programme 2026 ne propose donc pas seulement un panorama de la création photographique. Il invite à reprendre le monde depuis ses marges, ses silences, ses continents mal lus, ses récits suspendus.
La programmation dessine plusieurs grandes lignes de force. Le continent africain et la Méditerranée y occupent une place centrale. Les images y interrogent les indépendances, les circulations, les représentations coloniales et postcoloniales, les formes de mémoire et d’émancipation. D’autres expositions explorent les vies sensibles du vivant, animal, végétal, minéral ou organique. D’autres encore réactivent des archives incertaines, revisitent de grandes figures de la photographie ou donnent à voir les scènes émergentes qui déplacent déjà le médium vers de nouveaux usages.
Indépendances. L’Afrique comme territoire d’images, de mémoire et de souveraineté
L’un des axes les plus puissants de l’édition 2026 concerne les indépendances africaines et les récits visuels qui les accompagnent. Le festival ouvre notamment un focus majeur avec Ghana ! Rêver l’indépendance, 1957-1976, présenté au Palais de l’Archevêché. Le Ghana, premier pays d’Afrique subsaharienne à accéder à l’indépendance en 1957, devient ici un foyer d’images et de projections politiques. Il ne s’agit pas seulement de documenter un moment historique, mais de comprendre comment un pays nouvellement indépendant s’est rêvé, représenté, mis en scène, raconté à lui-même et au monde.
Cette séquence africaine se prolonge avec plusieurs figures et propositions fortes. Paul Kodjo, avec Photoromance, présenté à Croisière, rappelle l’importance des studios, des fictions populaires et des cultures visuelles urbaines. Sammy Baloji, avec Paysage prisme : une traversée katangaise, à l’Église des Trinitaires, inscrit la photographie dans une histoire extractive, territoriale et politique. Le Katanga devient un prisme où se croisent exploitation minière, paysages altérés, mémoires coloniales et transformations contemporaines.
Le parcours traverse également l’Algérie avec Katia Kameli et Le roman algérien, un nouveau chapitre, à l’Église Saint-Blaise. L’artiste y poursuit une réflexion sur la fabrication des récits nationaux, les images populaires, les archives et les manières dont une histoire collective se construit à travers fragments, reproductions, documents et imaginaires. Thato Toeba, avec Tout le monde peut être lucifer, à la Salle Henri Comte, inscrit la photographie dans une pensée des violences, des mythologies et des contre-récits. À l’Abbaye de Montmajour, Ayana V. Jackson présente La bonne nouvelle n’est pas annoncée au sommet des montagnes mais dans les clairières, une proposition dont le titre seul ouvre déjà un espace poétique, spirituel et politique.
Cette première constellation fait des Rencontres d’Arles 2026 un festival attentif aux images de souveraineté. Le regard africain n’y est pas traité comme un sujet extérieur, mais comme un centre de gravité. L’enjeu est essentiel : montrer que les mondes à relire sont aussi ceux que l’Europe a longtemps regardés sans les comprendre, ou sans accepter qu’ils se regardent eux-mêmes.
Traversées. Méditerranée, reportages et récits de déplacement
Le deuxième grand mouvement du programme prend la forme de traversées. Traversées géographiques, politiques, intimes, documentaires. Marie-Claude Deffarge et Gordian Troeller, avec Des images qui ne font pas rêver : reportages et documentaires pour stern, présentés à la Maison des peintres, rappellent une tradition du reportage qui refuse l’image confortable. Ici, photographier ne consiste pas à séduire, mais à rendre visibles les tensions, les déséquilibres, les contradictions d’un monde qui ne se laisse pas réduire à l’illustration.
À l’Espace Monoprix, Nos rêves lointains propose un regard sur la collection photographique de la Fnac autour d’un récit de Nathacha Appanah. Le dispositif suggère une autre manière de lire une collection, non comme accumulation patrimoniale, mais comme matière narrative. Les photographies deviennent les fragments d’une mémoire partagée, d’un déplacement, d’une rêverie ou d’un manque.
La Méditerranée est au cœur d’une autre série de propositions. Anne-Lise Broyer, avec Est-ce là que l’on habitait ?, à l’Abbaye de Montmajour, interroge l’habitation, la disparition, la mémoire des lieux. Orianne Ciantar Olive, avec Les ruines circulaires, à la Maison des peintres, travaille sur les formes de survivance, les restes et les boucles du temps. Bruno Boudjelal, avec Goudron Tanger-Le Cap, à la Commanderie Sainte-Luce, inscrit quant à lui la photographie dans un mouvement long, du nord au sud, du bitume à l’horizon, de la route au continent.
Dans cette section, l’image devient passage. Elle ne fixe pas seulement un lieu, elle accompagne une traversée. Elle fait sentir que les territoires ne sont pas des surfaces immobiles, mais des épaisseurs de mémoire, de circulation, d’exil, d’attente et de retour.
Vies sensibles. Le vivant au centre de l’image
Autre axe majeur de l’édition 2026 : le vivant. Les Rencontres d’Arles accordent une place importante aux relations entre photographie, animalité, végétal, matière et corps. Modèle Animal. 200 ans de photographie, présenté à La Mécanique générale, constitue l’une des propositions les plus emblématiques de cette orientation. L’exposition promet de replacer l’animal dans une histoire longue du médium, depuis les débuts de la photographie jusqu’à ses usages contemporains. Photographier l’animal, c’est toujours interroger une distance : ce que l’humain observe, projette, capture, admire ou méconnaît.
À La Mécanique générale également, La Nature d’Edward Steichen, dans le cadre de Lët’z Arles et du Luxembourg Photography Award 2026, permet de retrouver une figure centrale de l’histoire photographique à travers son rapport au monde naturel. Lisa Oppenheim, avec Monsieur Steichen, prolonge ce dialogue en travaillant sur l’héritage, la reprise, la matière même des images et des archives.
Le végétal est abordé avec Flower Power, au Jardin d’été, exposition dont le titre assume une dimension à la fois populaire, sensorielle et politique. La fleur, motif apparemment simple, devient un signe de puissance douce, de fragilité résistante, de mémoire culturelle et de transformation du regard. Le choix du Jardin d’été renforce cette porosité entre motif et lieu, entre image et expérience physique.
Au Cloître Saint-Trophime, Meghann Riepenhoff présente Lame de fond, tandis que Lara Tabet et Yasmine Chemali, lauréates du programme BMW Art Makers 2026, proposent Le corps vitré. Ces deux projets semblent déplacer la photographie vers ses limites matérielles, tactiles et organiques. L’image y devient surface exposée, corps traversé, trace de contact avec les éléments. Rebekka Deubner, avec La terre amoureuse, se dit de la terre qui colle aux bottes, à Croisière, ajoute à cette séquence une dimension terrienne, presque charnelle. La terre n’est plus un décor, mais une matière qui adhère, insiste, accompagne le pas.
Cette attention au vivant donne à l’édition 2026 une tonalité très contemporaine. Dans un monde saturé d’images numériques, les Rencontres rappellent que photographier, c’est aussi être affecté par des corps, des présences, des matières, des milieux. Le vivant n’est pas ici un thème décoratif, mais un rappel de notre interdépendance.
Relectures. Les grandes figures et les villes intérieures
Le programme 2026 accorde une place importante aux relectures de grandes figures. William Klein, avec This way to heaven, présenté à la Chapelle du Museon Arlaten – Musée de Provence, s’inscrit dans cette histoire de la photographie comme choc urbain, énergie graphique, regard nerveux et composition directe. Martine Barrat, avec Soul of the city, à l’Espace Van Gogh, poursuit une autre approche de la ville, plus fraternelle, humaine, musicale, attentive aux communautés et aux visages.
Harry Gruyaert, avec A sense of place, à la Chapelle Saint-Martin du Méjan, invite à penser le lieu comme sensation. Chez lui, la couleur n’est jamais simple ornement. Elle est une manière de structurer le monde, d’en saisir les tensions, les lumières, les étrangetés. Ming Smith, avec Lueur Nomade, à l’Église Sainte-Anne, apporte une autre intensité, faite de mouvement, de musique intérieure, de présences fugitives et de mémoire afro-américaine.
La relecture passe aussi par le livre, la pédagogie et le travail. R comme regarder. Le livre photo jeunesse, à l’Espace Van Gogh, ouvre un espace essentiel : comment apprend-on à regarder ? Comment transmet-on aux enfants le goût des images sans les enfermer dans la consommation visuelle ? Vigilance. Le travail sous tension, à Ground Control, déplace quant à lui l’attention vers le monde professionnel, les corps au travail, les pressions contemporaines, les organisations et les alertes silencieuses.
Ces relectures rappellent que la photographie n’est pas seulement un art du visible. Elle est aussi un art de la reprise. Reprendre une œuvre, une collection, une ville, une archive ou une pédagogie du regard, c’est accepter que les images ne soient jamais closes. Elles vieillissent, reviennent, s’éclairent autrement selon les époques et les urgences du présent.
Archives incertaines. Extraterrestres, mémoire et présences anonymes
L’une des sections les plus intrigantes de l’édition 2026 concerne les archives incertaines. Le titre Nous ne sommes pas seuls. Images extraterrestres, présenté à Croisière et lauréat de la bourse de recherche curatoriale 2025, ouvre un champ fascinant. La photographie a toujours entretenu une relation ambiguë avec la preuve. Elle atteste, mais elle trompe aussi. Elle montre, mais elle fabrique du croyable. Dans le domaine des images extraterrestres, cette tension devient vertigineuse : que voit-on vraiment lorsque l’on regarde une image qui prétend montrer l’invisible, l’ailleurs, l’impossible ou le douteux ?
Clément Cogitore, avec Memory Palace, à l’Espace Van Gogh, prolonge cette réflexion sur la mémoire comme architecture intérieure. Le palais de mémoire n’est pas seulement un motif savant. Il devient un lieu mental où les images s’organisent, se déplacent, se déforment et résistent à l’oubli. À l’Ancien collège Mistral, Lee Shulman et Omar Victor Diop présentent The Anonymous Project. Being there, dialogue entre archives anonymes et réactivation contemporaine. Là encore, la photographie pose une question simple et abyssale : que reste-t-il d’une vie lorsqu’une image subsiste sans nom, sans contexte, sans voix ?
Cette section pourrait bien être l’un des cœurs conceptuels du festival. Elle montre que l’archive n’est jamais neutre. Une archive peut mentir, manquer, fasciner, consoler, hanter. Elle peut aussi permettre de réinscrire des existences effacées dans un récit commun. Les Rencontres d’Arles 2026 font ainsi de l’incertitude non une faiblesse, mais une méthode critique.
Émergences. Les nouvelles voix de l’image
Comme chaque année, Les Rencontres d’Arles accordent une place décisive aux artistes émergents. Le Prix Découverte 2026 Fondation Louis Roederer, présenté à l’Espace Monoprix sous le titre La meilleure façon de dire la vérité…, réunit plusieurs propositions qui interrogent frontalement la vérité photographique. L’expression anglaise sous-jacente, The best possible way to tell the truth…, dit toute l’ambiguïté du médium : la photographie ne livre pas mécaniquement le vrai, elle cherche la meilleure manière de le faire apparaître.
Le parcours rassemble notamment Jordan Beal avec Linéaments, Souleymane Bachir Diaw avec Sutura, Amira Lamti avec Bent el Machta, Mallory Lowe Mpoka avec Cosmologie des héritières, Magali Paulin avec Matières, fantômes, Phan Quang avec RE/cover et Charlotte Yonga avec (Tsy) Possible. Les titres eux-mêmes dessinent une cartographie de l’héritage, du recouvrement, des lignées, des matières spectrales, des vérités réparées ou réinventées.
D’autres émergences complètent ce mouvement. Camille-Renée Devid, lauréate du Photo Folio Review 2025, présente Découvrir mes couleurs à l’Ancien collège Mistral. L’image cannibale, lauréate de la bourse de recherche curatoriale 2024, investit la Chapelle de la Charité. Hu Weiyi, lauréat du Jimei × Arles Discovery Award 2025, présente La chambre noire intérieure à Ground Control. Aman Alam, lauréat du Serendipity × Arles Grant 2025, expose Ozymandias à la Maison des peintres.
Cette constellation confirme le rôle des Rencontres comme lieu de repérage. Arles ne regarde pas seulement l’histoire de la photographie. Le festival capte aussi ce qui vient, ce qui hésite encore, ce qui transforme déjà les usages du médium, entre documentaire, installation, fiction, archive, image générée, image réparée ou image critique.
École, livres et nouvelles fonctions des images
L’édition 2026 fait aussi une large place à l’école, à la transmission et au livre photographique. Génération ENSP, à Croisière, rappelle l’importance de l’École nationale supérieure de la photographie dans l’écosystème arlésien. À l’ENSP, CTRL. Nouvelles fonctions des images interroge directement les mutations contemporaines du médium. Que font désormais les images ? À quoi servent-elles ? Comment circulent-elles ? Qui les contrôle ? Dans un monde traversé par les intelligences artificielles, les bases de données, les flux de surveillance et les images opérationnelles, cette question est décisive.
La Nuit de l’année 2026, le best of, à l’Ancien collège Mistral, et Work in Progress #26, à l’ENSP, inscrivent la programmation dans une logique de processus, de projection et de chantier ouvert. Le livre occupe également une place structurante avec les Prix du livre 2026 et le Luma Rencontres Dummy Book Award 2026, présentés à La Mécanique générale, ainsi qu’Arles Books Fair 2026, organisé avec France Photobook au Collège Saint-Charles puis à l’ENSP.
Cette dimension est essentielle. La photographie n’existe pas seulement sous forme d’exposition. Elle circule dans les livres, les maquettes, les essais, les portfolios, les écoles, les conversations, les projections nocturnes. Les Rencontres d’Arles savent depuis longtemps que l’avenir du médium se joue autant dans les pages imprimées que sur les cimaises.
Arles associé. Quand toute la ville devient festival
La force d’Arles tient aussi à son réseau de lieux associés. En 2026, plusieurs expositions prolongent le festival dans une constellation d’institutions et d’espaces partenaires. Olivier Metzger présente Somewhere and somehow à Croisière avec l’Association du Méjan. La Fondation Manuel Rivera-Ortiz accueille Come together. Pentti Sammallahti, autre proposition de l’Association du Méjan, est également présenté à Croisière. Le dialogue avec le festival Kyotographie se manifeste avec Rinko Kawauchi et Tokuko Ushioda, réunies dans From our windows à Vague.
Deux présences devraient attirer un public très large. Park Chan-wook, immense cinéaste sud-coréen, expose Par un matin calme à Lee Ufan Arles. L’événement permettra de découvrir une autre facette de son regard, loin du cinéma mais non sans lien avec son art du cadrage, de l’attente, de la tension et de la beauté trouble. Charlotte Gainsbourg, avec 5 bis, à la Galerie du Cloître, propose une plongée intime dans la maison de Serge Gainsbourg, photographiée avant son ouverture au public. Le geste relève à la fois du document, de l’archive familiale, du seuil et de la mémoire.
Le parcours associé comprend également Stan Douglas avec Bodies never lie à La Mécanique générale, Mireille, Vincent, Gustave… et les autres. Récits de paysages, 1859-1922-2025 au Musée de la Camargue, Le passage de Vénus au Musée départemental Arles Antique, Christian Lacroix collectionneur de photographies au Musée Réattu, ainsi qu’une rétrospective consacrée à Alain Keler aux Douches municipales.
À travers ces propositions, Arles confirme son modèle singulier. Le festival ne se réduit pas à une programmation centrale. Il irrigue la ville, associe les institutions, multiplie les parcours et permet au visiteur de composer sa propre lecture. À Arles, voir une exposition, c’est souvent marcher vers une autre, changer de quartier, franchir un seuil, traverser une lumière.
Grand Arles Express. La photographie déborde la ville
Le Grand Arles Express élargit encore cette géographie. Le programme 2026 associe plusieurs lieux majeurs de la région et au-delà. Au Musée Granet, Paul McCartney photographe. 1963-64 : Eyes of the Storm promet de faire événement en dévoilant le regard photographique de l’un des musiciens les plus célèbres du XXe siècle, au moment où les Beatles basculent dans une célébrité mondiale.
Marie-Laure de Decker, avec Pour le Tchad, est présentée à l’Espace culturel départemental 21 bis Mirabeau. Klavdij Sluban expose Solitudes insulaires à l’Abbaye de la Celle. Pascal Grimaud présente Hors Champs, 2015-2025 à la Maison-musée Frédéric Mistral. À Marseille, Photo Kegham de Gaza. Une archive inachevable est présenté au Centre photographique Marseille, tandis que le FRAC Sud accueille L’écologie des relations. La Forêt amante de la mer. Le MAC – Musée d’art contemporain présente Louisa Babari avec Africa, et le Mucem accueille Clément Cogitore avec Ferdinandea, l’île éphémère.
Le parcours s’étend encore vers Montpellier, Mougins et Nîmes, avec Premières fois / premières photos au Pavillon populaire, Bertien van Manen au Centre de la photographie de Mougins, Sébastien Arrighi au Carré d’Art – Musée d’art contemporain de Nîmes, et Alix Boillot au Musée des beaux-arts de Nîmes. Les Rencontres ne sont donc pas seulement un événement arlésien. Elles deviennent une constellation régionale où la photographie circule de musée en centre d’art, d’archive en paysage, de mémoire locale en récit mondial.
Un festival pour apprendre à regarder autrement
Ce qui frappe dans cette édition 2026, c’est sa densité. Les Rencontres d’Arles ne se contentent pas d’additionner des expositions prestigieuses. Elles proposent une lecture du présent. Le monde y apparaît comme un ensemble de récits à reprendre, d’images à contester, de mémoires à rouvrir, de territoires à écouter. Le thème Des mondes à relire pourrait presque se comprendre comme une méthode civique : ne plus accepter les images comme elles viennent, mais apprendre à les interroger, à les situer, à les comparer, à les faire parler autrement.
Au plan esthétique, l’édition se déploie entre grands noms, jeunes artistes, propositions documentaires, expérimentations matérielles et dialogues avec le cinéma, la littérature, les sciences humaines ou l’écologie. Au plan politique, elle donne une place majeure aux indépendances africaines, aux archives minorées, aux scènes émergentes et aux formes de réparation symbolique. Au plan sensible, elle replace le vivant, les corps, les lieux et les matières au cœur de la photographie.
Pour Unidivers, l’événement mérite un traitement prioritaire. Il est à la fois un incontournable culturel national, un rendez-vous international de premier plan, et un observatoire précieux des transformations de l’image contemporaine. À l’heure où les photographies circulent partout, trop vite, trop nombreuses, souvent détachées de leur contexte, Les Rencontres d’Arles rappellent qu’une image demande du temps. Du temps pour être regardée. Du temps pour être relue. Du temps pour redevenir une apparition.
Quelques expositions à ne pas manquer
- Ghana ! Rêver l’indépendance, 1957-1976, Palais de l’Archevêché, pour l’ampleur historique et politique du regard porté sur les indépendances africaines.
- Sammy Baloji, Paysage prisme : une traversée katangaise, Église des Trinitaires, pour la puissance critique d’un travail sur territoire, mémoire coloniale et extraction.
- Katia Kameli, Le roman algérien, un nouveau chapitre, Église Saint-Blaise, pour sa réflexion sur les récits nationaux, les archives et les images populaires.
- Modèle Animal. 200 ans de photographie, La Mécanique générale, pour l’histoire longue du regard photographique porté sur l’animal.
- Meghann Riepenhoff, Lame de fond, Cloître Saint-Trophime, pour une approche matérielle et élémentaire de l’image.
- William Klein, This way to heaven, Chapelle du Museon Arlaten – Musée de Provence, pour retrouver l’énergie graphique et urbaine d’un maître du regard moderne.
- Ming Smith, Lueur Nomade, Église Sainte-Anne, pour une œuvre sensible, musicale, habitée par les présences fugitives.
- Nous ne sommes pas seuls. Images extraterrestres, Croisière, pour son interrogation sur la photographie comme preuve, croyance et fiction.
- Lee Shulman et Omar Victor Diop, The Anonymous Project. Being there, Ancien collège Mistral, pour le dialogue entre archives anonymes et réactivation contemporaine.
- Park Chan-wook, Par un matin calme, Lee Ufan Arles, pour découvrir le regard photographique du cinéaste sud-coréen.
- Charlotte Gainsbourg, 5 bis, Galerie du Cloître, pour une approche intime de la mémoire familiale et de la maison de Serge Gainsbourg.
- Paul McCartney photographe, 1963-64 : Eyes of the Storm, Musée Granet, dans le cadre du Grand Arles Express, pour le regard de l’intérieur sur l’explosion mondiale des Beatles.
Informations pratiques
Événement Les Rencontres d’Arles 2026
Thème Des mondes à relire
Édition 57e édition
Dates du 6 juillet au 4 octobre 2026
Semaine d’ouverture du 6 au 12 juillet 2026
Lieu différents lieux de la ville, Arles, Bouches-du-Rhône
Tarifs indicatifs forfait toutes expositions à partir de 42 € en plein tarif, 33 € en tarif réduit ; forfait journée à partir de 35 € en plein tarif en ligne, 29 € en tarif réduit en ligne ; gratuités selon conditions
Contact info@rencontres-arles.com | +33 4 90 96 76 06
Adresse communiquée différents lieux de la ville, 13200 Arles
