Aux Champs Libres de Rennes, le Musée de Bretagne propose avec La mer jamais ne s’oublie une exposition qui regarde l’océan autrement.
Présentée du 28 avril au 20 septembre 2026, elle réunit cinq artistes autour d’un même horizon sensible et inquiet — Anita Conti, Manon Lanjouère, Juliette Pavy, Julie Bourges et Marine Lanier. Toutes interrogent la mer dans ce qu’elle a de plus fascinant comme de plus menacé, sa beauté, ses mystères, sa puissance d’évocation, mais aussi sa fragilité devant les ravages contemporains.
Il y a tant de manières de voir la mer, tant de façons de la regarder. Territoire encore largement inconnu, réserve infinie de récits, d’aventures et de légendes, elle est aussi un écosystème vulnérable, soumis à des dégradations profondes. C’est cette tension entre enchantement et alarme que l’exposition met au cœur de son parcours, en faisant dialoguer une grande pionnière du XXe siècle et quatre artistes contemporaines.
Anita Conti, figure tutélaire d’un regard libre sur la mer
Au centre de l’exposition se tient la figure magistrale d’Anita Conti. Journaliste, photographe, écrivaine, océanographe, relieuse d’art, elle aura consacré sa vie à comprendre la mer et celles et ceux qui en vivent. Dès la fin des années 1930, seule femme à bord de chalutiers, de navires océanographiques ou militaires, elle s’embarque pour observer, écrire et photographier. Son œuvre documente les gestes du travail maritime, les paysages de haute mer, les visages des équipages, mais elle porte aussi une intuition visionnaire : Anita Conti fut parmi les premières à alerter sur la pêche à outrance et sur la surexploitation des océans.
Par la photographie comme par l’écriture, elle cherche à saisir toutes les nuances de ces immensités marines, leur beauté, leur rudesse, leur profondeur humaine. Elle donne ainsi à l’exposition sa force d’ancrage, sa mémoire et sa gravité.

Voir l’univers d’Anita Conti : Les Terre-Neuvas, 1952
Cinq regards féminins sur la mer
Des décennies plus tard, une nouvelle génération d’artistes se tourne vers les mers et les océans. Comme Anita Conti avant elles, elles observent, s’alarment, imaginent des récits, tour à tour envoûtants ou inquiétants. L’exposition propose ainsi cinq regards féminins sur la mer, sa beauté, ses mystères et sa fragilité.
Juliette Pavy accompagne un équipage de scientifiques sur un navire océanographique étudiant la pollution et l’acidification de la Méditerranée. Son travail, nourri par l’expérience embarquée, capte les tensions d’un monde marin à la fois splendide et profondément menacé.
Découvrez l’univers de Juliette Pavy : Reportages
Julie Bourges documente le travail de femmes, pêcheuse ou charpentière de marine, qui inventent leur place dans un milieu longtemps pensé comme masculin. Son regard rend visible une autre histoire de la mer, faite de présences féminines, de gestes techniques et d’émancipation concrète.
Découvrez l’univers de Julie Bourges : Les eaux fortes
Marine Lanier explore la puissance d’évocation de l’univers maritime en inventant un récit d’aventures fantastiques et poétiques. Chez elle, la mer devient moins un simple paysage qu’un espace mental, un territoire d’images, de mémoire et de traversée intérieure.
Découvrez l’univers de Marine Lanier : L’Habit de naufrage
Manon Lanjouère, entre photographie, film et installation plastique, donne à voir les ruines d’un monde marin ravagé par l’exploitation humaine. Son travail fait surgir les traces d’un vivant abîmé, avec une force visuelle qui tient autant du constat écologique que de la vision presque dystopique.
Découvrez l’univers de Manon Lanjouère : Les Particules
Une exposition entre mémoire, création et alerte écologique
Ce qui fait la force de La mer jamais ne s’oublie, c’est qu’elle ne se limite ni à l’hommage patrimonial ni au discours militant. L’exposition tient ensemble la mémoire maritime, la création contemporaine, la recherche documentaire et la puissance des imaginaires. Elle montre que la mer n’est pas seulement un décor breton ou un motif d’évasion. Elle est un monde vivant, une archive, un espace de travail, un lieu de danger, un territoire politique.
En réunissant ces cinq artistes, le Musée de Bretagne compose un parcours sensible et exigeant, où les œuvres se répondent sans se répéter. Chacune apporte une tonalité propre, documentaire, poétique, critique ou fictionnelle. Ensemble, elles dessinent une constellation qui donne à penser autant qu’à ressentir.
Le titre de l’exposition agit comme un avertissement autant que comme une promesse. Ces regards sur la mer nous sont adressés directement. Ils rappellent, selon les mots mêmes d’Anita Conti, qu’ils parlent à « tous ceux-là qui oublièrent que la mer jamais ne s’oublie ».

Informations pratiques
La mer jamais ne s’oublie
Musée de Bretagne – Les Champs Libres
10 cours des Alliés, 35000 Rennes
Dates
Du 28 avril au 20 septembre 2026
Tarif
Entrée libre et gratuite, dans la limite des places disponibles
Plus d’informations
Page de l’exposition sur le site des Champs Libres
