Le Musée de Bretagne, aux Champs Libres, propose avec La mer jamais ne s’oublie une exposition qui regarde l’océan autrement, du 28 avril au 20 septembre 2026.
L’exposition La mer jamais ne s’oublie réunit cinq artistes : Anita Conti, Manon Lanjouère, Juliette Pavy, Julie Bourges et Marine Lanier. Elle confronte cinq regards photographiques féminins autour d’un même horizon sensible et inquiet, l’océan. L’exposition fait dialoguer une grande pionnière du XXe siècle et quatre artistes contemporaines qui interrogent la mer dans ce qu’elle a de plus fascinant comme de plus menacé. Théâtre d’exploration infini, la mer est ici mise à nu dans sa beauté et ses mystères, sa puissance d’évocation et sa fragilité face aux ravages contemporains.

Anita Conti, figure tutélaire d’un regard libre sur la mer
En ouverture, l’exceptionnel travail photographique d’Anita Conti réunit à lui seul les trois axes de l’exposition : la mer que l’on explore, la mer qui inspire et la mer dont on prend soin. Journaliste, photographe, écrivaine, océanographe, relieuse d’art, elle a consacré sa vie à comprendre la mer, et celles et ceux qui en vivent. Première femme à embarquer sur des navires de pêche français dans un cadre scientifique et documentaire, elle a dressé certaines des premières cartes de pêche et alerté très tôt, dès les années 1940, sur la surexploitation de l’océan. Elle a inlassablement travaillé à mieux comprendre cet élément, pour mieux l’exploiter sans l’épuiser et, déjà, le préserver. Entre photographie documentaire et photographie d’art, la sélection confirme la modernité et la puissance de ce regard. Anita Conti mériterait à elle seule une exposition dédiée, voire une rétrospective.
Des décennies plus tard, une nouvelle génération d’artistes se tourne vers les mers et les océans. Comme Anita Conti avant elles, elles observent, s’alarment, imaginent des récits, tour à tour envoûtants ou inquiétants.
Voir l’univers d’Anita Conti : Les Terre-Neuvas, 1952

Julie Bourges, force ancestrale et puissance féminine
En mer, les figures féminines étaient érigées en déesses protectrices à la proue des bateaux, tout en ayant la réputation de porter malheur si elles se trouvaient à bord. Le travail de Julie Bourges interroge cette légende ancestrale qui pèse encore sur celles qui travaillent en mer. Entre écriture mythologique et regard contemporain, il évoque ces empêchements qui ont longtemps tenu les femmes éloignées du monde maritime. Si elles y sont aujourd’hui plus présentes, le combat demeure quotidien pour affirmer leur place et faire reconnaître leur légitimité. Son regard rend visible une autre histoire de la mer : elle documente le travail de ces femmes, pêcheuses ou charpentières de marine, qui inventent leur place dans un milieu longtemps pensé comme masculin.
Tour à tour, le public rencontre Cécile, Emmanuelle et Camille. Dans ses séries — Les eaux fortes, Filles du vent, La main de la sorcière et Makali’i —, Julie Bourges dresse leur portrait avec une sincérité de regard qui révèle l’importance de son geste photographique. Elle travaille au plus près de ses modèles, s’attarde sur les gestes et valorise la force féminine à l’œuvre, tout en montrant par moments la puissance de l’océan. Ses photographies sont chaudes dans les couleurs, intimistes dans l’approche. Dans le travail des noirs, on pense à Stéphane Lavoué, exposé dans la salle Anita Conti des Champs Libres en 2021, dont les photographies se rapprochaient parfois de la peinture flamande.



Les autres artistes
Juliette Pavy accompagne un équipage de scientifiques sur un navire océanographique étudiant la pollution et l’acidification de la Méditerranée. Son travail, nourri par l’expérience embarquée, capte les tensions d’un monde marin à la fois splendide et profondément menacé.
Découvrez l’univers de Juliette Pavy : Reportages
Marine Lanier explore la puissance d’évocation de l’univers maritime en inventant un récit d’aventures fantastiques et poétiques. Chez elle, la mer devient moins un simple paysage qu’un espace mental, un territoire d’images, de mémoire et de traversée intérieure.
Découvrez l’univers de Marine Lanier : L’Habit de naufrage
Manon Lanjouère, entre photographie, film et installation plastique, donne à voir les ruines d’un monde marin ravagé par l’exploitation humaine. Son travail fait surgir les traces d’un vivant abîmé, avec une force visuelle qui tient autant du constat écologique que de la vision presque dystopique.
Découvrez l’univers de Manon Lanjouère : Les Particules


En résonance avec son titre, l’exposition La mer jamais ne s’oublie agit comme un avertissement autant que comme une promesse. Ces œuvres rappellent, selon les mots mêmes d’Anita Conti, qu’elles s’adressent à « tous ceux-là qui oublièrent que la mer jamais ne s’oublie »…
Infos pratiques
Exposition La mer jamais ne s’oublie, du 28 avril au 20 septembre 2026
Musée de Bretagne – Les Champs Libres
10 cours des Alliés, 35000 Rennes
Tarif : entrée libre et gratuite, dans la limite des places disponibles
