Artiste muraliste et art-thérapeute diplômée, Nadine Herbelin ouvre à Janzé La Palissade, un atelier de création, d’expression et d’accompagnement par l’art. Niché dans une arrière-cour du centre-ville, ce nouveau lieu accueille habitants, jeunes anxieux, adultes épuisés, personnes fragilisées ou accompagnées par des institutions.
Il faut d’abord franchir une petite allée, quitter la rue Aristide-Briand, contourner le mouvement ordinaire de la ville. Au fond, le bois clair, une porte vitrée, une plaque discrète. La Palissade porte bien son nom. Elle ne ferme pas, elle protège. Elle ménage un seuil. Nadine Herbelin aime cette idée d’un lieu un peu à l’écart, mais ouvert à tous. Une palissade, dit-elle, peut cacher un jardin, une aventure, une zone d’exploration possible.
À Janzé, ce nouvel atelier ouvre officiellement ses portes les jeudi 4 et samedi 6 juin 2026. Ateliers ouverts, fresque participative, rencontres avec les professionnels de santé, conférences et temps d’échanges permettront de découvrir le projet. Mais derrière ces deux journées inaugurales se dessine une ambition plus profonde. La Palissade veut être un espace intermédiaire, ni simple cours d’art, ni cabinet médical, ni atelier de loisirs créatifs. Un lieu où l’on vient créer, éprouver la matière, retrouver du geste, du lien, parfois simplement du souffle.

Un atelier où l’on entre comme artiste
Nadine Herbelin parle d’une « ruche d’art ». La formule prend sens dans l’atelier. De grandes étagères accueillent des matériaux de beaux-arts, mais aussi des objets récupérés, des matières pauvres, des choses ordinaires à détourner. Il y a des tables près des fenêtres, d’autres pour travailler seul ou à plusieurs. On peut peindre sur les murs, construire au sol, modeler, graver, relier, assembler. Des livres, des images, du thé, du café et quelques CD complètent l’atmosphère. Les téléphones portables, eux, sont déposés dans une boîte à l’entrée.
Ce détail dit beaucoup. La Palissade invite à suspendre, au moins pour une heure ou deux, le régime ordinaire de la performance et de la comparaison. « C’est tout sauf un cours d’art », insiste Nadine Herbelin. Il ne s’agit pas d’apprendre à bien dessiner, de réussir une œuvre ou de reproduire une technique. Il s’agit d’entrer dans un processus, de suivre une matière, un geste, une intuition, de retrouver le droit d’essayer.
À La Palissade, chacun est accueilli « en tant qu’artiste ». La formule est décisive. Les personnes qui viennent ne sont pas d’abord définies par une fragilité, un diagnostic, une difficulté sociale, un âge ou un handicap. Elles sont considérées comme capables de créer. Créer, même modestement, c’est déjà reprendre une place active dans le monde.
Ni performance, ni modèle, ni jugement
Les ateliers d’expression artistique ouverts à tous s’adressent à celles et ceux qui veulent retrouver le plaisir de faire, sans objectif de production. Aucun prérequis n’est demandé. On peut être débutant, hésitant, maladroit, ou avoir déjà une pratique artistique. Nadine Herbelin propose souvent, au départ, des outils décalés, des manières de faire qui libèrent du « bien faire ». L’enjeu est de contourner la crispation, d’ouvrir un passage, de trouver des « embrayeurs ».
Une consigne, une matière, une contrainte légère, un objet ou une couleur peuvent suffire à démarrer. Ensuite, chacun suit son chemin. Le rôle de l’art-thérapeute ou de l’artiste intervenante n’est pas de corriger, mais d’observer ce qui anime une personne dans ses gestes et de l’aider à aller plus loin dans ses propres recherches plastiques. Cette liberté suppose un cadre, une sécurité, une attention à chacun.

L’art-thérapie, un accompagnement complémentaire
La Palissade proposera aussi des séances d’art-thérapie individuelles et collectives. Le lieu s’adresse notamment à des jeunes souffrant d’anxiété sociale, de stress ou de refus scolaire, à des adultes en situation d’épuisement professionnel, à des personnes atteintes de maladies chroniques, de troubles psychiques ou de troubles de la concentration, ainsi qu’à des publics accompagnés par des foyers de vie, IME ou Ehpad.
Ici, la prudence des mots compte. L’art-thérapie ne se substitue ni à un médecin, ni à un psychologue, ni à un psychiatre. Nadine Herbelin le rappelle clairement. Son travail relève de la médiation par les arts et peut s’inscrire, pour certains publics, dans un parcours de soin, en complément d’un accompagnement médical, psychologique, éducatif ou social.
Art-thérapeute diplômée RNCP, formée pendant quatre ans à l’ATEPP-CEFAT Les Pinceaux à Paris, membre du Syndicat français des art-thérapeutes, elle insiste sur la nécessité d’un cadre professionnel. Pour elle, l’art-thérapie n’est ni du coloriage apaisant, ni du développement personnel vaguement créatif. C’est une pratique qui engage des savoir-faire, une éthique, une responsabilité clinique, de la supervision et une attention à la sécurité psychique.
Quand la parole ne suffit plus
Dans une séance individuelle, le temps dure environ une heure. Il commence par un accueil. Les créations s’inscrivent souvent dans la durée. Un objet, une forme, une série de gestes se poursuivent d’une séance à l’autre. Le travail ne tient pas seulement à ce qui est produit, mais à ce qui se transforme. Comment la personne choisit-elle une matière ? Que fait-elle avec elle ? Que reprend-elle ? Que laisse-t-elle ?
Avec les adolescents anxieux ou en refus scolaire, l’art peut ouvrir une voie lorsque la parole est trop difficile. Créer remet le corps en mouvement. Les mains cherchent, manipulent, transforment. Le jeune peut reprendre confiance dans un geste, s’étonner de ce qui apparaît, découvrir qu’il peut produire quelque chose de beau ou simplement de juste pour lui. La matière devient alors un espace de transformation possible.
Le groupe ajoute une autre dimension. Créer à côté d’un autre, être parfois regardé, supporter cette présence, s’affranchir peu à peu du jugement, retrouver une relation moins menaçante. Dans ces ateliers, le commun ne gomme pas la singularité. Chacun fait à sa manière, mais personne n’est seul.
Épuisement professionnel, handicap, institutions
La Palissade accueillera également des adultes en situation d’épuisement professionnel. Lorsqu’une personne est épuisée, rappelle Nadine Herbelin, se concentrer devient difficile, les gestes familiers perdent leur évidence, la confiance s’effrite. L’atelier offre alors un espace où l’on peut essayer, rater, recommencer, réussir partiellement, trouver malgré tout quelque chose de beau dans ce que l’on a fait.
Avec les institutions, les ateliers se construisent en amont avec les équipes éducatives ou soignantes. Le cadre, les objectifs, les points de vigilance sont définis ensemble. Les matières sont adaptées aux publics, mais sans abaisser l’exigence de liberté. Il ne s’agit pas de décorer pour occuper, ni de répondre à une commande. Il s’agit de faire pour soi, dans un espace où la personne accompagnée peut être surprise par ce qu’elle crée.
Un lieu de centre-ville dans un territoire rural
Le choix de Janzé n’est pas anecdotique. Nadine Herbelin vit et travaille depuis plusieurs années au pays de la Roche aux Fées. Elle a longtemps été résidente de La Canopée, tiers-lieu janzéen situé à proximité. Installer La Palissade en cœur de ville revient, pour elle, à contribuer à la vie locale et à faire exister un lieu accessible dans un territoire où la mobilité peut devenir un obstacle.
L’atelier est situé au 10 ter rue Aristide-Briand, à proximité des écoles, de la gare TER et du centre-ville. Cette situation est importante pour recevoir des jeunes après l’école ou le collège, des personnes accompagnées par la Mission locale, des habitants non véhiculés, mais aussi, peut-être demain, des publics orientés par le CMP voisin ou le Groupe d’entraide mutuelle situé à deux pas.
La Palissade est accessible aux personnes à mobilité réduite, avec rampe d’accès, sanitaire adapté et possibilité d’arrêt des véhicules à proximité. L’atelier sera ouvert une semaine sur deux au public. Les autres semaines, Nadine Herbelin « fait le mur » et part peindre des fresques dans des entreprises, des fermes, des collectivités ou des institutions.
La fresque comme œuvre commune
La fresque murale constitue l’autre versant de son activité. Elle n’est pas séparée du travail d’accompagnement. Lorsqu’elle peint, Nadine Herbelin se confronte elle aussi à la difficulté de créer, à l’échec, aux imperfections, à la nécessité de trouver une forme. Cette expérience nourrit les ateliers. Elle se décrit moins comme une professeure que comme une exploratrice de la matière, aux côtés des personnes accueillies.
Dans une école, une entreprise, un foyer de vie ou une ville, une fresque collective engage toujours un rapport au lieu. Nadine Herbelin rappelle que la fresque n’est pas faite pour celle qui la peint, mais pour les personnes qui vivent, travaillent ou passent là. Dans un foyer de vie où elle a récemment réalisé une grande fresque, les résidents ont été associés au thème, aux ateliers préparatoires, à la composition puis à certaines parties de la peinture. La fierté d’avoir participé est devenue partie intégrante de l’œuvre.
Deux jours pour découvrir La Palissade
Les portes ouvertes des 4 et 6 juin 2026 permettront de découvrir cette démarche. Le jeudi 4 juin, un temps d’échange avec les professionnels de santé du territoire aura lieu de 13 h à 14 h 30 autour d’un café. Des ateliers ouverts à tous seront proposés de 15 h 30 à 17 h 30. Une conférence suivra de 17 h 45 à 18 h 30 autour de ce qu’un espace d’art-thérapie rend possible, avec Nadine Herbelin et M. Maudieu. La journée se prolongera par un after-work musical dans la cour, de 18 h 30 à 21 h.
Le samedi 6 juin, les ateliers ouverts reprendront de 10 h à 12 h puis de 14 h à 16 h. Une conférence et un temps d’échanges seront proposés de 16 h 15 à 17 h autour de ce que l’art peut apporter au quotidien. Toute la journée, de 10 h à 18 h, une grande fresque participative éphémère sera créée dans la cour.
Ce lancement veut être un moment de rencontre, de découverte et de fête. Nadine Herbelin espère provoquer des déclics, faire mieux comprendre ce qu’est l’art-thérapie, mais aussi rappeler ce que l’art peut apporter dans les vies ordinaires. Dans une époque saturée d’injonctions et de fatigue psychique, La Palissade propose une réponse modeste, située, concrète. Une arrière-cour où l’on peut regarder les couleurs, toucher les matières, commencer par un thé, puis, peut-être, faire quelque chose de ses mains.
Informations pratiques
La Palissade
10 ter rue Aristide-Briand, 35150 Janzé
Portes ouvertes les jeudi 4 et samedi 6 juin 2026
Entrée libre
Site : palissade-atelier.fr/la-palissade/
Contact : palissade.atelier@gmail.com
Téléphone : 07 68 63 19 36
La Palissade est située en face de La Ludosaure, au fond de la petite allée, entre Planet’Hair et le cuisiniste Chauvin.
