À Quimperlé, Maël Nozahic transforme les Ursulines en forêt des métamorphoses

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Pour les 30 ans des expositions d’art contemporain à la Chapelle des Ursulines, Quimperlé invite l’artiste bretonne Maël Nozahic à déployer ses Métamorphoses. Peintures, sculptures, dessins, gravures et installations transforment l’ancienne chapelle en forêt mentale, mythologique et écologique. À découvrir du 9 mai au 25 octobre 2026.

Avec Métamorphoses, la Chapelle des Ursulines de Quimperlé ne devient pas seulement l’écrin d’un parcours d’art contemporain, elle se change en territoire de passage. Une forêt intérieure y pousse sous les voûtes, des figures hybrides y apparaissent, des animaux totémiques traversent les images, des présences féminines y prennent la puissance des récits anciens.

Pour célébrer les 30 ans des expositions d’art contemporain présentées dans ce lieu emblématique, la Ville de Quimperlé a choisi Maël Nozahic, artiste née à Saint-Brieuc, formée à Quimper, passée par Berlin, aujourd’hui installée à Fouesnant. Le choix réunit un ancrage breton très fort et un imaginaire largement ouvert, nourri de mythologies, d’expressionnisme, de contes, de rites, de figures animales et de puissances végétales.

L’exposition rassemble sculptures, peintures, dessins et gravures. Elle embrasse plus de dix années de création et s’organise comme un parcours initiatique, où la métamorphose devient à la fois sujet, méthode et expérience. Dans l’univers de Maël Nozahic, rien ne demeure tout à fait stable. Les corps s’ouvrent, les formes glissent, les créatures changent de nature, les paysages oscillent entre jardin d’Éden, forêt dévastée, luxuriance réparatrice et territoire blessé.

Le titre même de l’exposition dit ce mouvement. Métamorphoses renvoie aux mutations des personnages et des paysages de l’artiste, mais aussi aux assemblages qu’elle compose à partir de cultures, de mythes, de religions, d’œuvres d’art et de fragments puisés dans son environnement. Chaque œuvre ouvre une porte vers une autre forme de vivant.

exposition quimperlé

Le Carnaval des ombres

Le parcours conçu avec la commissaire Amélie Adamo se déploie en deux temps. Le premier, intitulé « Le Carnaval des ombres », plonge le visiteur dans une zone nocturne, masquée, inquiète. Il s’agit d’affronter ses peurs, de se reconnecter à une « nature sauvage » longtemps refoulée, mais aussi de reconnaître ce que la civilisation a ravagé.

Dans cette première partie, la nature émerge des ruines de notre monde. Les animaux reconquièrent des espaces perdus. Les créatures, humaines, animales ou hybrides, semblent sorties des mythes et des légendes. Les ciels aux couleurs criardes portent la trace d’un dérèglement. Les personnages costumés et masqués évoquent une fête ambiguë. Carnaval ou mascarade ? Célébration ou effondrement ? Maël Nozahic invite à tomber le masque, à regarder ce que nos sociétés cachent derrière leurs apparences.

Ce versant rappelle les premiers cycles de l’artiste. À Berlin, elle découvre à Treptower Park les vestiges du Spreepark, ancien parc d’attractions abandonné. Elle en retient une esthétique de joie disparue et d’enfance fantomatique. Loups, chevaux, singes et hyènes viennent repeupler ces architectures désertées. En 2014, les hyènes sortent même des toiles sous forme de sculptures en papier mâché, dans un groupe intitulé Le Fléau.

Viennent ensuite les pèlerins, personnages de carnaval inspirés par les photographies de Charles Fréger et sa série Wilder Mann ou la figure du sauvage. Ils portent la mémoire de croyances multiples. Leurs costumes, leurs couleurs et leurs masques disent autant la diversité des rites humains que la persistance d’un socle commun. Maël Nozahic utilise ce folklore comme un langage pour parler de nos peurs, de nos protections et de notre besoin d’inventer des formes pour traverser les catastrophes.

Éclosions ou la forêt après la peur

La seconde partie du parcours s’intitule « Éclosions ». Après l’ombre, quelque chose peut advenir. Une fois reconnecté à ce « nous sauvage », un monde nouveau apparaît, comme sorti d’un rêve. La nature y devient luxuriante. Des espèces humaines, animales, végétales et hybrides surgissent. L’exposition attire alors l’attention sur des espèces menacées par les activités humaines, notamment les arbres, les oiseaux et les loups.

La forêt n’est plus seulement le décor de l’inquiétude. Elle devient une possibilité d’avenir. Les arbres merveilleux et hybrides, les plantes naturelles, les céramiques, le bois gravé, peint et incrusté de verre composent une ode à la nature sauvage. Dans cette seconde nef, l’exposition prend la forme d’une œuvre totale, où les pièces en volume dialoguent avec les tableaux et les dessins présentés autour d’elles.

Cette articulation entre ombre et lumière donne à Métamorphoses sa force narrative. Le parcours ne se contente pas de présenter dix années de travail. Il organise une traversée. D’abord les ruines, les masques, les bêtes, les peurs. Puis l’éclosion, les arbres, la régénération, les espèces hybrides, le rêve d’un monde où l’humain ne serait plus séparé du vivant.

Le féminin, le mythe et la nature inquiète

Chez Maël Nozahic, la nature n’est jamais un décor. Elle est une force active, parfois protectrice, parfois menaçante, souvent ambivalente. Elle enveloppe, transforme, avale, régénère. Son œuvre parle d’un monde où le vivant déborde les cadres, où l’humain n’est plus souverain, où les règnes communiquent.

La figure féminine occupe une place centrale dans cet imaginaire. Elle peut évoquer La Loba, Vénus, Ève, Isis ou Gaïa. Elle n’est ni muse docile, ni allégorie figée. Elle est libre, forte, créatrice. Elle enfante, nourrit, guérit, protège, traverse. Dans cette perspective, la référence à Femmes qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola Estés éclaire une part importante de l’exposition. Le féminin sauvage devient une force de reprise de soi, de résistance aux injonctions sociales, de réconciliation avec l’instinct et la mémoire profonde.

Une œuvre comme La Loba, réalisée en 2024, condense cette dimension. Une femme nue, de dos, est assise sur un loup évanescent. Leurs corps sont parsemés d’étoiles. Dans le folklore mexicain précolombien, La Loba, femme-louve, reconstitue les squelettes de loups pour leur redonner vie. Elle incarne la renaissance. Chez Maël Nozahic, elle devient une image de réparation, de retour du sauvage, de résurrection intime et écologique.

Cette dimension mythologique n’éloigne pas l’œuvre du présent. Au contraire, elle l’y ramène avec force. Les métamorphoses de Maël Nozahic parlent de notre époque, de la place de l’homme dans la nature et des enjeux écologiques actuels. La forêt y est un refuge et un avertissement. Le végétal y devient un langage. L’animal y réapparaît comme un double, un guide ou un juge silencieux.

Hybridité, tarot, carnaval, histoire de l’art

L’univers de Maël Nozahic se nourrit d’une vaste banque d’images, composée de lectures, recherches, visites de musées, promenades, souvenirs et motifs du quotidien. De cette matière naît une œuvre d’hybridation. Les créatures mêlent l’humain, l’animal et le végétal. Elles rappellent que nous faisons partie de la nature et que notre survie dépend de ce lien, trop souvent nié.

Le carnaval y joue aussi un rôle décisif. Les masques déplacent les identités. Ils protègent, dissimulent, révèlent. Le tarot, de son côté, ouvre l’œuvre à un univers de forces invisibles, de figures archétypales et de signes mystérieux. On retrouve là des échos chamaniques, des animaux totémiques, des danses rituelles, des couleurs vives et des présences tutélaires.

Maël Nozahic regarde aussi l’histoire de l’art. Des références plus ou moins directes circulent dans ses œuvres, de Jérôme Bosch à Francisco de Goya, de James Ensor à Paul Gauguin, d’Henri Rousseau à René Magritte, de Kiki Smith à Peter Doig. Cette traversée constitue un réservoir d’images, de visions, de gestes et de formes, que l’artiste réactive dans un monde contemporain travaillé par l’écologie, le rêve et la menace.

Une artiste bretonne, un imaginaire international

Née en 1985 à Saint-Brieuc, Maël Nozahic est peintre, graveuse et sculptrice. Après une classe préparatoire en lettres, elle intègre l’École européenne supérieure d’art de Bretagne à Quimper, où elle obtient son diplôme en 2009. Elle commence ensuite sa carrière à Berlin, où elle travaille comme assistante d’artiste et expose dans plusieurs galeries.

En 2010, elle cofonde le collectif Körper avec des artistes issus des Beaux-Arts de Quimper et de Lorient, dont Klervi Bourseul, Cedric Le Corf et Arnaud Rochard. Le collectif se veut espace de partage, d’entraide et d’inspiration, une manière de lutter contre l’individualisme en organisant des expositions et en invitant d’autres artistes.

Repérée par l’Académie française en 2012, lauréate du prix Lesquivin-Garnier, Maël Nozahic expose ensuite en France et à l’étranger, notamment en Europe, en Turquie et en Corée. En 2018, elle est lauréate du concours Talents contemporains de la Fondation François Schneider. En 2019, elle installe son atelier à Fouesnant. En 2025, elle présente Seuils, exposition personnelle au centre d’art Atelier d’Estienne à Pont-Scorff.

Son ancrage breton n’a donc rien d’un repli régional. Formée à Quimper, installée à Fouesnant, l’artiste revient dans un territoire qui a accompagné sa formation, mais avec une œuvre déjà traversée par Berlin, l’expressionnisme allemand, les mythes du monde, les contes, les rituels et les scènes internationales de l’art contemporain.

Infos pratiques

Exposition : Métamorphoses, Maël Nozahic

Dates : du samedi 9 mai au dimanche 25 octobre 2026

Lieu : Chapelle des Ursulines, avenue Jules Ferry, 29300 Quimperlé

Horaires : ouvert tous les jours sauf le lundi. En mai, juin, septembre et octobre, de 13 h 30 à 18 h. En juillet et août, de 10 h 30 à 18 h 30.

Tarif plein : 6 €

Gratuit : premier vendredi du mois, moins de 25 ans, demandeurs d’emploi, bénéficiaires des minima sociaux, demandeurs d’asile, personnes en situation de handicap avec un accompagnateur, détenteurs des cartes ICOM et ICOMOS, enseignants.

Visite accompagnée : 2 € après acquittement du droit d’entrée

Visite flash : gratuite après acquittement du droit d’entrée

Visite-atelier : 4 € après acquittement du droit d’entrée

Information et réservation : 02 98 96 37 37 – culture@quimperle.bzh

Commissariat : Amélie Adamo