Juin est un mois de transition. Avant les grandes recommandations de lectures estivales et l’avalanche de romans de la rentrée littéraire, il faut emprunter des chemins de traverse pour patienter jusqu’à l’été.
La photographie rejoint ainsi les mots sous la plume de deux auteurs de grand talent.
Avec Somewhere and somehow (Actes Sud, 24 juin 2026), Éric Reinhardt rend hommage au photographe Olivier Metzger, disparu en 2022. Metzger travaillait la lumière comme un metteur en scène. Ses images fantasmatiques, inspirées du cinéma, nous entraînent dans un univers mélancolique et suspendu. Reinhardt signe ici un texte poétique autour d’une œuvre profondément humaine, attentive à la vulnérabilité et à la beauté du monde.
De son côté, Nathacha Appanah imagine une création littéraire originale à partir de quatre-vingt-dix photographies issues de la collection de la Fnac. Des grands espaces saisis par Sigurgeir Sigurjónsson et Françoise Huguier aux errances contemplatives d’Antoine d’Agata et Jair Lanes, se dessine une cartographie sensible du monde. Nos rêves lointains (Gallimard, 25 juin 2026) nous invite à emprunter des chemins inattendus.


Avocate devenue écrivaine, mais aussi conseillère municipale déléguée à l’étang de Berre, Sigolène Vinson livre avec La requine (Le Tripode, 4 juin 2026) un texte à la fois intime et universel. Elle y retrace le parcours d’une femme qui, après avoir affronté la mort, choisit résolument la vie, rappelant l’incroyable fragilité comme la beauté du vivant. Illustré par Catherine Meurisse, ce récit mémoriel nous conduit des plages d’enfance à Djibouti jusqu’aux locaux de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015.
Avec Âmes de paille (Calmann-Lévy, 3 juin 2026, feuilleter), Lola Haise-Gabriel nous entraîne en Bretagne, dans une demeure isolée battue par les vents. Une femme et ses deux filles y trouvent refuge, loin de leur appartement parisien devenu inaccessible. Ce huis clos psychologique aux accents gothiques explore les tensions entre adolescence et maternité blessée.
Littérature étrangère
La sélection étrangère débute avec un premier roman couronné par le Prix de Chambéry en 2022. Avec Grandes personnes (Éditions Bleu et Jaune, 9 juin 2026, traduit par Raymond Clarinard et Iulia Badea-Gueritee), Maria Orban suit Rucsandra Radu, professeure de littérature âgée de trente-six ans. Alors qu’elle s’apprête à signer les papiers de son divorce, elle ne retrouve plus sa carte d’identité. Cette disparition anodine déclenche une introspection profonde, entre souvenirs familiaux, blessures enfouies et quête de soi. Un roman intime sur le difficile apprentissage de l’âge adulte.
Claire Lombardo publie l’histoire d’une mère, une épouse, une rebelle qui refuse de se laisser réduire à un rôle. Confrontée au départ de ses enfants, elle revient sur son parcours. En revenant sur son enfance, ses rencontres et son couple, elle explore ses forces et ses failles. Comme au premier jour (Rivages, 3 juin, traduit par Laetitia Devaux, lire un extrait) mêle introspection et humour. C’est un roman brillant sur la complexité des relations familiales et affectives et la possibilité des secondes chances.

Romans noirs et thrillers
Deux valeurs sûres de la littérature noire figurent également au programme.
La Canadienne Louise Penny retrouve son inspecteur Gamache dans une nouvelle enquête située au cœur des Cantons-de-l’Est. Tandis que des inondations ravagent la région, une femme disparaît. Malgré un climat d’apocalypse et la pression de ses proches, l’inspecteur brave la tempête pour tenter de la retrouver. Un homme meilleur (Actes Sud, 3 juin 2026, traduit par Lori Saint-Martin et Paul Gagné, lire un extrait) constitue le seizième volume de la série Three Pines.
Robert Goddard poursuit quant à lui La trilogie du monde, entamée avec Sur les chemins du monde (Sonatine, juin 2025). Dans Aux quatre coins du globe (Sonatine, 11 juin 2026, traduit par Claude et Jean Demanuelli), l’auteur déploie une intrigue d’espionnage riche en rebondissements et portée par une galerie de personnages complexes. Un récit captivant, à la croisée du thriller politique et du roman historique.


Les poches du mois
Côté poche, trois titres retiennent particulièrement l’attention.
Avec L’homme qui lisait des livres (Pocket, 18 juin 2026), Richard Benzine signe un roman sensible autour de la rencontre d’un libraire au milieu des ruines de Gaza. Une ode à la littérature autant qu’un hommage au courage des peuples opprimés.
Richard Powers poursuit son exploration de notre rapport au vivant avec Un jeu sans fin (10/18, 4 juin 2026, traduit par Serge Chauvin). Entre mystères de l’océan et intelligence artificielle, l’auteur compose une fiction ample et fascinante, portée par une remarquable puissance narrative.
Enfin, Pétronille Rostagnat, révélée notamment par le Prix Cognac 2022 pour J’aurais aimé te tuer, publie en poche Sur leurs traces (Harper et Collins, 3 juin 2026). Lorsqu’un infirmier de l’hôpital Lariboisière voit arriver une conductrice en état de choc accompagnée de deux enfants blessés, l’affaire semble déjà inquiétante. Mais lorsque le commandant Alexane Laroche arrive sur place, la mère a disparu. Les deux hommes se lancent alors dans une enquête haletante.
