Extrait des quatre degrés de l’initiation (traduction du grec en syriaque par Hunayn ibn Ishaq, vers 860, transmise en arabe sous le titre Kitāb al-Ḥikma al-dhahabiyya — Livre de la Sagesse dorée —, puis collationnée avec un manuscrit grec tardif et traduite en italien par Jean Pic de la Mirandole en 1486, reprise en français en juin 1811 par Antoine Fabre d’Olivet, adaptée au langage contemporain en 1927 par Édouard Schuré )
« Nul n’est Initié à l’Art énergétique avant le soixante-sixième jour ; rares sont ceux avant le cent soixante-sixième ; nul ne peut l’être au-delà du six cent soixante-sixième. »
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Un pythagoricien rencontre autour de lui, chez des proches, en voyage, un jeune ordinaire (koinos) qui lui confie se projeter (theoréo) dans la Trame (plégma) où il s’aperçoit lui-même comme s’il était de surplomb. Le pythagoricien, au moment opportun, lui prend les mains afin de se projeter et de pénétrer sa pensée pour observer si cet ordinaire est doué (charismatikós), autrement dit s’il possède en lui ce que Pythagore (Pythagoras), le Maître universel, appelle la Lyre (lyra ou kitara). Il examine si la lyre résonne en la jeune personne — ἐὰν ἡ λύρα ἐν τῷ νέῳ φθέγγηται—, si oui ou non son esprit est doué de cette dimension rare, supplémentaire, dont l’activation est indispensable à la maîtrise de l’Art énergétique (kheirismos tou pneumatos).
Premier degré : ΠΡΩΤΟΣ ΒΑΘΜΟΣ — ASPIRANTS
Si l’ordinaire fait partie du petit pourcentage d’humains doués (charismatikós) d’une lyre intérieure, le pythagoricien va lui indiquer des techniques méditatives pour l’aider à explorer le fonctionnement de sa conscience (psyché). Il lui propose de méditer (askêsis) autour de différentes visions du monde et de soi, de faire varier ses perceptions extérieures et intérieures, la perception intime de sa vie, de son propre corps, de son âme et de son esprit. Cette période est tournée vers la recherche de la justesse en tout : parole, action, existence, hygiène physique et mentale, attention, concentration, persévérance, vision, discernement, projection en astral (plegma).
Peu à peu, aidé peu ou prou par le pythagoricien, le jeune doué (charismatikós) doit découvrir par lui-même et laisser s’ouvrir son Troisième Œil, situé entre ses deux sourcils, derrière le milieu du front, afin que sa conscience découvre et perçoive son propre corps non plus sous sa forme incarnée, mais sous sa forme énergétique (astron). Cette période dure, selon les talents de chacun, de quelques semaines à 333 jours au maximum. Si le versant extérieur de son Troisième Œil ne s’est pas épanoui au bout de 333 jours, le pythagoricien prend congé en sachant que le jeune doué ne découvrira jamais sa Lyre.
Deuxième degré : ΔΕΥΤΕΡΟΣ ΒΑΘΜΟΣ — NÉOPHYTES
Si le jeune doué a réussi à ouvrir le versant extérieur de son Troisième Œil et à percevoir son propre corps énergétique, le pythagoricien le guide afin qu’il circule et cartographie ses énergies (energeia) sensorielles, physiques, psychiques et mentales.
À la faveur de cette découverte, il doit découvrir qu’il possède un instrument en lui qu’il visualise sous forme de Lyre. S’il arrive à s’en saisir, il tente de faire vibrer au moins l’une de ses 7 cordes ou l’une de ses 2 + 3 + 7, soit douze cordes, ou l’une de ses 3 + 5 + 7, soit quinze cordes, selon le type de Lyre qui lui est propre (lyra ou kitara).
De nouvelles règles de vie, que Pythagore nomme « le soin aux autres, le soin à soi » (frontida), lui sont suggérées : « l’aspiration à la non-violence, la bienveillance active et le soin des autres ; l’interdiction de l’adultère s’il est en couple ; l’abandon de la consommation de viande, poisson et produits animaux ».
En parallèle, le pythagoricien et le Néophyte se projettent couplés en astral pour y travailler. Le premier visualise le corps énergétique du second, mais la réciproque n’est pas vraie. Le premier, comme un maître de musique, va lui enseigner des techniques énergétiques (mageia) qui visent à faire résonner les cordes de sa Lyre et à lui apprendre à en jouer.
Cette période dure, selon les talents de chacun, de quelques jours à quelques mois. Mais si, au bout de 222 jours, le doué n’a pas trouvé sa Lyre ou n’a pas réussi à s’en saisir et à faire vibrer une corde, le pythagoricien constate que « la Lyre est morte » — Ἡ κιθάρα τέθνηκε —, que le Néophyte ne pourra jamais la réveiller ; alors il prend congé et disparaît de sa vie.
Troisième degré : ΤΡΙΤΟΣ ΒΑΘΜΟΣ — AUDITEURS
Quand le pythagoricien juge le Néophyte prêt, nécessairement moins de 555 jours après leur première rencontre, il lui propose de l’initier à l’Art énergétique de Pythagore, mais jamais il ne lui parle de l’Ordre. Si le candidat accepte, il doit simplement prononcer le serment de silence : « Silence, au nom de Pythagore qui a révélé le Tétraktys de notre sagesse, source qui contient en elle les racines de la nature éternelle ! » — Σιγή, ἐν ὀνόματι Πυθαγόρου…
Si le doué accepte, le Néophyte devient dès lors Auditeur. Il continue son existence sobre et discrète, voire retirée du monde, où il se nourrit légèrement, uniquement de manière végétarienne, et évite toute forme d’excès et de sautes d’énergie. Il chérit le calme pour y méditer, soit seul, soit en compagnie de son parrain (magos) ou de sa marraine (nona), qui lui transmet l’enseignement énergétique (askêsis) de Pythagore avec pour support de méditation le Tétraktys.
L’Auditeur va apprendre à jouer des cordes de sa Lyre en produisant des accords vibratoires (harmoniai) qu’il module à l’intérieur de lui en rapports, rythmes et harmonies. Ces vibrations codifiées par le premier Maître, Pythagore, constituent autant de leviers qui l’aident à clarifier, voire, en fonction de son talent, à fluidifier et soigner les flux énergétiques qui animent son corps et son esprit.
L’Auditeur apprend ainsi à maîtriser ses énergies (energeia) sensorielles, physiques, psychiques et mentales. Il apprend à masser ses flux pour se soigner.
Avant 111 jours, soit 666 jours au maximum après leur première rencontre, le jeune homme doit savoir percevoir dans la Trame son corps énergétique grâce au versant extérieur de son Troisième Œil et suffisamment maîtriser sa Lyre pour agir sur les flux énergétiques de son corps afin de le soigner.
Si le parrain ou la marraine estime qu’il n’y est pas parvenu, ou insuffisamment — ce qui arrive rarement, mais arrive —, il lui signifie que sa formation est terminée et lui enjoint comme dernier enseignement de ne jamais dévoiler l’enseignement (askêsis) de Pythagore, sous peine de subir l’ultime punition qui est de mourir et de ne jamais se réincarner. Il est temps de prendre congé, la relation est à jamais close.
Sinon, le parrain ou la marraine le présente à trois autres frères et sœurs pythagoriciens. Ces trois pythagoriciens vont se projeter avec lui et estimer si son Troisième Œil est prêt à ouvrir sa face intérieure afin de voir en grand, à 360° (panoptikon), dans la Trame. Si, à l’unanimité, les frères et sœurs estiment que la face intérieure de son Troisième Œil est prête à s’ouvrir ou en cours d’ouverture, le parrain ou la marraine demande au Maître d’autoriser l’initiation de l’Auditeur à l’Art énergétique.
Quatrième degré : ΤΕΤΑΡΤΟΣ ΒΑΘΜΟΣ — INITIÉS
Une fois le versant extérieur de son Troisième Œil ouvert et sa Lyre maîtrisée au profit de la manipulation des flux de son corps énergétique, le jeune homme doué est prêt à ouvrir le versant intérieur de son Troisième Œil afin de voir dans la Trame ce qui l’entoure et de découvrir le Sixième Sens.
De fait, la grande suspension de la conscience (époché) et le définitif retournement de l’esprit (métanoïa) que va provoquer l’Initiation vont lui permettre de percevoir tout autour de lui, à 360 degrés, au sein de la Trame. Et ainsi de découvrir, de percevoir enfin les flux colorés du corps énergétique de son parrain ou de sa marraine avec qui il se projette en tandem depuis des mois.
S’il réussit à ouvrir le versant intérieur du Troisième Œil — ce qui arrive presque toujours, mais pas toujours —, son parrain, sa marraine ou le Maître universel en personne lui apprend dans la foulée à projeter les vibrations des quinze cordes de sa Lyre — les trois points de suggestion, les cinq points d’harmonie et les sept points de l’oubli — vers le corps énergétique de son binôme, parrain ou marraine, avec qui il s’est projeté et couplé dans la Trame.
Dès lors, le jeune maître va apprendre à utiliser les douze ou quinze cordes de sa Lyre non seulement pour réguler son corps énergétique, mais aussi celui de son parrain ou de sa marraine à qui il donne les mains dans le monde physique.
Pour son plus grand bien. Pour leur plus grand bien. Pour le plus grand bien de l’humanité. Car, au terme d’une ultime période de 111 jours au maximum — soit 777 jours après la première rencontre —, il est autorisé à soigner les profanes.
Voilà donc, pour finir, le quatrième degré. Celui des Mathématiciens, Philosophes et Physiciens. Quelle que soit leur lecture du monde, ce sont eux les seuls véritables Initiés, les seuls pythagoriciens. Les trois précédents degrés sont propédeutiques.
Le jeune homme doué est devenu à son tour un pythagoricien, un surdoué (hêrôs) qui va apprendre sa vie durant à perfectionner l’usage de sa Lyre et à ralentir les griffes du temps jusqu’à devenir un jour éternel, immortel, conformément à l’Oracle de Delphes.
« Connais-toi toi-même. Alors, tu connais l’Univers et les Dieux, tu entres dans la mort comme un Dieu, tu ne meurs plus. Au bout d’un cycle complet se découvrent le Temple caché et la jeune fille en deuil qui se nourrit des énergies végétales. La nouvelle pythie l’initie. Suis-la qui progresse au-dessous de la grande falaise où chute et renaît l’âme des vrais vivants. Elle découvre l’île cachée où s’éternisent les pommes d’or. »
Qu’ils entendent ceux qui écoutent et que se taisent ceux qui savent ! Il n’est pire fléau que de rompre le silence. Le Tétraktys vivifie ou à jamais oublie.
