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UNIDIVERSLE MÉDIAVERS CULTUREL

Avec Laure Morali, dans le sillage des géantes

Ce livre ne surprendra pas celles et ceux qui suivent Laure Morali depuis ses premiers pas en écriture, dans cette invitation à faire route avec elle sur le Saint-Laurent. Ses ouvrages se publient en effet des deux côtés de l’Atlantique, chez des éditeurs indépendants : La Rumeur libreLes Petites AlléesLa Part communeLa Passe du vent et surtout Mémoire d’encrier, où elle retrouve ses amitiés québécoises en littérature et en peinture.

Ne vous y trompez pas, il est beaucoup plus question d’émotions, de couleurs, d’écoute, c’est-à-dire d’intime, et beaucoup moins d’histoire et de géographie dans cette navigation. Le talent des Québécois est d’ailleurs de nous livrer à l’imaginaire, à commencer par la magie qu’ils possèdent pour nommer les lieux : Rimouski, Les Escoumins, Trois-Pistoles, Tadoussac, l’île du Bic, etc. Inutile, là, de vous embarrasser d’une carte, il suffit de vous laisser aller. Cette fois, ce sont des centaines de milles sur un voilier de 45 pieds, le Leto, pour un voyage du fleuve à l’océan en compagnie de géantes. Baleines bleues et blanches, rorquals et narvals, leurs chants, leurs cris, leurs jeux, leurs mélodies mises en octaves.

J’ignore quelle en est la raison, mais me revenaient sans cesse en tête, en lisant ces Géantes, deux auteurs. Georges Perros, écrivant que le plus beau d’un bateau en mer, c’est son sillage. Voulait-il souligner ainsi l’éphémère de la vie ou simplement nous inciter à découvrir ce qui se cache derrière le plus évident ? Et Philippe de Boissy, dont je garde encore en mémoire, si longtemps après notre rencontre, sa fascination pour les baleines bleues et les contes pour enfants.

Mer d’huile ou coup de vent, jours de grande écume et de courants, grand-voile ou portant, trou d’air ou brume, nous naviguons avec Laure et tout un équipage. Samuel, le biologiste-océanographe, Freddy, la navigatrice, Ivanoe, coursier des mers dès 16 ans. Et elle, décidée à peindre et écrire le bruit du vent. Des esquisses toujours tentées par le large. Mais qui, en réalité, dessine qui ? Qui peint dans ce regard de l’autre ? Prose poétique, dirions-nous, s’il était besoin de classer l’ouvrage sur un coin d’étagère. Journal de bord ou récit de voyage serait plus juste, à condition d’y ajouter l’émerveillement devant ces géantes comme devant la nature alentour. Et, en leur compagnie, les aigrettes, yeux perdus au loin, les colibris chanteurs, si frêles encore, presque effacés déjà, et ces bernaches dansant leurs ballets aériens dans l’air du soir.

Mer verte
Île des étoiles
Sous la peau, leurs pigments

De temps en temps, une échappée vers une autre terre, mieux, une presqu’île de Bretagne, Saint-Jacut, où se sont joués l’enfance, l’adolescence et le premier amour. Un voyage aussi, et parfois, brièvement rapportées ici, quelques excursions le long des côtes bretonnes. C’est là que vivait Ian, son ami, son maître, là qu’elle a appris avec lui à peindre ces graines d’étoiles laissées par l’aube et, aujourd’hui, ces géantes. Aquarelle et encre, aigue-marine, cyan, émeraude, lapis-lazuli : un monde de couleurs, en somme, dans son cahier de croquis. Il faut tellement peu d’eau pour dessiner et donner vie à ces animaux marins. Les écouter, les reconnaître à cette cicatrice, là, à cette tache sous l’œil, ici, et capturer l’instant et le souffle. Des géantes, si fortes et si fragiles.

Laure Morali, Les Géantes, collection « Animales », Éditions Dépaysage, en librairie le 21 août 2026, 14 €.

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L’auteur

Jean-Louis Coatrieux

Jean-Louis Coatrieux est spécialiste de l’imagerie numérique médicale, écrivain et essayiste. Il a publié de nombreux ouvrages, notamment aux éditions La Part Commune et Riveneuve éditions.