L’heure de la rentrée a sonné. Si vous rechignez un peu à retrouver le rythme du travail, quelques bons romans pourraient bien vous aider à prolonger le plaisir des vacances. La grande vague des nouveautés a déferlé sur les librairies dès la seconde quinzaine d’août, mais septembre réserve encore de belles surprises. Romans français, littérature étrangère, récits noirs ou sorties en poche : voici treize titres qui méritent une place dans votre pile à lire.
Des histoires intimes sur fond de grande Histoire
Auteur majeur de la littérature française contemporaine, Philippe Besson revient avec La première phrase du premier livre (Julliard, 3 septembre 2026). Vingt-cinq ans après En l’absence des hommes, son premier roman, l’écrivain se retourne sur les années qui ont précédé son entrée en littérature. Des années 1970 aux années 1990, son histoire personnelle croise celle d’une génération et les grands bouleversements de l’époque. Moins une autobiographie classique qu’un récit de formation où l’intime devient peu à peu mémoire collective.
Jean-Noël Orengo plonge lui aussi dans l’Histoire avec La Rédemption (Grasset, 2 septembre 2026). Il explore la relation singulière qui unit durant plusieurs décennies l’écrivain Pierre Drieu la Rochelle et Colette Jéramec, pédiatre issue d’une grande famille juive. Amants puis époux avant de divorcer, ils demeurent liés tandis que leurs trajectoires politiques et personnelles divergent radicalement. Sous l’Occupation, Drieu défend des positions fascistes, antisémites et collaborationnistes ; pourtant, en 1943, il intervient pour sauver Colette et ses deux enfants, internés à Drancy. Autour de cet épisode longtemps resté en marge des biographies se nouent histoire d’amour, enquête et réflexion sur les contradictions idéologiques du XXe siècle — et sur leur troublante persistance dans le nôtre.
Changement d’échelle avec le premier roman de Véronique Narat. Dans Celles qu’on ne regarde pas (Novice, 24 septembre 2026), Capucine, ancienne professeure d’art de 85 ans, voit son autonomie vaciller après une chute. Gloria, auxiliaire de vie immigrée, affronte de son côté le poids de l’exil et d’une existence épuisante. Deux femmes que l’âge, l’origine et la condition sociale semblent séparer mais qu’une relation inattendue va rapprocher. Un roman social et intime sur la vieillesse, l’exil, la dignité et ceux que nos sociétés préfèrent trop souvent ne pas voir.
Le Tripode poursuit enfin son travail de réédition des romans de Mathieu Belezi avec C’était notre terre (17 septembre 2026). À travers la famille Saint-André et six voix entremêlées, le roman raconte l’effondrement d’un monde colonial en Algérie, la guerre d’indépendance, la violence et le déracinement. Ce texte constitue le point de départ de la « suite algérienne », vaste cycle auquel Mathieu Belezi travaille depuis une vingtaine d’années et dont Attaquer la terre et le soleil demeure l’un des sommets.

Quand la littérature étrangère nous fait voyager
Septembre est aussi le mois où la littérature étrangère reprend toute sa place. Les amateurs de littérature nord-américaine auront notamment rendez-vous à Vincennes, où la 12e édition du Festival America se déroulera du 24 au 27 septembre 2026, à l’occasion du 250e anniversaire des États-Unis.
Mais c’est en Allemagne que nous emmène d’abord Annett Gröschner. L’Histoire selon Hanna (Liana Levi, 17 septembre 2026, traduit par Élisabeth Landes) retrace l’existence de Hanna Krause, jeune orpheline de Magdebourg devenue fleuriste puis grutière. Du nazisme aux bombardements de la Seconde Guerre mondiale, de la RDA à la réunification allemande, une vie ordinaire se trouve continuellement percutée par la grande Histoire. Un portrait de femme populaire, travailleuse et résistante à sa manière, qui raconte près d’un siècle allemand à hauteur d’existence.


Les échecs ont déjà donné naissance à quelques chefs-d’œuvre, dont Le Joueur d’échecs de Stefan Zweig. Mayra Montero s’empare à son tour de cet univers dans Le soir où Bobby n’est pas venu jouer (Métailié, 4 septembre 2026, traduit par René Solis). Dix ans après un premier séjour à Cuba, Bobby Fischer revient à La Havane en 1966 pour participer à l’Olympiade mondiale d’échecs. Miriam, une adolescente timide, se met à sa recherche afin d’obtenir sa signature pour un vieil horloger polonais. La rencontre bouleversera leurs vies. Entre fiction et matériau autobiographique, Mayra Montero interroge ces instants fugaces dont l’empreinte peut déterminer toute une existence.
Avec le deuxième tome d’Amadoca, L’histoire de Sophia (Belfond, 3 septembre 2026, traduit par Iryna Dmytrychyn), Sofia Andrukhovych poursuit son ambitieuse fresque consacrée à l’Ukraine du XXe siècle. Après Romana et Ouliana, une autre histoire surgit des archives familiales : celle de Sophia Zerova, veuve d’un poète victime des Grandes Purges puis compagne de Viktor Petrov, intellectuel et agent double. Répression stalinienne, Holodomor, Shoah, guerre du Donbass : l’Histoire collective se recompose à travers les fragments, les silences et les mémoires individuelles. Une œuvre ample sur ce qui disparaît, ce qui demeure et ce que raconter peut encore sauver.
Du côté du noir, les secrets remontent à la surface
Le roman noir se nourrit souvent des failles d’une société. Jurica Pavičić en fait une nouvelle fois la démonstration avec Allumettes (Agullo, 10 septembre 2026, traduit par Olivier Lannuzel). Une violente tempête déclenche un incendie qui ravage une montagne et menace Split. La police croit d’abord pouvoir rapidement conclure à l’œuvre d’un pyromane ou à une négligence humaine. L’affaire se révèle autrement plus complexe. À travers cette enquête qui embrase bientôt tout le pays, l’écrivain, journaliste et scénariste croate ausculte une société en transition où la corruption gagne tous les étages, tout en faisant émerger derrière le crime un drame familial.
Le vin coule également à flots, mais cette fois du côté de la Bourgogne. Dans Les Sarments noirs de Grégoire Godinaud (Les Éditions du Gros Caillou, 24 septembre 2026), Jean, jeune vigneron talentueux, remporte un prestigieux concours international et transforme le modeste domaine familial en l’un des vignobles les plus en vue de Bourgogne. Quelques semaines plus tard, il meurt dans des circonstances mystérieuses, emportant avec lui le secret de sa cuvée mythique. Treize ans après le drame, sa sœur Clémentine revient à Gevrey-Chambertin et voit ressurgir les zones d’ombre de leur histoire familiale. Secrets, rivalités, héritage et grands crus : tous les ingrédients sont réunis pour un thriller viticole particulièrement corsé.

Plus sombre encore, La Maison des os et de la pluie (Sonatine, 3 septembre 2026, traduit par Pierre Szczeciner) de Gabino Iglesias nous entraîne dans les quartiers populaires de Porto Rico. Gabe, dix ans, assiste à la mort de son père et grandit avec Xavier, Tavo, Paul et Bimbo, quatre garçons que les épreuves finissent par rendre inséparables. Quelques années plus tard, la mère de Bimbo est assassinée devant la boîte de nuit où elle travaillait. Fou de douleur, celui-ci entraîne ses amis dans une vengeance qui les conduit jusqu’au narcotrafiquant le plus redouté de l’île, tandis qu’un ouragan approche. Fantômes, violence, fraternité et désir de justice se mêlent dans un roman noir à l’énergie débordante, qui ne ménage ni les tripes ni le cœur.
Quelques pépites en poche
La rentrée permet aussi de retrouver en poche quelques-uns des romans remarqués de ces dernières années.
Dans Le Crépuscule des hommes (Pocket, 3 septembre 2026), Alfred de Montesquiou revient sur le procès de Nuremberg. Mais plutôt que de se concentrer uniquement sur les accusés, il fait revivre ceux qui assistent à ces dix mois d’Histoire en train de s’écrire : journalistes, écrivains, photographes et témoins parmi lesquels Joseph Kessel, Elsa Triolet, Martha Gellhorn ou John Dos Passos. Un « roman vrai » qui regarde le grand procès du nazisme depuis ses coulisses et ses marges.
Autre grande fresque historique avec Les 8 Vies d’une mangeuse de terre (Libretto, 3 septembre 2026, traduit par Lou Gonse). Mirinae Lee raconte le destin hors norme de Mook Miran, presque centenaire, invitée à résumer sa vie en quelques mots. Elle en choisit sept : esclave, reine de l’évasion, meurtrière, terroriste, espionne, amante et mère. Derrière ces identités successives se déploie près d’un siècle d’histoire coréenne, de la colonisation japonaise à la partition de la péninsule. Une existence individuelle, réelle ou réinventée, devient ainsi le miroir d’un pays déchiré.


Et pour ceux qui préfèrent les intrigues à grand spectacle, Dan Brown retrouve son célèbre professeur de symbologie Robert Langdon dans Le Secret des secrets (Le Livre de Poche, 10 septembre 2026, traduit par Dominique Defert et Carole Delporte). Plus de vingt ans après Da Vinci Code, Langdon se rend à Prague pour assister à une conférence de Katherine Solomon consacrée à la noétique et à la conscience humaine. Un meurtre, la disparition de Katherine et le piratage de son manuscrit précipitent bientôt le séjour dans une nouvelle course contre la montre, entre mythologie, organisation secrète et neurosciences. Du Dan Brown pur jus, pour qui aime les énigmes lancées à pleine vitesse.
De quoi faire de septembre un mois placé, une fois encore, sous le signe de la lecture.



