Portrait(s) 2026 à Vichy : David LaChapelle, Niépce, Harcourt et l’art du visage en grand format
Du 19 juin au 4 octobre 2026, Vichy redevient — au sens fort — une chambre noire à ciel ouvert. Pour sa 14e édition, Portrait(s), Rendez-vous photographique de Vichy, déploie un programme qui croise l’événement artistique, l’histoire culturelle, la transmission et l’identité même de la ville : une station thermale qui s’expose, s’écoute et se raconte, au plan architectural comme au plan humain.
Le festival ne se contente pas d’aligner des images. Il fabrique un écosystème du regard. Expositions en intérieur et en extérieur, résidences, médiations, programmes scolaires, voix qui accompagnent l’œuvre, expérience de studio portraitiste : à Vichy, le portrait devient un outil d’exploration. Il montre des visages, bien sûr, mais aussi des codes, des récits, des paysages sociaux, des architectures, des usages de soi. Et cette question souterraine, décisive, qui relie toutes les éditions réussies : qui regarde qui, et au nom de quoi ?
Pour cette édition 2026, une exposition monographique, une exposition thématique, trois projets de transmission et deux invitations en résidence composent une programmation particulièrement dense. Le visage y apparaît tour à tour comme icône pop, archive historique, expérience sonore, outil pédagogique, trace interculturelle, mémoire urbaine ou rituel de lumière.
David LaChapelle, une rétrospective événement au Grand Établissement thermal
Tête d’affiche de cette 14e édition : David LaChapelle. Au Grand Établissement thermal, Portrait(s) invite le photographe et réalisateur américain pour une exposition majeure consacrée à quatre décennies de création. Le parcours rassemblera environ une centaine d’œuvres hautes en couleur, des premières compositions figuratives aux images de mode, des portraits de célébrités aux compositions allégoriques, avec également une série monumentale inédite inspirée des techniques de la fresque classique.
LaChapelle est l’un des rares photographes contemporains dont le style est devenu une grammaire immédiatement reconnaissable : saturation chromatique, mise en scène théâtrale, dramaturgie pop, humour acide, iconographie de la célébrité et du désir, mais aussi — au fil du temps — un basculement vers des visions plus mythologiques, spirituelles, parfois apocalyptiques. Là où d’autres documentent le monde, lui le recompose. Il fabrique un théâtre visuel où la société se regarde dans un miroir qui déforme juste assez pour devenir vrai.
Héritier du pop art, marqué au début de sa carrière par sa collaboration avec Andy Warhol, LaChapelle fait dialoguer culture populaire, spiritualité et réflexion critique sur la société contemporaine. Ses images interrogent la consommation, le désir, l’adoration des corps, la célébrité, l’excès et la possibilité d’une transcendance dans un monde saturé de signes. Elles peuvent sembler criardes au premier regard ; elles deviennent souvent inquiètes au second.
Installée dans un lieu de cures et d’apparat, cette exposition prend une dimension supplémentaire. À Vichy, l’image n’est jamais purement décorative. Elle dialogue avec un patrimoine du soin, du corps, de la transformation, de la représentation sociale. Et le portrait, ici, ne désigne plus seulement un sujet : il capte une époque, ses mythes, ses excès, ses masques.
Cette grande exposition est annoncée comme la première en France d’une telle ampleur depuis celle que la Monnaie de Paris avait consacrée à David LaChapelle en 2009. Pour Vichy, l’invitation a donc valeur de coup d’éclat : elle place Portrait(s) au cœur de l’actualité photographique nationale tout en respectant son axe fondateur, le portrait comme forme artistique, sociale et symbolique.
Après Niépce, le portrait : Vichy dans le récit national de la photographie
Autre axe structurant : Après Niépce, le portrait, une traversée dans les collections du musée Nicéphore Niépce, présentée sur l’esplanade du lac d’Allier dans le cadre du Bicentenaire de la photographie et sous l’égide du ministère de la Culture.
L’exposition rappelle une évidence trop souvent oubliée : après les premières réussites de Nicéphore Niépce, entre 1816 et 1833, le portrait est devenu l’une des préoccupations majeures des photographes et des inventeurs. Des premiers studios de daguerréotypistes aux portraits-cartes d’Eugène Disdéri, du photomaton à la photographie d’identité judiciaire, de la photographie de mariage aux outils numériques, le portrait accompagne toute l’histoire de la photographie.
Cette histoire est plurielle. Elle est technique, esthétique, sociale, politique. Photographier un visage n’a jamais été un geste neutre. C’est identifier, conserver, aimer, classer, célébrer, surveiller, transmettre. Sous le regard de Sylvain Besson, directeur des collections du musée Nicéphore Niépce, cette exposition aborde la diversité d’un fonds encyclopédique, de l’invention photographique aux dernières avancées du numérique.
L’intérêt, pour Portrait(s), est évident : le festival se situe naturellement au point de contact entre histoire et présent. En extérieur, au bord de l’eau, l’image quitte le white cube pour redevenir ce qu’elle a toujours été : une forme publique, disponible, traversée par le passage des corps. À Vichy, l’exposition n’est pas seulement posée dans la ville ; elle s’insère dans un paysage de flânerie, de thermalisme, de promenades et de grandes perspectives.
La voix comme méthode : Brigitte Patient présente Yohanne Lamoulère
Le festival poursuit son dispositif La voix du regard. Cette année, Brigitte Patient accompagne le public dans une photographie de Yohanne Lamoulère, issue de l’exposition Faux Bourgs. L’idée est simple, mais très efficace : ajouter au plan visuel une médiation incarnée, une voix qui ne surplombe pas l’image, mais ouvre des portes, propose des angles, relie des sensations, restitue des contextes sans fermer le sens.
Yohanne Lamoulère, membre du collectif Tendance Floue, travaille au long cours, souvent au plus près des périphéries et des réalités sociales. Ses images réalisées à Marseille portent une attention particulière aux seuils : ce qui s’assemble, ce qui se fracture, ce qui reste invisible quand on ne prend pas le temps. Dans un festival centré sur le portrait, sa présence rappelle une évidence : il n’y a pas de visage neutre. Tout portrait engage une relation, un cadre, une distance, une responsabilité.
Des mots pour voir : Paul Graham et la conversation autour de l’image
Avec Des mots pour voir, présenté avec le soutien de la Fondation d’entreprise Neuflize OBC, Portrait(s) poursuit un projet engagé depuis 2018 : porter à la connaissance du grand public les trésors de la collection photographique et vidéographique de Neuflize OBC, en les accompagnant d’un dispositif d’analyse et d’échange.
Cette année, une œuvre en très grand format de Paul Graham, issue de la collection d’entreprise Neuflize OBC, sera présentée pendant toute la durée du festival. Les commentaires recueillis auprès du public par la médiatrice en amont de l’exposition seront diffusés dans la salle. La photographie n’est alors plus seulement un objet à contempler ; elle devient une conversation ouverte entre visiteurs, scolaires, experts et artistes.
Ce dispositif rappelle que la photographie n’est pas uniquement un art de la preuve ou de la capture. C’est aussi un art du récit. Faire entrer des mots, c’est créer une deuxième focale, parfois plus lente, plus intime, qui déplace le regard et aide à voir ce qu’une image, seule, laisse en suspension.
Résidences : quand le festival fabrique aussi des images
Portrait(s) n’est pas uniquement une vitrine. C’est aussi une fabrique. En 2026, deux résidences dessinent une ligne claire : ancrer le festival dans des dynamiques de production, au-delà des seuls accrochages.
Le CAVILAM – Alliance Française accueille cette année la photographe Julia Gat dans le cadre de son programme de résidence photographique francophone. Née en 1997, photographe et réalisatrice basée à Marseille, Julia Gat développe un travail à la croisée du documentaire et du portrait, explorant avec sensibilité les dynamiques de l’interaction humaine. Récemment exposée aux Rencontres d’Arles et au Nederlands Fotomuseum, lauréate du prix Polyptyque 2022 et du Prix du public Steenbergen Stipendium 2021, elle revient à Vichy dix ans après avoir reçu le Premier Prix du Festival Portrait(s) en 2016.
Dans le cadre de cette résidence, elle réalise une série de portraits d’étudiants du CAVILAM-Alliance Française. À travers eux, c’est la diversité des trajectoires, des cultures et des sensibilités qui composent ce lieu d’apprentissage du français qui se révèle. Son travail sera exposé sur les façades du CAVILAM-Alliance Française, site du Pôle universitaire. Le portrait devient ici cartographie humaine : une manière de rendre visible la circulation des langues, des histoires, des appartenances.
Patrick Tournebœuf poursuit, de son côté, son exploration des grandes villes d’eau d’Europe inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO. Après Baden-Baden en 2024 et Karlovy Vary en 2025, il présente cette année des images spectaculaires de Bath, en Angleterre, ville thermale dont Jane Austen et Charles Dickens ont tous deux décrit la vie sociale au XIXe siècle.
Splendeur gothique de l’abbaye, élégance géorgienne du Royal Crescent, néoclassicisme du Holburne Museum : Tournebœuf photographie moins un décor qu’une mémoire architecturale. Cette résidence s’accorde naturellement avec Vichy, elle-même ville d’eau européenne. Elle fait dialoguer les patrimoines thermaux, les façades, les salles, les vides, les usages et les traces de sociabilité. Ici, le portrait n’est plus seulement celui d’un individu. Il devient portrait d’une ville, d’un imaginaire de santé, de représentation et de passage.
Cette présence de Patrick Tournebœuf est tout sauf un à-côté : elle renforce l’idée de Vichy-ville-laboratoire. La station thermale est, depuis longtemps, un lieu où l’on vient se refaire, se montrer, se transformer. Le portrait y devient presque une conséquence naturelle : celle d’une ville qui a appris à accueillir des corps, des récits et des apparitions.
Portrait(s) s’invite à l’école : apprendre à regarder
L’édition 2026 réaffirme également un axe devenu central : Portrait(s) s’invite à l’école. Dans le cadre de ses actions en direction du public scolaire, le festival poursuit son engagement avec une classe de l’école primaire Jacques-Laurent. Le nouvel atelier photographique s’articule autour des multiples relations humaines qui se déploient au sein de la médiathèque de Vichy.
Animé par Jérôme Schirtzinger, du service des expositions, et Cyrille Karam, médiatrice et photographe, l’atelier invite chaque élève à réaliser une série de portraits mettant en lumière lecteurs et usagers de tous âges, bibliothécaires et salariés de ce lieu emblématique de la vie culturelle vichyssoise.
Ce choix n’a rien d’ornemental. Il dit quelque chose de la photographie aujourd’hui. Dans un monde saturé d’images, apprendre à regarder — et à se regarder — est une compétence culturelle et civique. Le portrait, au plan pédagogique, est l’un des meilleurs terrains : il oblige à parler de cadrage, d’intention, d’éthique, de représentation. Faire un portrait, c’est apprendre à reconnaître une présence.
La Cabine Studio Harcourt : votre moment de lumière
Grande nouveauté sensible et populaire de cette édition : la Cabine Studio Harcourt s’installe à Vichy. Le principe : permettre au public de vivre, le temps d’une pose, l’expérience d’un grand studio portraitiste. Dans ce petit théâtre de lumière, l’esthétique Harcourt — héritée du glamour du cinéma en noir et blanc — sculpte les visages, révèle les regards et donne à chaque portrait une allure intemporelle.
On entre, on suit les indications, on se laisse prendre au jeu, puis l’on repart avec un tirage noir et blanc de qualité professionnelle. Plus qu’une photo, la Cabine Studio Harcourt propose une rencontre avec soi : un moment suspendu, simple et précieux, où le portrait devient un geste de présence. Dans un festival consacré aux visages des autres, cette cabine rappelle que chacun peut, à son tour, entrer dans la lumière.
Vichy, scène idéale : le portrait comme expérience de ville
Ce qui fait la singularité de Portrait(s), c’est la manière dont Vichy devient plus qu’un décor. Le festival s’appuie sur des lieux qui ont une présence, une histoire, une fonction : thermes, parcs, esplanades, hall, gare, pôle universitaire. On n’entre pas dans une exposition comme dans une boîte fermée ; on la rencontre en marchant.
Le parcours se déploie notamment au Grand Établissement thermal, sur l’esplanade du lac d’Allier, au Hall des Sources, dans le parc des Sources, au Pôle universitaire et sur le parvis de la gare. À chaque étape, un autre visage de la photographie apparaît : spectaculaire avec LaChapelle, historique avec Niépce, sonore avec Brigitte Patient, discursif avec Paul Graham, pédagogique avec les élèves, documentaire avec Julia Gat, patrimonial avec Patrick Tournebœuf, iconique avec Harcourt.
En 2026, la combinaison LaChapelle — spectaculaire, iconique —, Niépce — historique, national —, Harcourt — populaire et glamour — et résidences — production, ancrage, transmission — compose une édition particulièrement cohérente. À Vichy, le portrait n’est pas seulement un genre. C’est une manière de faire de la photographie un outil de lecture du monde.
Vernissages et agenda
Les vernissages de la 14e édition auront lieu vendredi 19 et samedi 20 juin 2026. Vendredi 19 juin à 18 h, ouverture et vernissage de Portrait(s) au Grand Établissement thermal. Samedi 20 juin, un parcours des expositions en extérieur sera proposé : à 10 h 30, Après Niépce, le portrait sur l’esplanade du lac d’Allier ; à 11 h 30, Patrick Tournebœuf, Bath. Les grandes villes d’eau d’Europe, patrimoine mondial de l’UNESCO, dans le parc des Sources ; à 12 h, Julia Gat au Pôle universitaire.
Infos pratiques
- Festival : Portrait(s) – Le Rendez-vous photographique de Vichy
- 14e édition
- Dates : du 19 juin au 4 octobre 2026
- Vernissages : vendredi 19 et samedi 20 juin 2026
- Ville : Vichy, Allier
- Direction artistique : Fany Dupêchez
- Événement : Vichy Culture
Principaux lieux du festival
Grand Établissement thermal : David LaChapelle, Paul Graham – Des mots pour voir, Cabine Studio Harcourt
Esplanade du lac d’Allier : Après Niépce, le portrait
Hall des Sources : La voix du regard, Yohanne Lamoulère ; Portrait(s) s’invite à l’école
Parc des Sources : Patrick Tournebœuf, Les grandes villes d’eau d’Europe
Pôle universitaire : Julia Gat, CAVILAM-Alliance Française
Parvis de la gare : Art en gare, avec le soutien de SNCF Gares & Connexions
Expositions et projets
David LaChapelle, exposition monographique
Après Niépce, le portrait, collections du musée Nicéphore Niépce
La voix du regard, Brigitte Patient présente Yohanne Lamoulère
Des mots pour voir, Paul Graham, avec le soutien de Neuflize OBC
Portrait(s) s’invite à l’école
Résidence Julia Gat, CAVILAM-Alliance Française
Résidence Patrick Tournebœuf, grandes villes d’eau d’Europe
Cabine Studio Harcourt
