Rennes par ses coulisses, ses seuils et ses lieux inaccessibles : avec Rennes cachée, Capucine Lemaître et Hervé Ronné proposent une exploration illustrée de cinquante lieux méconnus ou étonnants de la capitale bretonne.
Laboratoire du lycée Émile-Zola, coupole de la cathédrale Saint-Pierre, bunker de l’Hôtel-Dieu, poste central de la gare SNCF, Panthéon de l’hôtel de ville, église orthodoxe, lavoir de Chézy, palais Saint-Georges, prison Saint-Michel : la ville se révèle par ses envers, ses mémoires techniques et ses architectures habituellement soustraites au regard.
On croit connaître Rennes parce qu’on en traverse les places, les rues, les quais, les bâtiments publics. On connaît la place de la Mairie, les façades parlementaires, les bords de Vilaine, les escaliers du Thabor, les halles, les stations de métro, les grands équipements culturels. Rennes cachée rappelle au contraire qu’une ville ne se limite jamais à ce qu’elle expose. Elle possède une profondeur discrète, faite de pièces invisibles, d’architectures secondaires, de lieux fermés, de traces techniques, de recoins liturgiques, de mémoires enfouies ou simplement ignorées.
Capucine Lemaître construit un itinéraire patrimonial original, accompagné par les photographies d’Hervé Ronné. L’ouvrage ne se contente pas d’aligner de « jolies curiosités » urbaines. Il invite à comprendre Rennes par ses fonctions cachées : enseigner, soigner, prier, surveiller, enfermer, administrer, transporter, laver, conserver. L’ancien laboratoire du lycée Émile-Zola ouvre ainsi sur une mémoire savante et pédagogique ; la coupole de la cathédrale Saint-Pierre rappelle que les édifices religieux possèdent des volumes secrets, invisibles depuis la nef ; le bunker de l’Hôtel-Dieu fait surgir, au cœur d’un ancien espace hospitalier, l’ombre de la guerre, de la protection civile et des peurs collectives.
Le livre est précieux parce qu’il déplace le regard. Là où le passant voit une façade, il révèle une profondeur. Là où l’on croit reconnaître un bâtiment public, il montre un envers institutionnel ou symbolique. Le Panthéon de l’hôtel de ville, par exemple, dit quelque chose de la mémoire civique rennaise, de ses figures honorées, de ses hiérarchies de reconnaissance. Le poste central de la gare SNCF fait apparaître une autre ville, celle des circulations réglées, des signaux, des flux et des dispositifs techniques sans lesquels aucun voyage ne serait possible. Le lavoir de Chézy, lui, renvoie à une histoire plus modeste et plus corporelle : celle de l’eau, du linge, du travail domestique, des sociabilités populaires et des gestes répétés qui ont longtemps structuré le quotidien.
La force de Rennes cachée tient aussi à son attention aux lieux d’entre-deux. Certains sont publics mais rarement observés. D’autres sont privés, fermés, ou seulement accessibles à de rares occasions. Certains appartiennent à l’usage religieux, comme l’église orthodoxe du patriarcat de Constantinople situé dans la chapelle annexe de l’église Toussaints en plein centre ; il faut savoir que Rennes comprend trois autres paroisses orthodoxes : géorgienne, roumaine, éthiopienne. D’autres relèvent de l’histoire monumentale, comme le palais Saint-Georges, dont l’élégance extérieure masque une stratification longue, entre abbaye, pouvoir, administration et usages contemporains. D’autres encore, comme la prison Saint-Michel, ramènent la ville vers ses zones de contrainte, de marginalité et d’enfermement.
Hervé Ronné accompagne cette exploration par une photographie qui ne cherche pas seulement l’effet spectaculaire. Son regard semble fait pour les détails, les angles, les matières, les seuils. Une rampe, une voûte, un carrelage, une porte, une verrière, une inscription ou un volume oublié deviennent des indices. Le patrimoine n’est plus seulement affaire de grands monuments, mais d’empreintes. Le livre apprend ainsi à lire Rennes comme un palimpseste : sous la ville visible, une ville savante ; sous la ville administrative, une ville symbolique ; sous la ville commerçante, une ville de métiers ; sous la ville contemporaine, une ville plus ancienne, parfois blessée, parfois miraculeusement conservée.
Pour les Rennais comme pour les visiteurs, Rennes cachée est donc un livre d’étonnement. Il donne envie de lever les yeux, de pousser des portes, de regarder autrement les lieux familiers. Il permet aussi de comprendre que le patrimoine local n’est pas figé dans une carte postale. Il vit dans des usages, des réemplois, des accès partiels, des interdictions, des restaurations, des oublis. Une excellente recommandation pour nourrir promenades, articles patrimoniaux, curiosité locale et redécouverte sensible de la capitale bretonne.
Note des bibliothécaires des Champs Libres : ★★★★ — Patrimoine local : cinquante lieux méconnus ou inaccessibles pour entrer dans l’envers de Rennes. Photographie : un regard sensible sur les seuils, les volumes, les détails et les coulisses de la ville. Usage : parfait pour redécouvrir Rennes autrement, préparer une promenade urbaine ou nourrir une curiosité patrimoniale. Un indispensable pour les curieux de la capitale bretonne.
Vous pouvez retrouver, consulter et emprunter cet ouvrage à la bibliothèque des Champs libres ici
Fiche technique
Autrice : Capucine Lemaître
Photographe : Hervé Ronné
Titre : Rennes cachée
Éditeur : Éditions Ouest-France
Date de parution : 12 septembre 2025
Pagination : 223 pages
ISBN : 978-2-7373-9154-5
Prix indicatif : 27,00 €
Recommandation réalisée dans le cadre du partenariat Les Champs Libres – Unidivers.fr, rédigée par les bibliothécaires des Champs Libres et Nicolas Roberti.
