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UNIDIVERSLE MÉDIAVERS CULTUREL
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Deauville, Gaza : quand apaisement et renoncement conduisent à la censure

Une photographie de Jehad Alshrafi montrant un match de football au milieu des destructions de Gaza a été retirée en août 2026 du Deauville Sport Images Festival. La Ville invoquait un « souci d’apaisement » après une polémique née sur les réseaux sociaux. Saisi en urgence, le tribunal administratif de Caen a suspendu cette décision et considéré qu’elle portait une « atteinte grave et manifestement illégale » aux libertés d’expression et de création artistique. Derrière une controverse très politisée se dessine une question qui dépasse largement Gaza : une collectivité peut-elle retirer une œuvre qu’elle a elle-même choisi d’exposer dès lors que celle-ci devient conflictuelle ?

Il y a d’abord une photographie. Rien d’un tract, rien d’un slogan. Sur un rectangle de pelouse synthétique, des hommes jouent au football. À l’arrière-plan, presque toute la partie supérieure de l’image est occupée par des bâtiments détruits.

Le cliché a été pris le 14 février 2026 à Gaza par le photojournaliste palestinien Jehad Alshrafi, qui travaille notamment pour Associated Press. Le Gaza Sports Club et Al-Ahly Club disputent ce jour-là un match sur un terrain aménagé au milieu d’un paysage profondément marqué par la guerre. Associated Press décrit deux équipes locales et explique que la Fédération palestinienne de football a fait dégager des gravats, poser une ancienne pelouse synthétique et installer une clôture afin de permettre la reprise du jeu. La légende accompagnant l’image précise que le terrain est entouré de bâtiments « détruits lors des opérations terrestres et aériennes israéliennes ».

Une photographie de sport, donc. Mais une photographie dans laquelle le sport ne peut être isolé du monde qui l’entoure. C’est précisément le principe du Deauville Sport Images Festival, dont la deuxième édition s’est tenue du 6 juin au 6 septembre 2026. Le festival ne revendique pas une conception étroite de la photographie sportive : sa programmation se déploie entre actualité, société, histoire et création artistique. L’AFP, partenaire de l’événement, présentait ainsi l’édition 2026 comme une exploration du sport dans ses dimensions à la fois sportives et sociétales. L’exposition collective « Best of 2025-2026 » entendait notamment montrer les transformations contemporaines des pratiques sportives.

La photographie de Jehad Alshrafi n’était donc pas manifestement étrangère à la programmation. La Ville de Deauville le reconnaîtra elle-même quelques semaines plus tard. Et pourtant, le 20 août 2026, l’image n’est plus là.

Une photographie exposée pendant plus de deux mois

Pendant une grande partie de l’été, le cliché demeure exposé dans l’espace public sans incident signalé en lien avec lui. Puis, le 11 août, un internaute conteste publiquement sa présence sur les réseaux sociaux. Le message, dont le tribunal administratif retiendra le caractère virulent, vise notamment la légende attribuant les destructions visibles aux opérations militaires israéliennes. La photographie est accusée par son auteur de relever d’une propagande favorable au Hamas. La controverse prend alors une tournure politique.

Le 20 août, Sylvain Larcher, secrétaire de la section du Parti socialiste de la Côte fleurie, constate que la photographie a disparu. Elle a été remplacée par une autre image sportive. Il demande des explications à la municipalité. D’autres élus et organisations interviennent ensuite dans le débat et réclament le rétablissement du cliché. Le mot de “censure” apparaît rapidement. Il n’est pas employé par le tribunal comme qualification juridique, mais il n’est pas non plus abusif pour décrire le mécanisme à l’œuvre : une photographie légalement sélectionnée et exposée est retirée par une autorité publique après qu’elle a suscité une contestation politique.

Mais la réponse de la Ville mérite d’être regardée attentivement, précisément parce qu’elle est plus complexe qu’une contestation du contenu de l’œuvre.

La municipalité affirme que la photographie n’était « en rien pro-Hamas » et indique ne l’avoir jamais considérée comme telle. Elle explique au contraire qu’elle avait été retenue parce qu’elle correspondait pleinement à l’esprit de l’exposition : montrer que le sport existe partout, jusque dans les circonstances les plus dramatiques. Elle assure également que son retrait ne constitue ni une contestation de sa valeur documentaire ou artistique ni un désaveu du photographe. Pourquoi, alors, la retirer ?

La Ville invoque un « souci d’apaisement », le désir de « ne heurter personne » et celui de mettre fin à une polémique devenue, selon elle, disproportionnée. Elle affirme par ailleurs n’avoir subi aucune pression. C’est là que l’affaire devient plus intéressante qu’un simple épisode de guerre culturelle. Car si l’on suit les propres explications de la municipalité, le problème n’était pas l’œuvre. Le problème était désormais ce qui se disait autour de l’œuvre.

Peut-on retirer une œuvre pour faire cesser une polémique ?

La question est soumise quelques jours plus tard au juge administratif. Le 26 août, l’Observatoire de la liberté de création, structure qui associe notamment professionnels de la culture et Ligue des droits de l’Homme, écrit au maire de Deauville. Il estime que le retrait porte atteinte aux libertés de création, de diffusion et de programmation artistiques et demande que la photographie retrouve sa place. Le maire ne revenant pas sur sa décision, l’Observatoire saisit le tribunal administratif de Caen.

Il s’agit d’un référé-liberté, prévu par l’article L. 521-2 du Code de justice administrative. Ce mécanisme permet au juge d’intervenir dans l’urgence lorsqu’une personne publique porte une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. La requête est enregistrée le 27 août à 22 h 52. L’audience se tient le 31 août. Le juge rend son ordonnance le même jour. Ce n’est donc pas un jugement définitif rendu après plusieurs mois d’instruction. C’est une décision d’urgence, prise au regard des éléments dont dispose alors le tribunal. Cette distinction importe : attribuer à l’ordonnance une portée qu’elle n’a pas serait aussi imprudent que d’en minimiser la fermeté. Or sa formulation est particulièrement nette.

La Ville invoque aussi l’ordre public

Devant le tribunal, la commune ne se borne pas à invoquer une volonté abstraite d’apaisement. Elle avance d’abord un argument intéressant : sa propre liberté de programmation. Une collectivité ou un organisateur culturel qui choisit les œuvres présentées lors d’une exposition ne conserve-t-il pas également le droit d’en modifier le contenu ? La Ville estime que cette liberté lui confère un pouvoir étendu de sélection et de retrait.

Elle invoque ensuite les pouvoirs de police du maire et la nécessité de préserver l’ordre public. Le premier motif du retrait aurait été de ne pas créer de « nouvelles douleurs » ; le second, de mettre un terme à une polémique devenue disproportionnée. La municipalité rapproche cette controverse d’un incident antisémite survenu le 25 mai 2026 sur les Planches de Deauville, lorsqu’un individu avait proféré des injures antisémites. Elle explique ainsi avoir voulu protéger la tranquillité publique.

Il serait trop simple de considérer cet argument comme juridiquement inconsistant. Un maire est responsable du maintien du bon ordre et de la sécurité dans l’espace public. La liberté d’expression et la liberté de création ne sont pas absolues : dans certaines circonstances, l’autorité publique peut leur apporter des restrictions afin de prévenir des troubles. Mais encore faut-il démontrer que le trouble est suffisamment vraisemblable et que la mesure choisie est proportionnée. C’est exactement sur ce terrain que la Ville de Deauville échoue devant le juge.

Jehad Alshrafi
Match de football au milieu des destructions à Gaza, photographié par Jehad Alshrafi le 14 février 2026

Moins de 130 réactions et aucun trouble directement lié à l’exposition

Le tribunal examine les faits. La photographie est exposée depuis le 6 juin. L’incident antisémite invoqué par la municipalité est survenu le 25 mai, donc avant même l’ouverture du festival. Quant au message publié le 11 août contre la photographie, l’Observatoire de la liberté de création soutient qu’il a provoqué moins de 130 réponses, ce que la commune ne conteste pas. Surtout, relève l’ordonnance, la Ville ne fait état d’aucun autre incident ni d’aucune manifestation depuis l’ouverture de l’exposition susceptible d’établir l’existence d’un trouble directement lié à la photographie.

Le juge pose alors le principe autour duquel toute l’affaire s’organise : « Le retrait d’une œuvre d’art exposée porte une atteinte grave aux libertés fondamentales que constituent la liberté d’expression, la liberté de création artistique et la liberté d’accès aux œuvres culturelles. » Une autorité publique peut limiter ces libertés au nom de l’ordre public, poursuit-il, mais les mesures doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées. Or, dans le cas de Deauville, le risque invoqué n’est pas suffisamment établi. Le retrait de la photographie ne peut donc être regardé comme une réponse proportionnée à un trouble à l’ordre public.

La conclusion est sans ambiguïté : en décidant de retirer la photographie alors qu’« aucune circonstance particulière » ne permettait de considérer le risque de trouble comme établi, le maire de Deauville a porté une « atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d’expression et à la liberté de création artistique ». Le tribunal suspend en conséquence la décision municipale du 20 août.

Une victoire judiciaire qui ne raccrochera pas nécessairement la photographie

Un détail est essentiel, car plusieurs commentaires de l’affaire ont parfois confondu deux choses. Le tribunal suspend bien la décision de retrait, mais il n’ordonne pas à la Ville de remettre matériellement la photographie en place.

Au cours de l’audience, la commune explique que les œuvres sont imprimées sur des bâches de 2,80 mètres sur 2 et qu’un prestataire extérieur aurait besoin d’au moins six jours pour produire un nouvel exemplaire. L’exposition devant prendre fin le 6 septembre, le juge estime qu’une injonction de réinstallation ne pourrait plus être mise en œuvre utilement dans les délais et rejette cette demande.

La commune est par ailleurs condamnée à verser 1 000 euros à l’Observatoire de la liberté de création au titre des frais de procédure. Il ne s’agit pas de dommages et intérêts versés au photographe.

La nuance est importante. La justice n’a pas, à ce stade, prononcé une « condamnation pour censure » au sens où on l’entendrait dans le langage courant. Elle a suspendu, en référé, une décision administrative et caractérisé une atteinte grave et manifestement illégale à deux libertés fondamentales. C’est juridiquement plus précis — et, d’une certaine manière, plus intéressant.

Une liberté de création inscrite dans la loi depuis 2016

L’affaire de Deauville ne surgit pas dans un vide juridique. La loi du 7 juillet 2016 relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine, dite loi LCAP, affirme dans son premier article une proposition d’une simplicité presque solennelle : « La création artistique est libre. »

Son article 2 précise que « la diffusion de la création artistique est libre », dans le respect des règles encadrant la liberté d’expression.

Il ne s’ensuit évidemment pas que tout musée, festival ou municipalité soit obligé d’exposer toute œuvre proposée. La programmation implique par définition des choix, des refus, des changements et des contraintes matérielles. Mais le cas de Deauville présente une configuration différente : la photographie avait été sélectionnée, installée et exposée pendant plus de deux mois. Ce n’est qu’après le déclenchement d’une contestation extérieure qu’elle a été retirée. Toute la question devient alors celle du motif de la déprogrammation.

Un organisateur public ne se trouve plus simplement dans la position de celui qui choisit initialement ce qu’il veut montrer. Il intervient sur une œuvre déjà offerte au public, au moment précis où celle-ci devient l’objet d’un conflit. Le juge administratif considère ici que la liberté de programmation ne permet pas d’échapper au contrôle exercé sur une mesure qui affecte la liberté d’expression et de création.

Le paradoxe de l’« apaisement »

Le mot mérite qu’on s’y arrête. Apaiser semble, a priori, difficilement condamnable. Une collectivité doit prendre en considération les tensions qui traversent la société et peut légitimement chercher à éviter qu’elles ne dégénèrent. Le problème commence lorsque l’apaisement consiste non à encadrer le débat mais à faire disparaître ce qui provoque le débat. Car ce mécanisme contient un paradoxe.

Plus une œuvre suscite d’hostilité, plus son retrait deviendrait facile à justifier. La contestation pourrait alors produire elle-même les conditions de la suppression de ce qu’elle conteste. Autrement dit, une minorité particulièrement mobilisée pourrait obtenir davantage en se montrant bruyante qu’un public simplement favorable à la possibilité de voir l’œuvre. Ce raisonnement dépasse complètement le conflit israélo-palestinien.

Il pourrait concerner demain une photographie sur l’avortement, une performance qui aborde les religions, une œuvre consacrée aux violences policières, une pièce mettant en scène la transidentité, une exposition sur la chasse, l’immigration, les violences sexuelles ou le changement climatique. Dans tous ces cas, une collectivité pourrait être tentée de dire : nous ne jugeons pas l’œuvre, nous voulons seulement éviter la polémique.

L’ordonnance de Caen rappelle qu’une telle formule ne suffit pas. Lorsque la puissance publique invoque l’ordre public pour restreindre une liberté fondamentale, elle doit pouvoir objectiver le danger qu’elle prétend prévenir. Une controverse n’est pas encore un trouble à l’ordre public.

Mais peut-on pour autant parler de pressions politiques ?

C’est ici qu’une certaine prudence journalistique est nécessaire. La chronologie est documentée. Le 11 août, un internaute s’en prend publiquement à la photographie et à sa légende ; le retrait intervient le 20 août. Des publications militantes se félicitent ensuite de sa disparition. Le tribunal lui-même intègre l’existence de cette controverse dans son analyse. Il serait donc artificiel de soutenir qu’il n’existe aucun rapport entre la polémique et la décision. La Ville l’admet d’ailleurs en partie puisqu’elle explique avoir voulu y mettre fin.

Cela ne permet cependant pas d’affirmer comme un fait juridiquement établi qu’un groupe de pression aurait contraint la municipalité à retirer l’œuvre. La commune assure n’avoir subi « aucune pression » et présente sa décision comme autonome. Le tribunal ne tranche pas la question d’une éventuelle influence politique organisée ; ce n’était pas son objet. Il juge uniquement que les circonstances avancées par la Ville ne suffisaient pas à justifier le retrait au nom de l’ordre public.

Gaza, ou l’impossibilité contemporaine de l’image neutre

Reste évidemment Gaza. Prétendre que la photographie aurait suscité la même controverse si elle avait été prise dans n’importe quel autre paysage détruit serait probablement illusoire. Depuis le 7 octobre 2023 et la guerre qui a suivi, la représentation même du conflit israélo-palestinien est devenue en France et dans de nombreux pays européens un terrain particulièrement inflammable. Les mots, les images, les invitations d’artistes, les prises de position institutionnelles et parfois les silences sont scrutés comme autant de signes d’alignement politique. La photographie de Jehad Alshrafi est d’autant plus intéressante qu’elle ne semble pas avoir été conçue comme une œuvre militante. Elle documente une situation.

Associated Press publie en février 2026 un reportage photographique consacré au retour du football à Gaza. Des joueurs amputés s’entraînent ; des clubs locaux recommencent à jouer ; des enfants regardent les rencontres. Au milieu d’un territoire ravagé, quelques fragments de vie ordinaire réapparaissent. C’est même ce contraste qui donne sa puissance à l’image : le vert artificiel d’un terrain de football et, derrière lui, la destruction. Le contexte donne à l’image sa dimension politique sans qu’un message politique soit inscrit dans le cadre.

Et c’est peut-être là l’une des difficultés contemporaines du photojournalisme. Une photographie documentaire peut devenir politiquement intolérable pour certains non parce qu’elle argumente, mais simplement parce qu’elle montre.

Une décision importante, mais pas un blanc-seing donné aux artistes

Il serait néanmoins excessif de tirer de l’ordonnance du tribunal administratif de Caen une règle absolue selon laquelle une institution publique ne pourrait jamais retirer une œuvre controversée. Le juge dit exactement l’inverse : des restrictions aux libertés d’expression et de création sont possibles lorsqu’elles répondent à des exigences d’ordre public. Mais ces restrictions doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées.

Une menace précise, un risque sérieux d’affrontement, des appels crédibles à la violence ou l’impossibilité matérielle d’assurer la sécurité pourraient conduire à une appréciation différente. La décision de Caen ne supprime donc pas le pouvoir de police du maire. Elle en rappelle la limite. Et cette limite est politiquement importante : l’autorité publique ne peut pas transformer la seule existence d’une polémique en preuve du danger qu’elle invoque ensuite pour supprimer l’objet de cette polémique.

Le rôle délicat des institutions culturelles

L’affaire pose enfin une question que connaissent désormais beaucoup de directeurs de festivals, conservateurs, programmateurs et responsables culturels. Leur travail ne consiste plus seulement à sélectionner des œuvres. Ils doivent désormais anticiper leur réception dans un espace numérique où quelques heures peuvent suffire à transformer un tableau, une photographie, un spectacle ou une invitation en affaire nationale. À cette pression s’ajoute celle des financeurs publics, des élus, des associations, des militants de sensibilités opposées, des artistes eux-mêmes et des publics. La tentation gestionnaire est compréhensible : supprimer l’objet litigieux et espérer que la polémique s’éteigne.

Mais c’est précisément là que la notion de liberté de création retrouve une fonction concrète. Une liberté dont l’exercice ne serait garanti que lorsque personne ne proteste contre elle aurait finalement peu besoin d’être protégée. Elle devient réellement une liberté lorsque les institutions acceptent que certaines œuvres produisent du désaccord, de l’inconfort et parfois de la colère — sous réserve, naturellement, que ce désaccord ne bascule pas dans des comportements constituant effectivement une menace pour les personnes ou l’ordre public.

À Deauville, l’image absente est devenue plus visible que toutes les autres

Il reste enfin une ironie. La décision de retirer la photographie devait permettre de « faire taire » une polémique. Elle l’a considérablement amplifiée. Une image exposée parmi des centaines d’autres pendant plus de deux mois est devenue un sujet national, puis judiciaire. Des journaux français et étrangers l’ont reproduite. Des organisations de défense des libertés s’en sont saisies. Un tribunal a dû rappeler dans une ordonnance le statut fondamental de la liberté de création.

L’œuvre que l’on voulait soustraire à la controverse a ainsi acquis, par son absence même, une visibilité qu’elle n’aurait probablement jamais obtenue autrement. Ce constat ne permet pas de déterminer les intentions de chacun. Il ne résout pas davantage le conflit israélo-palestinien dont l’image constitue l’arrière-plan tragique. Mais l’affaire Deauville permet de poser une question plus simple et, peut-être, plus universelle.

Une société démocratique ne peut évidemment pas exposer toutes les œuvres en tous lieux et à tout moment. Elle peut choisir, programmer, refuser, contextualiser. Elle doit également protéger les personnes et prévenir les troubles réels. Mais lorsqu’une œuvre légalement exposée devient contestée, la réaction démocratique doit-elle consister à la faire disparaître ou à permettre que le désaccord autour d’elle demeure visible ?

Le tribunal administratif de Caen n’a répondu qu’au cas précis qui lui était soumis. Sa réponse n’en est pas moins claire : à Deauville, en août 2026, la polémique ne suffisait pas.


Précision juridique. L’ordonnance du 31 août 2026 est une décision du juge des référés du tribunal administratif de Caen (n° 2603012). Elle suspend la décision municipale de retrait et constate une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés d’expression et de création artistique. Elle ne constitue pas un jugement définitif au fond et n’a pas ordonné matériellement la réinstallation de la photographie, compte tenu du délai annoncé pour sa réimpression et de la clôture imminente du festival.

Rocky Brokenbrain

L’auteur

Rocky Brokenbrain

Notoire pilier des comptoirs parisiens, telaviviens et new-yorkais, gaulliste d'extrême-gauche christo-judeo-païen tendance interplanétaire, Rocky Brokenbrain pratique avec assiduité une danse alambiquée et surnaturelle depuis son expulsion du ventre maternel sur une plage de Californie lors d'une free party. Zazou impénitent, il aime le rock'n roll dodécaphoniste, la guimauve à la vodka, les grands fauves amoureux et, entre deux transes, écrire à l'encre violette sur les romans, films, musiques et danses qu'il aime... ou pas.