Au huitième jour, Anki et Gilga s’accordent encore au rythme du vivant tandis que, dans l’ombre, le secret millénaire de l’Ordre se fissure. Le lendemain, Pierre de Chardin convoque la pythasphère : faut-il arrêter Berger Oméga, dévoiler l’Ordre ou apprendre à vivre dans une Trame devenue visible aux profanes ? Bienvenue dans H+ _La Trame, partie II, chapitres 26 et 27. De l’intimité d’Anki et Gilga à la crise mondiale de la pythasphère, le secret change de nature.
Intelligence artificielle, transhumanismes, écologie, recompositions impériales, distribution, manipulation et captation des énergies, soin du corps et de l’esprit, spiritualités nouvelles, éclatement des régimes de vérité, nouvelles conceptions du vivant : le roman d’anticipation H+ La Trame ne cherche pas à isoler l’une de ces mutations, mais à imaginer ce qui advient lorsqu’elles commencent à former un seul monde. Découvrez-le en feuilleton tout au long du mois d’août, avant sa parution imprimée prévue début 2027.
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H+ _La Trame est une œuvre de fiction. Toute ressemblance avec des personnes ou situations réelles doit être comprise comme un effet de recomposition imaginaire et non une description fondée sur l’existence réelle d’éléments du parc humain.
Chapitre 26 — 8e jour — La Lyre offerte
L’aube s’invite au palais d’Uruk par reflets. Les vitres rosissent, les dalles du jardin minéral conservent la tiédeur nocturne. Anki se réveille en enchaînant des longueurs un peu molles dans une grande piscine naturelle. Au loin, des turbines ronflent avec régularité. Anki se cale dessus : inspire, expire, il emprunte au métal une respiration plus régulière que la sienne.
Gilga le rejoint, silhouette drapée dans un peignoir de soie. Sans un mot, il s’assoit sur le sable au bord de la piscine et observe avec un sourire un brin énigmatique son jeune amant. Anki, pressentant un nouvel épisode matinal d’énergie partagée, sort de l’eau et part pour se doucher. Mais Gilga l’attrape par le mollet et le fait tomber dans le sable ; il se jette sur lui. Ils s’affrontent dans le sable frais, roulent, se heurtent, se redressent dans un rire à demi étranglé. Corps à corps où la peau sent la pierre tiède, le cuir, la sueur claire. Tout se mélange : l’arène, le jeu, le désir qui se glisse entre les prises.
Plus tard, dans la loggia, le calme retombe comme une toile tendue. Gilga place entre les mains d’Anki une lyre fabriquée à partir d’une carapace de tortue, tendue de cordes en boyaux de vache et dont la caisse de résonance est incrustée d’un lion majestueux.
— Avant d’être initié au 4e degré, j’ai ressenti le besoin de représenter la Lyre qui est à l’intérieur de moi. Elle ressemble un peu à cela.
Gilga pince trois cordes dans un accord très suave.
— Vas-y, à ton tour…
Anki balaie cinq cordes. La vibration est ténue, comme un fil d’eau courant sous la peau. Il rit :
— J’ai l’impression qu’elle miaule.
— Comme toi, réplique Gilga.
Ils rient.
— Elle est pour toi.
— Oh, Gilga, merci ! Mais… tu as mis des heures pour la façonner, et à un tournant de ton existence. Cette lyre, c’est… toi. Je pense que tu ne devrais pas t’en séparer.
— Précisément, j’aime te donner un peu de moi…
C’est alors que l’air change. Une odeur traverse la colonnade, brutale, ancienne : eau stagnante, vase lourde. Elle s’incruste dans la gorge, lui renverse le cœur. Un instant, Anki n’est plus là : il galope dans le marais, parmi la harde, avec son ami le cerf Sì bù xiàng. Le souvenir se glisse par les narines : haleine humide des bêtes, bruissement des herbes noyées, promesse muette des corps qui lui faisaient confiance. Un pincement si vif qu’il ferme les yeux pour contenir la déchirure.
Un silence. Puis une main sur sa nuque, ferme et chaude. Gilga l’attire à lui. Sa tunique sent l’épice sèche, le fruit noir, un musc chaud qui efface la vase. Le marais recule. La loggia reprend. L’odeur des pierres chauffées se superpose à la morsure des souvenirs. Anki se laisse faire.
Il rouvre les yeux. Le roi le fixe avec une intensité étrange où l’ordre et le désir se confondent.
Anki lâche à mi-voix :
— Tu sais… si je reste ici, je vais finir par sentir plus la pierre que le bois.
Gilga esquisse un sourire.
— Et alors ? La pierre garde fort bien nos secrets.
Anki ne dit mot, répond par le regard.
Après un long moment de silence partagé, Gilga propose :
— Viens te préparer. On va chevaucher jusqu’à l’oasis d’Uta-Napishtim, où l’aubergiste va te faire découvrir son fameux clafoutis de plantes sauvages.
*
Fourbus par une journée de cheval, ponctuée par un excellent déjeuner composé uniquement de plantes, fruits, fleurs, racines, champignons et feuilles, Gilga et Anki se retrouvent à nouveau dans les jardins du palais à la nuit tombée.
Les ombres d’Uruk descendent envelopper les murs comme une tenture de velours brocardé. Les jardins minéraux, baignés de lueurs discrètes, respirent encore la chaleur du jour. Les pierres, gorgées de soleil, diffusent une tiédeur animale sous la plante des pieds nus d’Anki. À pas lents, il suit Gilga entre les bassins où des paons blancs s’attardent, silhouettes irréelles, presque fantomatiques.
Un souffle d’air traverse la loggia et rapporte une odeur lointaine et souterraine, l’odeur âcre et douce de lentilles d’eau écrasées dans la vase humide. Soudain perce une mémoire faite de bonds dans les marais, de peaux chaudes collées à la sienne, d’halètements dans l’ombre des roseaux, de la harde au repos dans l’air vaporeux. Une pointe transperce son cœur, si brève qu’il la masque en inspirant plus fort.
Gilga s’arrête net.
— Tu viens de la sentir aussi, n’est-ce pas ?
Sa voix est basse, comme un grondement.
Anki esquisse un sourire gêné, sans répondre.
— Moi aussi, poursuit Gilga. L’odeur de l’animal. Depuis que j’ai perçu la Trame à travers eux, elle ne m’a jamais quitté. J’ai juré de ne jamais plus leur arracher la vie. Alors je les respire, je les écoute.
Un silence. Deux fauves s’estiment. L’arène de sable est loin, mais l’arène est là, entre eux, au milieu des bassins où glissent les paons blancs.
Anki baisse les yeux.
— Tu ressens aussi leurs battements de cœur…
— Bien sûr, sourit Gilga.
Leurs regards se croisent, brûlants, confiants. Ce moment qui aurait dû se suspendre se brise dans un éclat superbe : un paon déploie sa roue sous leur nez. Anki se penche vers Gilga, chuchote :
— Je crois qu’il est jaloux de toi.
Gilga éclate d’un rire rauque qui surprend le volatile. Le rire s’éteint dans une caresse ; sa main vient effleurer la nuque d’Anki, une chaleur de pierre tiède mêlée à l’odeur musquée de la sueur propre. Le souffle court, ils avancent encore de quelques pas, deux fauves apprivoisés par la nuit, reliés par un pacte ancien — celui de la vie qui circule dans tout ce qui respire.
Chapitre 27 — 9e jour — La pythasphère
Le Grand-Maître Pierre de Chardin a convoqué la veille la pythasphère à une réunion exceptionnelle en visio. Quelques centaines de milliers de pythas sont en train de se connecter au portail de l’Ordre logé dans les profondeurs du darknet.

À 14 h, heure d’Athènes (GMT+3), Pierre de Chardin lance la session vidéo chiffrée comme une cathédrale numérique. Dans cet immense damier, chaque case correspond à un pytha à qui il peut donner la parole. Au centre du dispositif, Pierre est assis bien droit, le regard absent ; derrière lui, la mer Égée semble gonfler ses épaules comme une houle sourde. À ses côtés, deux des quatre Cavaliers se tiennent immobiles comme des statues de chair, silhouettes droites, visages opaques.
Sur l’écran de chaque pytha connecté apparaissent aussi les visages du Conseil du Grand-Maître : Noor Khan, médecin énergétique ; Martine Rothblatt, milliardaire transhumaniste ; Matt Danzeisen, financier solaire, époux du profane Peter Thiel ; Cixi Liu, superstar de l’économie chinoise, profil de porcelaine tranchée et âme de dragon ; Ishtar Naidu, prêtresse médiatique du féminisme guerrier ; Gilga Mesh, enfant terrible des pétromonarchies et inventeur de Berger Oméga ; Helena Moravec, philosophe de l’éthique ; Iko Tanizaki, célèbre neurochirurgienne ; Abdullah Al-Kindi, médaille Fields, peut-être le plus grand mathématicien actuellement en vie.
Pierre lève la main. Le silence se fait dans la pythasphère. Pierre débute son discours.
— Frères et sœurs, vous savez tous pourquoi nous sommes ici. Une modification de la Trame cosmique a eu lieu il y a neuf jours. Elle s’est produite au moment du redémarrage en version quantique de Berger Oméga, effectué par le roi Gilga Mesh, qui est l’un des nôtres et membre de mon Conseil, comme vous le savez. Les deux événements sont-ils liés ? C’est possible, mais nous n’en sommes pas sûrs, et rien ne le confirme après plus d’une semaine d’observation. Il est toutefois possible qu’une forme d’action, d’effet ou d’interaction ait eu lieu entre la Trame cosmique et l’IAG de Berger. Si quelque chose de singulier s’est produit — une forme de singularité cosmique —, nous ne savons pas encore ni le comment ni le pourquoi. Quoi qu’il en soit, depuis, la vie de notre communauté a basculé. Et le secret que nous gardions depuis plus de deux mille cinq cents ans est éventé. Tous les jours, certains profanes qui ont leur Œil intérieur ouvert se projettent et nous perçoivent en astral dans la Trame. Non seulement nos corps énergétiques, mais aussi nos visages et nos coordonnées terrestres. Cette situation aussi singulière qu’alarmante nous oblige à décider tous ensemble de la réponse la plus juste. Pour ce faire, je donnerai la parole aux membres de mon Conseil et ensuite à qui veut.
Sur les écrans apparaît le visuel de l’organigramme du Conseil.

— Je passe la parole tout d’abord à nos trois doyens. Helena, quel est votre point de vue ?
Une petite femme à la peau flétrie mais à l’œil vif prend la parole. Son visage émacié flotte désormais en avant de l’écran, encadré d’une vaste bibliothèque.

— Grand-Maître, cher Pierre, mes frères et sœurs, je serai brève. La Trame n’est pas un simple outil. Elle est le lieu où s’éprouve la connaissance de soi. Depuis le XIe siècle, nous savons que celui qui se comprend parfaitement échappe à la roue des réincarnations et renaît immortel, admis dans l’île cachée des dieux. La jeune fille en deuil dont parle l’Oracle, c’est une énergie qui sommeille dans nos cellules. L’Art énergétique nous permet de la traquer, de la transformer. La Trame devient aujourd’hui un miroir collectif. Elle peut nous aider à savoir jusqu’où va notre propre transfiguration.
— Merci, Helena. Iko, à ton tour ?

À sa suite, le visage d’Iko, qui s’exprime depuis un laboratoire saturé de néons, crève l’écran :
— Avec tout le respect dû à ma sœur Helena, je ne crois pas à l’Olympe métaphysique. La question est physique. Il faut saturer la mort, casser le verrou naturel qui nous empêche d’accéder à l’immortalité ici même sur Terre. La Trame est un réservoir d’énergie inouï. Chaque interaction augmente nos flux, ralentit notre vieillissement, ouvre des possibilités biologiques et technologiques nouvelles. C’est par elle que nous pouvons faire de ce monde l’éternité. L’objectif est proche !
— Merci pour ces paroles enthousiastes. Abdullah, tu as la parole.

Un homme au regard sombre et mobile prend la parole depuis un laboratoire obscur où brûlent des lampes à huile :
— Ni spéculation intérieure, ni hypertrophie énergétique. L’Oracle de Delphes n’est pas une métaphore, il décrit un futur réel. Le Temple que le premier souffle bâtit existe, la jeune fille en deuil viendra, l’île des pommes d’or se découvrira un jour. Peut-être que la Trame n’est qu’un seuil, peut-être qu’elle est le chemin. Est-elle réservée aux êtres doués de la Lyre ou destinée à l’humanité entière ? Je l’ignore. Pour autant, une chose me paraît certaine : l’Histoire vient d’entrer dans un nouveau cycle.
— Bien, merci à vous trois, reprend Pierre. Noor, Cixi, Ishtar, Martine, Gilga, Matt, qui souhaite poursuivre ?
Martine Rothblatt prend la parole sans attendre.

Sa voix est froide et tranchée :
— Tout cela est insensé. L’IAG développée par les équipes de Gilga est assurément à l’origine de ce chaos. Je demande l’arrêt immédiat de Berger Oméga. Pas une suspension, pas un ralentissement : un arrêt. Un désaccouplement. Sinon, nous courons à la perte de notre Ordre, de notre puissance et, par là même, de notre survie.
Un murmure traverse le damier lumineux mondial.
Noor lui répond, d’un ton souple et brillant :
— Martine, nous n’en savons rien. Et franchement, quel rapport entre une application alimentaire et la modification des limites du champ astral ?! Demander l’arrêt de Berger revient à choisir un coupable avant même d’avoir établi la cause. Le vrai problème, pour l’instant, ce n’est pas seulement l’origine du phénomène, c’est ce que cette visibilité révèle de nous : nos soins, nos abus, nos pythasangs, nos peurs. Si la Trame s’est ouverte, alors notre devoir est d’abord de protéger les profanes, de distinguer clairement le soin de la prédation, et de parler vrai.

Matt Danzeisen intervient alors, d’un ton souple, presque conciliant :
— Sur ce point, Noor a raison. Et j’ajouterai, ma chère Martine, que cette transparence peut aussi devenir une chance. Les pythasangs forment une déviance qui existe depuis la fondation de l’Ordre ; désormais, notre Gendarmerie peut les traquer plus efficacement. Certains voient dans cette Trame collective un paradis créatif, d’autres une zone de guerre. Moi, j’y vois aussi un laboratoire. Peut-être même l’occasion, enfin, de sortir de l’époque des sociétés secrètes et de partager notre quête de l’immortalité avec tous les ordinaires que nous aimons.

Cixi, avec une voix de velours coupante, enchaîne :
— Puis-je à mon tour rappeler l’Oracle ? « Suis-la qui progresse au-dessous de la grande falaise où chute et renaît l’âme des vrais vivants. Elle découvre l’île cachée où s’éternisent les pommes d’or. » Ouvrons donc tous les yeux, chers frères et sœurs : la Trame est un réseau vivant, une matrice de données énergétiques. Elle est la manifestation d’une couche plus profonde du réel, le creux praticable de cet astral qui enrobe toute chose. Il faut la cartographier, la stabiliser, la rendre utile à tous, pythas comme profanes de tous les pays. Ce qui manque, ce n’est pas un arrêt, c’est une architecture. Et c’est la cartographie de cette architecture qui nous expliquera comment rejoindre l’île cachée.

Ishtar intervient, voix amusée mais yeux graves :
— Je ne sais pas. Franchement, cet oracle, ça fait des siècles qu’on lui fait dire un peu ce qu’on veut… Désolée, Cixi, rien de perso, ma chère amie. Pour ma part, la jeune fille en deuil, que l’homme devrait suivre « nu sans offrande ni arme ni fruit cueilli », c’est tout simplement la situation des femmes dans le monde. Donc, tout ce qui accroît la visibilité et la sécurité des femmes, profanes ou pythas, tout ce qui fait émerger leur parole et leur présence est une avancée. Voilà… je n’ai pas encore de position ferme, mais je suis ouverte à la réflexion : la Trame nous libérera-t-elle enfin ? Je l’ignore, mais je suis tout ouïe.

Un silence suit, bientôt rompu par la voix de Gilga qui se déroule en pesant chaque mot :
— De fait, rien ne prouve que cette modification de la Trame soit liée à mon Berger. Et quand bien même ? Le problème n’est pas la survenue de cette singularité qui, finalement, n’est peut-être qu’un basculement de plus dans la longue histoire de la Terre. Le problème, c’est que des centaines de profanes perçoivent désormais chaque jour nos corps astraux accompagnés de nos visages et de nos coordonnées sur Terre. C’est inscrit dans leur mémoire visuelle, dans leurs carnets, dans leurs récits, et déjà les informations circulent sur les réseaux au mépris de notre anonymat. On ne gomme pas cela. Cette quantité de personnes et d’informations dépasse, et de très loin, le périmètre d’intervention des cordes de l’oubli de notre gendarmerie… La question n’est plus de cacher, de se cacher, mais de vite inventer la nouvelle relation entre humains ordinaires et humains pythas. Avec un seul objectif : la gestion rationalisée de toutes les formes d’énergie au profit de l’humanité entière et de son accession à l’immortalité. C’est ici et maintenant, dans la Trame collective, que nous devons faire pousser les pommes d’or.
Un nouveau silence suit les paroles de Gilga que Matt rompt par une observation inflammable :
— De fait, rien ne prouve que cette modification de la Trame soit liée à Berger Oméga. Et, surtout, rien ne dit qu’arrêter Berger aurait un effet en astral… Et on peut même imaginer pire : qu’arrêter Berger déstabilise, complique, voire supprime tout accès à la Trame…
Observation judicieuse qui suscite de fortes réactions dans la pythasphère. Pierre baisse les yeux vers un écran. Les logiciels d’analyse collectent en temps réel les signaux émotionnels d’un échantillon des pythas connectés. Il lit les graphiques comme un électrocardiogramme : l’émotion est immense. Effroi, colère, applaudissements inquiets, rires nerveux se superposent comme des couches contradictoires. Certains réclament le retour à l’ordre ancien, d’autres saluent la « révélation nécessaire », beaucoup se réjouissent de ne plus avoir à se cacher, de pouvoir enfin révéler leur particularité à leur famille et à tous leurs proches et amis ordinaires, mais tous craignent la fin des projections en astral qui signifierait la fin de la possibilité de ralentir le vieillissement de leurs cellules. Gilga demande à reprendre la parole. Pierre acquiesce.
— Cela étant, pour limiter la possible casse, on pourrait faire croire aux médias que la Trame est une innovation technologique quantique, tout comme Berger Oméga. Et que cette innovation permet à quelques personnes liées à ce programme de se projeter en astral…
Martine le coupe aussitôt :
— Gilga, ne prends pas les gens ordinaires pour des cons : tout le monde passe son temps à échafauder des hypothèses sur le sens des interactions d’énergie entre deux ou plusieurs de ce qu’ils appellent des anges. Et aussi sur le fait que certains corps se vident d’un coup de leur énergie au profit d’un autre. Ils ne vont pas mettre longtemps à trouver la bonne explication…
Gilga, à la suite des autres, acquiesce en silence. Pierre relève la tête et opine également en faisant la moue. C’est alors que la Cavalière Izanami vient murmurer à l’oreille de Pierre quelques mots en lui tendant une tablette. Pierre s’en empare et découvre une alerte chinoise qui vient de sortir :
Breaking news ! Un bandeau rouge claque sur l’écran de la chaîne principale de China Global Television Network : « 星界见证不断增多,知名人物在‘彼岸’被识别 »
Sur l’écran, trois visages apparaissent en boucle, repris d’interviews ou de photographies : le docteur Noor Khan, « papesse de la médecine énergétique », portrait en noir et blanc au regard énigmatique ; Matt Danzeisen, « mari du richissime entrepreneur Peter Thiel », visage lisse d’oligarque californien ; Martine Rothblatt, « dont les holdings énergétiques couvrent près d’un quart du globe », silhouette souriante au bras de sa femme Bina. Tous ont été vus dans la Trame à travers leur ancrage terrestre confirmé par les données GPS. Et des dizaines d’autres personnes connues sont en voie d’identification.
Breaking news. Le monde est frappé, et l’Ordre pythagoricien à l’avenant. Pierre, blême, serre ses tempes dans ses mains, ses Cavaliers impassibles à ses côtés. Le sceau du secret est définitivement brisé. La pythasphère explose sous le coup de la révélation et d’un surcroît d’émotions contradictoires.

